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Jurine, Poissons du lac Léman, pi

2. Il est bien entendu que, dans tout cet article, j'emploie le nom de Truite, pour désigner, avec tout le monde, le poisson appelé en ichthjologie par M. Cuvier Salmo Lemanus.

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dans le lac des Truites de plus de trente-six livres, que la plus grosse qui ait été prise depuis quinze ans (181 5) dans les nasses du Hhône, au moment oii il écrivait son mémoire (i83o), n'en pesait que trente-deux. Il y a bien loin de ce poids à celui que l'on trouve cité dans les auteurs, et que M. Jurine a pris soin de transcrire. Grégoire de Tours parle de Truites d'un quintal, mais si cela arrivait dans le sixième siècle, dit le conservateur suisse cité par M. Jurine, il faut en réduire au moins la moitié actuellement. La plus grande Truite, dont les annalistes aient conservé le souvenir, fut prise en i663 : elle \ pesait soixante-deux livres.

Les Forelies ou grandes Truites du lac, réduites en captivité, finissent par manger avec avidité les poissons qu'on leur donne, et elles peuvent se conserver longtemps dans une eau vive. Elles ont besoin de beaucoup de nourriture et elles maigrissent rapidement si on ne leur en donne pas une assez abondante.

Les Truites quittent le lac à l'époque du frai et remontent les rivières et les torrents pour revenir dans les eaux d'où elles sont sorties, après avoir déposé leurs œufs. Le passage des Truites du lac dans le Rhône, et leur

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retour de ce fleuve dans le lac est connu à Genève sous le nom de descente et de remonte. Les observations suivies depuis plusieurs années montrent que les époques de migration varient suivant les influences atmosphériques, comme nous en avons cité des exemples pour les harengs et comme on saitque cela a lieu dans les migrations des oiseaux. Dès que la surface de Feau commence à se réchauffer, les Truites ne tardent pas à quitter les profondeurs où elles ont passé l hiver, et dès le mois d'avril on en voit quelquesunes descendre le Rhône. M. Jurine dit quà cette époque la chair est grasse et très-delicate et c[ue les femelles sont beaucoup plus savoureuses que les mâles. La descente est annoncée par les petites Truites, après elles viennent les moyennes; les grosses se montrent les dernières. Les Truites que Ton prend en juin et en juillet laissent déjà couler leurs œufs. Le gouvernement de Genève a, par une heureuse prévoyance, forcé la ferme de la pèche du Pdiône, d'enlever pendant six mois, à dater de la fin d'avril, trois vannes du clayonnage disposé de manière à fermer le fleuve à sa naissance, afin d'ouvrir un passage au poisson et d'assurer par là sa reproduction. Mais comme le cours

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du Rliône cache de nombreuses nasses pour prendre les Truites à la descente, il arrive encore que plusieurs y entrent et s'y prennent, de sorte que l'on verrait diminuer bien sensiblement les Truites du lac sans le frai qui lui est fourni par les autres rivières ou torrents qui viennent y verser leurs eaux. Les grosses Truites semblent mesurer la quantité d'eau d'une rivière avant de s'y engager. L'inégalité du lit de l'Arve empêche un grand nombre d'entre elles d'y pénétrer, à moins que les eaux ne soient abondantes. Le froid glacial de ses eaux , ou leur défaut de transparence, font peut-être aussi reculer le poisson. 11 paraît préférer le Rhône et plusieurs fraient à la naissance du fleuve au sortir de Genève. Quand on se promène le long de ces berges élevées, on découvre au fond du lit de grandes places blanches formées par les Truites; celles-ci y ont déposé leurs œufs. Après le frai les Truites rentrent dans le lac, mais alors elles sont très -maigres et comme épuisées : on les a nommées fourreau jc.

La remonte a lieu vers la fin d'octobre. Lorsque les Truites veulent de nouveau remonter du Rhône dans le lac, elles sont obligées de pénétrer dans les nasses, parce que les portes du clayonnage ont été fermées.

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Tels sont les documents tires de l'excellent mémoire de M. Juriue. Cet habile naturaliste observe qu'il a vu souvent des Truites bossues, mais il remarque que ces déviations extérieures ne laissent aucune trace sur le squelette. Nous avons fait la même observation sur les Perches bossues d'Angleterre; M. Jurine en a fait de semblables sur des Brochets contrefaits. La cause de ces déviations n'est pas due à une sorte de rachitisme analogue à celui qui affecte plusieurs autres vertébrés.

Les Truites pourraient être transportées dans nos lacs. L'on se souvient encore dans le département de l'îsère, des essais faits par l'abbé Garden, curé de la commune de Venoseen Oysans; il avait empoissonné, en l'^'^o, le lac Loritel, l'un des plus élevés de ce pays. Les Truites y ont frayé et prospéré pendant longtemps : depuis, le défaut de soins a laissé détruire ces poissons, parce qu'on en a fait la pêche en tout temps. Le peu qu'il en reste est difficile à prendre, parce que les Truites résident dans les profondeurs du lac. Je dois ces renseignements à M. Charvet, professeur d'histoire naturelle à Grenoble, à qui le botaniste Villars les avait communiqués.

Les expériences de M. Rusconi, de M. Agassiz, et celles qui se font en Allemagne sur la

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fécondation artificielle, prouvent qu'avec un peu de soin l'on ])eut transplanter les Truites. Je saisirai cette occasion de rappeler qu'on pourrait obtenir d'excellents résultats en appliquant cette méthode à beaucoup d'autres espèces de poissons. Il est aussi à remarquer que les Truites de rivières grandissent promptement dans les lacs où on les place convenablement. On ne prend jamais, dans les cours d'eau, des individus aussi grands que ceux tirés des lacs.

La FORELLE A VENTRE ROUGE.

{Fario erjthrogaster^ nob.; Sahno er-jt/irogasier, Dekav.)

Il existe aussi des Forelles dans les grands lacs de TAmérique septentrionale. Ricliardson en a signalé dans ses écrits. Le Cabinet du Roi en possède une très-belle espèce, remarquable

par sa tête large et aplatie, par la grosseur de son museau. Les dents sont coniques et très-fortes. On en voit deux ou trois à l'extrémité du vomer, suivies de deux, placées à la suite l'une de l'autre sur le corps de l'os. Les postérieures sont plus grandes que celles de devant. Le vomer est d'ailleurs assez court. Les palatins sont armés de dents plus longues que celles des mâchoires. Je ne puis rien dire des dents linguales, la langue ayant été enlevée dans

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l'individu préparé que j'ai sous les yeux. L'opercule est un large triangle. Il s'unit par une suture écailleuse au sous-opercule. Ces deux os portent de nombreuses stries rayonnantes, naissant chacune de l'articulation antérieure de l'os; d'où il résulte que les stries qui se rendent au bord inférieur de l'opercule croisent presque à angle droit celles du sousopercule. L'interopercule a aussi des stries, mais elles sont moins marquées, et elles sont longitudinales comme celles du sous -opercule. Le dos est large et épais. La queue paraît assez grêle et assez longue. La dorsale est reculée sur le dos, et n'est pas très-grande. L'adipeuse est petite. L'anale est étroite et oblongue. La caudale est échancrée. Le lobe supérieur paraît plus long et plus aigu que l'inférieur. Les nageoires paires sont étroites et pointues. B. lOj D. 11 — 0; A. iOj C. 31; P. 13; V. 10.

Les écailles sont petites, perdues dans l'épaisseur du derme co;nme celles des Truites en général.

La couleur est d'un verdàlre foncé sur le dos, s'éclaircissant sur les flancs et sous le ventre. Les écailles paraissent bordées de verdàtre; ce qui doit former, sur le poisson frais, un réseau fm, à trèspetites mailles.

Notre exemplaire, long de deux pieds et demi, vient du lac Ontario : il a été envoyé par M. Milbert.

Je crois retrouver dans cette espèce le Salmo erythrogaster de M. Dekay \ La figure

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