‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 38 sur 100 · Duh., Traité des pêches, 2.° part., p · texte numérisé non relu

Duh., Traité des pêches, 2.° part., p

France. On trouve aussi, dans le Magasin encyclopédique , un mémoire fort curieux de Noël de la Morinière sur cette même question. Les pêcheurs de Boulogne distinguent même, dans lès lits de la pêche d'hiver, des harengs à bec noir, qu'ils séparent de ceux de la pêche précédente. Les matelots de Brighton disent aussi que sur les côtes de Sussex il y a des espèces différentes de hareng.

C'est d'après la connaissance du séjour constant des harengs dans la Manche que se trouvaient établis les droits des archevêques de Rouen , alors seigneurs temporels de Dieppe. Ces droits étaient perçus sur les harengs pêches dans tous les mois de l'année indifféremment. L'auteur du traité des pêches hollandaises du hareng, quoique partisan du système migratorial, est obligé de convenir que ce poisson se trouve sur les côtes de France jusqu'au milieu de l'été. Noël de la Morinière dit qu'on lui a toujours envoyé du hareng pris, mais en petit nombre à la vérité, dans les parcs de Belleville, de Varangeville, chaque semaine du printemps ou de l'été jusqu'à la fin du mois d'août. Une autre preuve du séjour sédentaire du hareng dans la Manche se tire du nom du hareng Marsel ou Avrilet-, ce sont les expressions populaires que l'on donne aux harengs

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du printemps. Vers la fin du siècle dernier, les spéculations des pécheurs s'étaient tournées vers ce poisson printannier. Ceux d'Yport y étaient entrés pour la plus grande part. Cette pêche fut prohibée ; ensuite elle a été laissée libre; elle se continuait jusqu'au milieu de l'été. En 17^6, les côtes de France, baignées parla Manche, furent couvertes de tant de radeaux de ces harengs marsais que les pêcheurs s'en firent une occupation sérieuse. L'abondance fut la même pendant plusieurs années; elle diminua vers 1780. Des lits plus nombreux firent une nouvelle apparition en 1797. Parmi ces harengs fonciers les uns étaient pleins, les autres vides. Des pêcheurs de Saint -Valéry ont souvent pris dans le printemps, au heurt de Fécamp, le hareng foncier, généralement plein d'ceufs ou de laite. C'est donc une tradition reçue par les pêcheurs des deux côtés de la Manche qu'une race de harengs y reste sédentaire. On peut d'ailleurs remarquer que si les pêcheurs, depuis le Texel jusqu'à Blankenberghe, ne prennent que peu de harengs pendant l'été, c'est qu'ils s'échappent trop aisément des mailles trop ouvertes de leurs filets, tendus contre les soles, les plies ou les barbus. Les pêcheurs qui se rendent aussi sur le Doggersbank pour la pêche du Cabliau ou

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Morue fraîche > sont convaincus que le hareng y réside comme poisson sédentaire. Dans tel mois de l'année que ce soit, en hiver comme en été, l'estomac de ce gade est presque toujours plein de harengs, et c'est une des meilleures amorces qu@n puisse employer pour prendre la morue. Les Hollandais croient cependant avoir observé qu'ils prennent pendant l'été beaucoup plus de harengs sur la lisière occidentale du Doggersbank que sur le côté oriental, d'où ils concluent que les harengs ne viennent point du Nord, mais qu'ils sont originaires des fonds sur lesquels on les pèche. L'arrivée subite ou l'apparition inattendue des immenses colonnes des harengs n'a point été inconnue des anciens habitants du Nord. Plusieurs anecdotes, confirmées par une saga du temps, nous apprennent que, dans une année de disette, une des baies d'Helgoland ayant fourni une incroyable quantité de poissons, on attribua cette pèche extraordinaire aux enchantements d'une femme du pays. D'autres historiens rapportent que ces grandes réunions de harengs frappaient déjà les esprits d'étonnement et d'admiration. Le poids des poissons péchés était si considérable qu'il déchirait les filets des pécheurs. Leurs colonnes étaient si épaisses qu'une

pique1, plantée au milieu, s'y tenait debout. Zorgdrager, en parlant de la Laponie, rapporte ces faits, et Ton voit dans les Annales d'Olaùs de Uoschild, qu'en 1275, on péchait tant de harengs dans le Sund qu'on en avait la charge entière d'un chariot pour une poignée de deniers, pro ora denariorum.

Rzaczinsky2 dit qu'à l'embouchure de la Vistule, en 1709, on fit une pêche de harengs vraiment extraordinaire par l'incroyable aiïluence de ces poissons. Vers la (in de l'été de 1781, près de Buskoe, sur la côte voisine de Gothembourg, il parut une si grande quantité de harengs qu'ils semblaient former une montagne vivante, s'agitant au milieu de l'eau. Les bancs étaient si serrés qu'on pouvait prendre le poisson à la main. Anderson dit que la pèche du hareng est quelquefois d'une si prodigieuse abondance en Ecosse qu'on ne saurait s'en faire d'idée. En 1784 on prit, dans l'espace de quarante à cinquante jours, tant de harengs dans le Loch Urn que le produit de la vente s'éleva à cinquante-six mille livres sterlings. Plus loin, cet observateur a j oute , qu'en 1 7 7 3 , le hareng vint occuper

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