‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 26 sur 100 · Sag. , Hist. du Canada, II, p · texte numérisé non relu

Sag. , Hist. du Canada, II, p

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d une demi-heure. J'ai vu également, à Dieppe, apporter des harengs pris dans des parcs assez éloignés de la ville 5 ils sautaient dans les paniers, quoiqu'il y eût eu plusieurs heures que les poissons étaient tirés de l'eau. Il faut, d'ailleurs, faire attention que cette assertion n'est répandue que d'après les rapports des pécheurs au grand .filet. Or, ils retirent les poissons étranglés dans les mailles, où ils se sont encolletés, de sorte que, dans ces circonstances, les poissons meurent sous l'eau, pas un seul n'en sort vivant. Il est certain que la vie des harengs, quoique moins tenace que celle d'un grand nombre d'autres poissons , peut se prolonger plus qu'on ne le croit communément. Ils résistent beaucoup plus que l'Alose, qui meurt presque immédiatement dans le filet. Noël a fait, d'ailleurs, quelques expériences qui montrent que la ténacité vitale du hareng permet quelques mutilations, auxquelles il ne succombe pas plus vite que les autres poissons si on tient les individus dans l'eau. Il leur a coupé les nageoires; il leur a ouvert l'abdomen , et il a vu les opercules battre pendant vingt -neuf minutes. On sait aussi que le hareng peut rester emprisonné sous la glace : c'est même un moyen de pèche dans certaines baies de la Norwége.

Presque tous les pécheurs s'accordent à dire que le hareng jette un petit cri avant de mourir. Anderson a fait la même remarque en Ecosse. Les Anglais appellent squeack, ce bruit qui est une onomatopée assez exacte du son que le hareng produit. Noël de la Morinière assure l'avoir entendu. Je n'ai pas eu occasion d'être témoin de ce fait 5 mais il ne m'étonne pas, parce que j'ai souvent entendu le bruit que rendent les Barbeaux, (Cyprinus barbus), et il me parait tout à fait comparable à ce que je viens de rapporter du hareng.

Cette clupée ne paraît pas remonter régulièrement dans les rivières d'Europe comme le font les aloses. Si quelques auteurs admettent que le hareng entre dans les rivières du nord de l'Asie ou du nord de l'Amérique, c'est qu'ils confondent des espèces étrangères, même au genre du hareng, avec le poisson dont nous parlons. Cependant on trouve quelques observations qui semblent établir que quelquefois des radeaux de harengs s'avancent assez loin dans nos fleuves. Ainsi, Bock1 a conservé le souvenir qu'en 1733 des harengs entrèrent

1. Bock, Versuch. vollst. Nat. und lïandl. des Hèfings , p. 48 el 49.

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dans l'Oder jusqu'à une distance de trente lieues de l'embouchure au-dessus du fleuve. "Depuis 1752 jusqu'en 1760 on vit affluer une telle quantité de harengs dans la rivière, qui passe sous les murs de Gothembourg, qu'on les péchait avec des filets à U main dans les canaux de la ville. Noël de la Moriniô-re rapporte que cette clupéè remonte dans les rivières d'Ecosse ou d'Angleterre , que les harengs ont été vus dans le Tay, aussi haut que Balmerinock près Cupar; ou dans le Clyde, jusqu'à Broomlane près de Glasgow ; et Bewerel dit qu'au mois d'octobre de 1690 des bandes si nombreuses de harengs fourmillaient dans la Tamise qu'on les prenait à plusieurs milles audessus de Londres avec des seaux. Noël a aussi appris d'un pêcheur éclairé d'Lcosse, Duncan de Rotbsay, qu'on ne péchait jamais plus de harengs dans le Loch Broom qu'à l'endroit où. les eaux douces se mêlaient aux eaux salées. En Hollande, les pêcheurs de Mark, de Hoorn, reconnaissent tous que, dans la saison du frai, la rivière de Vollenhoven, en Over-Yssel, est abondamment pourvue de harengs. Ils ont plusieurs fois observé qu'à la fin de l'automne ils pèchent plus de harengs dans le Zwart-vaart ou Canal noir, à son embouchure dans le Zuydersée, que sur aucun

Tonds de poche de cette mer. Ils en concluent que les harengs sont attires par les eaux douces et qu'ils s'y rassemblent en plus grandes troupes que partout ailleurs.

Nous trouvons aussi des exemples de harengs remontant dans la Seine, aidés sans doute par les eaux de la Barre , près Quillebeuf j mais il parait qu'ils n'entrent jamais dans la rivière qu'après avoir frayé. Il faut cependant faire bien attention que l'on a donné quelquefois le nom de hareng à des poissons brillants et argentés de genres tout à fait différents, et que les auteurs, trompés par la similitude du nom, ont dit, d'après cela, que l'on était même parvenu à acclimater des harengs dans des pièces d'eau intérieures. Ainsi, le Fresh water Herring du Loch Lomond, sur la côte occidentale d'Ecosse, est une espèce de Salmone du genre Corégone.

Une opinion généralement répandue parmi les pécheurs est que le hareng vit seulement d'eau, et même d'eau pure. Cette opinion est fondée sur ce que l'estomac et les intestins de ce jloisson ne contiennent presque toujours qu'une matière grisâtre, fluide ou seulement visqueuse. D'autres auteurs prétendent que c'est seulement pendant le temps du frai que les harengs prennent quelque nourriture,

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parce qu'on trouve quelquefois dans l'estomac de très-petits poissons. Noël dit qu'on surnomme, en Ecosse, ces harengs TVoolfislu Cependant, déjà Pennant Vqui remarque que l'estomac de ce poisson ne contient aucun indice de nourriture, avoue que, lorsque cette clupée a faim, elle se jette avec avidité sur la mouche qu'on lui présente et qu'on pourrait en prendre plusieurs milliers à l'hameçon. Pontoppidan 2 dit que sur les côtes de la Laponie orientale on prend quelquefois le hareng avec des lignes comme le Gade dorsch. Les pêcheurs de Vlaardingen assurèrent à Noël de la Morinière qu'ils en prennent souvent près des îles Shetland, à des haims amorcés avec de petits morceaux de hareng. Neucrantz3 qui fit à Lubeek, vers le milieu du dix-septième siècle, une suite d'expériences pour reconnaître la nourriture du hareng, vérifia que l'estomac contenait souvent plusieurs douzaines de petits crabes, à moitié digérés et souvent aussi des œufs de différente nature et de diverses grosseurs. Fabricius4 assure aussi que le hareng vit de petits crabes qu'il prend souvent à la

1. Penn., Tour in Scoil. , I, p. 374, et Br. zool, t. III, p. 339.

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