Hist. nat. «les poiss., i. XVII, p
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que Bloch possédait une espèce de Pellone; mais l'anale serait beaucoup trop courte, et les ventrales beaucoup plus grandes qu'aucune des espèces de ce genre dont elle n'a pas absolument la physionomie.
M. de Lacépède, qui a fait paraître son travail sur les Clupées très -peu après celui de Bloch, et qui en a profité, a commencé à faire quelques réformes utiles dans le genre de Linné. En effet, il a retiré des clupées pour en faire un genre , sous le nom de Mjs~ tus , le Clupea rnystus d'Osbeck. Il n'en a pas malheureusement saisi le caractère essentiel, sans quoi il aurait su y réunir d'autres poissons qu'il laissait parmi le premier genre. D'un autre côté, il a formé, sous le nom de Clupanodon, un genre qui devait comprendre les espèces caractérisées par l'absence de dents aux mâchoires. Rien ne prouve mieux que ce travail, combien sont faibles en histoire naturelle les travaux exécutés avec les livres seuls, à côté de ceux faits sur la nature. Notre célèbre ichthyologiste n'inscrit pas dans ce nouveau genre, Clupanodon, l'alose qui manque de dents, souvent aux mâchoires, et toujours à tous les os de l'intérieur de la bouche. Il place également parmi ses clupées la sardine, dont il emprunte à Bloch le nom latin
et fautif, et qui , comme l'alose , manque de dents à tous les os de la bouche, et il inscrit parmi ses clupanodons le Pilchard, qui n'est autre que la sardine. Son Clupanodon africain est une Pellone, qui a les mâchoires dentées; son Clupanodon chinois est un composé de deux espèces différentes, appartenant à deux groupes tout à fait distincts; car nous démontrerons que l'une d'elles , prise dans Nieuhof, est une spratelle et l'autre une clupéonie très -voisine du Clupanodon Jussieu, espèce qui n'est pas non plus établie sans quelques erreurs. Enfin, les deux premiers Clupanodons de Lacépède [CL thrissa et CL nasicà) appartiennent à un genre distinct, celui des Chatoessus. Il résulte donc de ces observations que le genre Clupanodon de Lacépède ne peut pas être conservé. D'ailleurs , le genre Chipée de cet auteur contient des espèces qui se rapportent à plusieurs genres et même à des familles distinctes, et qui ont été reproduites plusieurs fois et sous plusieurs noms dans cet ouvrage d'ichthyologie. Ainsi, nous avons démontré que le Clupea fasciata est un Equula, genre de la famille desZées ou des Scombres. Le Clupea macrocephala est du genre Aïbula et le même que V Aïbula Plumieri, et sans répéter les doubles emplois qu'il a empruntés à ses
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prédécesseurs, l'on verra que les trois espèces de Clupea alosa, Cl. fallax et Cl. rufa ne sont que nominales, et qu'elles appartiennent toutes à notre alose commune.
M. Cuvier , qui a éclairci , par la sagacité de sa critique et la rectitude de son jugement, plusieurs des erreurs que je viens de signaler, a commencé à débrouiller le*genrt; Clupea, en le subdivisant en plusieurs autres ou en rapprochant ceux que M. de Lacépède avait fondés, mais qu'il avait dispersés dans son ouvrage contrairement à toutes les affinités naturelles. Ainsi, le genre des Anchois (Engraulîs) et celui des Pristigastres , sont heureusement établis dès la première édition du Règne animal. M. Cuvier y ajoute, dans la seconde, les Chatoessus, qui sont en effet plus voisins des harengs que les Mégalopes avec lesquels on les confondait; puis il réunit à côté de ces genres et dans une famille assez naturelle ses Thrysses ou les Mjstus de Lacépède, les Odonthognates et les Notoptères de ce dernier naturaliste. Mais malgré ces heureuses modifications apportées à un genre, si mal étudié jusqu'à présent, la composition que M. Cuvier fait de son genre Hareng ou Clupea, et le caractère qu'il assigne à celui de ses Aloses {Alosa, Cuv.), n'est pas exact, parce que les
espèces y sont associées sans que les détails de leur organisation aient été étudiés et appréciés à leur juste valeur. Ainsi, l'on voit qu'il a méconnu le harenguet, l'esprot, le melet, en les confondant tous sous le Clupea sprattus de Bloch. Il a de même réuni à tort la Blanquette avec le White-bait des Anglais. S'il n'a pas coînmis la faute de comprendre la Sardine sous ces dénominations, il l'a séparée à tort du Gélan de nos côtes, qui ne diffère pas du Pilchard des Anglais.
J'ai déjà témoigné plus haut mon étonnement de. ce que M. Cuvier, si habile à saisir les caractères de la dentition, et qui a rendu tant de services à l'ichthyologie , en donnant au système dentaire une haute valeur dans la diagnose de ses genres, n'ait pas tenu compte de la dentition des dupées, bien que quelques naturalistes, comme anciennement Artedi, et récemment M. Dekay, aient déjà indiqué par quelques mots les variations extraordinaires que nous trouvons dans l'implantation des dents de ces diverses clupées. Cet oubli à fait que M. Cuvier a donné pour caractère de son genre Alose la petite échancrure de la mâchoire supérieure, caractère qui se retrouve dans les Clupea clupeola et Clupea humerahs, que M. Cuvier n'osait pas, avec raison, séparer de ses harengs.
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Tel était l'état de l'ichthyologie pour le genre Clupea, lorsque j'ai essayé d'étudier après ces célèbres naturalistes, les nombreuses espèces de ce genre dont quelques-unes pullulent sur les côtes , sont assez nettement distinguées par les pêcheurs riverains , mais le sont mal par les ichthyologistes de cabinet. J'ai eu le bonheur dans les fréquentes explorations que j'ai faites sur les bords de la Manche et des mers du Nord de m'aider des conseils pratiques que la pêche pouvait me fournir pour reconnaître d'abord à la première vue les petites espèces de Clupées qui portent des noms différents dans les diverses localités. Ainsi l'on ne connaît point à Cayeux ni au Crotoi les noms de Blanquette, de Menuise, de Haranguet qui sont au contraire en usage de l'autre côté de la Manche sur les côtes du Calvados. Les Blanches de la baie de la Somme sont les Haranguets de Caen, et ne sont que de jeunes harengs ; aussi ne les voit-on paraître en troupes innombrables qu'à la belle saison. Il est évident que c'est le produit de la ponte des harengs qui sont venus frayer sur la côte pendant l'hiver précédent. Je me suis assuré de la justesse de ces déterminations en examinant les dents et le squelette des harengs adultes et de ces jeunes individus. En faisant ces re-
cherches, j'ai examiné la dentition des espèces étrangères réunies dans l'immense collection que j'ai le bonheur d'avoir à ma disposition, et j'ai vu ces variations se reproduire avec constance sur un assez grand nombre de Clupées qui avaient en même temps des différences dans la position des nageoires et dans la physionomie générale. Comme ces observations s'appliquaient à des espèces qui avaient entre elles de l'affinité, il m'a été facile de former des groupes ou de nouveaux genres qui ont presque tous, pour chef de file, une de nos espèces côtières. Cette étude de la dentition, dont l'importance n'avait point échappé à Artedi, dans son étude du hareng , conduit à des déterminations aussi sûres que faciles de tous ces nombreux poissons, et sert à distinguer nos Clupées européennes. C'est ainsi que le TVhite-bait a des dents sur tous les os de l'intérieur de la bouche, c'est-à-dire sur les palatins, les ptérygoïdiens , le vomer et la langue; que la Harenguette, type de notre genre Harengule, n'en a point siv le vomer, mais ses autres os en sont garnis; que nos Clupées proprement dites , comprenant le hareng et quelques espèces voisines en ont une bande longitudinale sur le vomer, une autre sur la langue, et quelques petites et
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difficiles à voir sur le devant des palatins, les autres os sont lisses. Nos Sardinelles diffèrent des Harengs parce qu'elles n'ont point de dents sur les mâchoires ni sur le vomer, mais qu'elles en ont sur les palatins, les ptérygoïdiens et sur la langue. Ce genre a pour type ce poisson de la Méditerranée que les uns ont nommé le Hareng, et les autres ont pris tout aussi arbitrairement pour la Sardine ou le Pilchard.
Certaines espèces étrangères viennent offrir des combinaisons nouvelles qui se rapprochent de ces différents genres. Ainsi la position des ventrales et la longueur de l'anale caractérisent les Pellones; l'absence des ventrales, les Pristigastres. Les Clupéonies sont des espèces étrangères qui n'ont de dents sur aucune autre pièce que sur la langue et les ptérygoïdiens. Chez nos Spratelles, c'est la combinaison de dents sur la langue et les palatins seulement. Dans les Kovales, nous voyons les dents disparaître sur la langue en même temps que sur les mâchoires, sur le vomer , sur les palatins , de sorte que les ptérygoïdiens restent seuls armés de dents. Les Melettes, nom de genre que nous empruntons à des petites espèces de nos côtes de Bretagne et de Provence, ont pour caractère
la présence de dents sur la langue seulement. Nous retrouvons cette combinaison sur des poissons de l'Amérique septentrionale et de la Nouvelle -Hollande presque aussi grands que nos Aloses. Celles-ci constituent un genre distinct, que nous caractérisons tout autrement que ne l'a fait M. Cuvier; nous faisons reposer leur caractère sur l'absence de dents à toutes les pièces de l'intérieur de la bouche. Il n'y en a pas plus sur la langue que sur le palais. Les dents des mâchoires sont petites, caduques, et le plus grand nombre des aloses en manquent même sur ces os.
Après avoir ainsi caractérisé les espèces qui étaient toutes plus ou moins confondues dans le genre Clupea de Cuvier, et qui ont généralement la mâchoire inférieure plus allongée que la supérieure, nous avons à placer ces genres bien tranchés que M. Cuvier a établis sous des noms bien connus et adoptés en ichthyologie. Ils forment cependant un second groupe qui peut être caractérisé par la saillie du museau au-devant de la mâchoire supérieure. Cette saillie, due au prolongement de l'ethmoïde, fait que les intermaxillaires ne sont plus placés en travers sur le devant de la bouche comme dans les vrais harengs , mais qu'ils sont couchés sur les côtés. C'est le caractère le plus
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apparent des Anchois, qui présentent dans tout ce groupe des Clupéoïdes une exception fort remarquable. Le ventre de quelques espèces n'est point dentelé ; il est' cependant impossible quand on place à côté l'une de l'autre, comme nous pouvons le faire, un aussi grand nombre d'espèces, de séparer les Anchois sans dentelures de ceux qui ont le ventre caréné et dentelé. M. Cuvier a caractérisé sous le nom de Thrisse les Mystus de Lacépède, en ajoutant au caractère de la réunion de l'anale à la caudale celui qui est fourni par le prolongement des maxillaires. J'ai adopté pour certaines espèces de l'Inde, dont les rayons de la pectorale se prolongent en longs filaments, la coupe générique établie par M. Gray sous le nom de Coïlia. Les Odonthognates sont des Mystus sans ventrales; ils reproduisent dans ce groupe ce que les Pristigastres ont représenté chez les dupées à mâchoire inférieure saillante au- devant de la supérieure. Les Notoptères viennent aussi se rapprocher de ces genres par leur longue anale réunie à une très-petite caudale, mais ils s'en distinguent par la forme de leur bouche et par la grosseur de leur museau. Outre les caractères des Glupées que nous retrouvons dans la bouche et dans le 20. 1
ventre dentelé des Chatoessus, nous avons pour les distinguer le prolongement en long filet du dernier rayon de la dorsale. Tel est l'exposé des différents genres dont nous allons écrire successivement l'histoire. Ils composent une famille que nous considérons comme des plus naturelles en ichthyologie.
Le nom de Clupea, sous lequel les premières espèces ont été réunies par Artedi, n'a, dans les anciens, comme la plupart des autres noms de poissons, qu'une signification indéterminée et même variable. Aucun passage de ces auteurs ne le fait concorder précisément avec les poissons qui portent aujourd'hui ce nom. Pline * dit que le Clupea est un très-petit poisson qui tue XAttilus, c'est-à-dire l'Esturgeon du Pô, en mordant une veine de sa gorge, ce qui se rapporte très-probablement à l'Ammocet ou Lamprillon [Petromjzon branchialis, Linn.). On pourrait croire aussi que c'est une autre espèce de petite Lamproie, le Sucet (Petromjzon Planeri). Callisthène, au contraire, cité dans le Traité des fleuves du Pseudo - Plutarque 2, prétend , au treizième livre des Galatiques, que le Clupea, ainsi appelé par les gens du pays, est un grand poisson