‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 75 sur 100 · Lacép . t. V, p. 471 ci 474, pi · texte numérisé non relu

Lacép . t. V, p. 471 ci 474, pi

CHAP. VII. CLUPÉONIES. 347

animal, vol. II, page 3 18; mais malheureusement en termes trop concis pour qu'il soit facile de bien saisir cette rectification quand on n'a pas les matériaux originaux à sa disposition. C'est ce que j'ai pu faire facilement, parce que j'ai trouvé dans les riches collections du Muséum des exemplaires dans lesquels il est facile de reconnaître cette grande Sardine de l Ile-de-France, décrite et dessinée par Gomme rs on.

Ce poisson ressemble, en effet, par sa forme trapue , par son dos arrondi, à nos sardines; mais il a des caractères distinctifs très -marqués. L'épaisseur est deux fois et un tiers dans la hauteur du corps, qui est contenue quatre fois et demie dans la longueur totale. La tête est courte , elle y est près de six fois. Les yeux sont de grandeur médiocre; le front, audevant d'eux, porte deux petites carènes divergentes, à partir des intermaxillaires. La bouche est petite ; il n'y a point de dents sur les mâchoires ; l'inférieure dépasse de très -peu la supérieure. Le vomer et les palatins sont lisses et sans dents; mais nous en avons observé un petit groupe sur les ptérygoidiens et une bandelette longitudinale sur la langue. Les ouïes sont très-largement fendues ; il n'y a que six rayons à la membrane branchiostège. Le préopercule est arrondi; il ne cache point l'interopercule, qui est aussi arrondi. L'opercule a sa surface couverte de stries rayonnantes, fines et nombreuses. Ce caractère ' est remarquable, parce qu'il rappelle celui qui est si

548 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.

caractéristique dans la sardine , sans qu'il lui soit cependant semblable. La dorsale est située à peu près au tiers du corps, son bord est échancré, ses rayons sont très-minces; la ventrale répond à peu près à son milieu. L'anale est très-basse; la caudale est fourchue; la pectorale est petite, pointue et attachée sous l'angle de l'appareil operculaire.

Les écailles sont de moyenne grandeur, fortement striées dans leur partie radicale , lisses sur le devant : on en compte quarante -cinq rangées. Le ventre est tranchant, sans être très - comprimé ; les pièces du chevron sont étroites, longues et pointues ; la partie moyenne a une longue pointe en avant et une épine courte mais forte , dont la série constitue la dentelure du ventre. La couleur est bleuâtre en dessus ; tout le reste du corps est argenté. Sur le poisson, conservé dans l'eau-de-vie, on voit des taches disposées en lignes longitudinales. La dorsale et la caudale sont verdâtres ; l'extrémité des fourches est rembrunie : les autres nageoires sont incolores.

La splanchnologie de ce poisson ressemble à celle de nos harengs : l'estomac est étroit et conique, son extrémité, pointue, communique par un canal recourbé avec la vessie natatoire, qui est grande, et qui occupe toute la partie supérieure de la cavité abdominale sans se prolonger pour en sortir. Les appendices cœcales sont très-nombreuses ; l'intestin ne fait que deux replis; les ovaires étaient très-gonflés et remplis d'une très - grande quantité d'œufs d'une excessive petitesse.

CHAI1. VIL CLUPÉONIES. 349

Notre individu ebt Long de sept pouces. Il a été rapporté de l'Ile-de-France par M. Dussumier. Ce naturaliste a consigné dans ses notes que les habitants l'appellent Sardine, et il a observé que cette espèce se montre sur les oôtes par bandes assez considérables , et quelle paraît avoir les mêmes habitudes que la nôtre; mais il dit que ce poisson, gras et huileux, est loin de valoir la sardine des mers d'Europe.

La Clupéonie fasciée.

(Clupeonia fasciata , nob.)

Nous avons reçu des mers voisines une seconde clupéonie distincte de la précédente, quoiqu'elle en soit assez voisine pour qu'on puisse les confondre sans un examen attentif*

Celle-ci a le dos moins arrondi , le corps plus allongé, parce qu'il est plus étroit; car la Hauteur est un peu plus de cinq fois dans la longueur totale. La tête est aussi plus longue; le museau est plus gros et plus obtus; l'œil est plus grand. Il n'y a qu'une seule carène médiane sur le devant des frontaux. L'opercule n'a point de stries sur toute sa surface. Les nageoires diffèrent peu de celles de la précédente ; l'anale cependant paraît un peu plus courte ; elle a, en effet, deux rayons de moins. D. 20 ; A. %, etc.

550 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.

Les écailles me paraissent plus rondes , la couleur bleue du dos est séparée du brillant argenté des flancs par une bandelette longitudinale noirâtre ; quelques autres bandes s'aperçoivent par reflet le long des flancs.

Nous n'avons qu'un individu de cet^e espèce : il est long de six pouces, et a été trouvé dans la rade de Saint-Denis de Bourbon par M. Leschenault.

Clupéonie de Commerson.

(Clupeonia Commersoni , nob.)

Une troisième espèce de ce genre a les mêmes formes que les précédentes. Son corps est assez arrondi , sans être aussi épais que celui de la grande sardine de l'Ile-de-France.

La tête est petite et courte ; la dorsale est plus triangulaire; la pectorale courte et pointue; l'anale basse et longue ; la caudale fourchue.

D. 13; A. 19, etc.

Les écailles sont petites % rondes et tombent trèsfacilement. La couleur est un bleu d'acier, pâle sur le dos ; les flancs et le ventre sont argentés ; les nageoires sont blanches; les deux pointes de la caudale sont colorées en noir très-foncé et qui tranche nettement avec le reste de la couleur.

Nous possédons trois exemplaires parfaitement semblables de cette jolie espèce : ils

CHAP. VII. CLUPÉONIES. . 551

viennent do la rade de Bombay cl faisaient partie des collections formées par M. Polydore Roux. Cest, à n'en pas douter, l'espèce dont Commerson a laissé un dessin, si facile à reconnaître à l'exactitude du trait et aux deux taches noires de la caudale. Ce dessin a été gravé par M. de Lacépède ' sous le nom de variété du Clupanodon Jussieui.

Nous avons déjà expliqué à l'article de cette espèce la transposition du dessin représentant notre première clupéonie, à une espèce toute différente établie d'après Linné. La seconde transposition que M. de Lacépède fait ici est la conséquence de la première. Je n'ai trouvé dans les manuscrits de Commerson aucun texte qui se rapporte à ce dessin ; mais l'espèce avait été certainement vue par Solander; car j'en lis une description reconnaissable dans ses manuscrits sous le nom de Clupea otaitensis.

Parlant de la caudale, voici les expressions de ce grand naturaliste : Pinna caudœ bifurca, apicibus loborum nigris. On l'a apporté sur le vaisseau de Cook sous le nom de Enicoha. M. Cuvier, qui avait essayé de débrouiller la confusion de Lacépède, avait proposé le nom de Clupea melanura*. J'aurais conservé cette

Page 1