‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 46 sur 100 · Ordonn. des rois de France, XII · texte numérisé non relu

Ordonn. des rois de France, XII

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dîme à son curé , en lui observant que cet impôt devait être levé dans champ; que celui où il moissonnait et où il faisait sa récolte était la mer, et qu'il aurait soin d'y laisser le dixième de sa pêche. Les annales de Calais prouvent que les querelles à l'occasion de cette dîme ont duré entre l'abbaye et les Calaisiens jusqu'à ce que l'évêque Lambert II y eût mis fin par une transaction qui termina leur différend.

Dans le cours du douzième siècle, plusieurs donations de harengs, faites à des maisons religieuses, portent à croire que la pêche de ce poisson se pratiquait entre la Seine et l'Orne , parce que ces donations s'acquittaient à Pont- Audemer; il est également certain qu'il y avait dans le même temps une pêche de hareng auprès des îles de Jersey et de Guernesey, puisque Henri II relate dans les privilèges de la ville de Pontorson, les droits à percevoir sur les harengs frais ou salés qui passaient de là en Normandie.

Le poisson de cette pêche est désigné dans les ordonnances postérieures sous le nom de hareng de Garnisj. On a aussi -de fortes présomptions pour croire que la pèche du hareng avait lieu sur les côtes de la Bretagne, entre la Vilaine et la Loire. Il est très-probable que le nom du village appelé en bas -breton PenharinÇj ce qui signifie tête de hareng, dérive

nécessairement de quelque circonstance remarquable de la pêche de ce poisson. Quant à celle qui se pratiquait au midi de la Loire, elle est établie par différents actes. Il en est question dans les coutumes de la mer, autrement dites loi dOléron , publiées par Éléonore de Guienne quand Louis le Jeune l'eût répudiée à son retour de la Palestine. La date de ce règlement est de n52. Quelques auteurs lui en donnent une plus récente; mais il est facile de démontrer que la date de 1266 est celle d'une seconde publication. Je ferai cependant remarquer qu'il s'agit plus probablement ici des très- grandes sardines ou des pilchards que l'on confond souvent avec le hareng quand elles atteignent leur plus

grande taille

Philippe-Auguste ayant réuni à la couronne la Normandie et la Picardie, le commerce des villes maritimes de ces côtes avec Paris* s'accrut insensiblement, et Paris fournit ensuite aux principales villes du royaume presque toute leur provision de poisson de mer. On établit un nouveau port de décharge pour les marchandises qui remontaient la Seine. Pour subvenir aux frais de cet établissement, Philippe-Auguste octroya de nouveaux droits à la société des marchands de l'eau, et entre

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autres la levée de quatre sous sur chaque cargaison de harengs. Louis IX accorda une très-grande protection au commerce des poissons de mer à la faveur des ordonnances de i25o, 12^4 et 1258. La seconde surtout fut un des plus grands encouragements que reçut la pèche du hareng; elle établit l'ordre et la police de la vente à observer à Paris. Il y est fait mention pour la première fois de voituriers de poisson de mer; les harengs y sont distingués en frais, en secs et en salés. Les obstacles qu'il fallut surmonter pour vivifier ce commerce entravé par la prétention des seigneurs, sur le territoire desquels il fallait passer, prouvent avec combien de zèle Louis IX s'occupa de l'améliorer. Aussi il n'y a pas eu de roi de France qui ait rendu plus d'ordonnances ou fait plus de règlements en faveur du commerce des harengs.

Un grand nombre d'aumônes faites à des monastères de cette époque se payait en harengs, et Louis IX, lui-même, fît distribuer, à une certaine occasion, aux pauvres de Paris, 60,000 harengs. Les règlements publiés par les successeurs de S. Louis améliorèrent encore le commerce dont nous parlons. Dans l'ordonnance de i32o, les harengs y sont distingués en poissons saurs, blancs et frais, et

ils doivent être vendus de plusieurs manières: i.° en jneze, messe ou niaise, sorte de mesure qui devait contenir 1020 harengs saurs ou 816 harengs blancs (celle d'Irlande n'en contenait alors que 5oo); 2.0 en tresonel ou tressoumel, mesure dont j'ignore la capacité; 3.° en pignon, équivalant à un millier de harengs; 4-° en caque, tonel ou quecce (caisse). Il paraît d'après cette ordonnance et celle de i35o que Ton saurissait le hareng à Paris même. On distinguait aussi les harengs indigènes ou étrangers par un nombre assez considérable de noms qui prouvent, par conséquent, que ce poisson était déjà l'objet de l'attention générale. Ainsi , l'on disait les harengs de Garnis y , de Sajfore, Sajfaire, de Serne, à'Escojie, de Frainclais ou Franches, etc. Noël de la Morinière a essayé de donner l'étymologie de ces différents noms1, mais elle nie paraît fort incertaine.

Il est aussi question des harengs de Flandre. L'ordonnance de i32o fait encore mention de harengs poudrés, et Noël de la Morinière pense qu'il faut entendre par cette expression le hareng salé en wrac ou en grenier. Le commerce et la consommation qui se faisaient à Paris de tous

i. Noël, llisi. des pêcli.'; p. 332,

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ces différents harengs, acquirent une grande importance au commencement du douzième siècle. La ville de Caen partagea ces avantages. Dans un acte de i32Ô on voit que Caen recevait de l'étranger les harengs que l'on appelait les milliers, et qui y étaient apportés en caques ou en rondelles, et qu'il en venait dans la saison quatre à cinq cents last et plus, qui se distribuaient non-seulement dans la ville, mais encore dans les pays du Maine , d'Alençon et d'Anjou. L'importation et l'exportation du hareng devenaient un objet de commerce important. Les villes du nord envoyaient à Dieppe et à Rouen le hareng salé de leur pèche, qui était ensuite réexporté dans le Levant. Les Dieppois ont été presque seuls, pendant longtemps, en possession de ce commerce. Ils obtinrent de Charles V la permission de prendre du gouverneur de Calais des saufconduits pour la pêche, en se soumettant à ne la faire qu'entre la Seine et la Somme jusqu'à Noël seulement. Ils payèrent pour cette permission une imposition qui fut réduite à un franc d'or pour les bateaux qui voulurent fournir un homme d'armes. Les pécheurs de Calais ne payaient aucuns droits seigneuriaux; mais chaque bateau armé dans cette ville pour la pêche payait à la commune un droit de

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cinq sols pàrisis par an. Le produit du droit fut évalué, en 1 347 > a niut ^vre?s pàrisis, d'où il faut conclure qu'on équipait alors à Calais trente-deux bateaux pour la pèche du hareng. D'ailleurs, les bateaux qu'on employait à cette pèche dans les différents ports de la Manche, variaient pour la grandeur et étaient distingués par des noms particuliers. Les plus grands paraissent avoir été les drogueurs, très- probablement parce qu'ils étaient destinés au commerce de drogueries que les Dieppois faisaient dans les échelles du Levant. Ils étaient du port de cent tonneaux; venaient ensuite les barges (barques ou bateaux)., sorte de bâtiments plus petits employés à la pêche de Yarmouth, et à celle du hareng le long de la Manche, sur les côtes de Picardie ou de Normandie. Plusieurs abus s'étant établis dans le commerce de la vente du hareng salé , Dieppe , pour se conserver tous les avantages du produit de la pêche, puisque ses bateaux en couraient tous les risques, obtint que nul bourgeois de Rouen ne pût acheter du hareng frais pour l'y faire saler à son compte, sous peine de confiscation. Pour obvier aussi à toutes les falsifications ou au mélange du hareng vieux avec les poissons nouveaux, on établit, à Paris, des jurés vendeurs publics

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de poisson de mer. Les ordonnances de i35o et i35g en portent le nombre à seize. On en établit aussi dans les grandes villes du royaume. La ville de Rouen en avait six. Le marchand forain était libre de vendre luimême son hareng le jour du vendredi. Le droit de vente appartenait aux vendeurs publics pour tous les autres jours. Il était assez considérable, puisqu'en i36g il était de douze deniers par livre. Mais ces règlements, faits en vue de prévenir ou de réprimer les abus sur la vente ou sur lâchât du hareng salé, furent préjudiciables à la prospérité des pêches. Les guerres de cette époque entre la France et l'Angleterre firent éprouver plusieurs vicissitudes à la pêche du hareng, et les obstacles qu'on y apporta tour à tour nuisant au commerce des deux pays, furent tantôt augmentés, tantôt levés tout à fait. Ainsi, la liberté de la pêche fut stipulée en 1 385, et plus tard encore, en i4o3. Le sauf-conduit de pêche accordé à cette époque présente des dispositions bienveillantes qu'il est bon de rappeler. Si, dans le traité, les fonds de station de pêche furent restreints, il fut défendu aux pêcheurs des deux nations de s'écarter au delà de la rivière de Seine et du Havre de Hautonne, du coté des Français. Cette défense

c La 11 L commune aux deux nations ne pouvait être considérée comme vexatoire; mais en même temps qu'il est dit dans ce sauf-conduit que si, par la violence ou la contrariété des vents, ou pour éviter la poursuite de quelque pirate, les pécheurs français se voient forcés d'entrer dans un des ports de la côte de France occupés par les Anglais, ils y trouveraient bon accueil, sûreté, et s'y fourniraient de vivres et de tous les autres objets dont ils auraient besoin. Henri IV sentait la nécessité de se concilier la bienveillance des Français et surtout de se rendre favorables les provinces maritimes, dont il convoitait la possession. Dans ce traité il n'est pas fait mention de la clôture de la pèche comme dans celui' de i383. En effet, la clôture a souvent varié, puisque tantôt elle a été fixée autour de Noël et tantôt au mois de février vers la Chandeleur. Il faut faire attention que je ne parle ici que de la pèche de la Manche , car elle commençait autrefois à la mi-août et finissait en novembre sur les côtes de la Saintonge et de l'Aunis. La fixation de la clôture de la pèche a toujours été l'objet de nombreuses réclamations à cette époque, comme nous les avons vues reproduites de nos jours, et les pécheurs de ce temps donnaient absolument

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les mêmes raisons que de notre temps. Une des plus fortes alléguées par les Dieppois et les Polletais, c'est que le hareng marsais produit un des meilleurs appâts pour la pêche des autres poissons et qu'ils en prennent quatre fois davantage avec du hareng frais que lorsqu'ils usent du poisson salé. Je rappelle ces raisons parce qu'elles prouvent d'une manière évidente le séjour et la vie sédentaire du hareng dans la Manche.

Arrivés au commencement du quinzième siècle, nous en sommes à cette époque malheureuse où les Anglais appelés en France par les partis qui la déchiraient, en occupèrent presque tout le Nord ; la pêche et le commerce des harengs passèrent donc pour un temps entre leurs mains. La France, gouvernée alors par un roi faible et livré tout entier à ses plaisirs, était sur le point de devenir une conquête anglaise. Orléans était assiégée, et l'on peut rappeler ici que c'est à l'occasion de ce siège que se livra en 1 4^9 le combat connu dans l'histoire sous le nom de journée des harengs, et dans lequel le duc de Bourbon fut défait en voulant s'emparer d'un convoi composé en grande partie de ces poissons salés destinés comme provision de carême pour l'armée anglaise qui faisait le siège d'Orléans. On ne peut

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citer rien de très-intéressant dans le cours des années de ce siècle et même du suivant. Les lois rendues à cette époque ont pour objet de dispenser de plusieurs droits onéreux ou d'en régler l'acquittement.

Les guerres fréquentes qui armèrent l'une contre l'autre, la France et l'Angleterre, rendirent notre pêche lointaine fort difficile; aussi nous voyons vers le milieu du dix-septième siècle, les Dieppois abandonner les grands dioggers qu'ils y employaient et équiper des bateaux plus petits pour pêcher sur les fonds de la Manche, et surtout sur ceux de Yarmouth. Au rapport d'Asseline, auteur de la Chronique de Dieppe, cette ville comptait en 1649 cent cinquante bateaux qui firent une pêche fort avantageuse. La France étant alors en guerre avec l'Espagne, les corsaires flamands poursuivirent nos pêcheurs sur toute la mer du Nord. Pour les mettre à l'abri de leurs attaques, on eut l'idée d'embarquer des soldats et d'armer les bateaux de petits canons; mais ces précautions s'étant trouvées insuffisantes, le Gouvernement arma deux frégates qui donnèrent bientôt la 'chasse à tous ces corsaires. Toutefois Dieppe abandonna les expéditions de pêche à la hauteur des Shetland. Les marins de ce porl essayèrent

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delà reprendre en 1771, mais ils l'abandonnèrent à cause du mauvais succès qu'elle eut.

Nous arrivons ainsi successivement à l'époque où Louis XIV régla, dans le temps de la prospérité de son règne, toutes les parties de l'administration du royaume et en particulier ce qui traite de la pèche, dans la grande ordonnance de 1668. Les diverses faveurs accordées dans les années précédentes furent retirées selon la nécessité des temps et modifiées jusque dans les ordonnances de 1696 et ensuite dans le dix-huitième siècle. Alors la pêche active et régularisée par les progrès de notre industrie moderne est restée telle qu'elle est décrite dans le Traité de Duhamel.

Si je me suis étendu sur tous ces nombreux documents que j'ai trouvés réunis dans les notes de Noël de la Morinière, c'est que j'ai pensé que c'étaient les meilleures preuves a donner contre plusieurs opinions adoptées comme vraies par presque tout le monde et dont l'exactitude n'est nullement fondée. Ainsi, comme je viens de le rappeler, ces nombreux règlements combattent très-fortement le système migratorial des harengs.

On attribue généralement à Guillaume de Beukelings, né à BiCrvliet, l'art de la salaison du hareng. Ce pêcheur hollandais mourut en

1 44*J? et déjà deux siècles auparavant les arrêts de nos rois réglaient le commerce ou la vente du hareng salé à Paris. L'examen de l'histoire des pèches dans les autres mers de l'Europe viendra éclaircir aussi plusieurs points de l'histoire naturelle ou économique du hareng.

La pèche flamande ne peut prendre place dans une histoire des pèches, et particulièrement dans celle du hareng, que, parce qu'elle est, en quelque sorte, le berceau des pèches hollandaises. Sans cette considération, le petit nombre de bateaux et d'hommes qu'elle employait, ainsi que le peu d'importance de ses ports, justifieraient en quelque sorte l'oubli dans lequel on laisserait toutes les côtes de la Belgique. Chacun sait que la Flandre ne comprenait originairement que le territoire de Bruges. Les premiers seigneurs de ce pays avaient le titre de Forestiers, et le premier d'entre eux qui reçut le titre de comte fut Baudoin , qui enleva la fille de Charles le Chauve, et l'épousa. Il obtint cependant de son beau-père le pardon de l'offense qu'il lui avait faite. Charles lui accorda tout le pays de Flandre à titre de comté, et il y joignit encore les territoires de Gand, de Courtrai, de Tournay, d'Arras et les pays circon voisins,

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fort dévastés alors par les bandes d'aventuriers que l'on a confondus sous le nom de Normands. Bruges devint florissante par l'entrepôt qu'en firent les villes anséatiques; elle devint la capitale des Flandres. L'Ecluse , qui était nommée, avant i335, Loemmens-Wliet, était peu fréquentée. Ostende n'était encore qu'un village en 81 4} elle n'était habitée que par des pécheurs de harengs, ainsi que Nieuport; Dunkerque n'était aussi qu'un hameau habité par des pêcheurs; Gravelines ne commença à exister que vers 1 160 sous Thierry, comte de Flandre, et elle n'acquit de l'importance qu'au commencement du douzième siècle. On conçoit que la pêche du hareng commença dans toutes ces villes. La charte, accordée aux habitants de Nieuport par Philippe d'Alsace atteste, qu'en 1 163, cette ville envoyait des barques ou des buyses à la pêche du hareng. Ces privilèges furent augmentés ou confirmés par ses successeurs. La pêche de Nieuport prospéra tellement, qu'on y fonda et qu'on y bâtit avec le produit de la seule dîme levée sur la pêche du hareng, les hôpitaux, les églises, etc. Nieuport devint le chef-lieu des pêches de la Flandre, le marché principal du poisson : il fut pour ces connues ce qu'était Yarmoulli pour L'Angleterre,

ou Dieppe pour la France. Mais la triste nécessité dans laquelle s'est vue la Flandre d'être presque toujours le théâtre des guerres que se sont faites les grandes puissances qui l'entourent, a été cause de grands préjudices qu'a ('prouvés la pêche du hareng. La ville de Nieuport , malgré les privilèges nombreux qu'elle reçut jusque sous Philippe, archiduc et comte de Flandre, perdit une grande partie de son importance vers le milieu du quinzième siècle. Un décret rendu à Bruxelles en i5oc), fît défense d'acheter en mer du hareng frais ou autre poisson, et permit en même temps aux pêcheurs de la côte de Flandre d'apporter le hareng de leur pêche à Dunkerque, a Gravelines , et indifféremment à tous les autres ports. Cette liberté augmenta beaucoup le nombre des bateaux de pêche armés le long des côtes de Flandre. Dunkerque n'en comptait pas moins de cinq cents. Chaque buyse de pêche avait un filet au nombre de ceux qu'elle mettait à la mer appelé le filet saint, parce que tous les poissons qui s'y prenaient étaient vendus au profit de l'église paroissiale. Ce filet saint y à qui la dévotion de quelques pêcheurs avait sans doute donné l'origine, et qui n'était d'abord qu'un acte volontaire, fut bientôt un acte obligatoire. Non-seulement les

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comtes de Flandre autorisèrent cet usage, mais on finit par en faire une loi à chaque pécheur. On faisait saurir la plus grande partie du hareng apporté à Dunkerque. Ce poisson jouissait d'une si grande réputation, que les caques exportées sous la marque de Dunkerque, ne payaient aucun droit à l'entrée des villes de Flandre. En i55o, le produit de la pêche annuelle de Dunkerque était évalué à quatre cent mille ducats. Cette prospérité dura jusqu'à la rupture entre la France et l'Empire, et malgré tous les avantages que l'empereur accorda aux différentes villes d'Ostende, de Nieuport, de Bruges, la plupart des bateaux devinrent , par suite d'une longue inaction , hors de service; les fonds étaient épuisés, conséquence nécessaire de cent années de mauvaise fortune, on ne put les remettre en état de tenir la mer. Plusieurs compagnies essayèrent de se former; sous l'inspiration de leurs élans patriotiques et avec la protection du gouvernement, qui alla jusqu'à exempter de toute imposition les sels qu'emploi raient les compagnies de commerce d'Ostende et de Nieuport. Les Hollandais et les Anglais, songeant de suite à leurs intérêts, voulurent empêcher les Flamands de venir pêcher dans leurs mers : ils n'épargnèrent point leurs richesses pour étouffer

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les compagnies flamandes dès leur naissance. Elles ne purent, en effet, soutenir la concurrence avec la pêche hollandaise, et vers 1732, la compagnie de Nieuport fut obligée de céder à l'ascendant de la politique étrangère ; les bateaux de pèche furent vendus, partie aux Dunkerquois, partie aux Hollandais; les meilleurs marins et pécheurs suivirent leurs bateaux , et abandonnèrent ainsi Ostende et Nieuport. La guerre de la succession acheva de ruiner , sous ce rapport , les provinces belgiques maritimes ; et si, après la paix d'Aixla-Chapelle, l'industrie flamande lit quelques tentatives pour relever la pêche du hareng à Nieuport et à Ostende , si de nouveaux règlements furent successivement accordés en faveur de ces villes jusqu'en 1 770, cette branche d'industrie ne fit que très-peu de progrès. Cet exemple est un avertissement sévère donné aux puissances qui, après avoir laissé dépérir leurs établissements de pêche, sentent la nécessité de les relever- Les hommes de mer qui y sont propres , ne se forment que lentement et par un exercice continuel.

L'émigration des pêcheurs qui avaient quitté les Flandres lors de la dissolution de la compagnie en 1727 se fit toujours sentir sur les côtes flamandes. Cependant la guerre qui

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s'éleva entre la France et l'Angleterre et dans laquelle la Hollande prit part, favorisa de nouveau la pèche flamande. Ostende et Nieuport fournirent à leur tour des poissons salés aux puissances belligérantes 5 ils introduisirent leurs poissons dans les ports d'Angleterre et de France. En 1782 et en 1 783, l'empereur rendit plusieurs ordonnances favorables à la pêche; il alla même, pour encourager les pêches nationales des Pays-Bas, jusqu'à permettre la vente du poisson par toute sorte de gens choisis par les patrons des barques sans être obligés de se faire recevoir dans la corporation des pêcheurs, et il comprit le hareng salé dans la classe des marchandises étrangères qui payeraient à l'avenir 60 pour cent dans les États héréditaires d'Autriche. Mais dans le cours de ces années la paix s'était faite entre la France et l'Angleterre; ces puissances, ainsi que la Hollande, s empressèrent de rétablir leurs pêches, de prohiber l'importation de tous harengs étrangers, et ces mesures détruisirent bientôt toutes les espérances des Flamands. Les bienveillantes dispositions de Joseph 11 n'en purent conjurer les effets; le commerce qui s'était fait pendant la guerre disparut et laissa en se retirant un vide immense dans la navigation. Il faut aussi ajouter

que les pèches nationales des côtes maritimes furent aussi entravées par la jalousie des provinces du Brabant. Les villes d'Anvers, de Bruxelles et de Malines réclamaient en faveur de leurs fumeries, quelles disaient absolument perdues par les faveurs accordées aux provinces de Flandre. Les plaintes de ces villes déterminèrent le gouvernement à permettre l'entrée du hareng étranger. Il faut avouer que ces fumeries étaient considérables, car on en comptait soixante-sept en 1787, qui pouvaient saurir cinquante leths de harengs à la fois, ou six cent mille poissons. Peu d'années après, l'incorporation de la Belgique, à la suite des campagnes de 1793, vint arrêter de nouveau l'activité de la pêche sur les côtes maritimes et cet état de choses a duré jusqu'à la paix de 181 4; depuis ce temps la pêche y a repris quelque faveur, mais l'activité du commerce anglais a nui à cette prospérité, puisque l'Angleterre fournit maintenant presque tout le hareng salé ou sauri que consomme le centre de l'Europe.

Nous avons suivi l'histoire de la pêche du hareng des côtes de France sur celles de Belgique; examinons maintenant ce que fut cette industrie en Hollaude. Il faut d'abord se rappeler que dans les premiers temps, tout ce qui

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compose la Frise occidentale ou la Nord- Hollande était au pouvoir des Frisons occidentaux. Thierry, premier comte de Frise, donna sept comtes à la Hollande. La Zélande appartint tour à tour à des comtes de Frise ou de Flandre, et au dixième siècle la Zélande dépendait de la Flandre impériale. Les plus savants économistes hollandais ont regardé avec raison la pèche du hareng comme la première source des richesses de leur pays. Anderson estime que les premières pêches réglées de la Hollande ne remontent point au delà de 1 164« On s'accorde à regarder la Brille comme le plus ancien port où l'on ait fait une pêche régulière du hareng. C'est donc un fait digne d'attention que dans ces premiers temps la pêche ne se. fit point sur les côtes de la Hollande proprement dite, mais sur celles de la Zélande qui appartenait encore aux comtes de Flandre, et qui ne fut unie à la Hollande que sous Florent I.er, comte de Frise, par le traité conclu, en 1256, entre Marguerite de Flandre et lui. Zierik-sée prospéra presque en même temps que le port de la Brille, et les richesses de ces deux villes devinrent un objet d'émulation pour d'autres villes de la Hollande et de la Zélande, de sorte que la pêche du hareng, qui s'était faite

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d'abord à l'embouchure de la Meuse et des cotes voisines, devint trop resserrée sur ses propres rivages et elle s'étendit bientôt dans des mers plus éloignées. Le succès des pêches avantageuses faites sur les côtes d'Ecosse, de Scanie, de Danemarck et de Norwége, justifia ces entreprises hardies. Les matelots hollandais ou zélandais vinrent pêcher, en i2g5, à la hauteur de Yarmouth. Des documents, que Noël de la Morinière regarde comme authentiques, réfutent les assertions de Pontus Heutérus, de Delft, affirmant que les Hollandais ne s'adonnèrent à la pêche des harengs qu'en i^gi. On trouverait encore d'autres preuves de l'ancienneté de la pêche du hareng, dans les diplômes de concession accordés par Éric VIII, roi de Danemarck et par ses successeurs aux villes de Deventer, de Harderwyck, de Staveren et d'Amsterdam. Outre le hareng qui provenait de la pêche hollandaise proprement dite, il en était encore importé de l'étranger, surtout des villes anséatiques. Le comte Guillaume accorda plusieurs privilèges aux pêcheurs nationaux ou étrangers par des diplômes de i34'2 et de . 1 344- Par celui - ci il institua un marché franc pour la vente des harengs à Brouwersliaven. Amsterdam ayant obtenu un terrain 20. 1 2

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considérable en Scanie, entra avec plusieurs autres villes de la Hollande dans la ligue anséatique, et elle acquit un grand degré de puissance à la faveur des privilèges que lui donna Albert, duc de Bavière et comte de Hollande.

On voit donc que dans cette période de quatre siècles la pêche hollandaise du hareng a dû son accroissement aux encouragements des souverains du pays et surtout à l'association que la plupart des villes maritimes de Hollande contractèrent avec les villes anséatiques. Ces alliances eurent pour résultat une extension considérable du commerce. En même temps la rivalité des puissances du nord contre Hambourg et Lubeck, engagea les rois de Suède et de Danemarck à favoriser les Hollandais, afin de diminuer le pouvoir de la ligue anséatique. Les faveurs accordées par ces rois aux pêcheurs et aux marchands hollandais furent le seul prétexte des guerres qui éclatèrent alors. Il est certain qu'aussitôt qu'Amsterdam eût obtenu un établissement en Scanie, elle y fonda un comptoir dont le principal objet était la pêche du hareng : elle y établit un consul, afin de protéger les achats considérables que ses commerçants faisaient sur les côtes d'Ecosse et de la Grande-Bretagne, car le produit de leur pêche

n'aurait pu suffire au commerce étranger. Nous verrons qu'Edouard III s'opposa à ces ventes en astreignant tous les pécheurs anglais à venir vendre leur poisson à Yarmouth. La loi rendue par ce souverain produisit un effet tout contraire; elle servit à l'accroissement des pêches hollandaises. A peine fut-elle promulguée, que les villes maritimes mirent en mer un plus grand nombre de barques, et les Hollandais firent alors pour eux une pèche que leurs voisins refusaient de partager.

Ce besoin de pêcher dans les grandes eaux amena des changements dans la construction des bâtiments- de pêche. Il en introduisit aussi dans les dimensions des filets pour pouvoir atteindre le fond de l'eau, loin de la côte , afin d'éluder la défense qui leur était faite de pêcher sur les bancs peu profonds, mais voisins, des côtes orientales d'Ecosse. On prétend que les premiers grands filets furent faits à Hoorn en i4 16. C'est aussi vers le même temps que Beukel, de Biervliet, trouva la méthode de paquer les harengs, c'està-dire de les arranger par lits dans les tonneaux, au lieu de les expédier en wracs. La supériorité de cette préparation sur toutes celles dont on faisait usage alors, fit tomber dans une sorte de discrédit tous les harengs

des pèches étrangères. Insensiblement les Hollandais se rapprochèrent des côtes orientales d'Angleterre , établissant leurs flotilles de pèches sur les atterrages et sur les fonds de Yarmouth, où l'on sait qu'il existe l'un des plus riches et des plus réguliers bancs de harengs. Les Anglais élevèrent des plaintes, et c'est alors que fut fait le traité, connu sous le nom d'intercussus , entre le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne, alors souverain des Pays-Bas. Il est dit dans ce traité, conclu en 1 494 •> aue ?es pêcheurs des deux nations pourront pêcher librement partout. Il est peut-être la véritable cause de la gloire maritime que s'acquirent les Hollandais dans les deux siècles suivants. Par une conséquence naturelle le commerce écossais passa entre les mains des Hollandais. Les plus habiles pêcheurs ou apprêteurs dé poisson vinrent s'établir à Enckhuysen, et en y portant leur industrie, ces Écossais accrurent la prospérité de leurs rivaux. Dans le quatorzième et dans le quinzième siècle, six à sept cents buyses faisaient ordinairement trois voyages et rap- * portaient un total de quarante mille last de harengs , ce qui donnait pour produit 1,470,000 florins d'or. Quoique les Hollandais fréquentassent par suite des nouveaux

traités les fonds de Yarmouth , leur prudence les empêcha de négliger la pèche sur les côtes de Norwége. Ils entretinrent ou firent renouveler tous les privilèges qu'ils avaient obtenus pour la Scanie. Leur présence continuelle dans ces mers leur permit de profiter des fautes que Jacques II, roi d'Ecosse, avait faites en défendant de vendre du hareng aux Hollandais et aux villes anséatiques, dans l'espérance que les autres nations seraient obligées de s'approvisionner directement par le produit des pêches écossaises. Les Hollandais profitèrent de ces entraves pour étendre leur commerce, mais en l'étendant il fallait aussi le protéger. En 1 547 ^ la seule ville d'Enckhuysen arma huit vaisseaux pour escorter ou surveiller ses barques. Le commerce y devint si florissant, qu'en 1 553 elle avait en mer vingt bâtiments de guerre, dont les frais d'armement furent prélevés sur le produit de la pêche; ils devaient surveiller les cent quarante buyses qu'elle envoyait à la poursuite du hareng. En même temps qu'elles protégeaient leurs pêcheurs, les autorités de la ville les soumirent à un serment, par lequel ces marins s'engageaient de satisfaire scrupuleusement à toutes les ordonnances ou à toutes les formalités prescrites pour le barillage et le pacage du hareng. C'est

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avec cette prudente activité que le commerce des Hollandais devint en quelque sorte le premier et le plus florissant de tous les peuples riverains de la mer du Nord. Walter-Baleigh estime qu'en 1606 ils exportèrent pour les pays du Nord seulement pour 1,357,000 livres sterling de harengs. Un traité fut conclu entre les Hollandais et les Hambourgeois, afin de veiller avec le plus grand soin à l'observance de toutes les instructions ou lois de pèche, pour conserver au poisson la réputation dont il jouissait. A cette époque les Hollandais fournissaient de harengs salés les quatre parties du monde : ils en envoyaient dans tous les royaumes d'Europe ; ils en expédiaient des cargaisons entières pour Smyrne et Constantinople; ils approvisionnaient les contrées du Midi par les échelles du Levant et les ports de la Grèce et d'Alexandrie. Venise surtout en consommait une immense quantité. Enfin les Hollandais faisaient traverser l'Atlantique au hareng et le portaient jusqu'au Brésil.

Nous voici arrivé au temps des grandes discussions qui s'élevèrent entre l'Angleterre et la Hollande pour la liberté de la pêche sur les côtes de la Grande-Bretagne, Les Anglais voulant exiger un droit de pêche dans les eaux voisines de leurs côtes, •alléguaient que

le traité de i494> conclu avec un prince de la maison d'Autriche ,. ne pouvait plus protéger les Hollandais qui avaient renoncé à la domination de ce prince.

Les Hollandais opposaient, de leur coté, l'habitude consacrée par le temps de venir pécher sur les rivages d'Angleterre, et soutenaient en même temps que la mer est au premier occupant. La guerre éclata bientôt, et la Hollande, tantôt unie à la France, tantôt séparée d'elle, fut, comme cette puissance, soumise à toutes les vicissitudes, dont il est inutile de retracer l'histoire en détail : cela rentre dans l'exposition des phases historiques des. trois puissances alliées ou rivales.

Je viens de suivre, dans le cours de cet exposé, l'état de la pêche ancienne, sur les côtes de notre pays, et sur celles des provinces maritimes de la Belgique et de la Hollande. Avant d'entrer dans la mer du Nord et de conduire les pêcheurs jusque sous les glaces du pôle, il est maintenant naturel de parler de la pêche anglaise.

Si l'on en croit les plus anciens documents, on peut faire remonter les premières dates certaines de la pêche anglaise du hareng au commencement du huitième siècle. Bede1 rap-

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