‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 7 sur 100 · DE LA FAMILLE DES CLUPÉOÏDES · texte numérisé non relu

DE LA FAMILLE DES CLUPÉOÏDES

Cette famille, l'une des plus utiles à l'homme par les immenses provisions d'aliments qu'elle vient, avec une admirable régularité, offrir, tous les ans, à son courage et à son industrie, est aussi l'une des plus remarquables pour les naturalistes, par la variété de ses espèces, et par les singularités de leur organisation. L'instinct irrésistible qui porte la plupart des dupées à sortir de leurs retraites à des époques fixes, rend leurs apparitions tellement régulières , qu'on les a considérées comme des migrations analogues à celles de certaines espèces d'oiseaux.

Les poissons de cette famille ont le corps généralement allongé et très-comprimé. Le ventre l'est surtout; aussi on lui donne l'épithète de tranchant. Il la mérite d'autant mieux qu'il porte, à une ou deux exceptions près, une

série de chevrons cornés, dont l'arête, prolongée en pointe, fait de la carène une véritable scie dentelée. Toutes les clupées sont couvertes d'écaillés assez grandes, mais qui tombent facilement. Leurs nageoires n'ont jamais de rayons épineux; celles du ventre sont à peu près sous le milieu du corps ; la dorsale, de médiocre longueur, est toujours unique. Indépendamment de ces caractères, tirés de la conformation générale, les clupes en ont deux plus précis dans la structure de leur mâchoire supérieure. Le premier, qui leur est commun avec les espèces de la famille des Saumons, consiste en ce que leurs intermaxillaires ne faisant pas le bord entier de la mâchoire, n'en occupent que le milieu, et en ce que les maxillaires, au lieu d'être reportés en arrière , en forment les côtés. Le second est pris de la structure du maxillaire. Cet os, simple dans le très -grand nombre des poissons, est composé dans ceux-ci de trois pièces qui se voient, même a l'extérieur, et que l'on peut aisément détacher par la cuisson ou par la macération. Tel est l'ensemble des caractères extérieurs des poissons que je comprends aujourd'hui dans les Clupéoïdes. Cette famille, ainsi caractérisée, me paraît mieux circonscrite que celle établie sous ce même

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nom par M. Cuvier dans le Règne animal. C'est pour arriver à cette précision que, dans le* livre précédent, j'ai retiré des Clupéoïdes de mon illustre maître plusieurs petites familles, composées de poissons qui n'ont point le ventre dentelé, et dont les maxillaires sont simples.

Les espèces que je réunis ici ont toutes les ouïes très-ouvertes, la membrane branchiostège soutenue par des rayons, dont le nombre n'est pas très -considérable. Les arceaux des branchies sont armés de dentelures très-longues et semblables à des dents de peigne , dirigées en avant. A l'intérieur, les arêtes sont très-fines, très-nombreuses, et pénètrent dans la chair en divers sens , ce qui tient à ce que les vertèbres et les côtes ont deux rangs d'apophyses transverses, naissant horizontalement, les unes de la base de l'apophyse épineuse supérieure , les autres de la côte près de son articula tion.Toutes ces apophyses, ainsi que les côtes, sont longues et souvent fines comme des cheveux. Le canal digestif est assez simple, car il se compose généralement d'un estomac conique, pourvu d'une branche montante , souvent charnue, et d'un intestin qui ne fait que deux replis. La première portion du canal intestinal est toujours garnie d'un nombre plus ou moins

considérable de ccecums allongés. Le foie et la rate sont petits. Tous ces viscères occupent, en général, peu d'espace sous le repli du péritoine qui les enveloppe, parce que le reste de cette partie de la cavité abdominale est rempli par les organes de la reproduction, qui prennent un développement considérable à l'époque du frai. Ce grand nombre de germes explique comment cette famille peut résister à la destruction incessante que l'homme en fait. Les sacs ovariens sont toujours complètement fermés, d'où il résulte que les œufs, au moment de leur éclosion , ne tombent pas dans la cavité péritonéale , ainsi que nous l'avons vu dans les Erythrins, ou que nous en retrouverons l'exemple dans les espèces de la famille des Saumons et de celle des Anguilles.

La vessie aérienne est toujours très -grande. Elle communique avec le canal digestif par un conduit pneumatique très -grêle, qui semble n'être souvent que la continuation de l'estomac, parce qu'il s'abouche à la pointe même du cône de ce viscère. Il vient aussi s'ouvrir dans quelques espèces sur la face dorsale de l'estomac ou de l'œsophage.

Nous avons vu rarement cette vessie se bifurquer en arrière, et les deux longues cornes coniques pénétrer dans l'épaisseur des muscles

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coccygieus le long des interépineux de l'anale.

Dans toutes les espèces, l'extrémité antérieure de la vessie est toujours simple, et le plus souvent pointue. Elle s'arrête sous le corps des premières vertèbres, qui n'ont auprès d'elle aucun osselet comparable à ceux de Weber. Deux petits ligaments vont attacher cette vessie à la base du crâne. Ils sont constamment pleins. Ce sont eux*que quelques anatomistes ont pris pour des tubes de communication entre la vessie aérienne et l'oreille interne. Jamais cet organe ne communique avec l'intérieur du crâne. J'ai employé tous les moyens anatomiques, ou fait toutes les expériences qui pouvaient m'assurer de l'occlusion complète de la vessie, et par conséquent, de l'absence de toute communication entre elle et la boîte cérébrale.

Les poissons de cette famille, aujourd'hui si nombreuse, ont été pour la plupart inconnus aux ichthyologistes qui m'ont précédé. Je ne crains pas aussi de dire que les espèces dont ils ont parlé ont été fort mal caractérisées dans leurs ouvrages, et que la synonymie y est presque entièrement fautive. Nous renvoyons aux chapitres spéciaux, où nous traitons de chaque espèce en particulier, l'examen de ce que les auteurs, depuis le seizième siècle

j usqu'à Willughby, ont dit de ces poissons. Mais l'on ne peut voir sans surprise comment Artedi et ses successeurs ont traité leur genre Clupea, et l'on est étonné de la confusion ou de l'ignorance qui existent chez ces auteurs systématiques. Ainsi Artedi caractérise ses dupées par les huit rayons de la membrane branchiostège; ce qui n'est pas vrai pour sa seconde espèce, le Sprat, qui n'en a que sixpar le ventre tranchant et dentelé, ce qui n'est pas plus exact pour sa quatrième espèce, r Anchois ; et par la position de la dorsale un peu plus rapprochée du museau que les ventrales : on sait aussi que ce dernier caractère est bien vague. De plus, il confond la sardine avec le hareng, de sorte qu'il méconnaît une espèce d'une grande importance dont Belon lui donnait l'indication sous le nom français

de Célerin. Il rapporte, dans sa synonymie, au hareng du Nord, qu'il connaît très-bien, ce que les auteurs riverains de la Méditerranée ont dit d'une clupée de cette mer, qui n'est ni la sardine ni le hareng, parce que ce grand ichthyologiste ignorait que ce dernier poisson n'existe pas dans la Méditerrranée. Cependant Artedi, avec son exactitude ordinaire , avait eu soin d'indiquer dans le hareng la présence des dents sur la langue ou sur le

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palais. Il avait par là mis sur la voie de trouver les caractères précis de ces espèces. Je m'étonne que M. Cuvier n'y ait pas fait plus d'attention; il aurait évité par là les erreurs qu'il a laissé échapper dans son ouvrage.

Linné, dès sa dixième édition, ajoute quelques mots à la diagnose générique cl'Artedi; . il remarque que les maxillaires supérieurs sont dentelés, mais il reproduit le nombre des huit rayons branchiostèges , ce qui ne l'empêche pas d'inscrire parmi ses espèces des poissons, qui en ont cinq, sept, et même dix. Il indique dix espèces dans. son genre; mais parmi elles son Clupea sternicla est de la famille des Saumons; son CL tropica est très -probablement quelque espèce de scombéroïde voisine des sérioles. Il ne fait d'autres changements à la douzième édition que d'ajouter une espèce.

Gmelin a conservé le genre de Linné en y introduisant trois poissons nouveaux, dont l'un, le CL haumela est un scombéroïde du genre Trichiure; l'autre, le CL dorab, pris dans Forskal, est le genre Chirocentre; et enfin, ce qui est plus extraordinaire, il ajoute, sous le nom de CL villosa le Sahno ' groenlandicus de Mùllei', qui est effectivement de la famille des Saumons.

Bloch, qui a donné l'indication d'un certain

nombre d'espèces nouvelles, n'a pas mieux caractérisé que ses prédécesseurs son genre Clupea. Car de ses deux caractères, le premier, la fossette du vertex, est vague et sans valeur zoologique ; le second , l'abdomen caréné et dentelé en scie, n'est pas représenté dans un grand nombre d'espèces à ventre arrondi et sans dentelures que Bloch a inscrites dans le genre. D'ailleurs, un autre reproche plus grave qu'on peut lui faire, c'est de n'avoir pas" fait connaître les espèces communes de nos côtes; ainsi il a mal représenté le hareng, l'alose, l'anchois, le sprat; la figure de son Cl. Pilcharclus est très -mauvaise; il y a oublié les stries de l'opercule, seul trait caractéristique de cette espèce , et il n'a pas su reconnaître en elle la sardine d'Europe qu'il confond avec le sprat. Enfin il cite dans %a. liste des clupées le genre Chirocentre emprunté à Forskal, et un cyprin qu'il a d'ailleurs si mal représenté, que je me suis demandé, même en l'inscrivant avec doute parmi nos ables\ s il n'avait pas eu raison, dans son Système posthume, de le rapporter aux Clupées. En effet, le ventre parait un peu dentelé, et la position des ventrales, par rapport à la dorsale, pourrait faire soupçonner

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