CHAPITRE X
Du genre Melette {Meletta).
Après toutes les combinaisons de dents implantées sur les diverses pièces de la bouche d'une clupée, il nous restait encore à épuiser celle-ci. La nature nous là montre sur plusieurs espèces. La dentition est réduite à une bandelette d'aspérités sur la langue seulement.
Nous arrivons donc peu à peu à l'absence complète de dents que les. aloses présentent comme caractère.
Nous trouvons des espèces de ces petits poissons sur nos côtes de l'Océan ou de la Méditerranée, et une grande et belle espèce, que l'on confondrait facilement avec les aloses, vit dans les eaux douces de l'Amérique septentrionale.
La Melette commune.
{Meletta vulgaris, nob.)
Nous trouvons aussi parmi nos petites dupées une espèce
qui a le corps allongé; car la hauteur du tronc est comprise cinq fois et un tiers dans la longueur totale. Portée sur la tête, cette hauteur atteint jusqu'au
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bord du préopercule seulement : la tète est par conséquent longue; elle mesure un peu moins du quart de la longueur totale. L'œil est assez grand. Il n'y a aucune strie sur l'opercule ni sur les autres pièces de la joue. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure. Nous ne voyons de dents que sur l'extrémité de la langue. Nous avons examiné avec le plus grand soin les différents os du palais; il nous a été impossible de découvrir une seule dent sur le vomer , les palatins ou les ptérygoidiens. Les nageoires sont placées a peu près comme dans les harengs; cependant, quand on ouvre la ventrale, on voit qu'elle est insérée un peu au-devant de la dorsale : l'anale est très - basse. Il faut remarquer avec soin que, dans ces melettes, le bord de la fente de l'ouïe est parfaitement régulier; que la membrane branchiostège ne fait pas au-dessous cette saillie qui forme cette espèce de troncature ou de grande entaille , si caractérisée dans la sardine et un grand nombre d'autres clupées, et dans laquelle s'insère en quelque sorte la pectorale. Le bord de l'opercule seul a vers le haut une faible sinuosité rentrante.
Les écailles sont excessivement minces, et n'ont d'autres stries que celles de l'accroissement; comme dans toutes les autres clupées, elles tombent trèsfacilement. La couleur, devenue bleue sur le dos après la mort, reste d'un argenté très - brillant sur tout le reste du corps. Les nageoires sont un peu jaunâtres. L'extrémité du museau est noire, et me paraît plus fortement colorée que dans beaucoup
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d'autres petites clupées. La carène du ventre est trèsaiguë ; elle a trente et un chevrons assez pointus.
Je crois avoir indiqué, autant qu'on peut le faire par des paroles, les principaux traits caractéristiques de ces melettes, qui se distinguent presque uniquement de toutes les autres clupées par la dentition. Nous avons compté les vertèbres j il y en a quarantesept. Ce nombre est très-différent de celui des jeunes harengs, qui est de cinquante -six, de nos blanquettes qui en ont quarante-quatre ; mais il se rapproche de celui du sprat qui en a quarante-huit; mais les sprats ont des dents sur les palatins.
Nos plus grands individus n'ont que trois pouces et demi.
Ces petites melettes me paraissent très-fréquemment tourmentées par une espèce de Lernée qui s'attache à leurs yeux, sur le dos ou indifféremment sur d'autres parties du corps.
Elles nous sont venues en grand nombre de La Rochelle par les soins de M. d'Orbigny.
Nous avons été assez heureux pour retrouver ce poisson parmi de jeunes harengs que MM. les docteurs Eudes Deslongchamps et Fourneaux nous ont envoyés de Caen. M. Cuvier les a confondus avec le harenguet ou avec le sprat.
En examinant avec soin les planches de Duhamel, nous croyons reconnaître notre
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espèce dans la figure qu'il a donnée sous le nom de Melette. *
La Melette de la Méditerranée.
(Meletta mediterranea , nob.)
Nous avons reçu de la Méditerranée, sous le même nom de Melette, un petit poisson que l'on confondrait aisément avec le précédent, et à plus forte raison avec les autres petits clupéoïdes dont nous avons précédemment parlé, si l'on ne faisait attention au caractère que nous tirons de sa dentition.
Celle-ci, en effet, n'a de dents que sur la langue : voilà ce qui en fait une melette. Elle se distingue de la melette vulgaire , parce que ses dents sont implantées sur une ligne longitudinale aussi longue que le corps de l'os lingual, tandis que dans les nombreux individus de melette vulgaire, nous n'avons trouvé de dents qu'à l'extrémité de la langue. Ce petit poisson nous paraît d'ailleurs avoir le corps plus trapu, le dos plus arrondi, la tête un peu plus allongée. La membrane branchiostège fait , avec le sous -opercule, cette échancrure si fréquente dans . les sardines et plusieurs autres clupéoïdes; mais ces légères différences ne nous auraient pas paru assez grandes pour en faire des caractères spécifiques, si
1. Duhamel, Pêches, 2.e partie, §. 3. pi. 16. fig. 6. 2 0. 24
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nous n'en avions trouvé de plus importants dans la dentition.
Les couleurs de ce petit poisson ressemblent à celles de tous ses congénères; mais les écailles sont plus fortement striées , elles ont surtout trois fortes stries verticales, dont on ne voit aucune trace dans la melette commune.
Le Cabinet du Roi en possède des individus
qui ont été envoyés de Toulon par M. Banon,
et de Marseille par M. Roux.
La Melette du Sénégal.
(Meletta Senegalensis 3 nob.)
Cette petite espèce du Sénégal est trèsdistincte des dçux précédentes par sa forme élargie.
La hauteur est un peu moins de quatre fois dans la longueur totale. La tête est grosse et haute; les dents linguales sont très-petites et vers le fond du gosier; la dorsale est assez haute et assez large; les rayons des nageoires sont un peu différentes.-
B. 7; D. 18; A. 22; C. 25; P. 16; V. 8. Le dos est bleu ; le ventre est argenté ; les nageoires sont brunes: le bord de la dorsale et l'extrémité de la caudale sont même un peu noirâtres.
Ces poissons n'ont que trois pouces : ils nous ont été envoyés du Sénégal par M. le
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contre-amiral Jubclin, qui a été gouverneur de cette colonie.
La Melette d'automne.
(Meletta matowacca ; Clupea matowacca, Mitch.)
Le Matowacca , que les Américains des États-Unis appellent aussi Hareng d'automne ou Hareng-alose , a effectivement une forme allongée, qui tient un peu de celle du hareng, en même temps quelle rappelle un peu celle de l'alose. Les taches quelle porte sur les flancs ajoutent encore à la ressemblance qu'elle a avec ce dernier poisson.
Le corps est en général allongé, à profils du dos et du ventre à peu près également convexes. Je trouve dans un individu que la hauteur est comprise quatre fois et demie dans la longueur totale , tandis que dans un autre elle n'y est que quatre fois et un tiers. Ces légères différences , plus visibles à l'œil que grandes au compas, dépendent très -probablement de l'état de plénitude du poisson. La tête est courte, un peu plus' longue que le cinquième de la longueur totale. Comme dans la plupart de nos autres clupées, la mâchoire inférieure dépasse la supérieure; celle-ci a une assez forte échancrure ; l'œil est recouvert par des paupières adipeuses assez épaisses, et ces membranes muqueuses 's'étendent sur presque toute la joue : si on les enlève pour mettre les os à nu , on trouve un préopercule très- grand, arrondi en des-
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sous et vers son angle , cachant presque en entier l'interopercule, un opercule à surface profondément strié et un sous-opercule rhomboïclal. Nous ne trouvons de dents que sur la langue; elles sont disposées sur une bande étroite, longitudinale, et aussi faciles à voir que sensibles au toucher. La pectorale est triangulaire, pointue; la ventrale, petite, répond au septième rayon de la dorsale : celle- ci. est de médiocre grandeur, irrégulièrement trapézoïdale, trois fois plus haute de l'avant que de l'arrière. La caudale est fourchue et couverte en grande partie de petites écailles.
D. 18 (Dekay n'a dit que 1); A. 20; C. 29 ; P. 16 ; V. 9.
Celles du corps sont minces , très-largement imbriquées ; aussi sont-elles assez persistantes. Les pièces de la carène abdominale sont au nombre de trentesix; les côtés du chevron sont grêles et élevés; l'épine est courte. La couleur es,t un vert foncé sur la partie dorsale, passant au jaune sur le haut des flancs et se fondant dans l'irisé bleuâtre des flancs , qui sont fortement argentés. Des séries de points noirs forment une douzaine de petites lignes longitudinales, dont les traces se conservent très -bien sur le poisson gardé pendant longtemps dans l'alcool. Lorsque les écailles sont tombées , on aperçoit une série de cinq à six taches bleuâtres foncées sur le haut des flancs : la tache de l'épaule est plus grande et plus grosse. La dorsale et la caudale sont d'un brun olivâtre plus ou moins foncé.
L'individu que j'ai ouvert était un mâle dont les laitances étaient presque entièrement vides. L'examen
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du canal digestif m'a fait voir que l'œsophage est large et court , que l'estomac est un sac conique , obtus à son extrémité. Ce viscère atteint près des trois quarts de la cavité abdominale ; sa branche montante est aussi courte que l'œsophage et remonte jusque sous le diaphragme. L'intestin a ses parois minces et ne fait guère que deux replis ; le duodénum est garni de chaque côté de très -nombreuses appendices cœcales disposées sur deux rangs , mais en nombres inégaux; il n'y en a guère que dix ou douze du côté gauche , tandis qu'à droite il y en a trente - six au moins. Ces cœcums sont grêles et longs. La communication de l'estomac avec la vessie aérienne se fait par un canal étroit qui remonte obliquement de l'estomac vers la vessie, en naissant tout près de la pointe, mais en n'étant pas, comme dans notre alose où comme dans le hareng , dans la direction de l'estomac, et n'ayant pas l'air par conséquent d'en former le prolongement. La «vessie elle-même est très-grande, presque cylindrique, terminée en pointe seulement aux deux extrémités. L'estomac était rempli de petits poissons , parmi lesquels nous avons facilement reconnu du frai de muge.
L'exemplaire qui a servi à cette description , est long d'un pied : il a été pris à l'embouchure de la rivière d'Hudson; il a été donné au Cabinet du Roi par M. le comte de Castelnau.
L'espèce me paraît occuper une grande étendue aux États-Unis, puisque M. le doc-
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leur Dekay l'a décrite parmi ses poissons de New -York, et que nous en avons reçu des exemplaires de Charleston, de la Caroline du sud, par M. le. docteur Holbrook.
ha Melette veinée.
(Meletta venosa, nob.)
Nous avons reçu des mers de l'Amérique septentrionale une autre melette dont le corps est plus trapu, la tête plus large et plus courte que celle du matowacca.
La hauteur du tronc est un peu plus longue que la tête, et est comprise quatre fois et un quart dans la longueur totale. L'œil est tout à fait sur le haut de la joue : il est assez grand. Je ne vois pas de stries sur les opercules; mais une espèce de peau adipeuse qui les recouvre, en s'avançant jusque sur le globe de l'œil, est traversée par de nombreux vaisseaux muqueux dessinant sur la joue des veines trèsrapprochées. Il n'y a de dents que sur la langue. Les nombres sont :
Ce poisson paraît avoir quelques rayures longitudinales perdues dans la teinte rembrunie du dos; les flancs sont argentés; la dorsale et la caudale sont brunâtres ; l'anale est plus pâle; les nageoires paires sont jaunâtres.
Nos exemplaires ont cinq pouces et demi
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de long : ils ont été envoyés de New-York par M. Milbert,
La Melette de Lesueur.
(Mêle t ta Sucer ii, nob.)
Le naturaliste, auquel nous dédions cette espèce, nous a envoyé deux individus qu'il avait pris dans le Wabash , l'un des grands affluents du Mississipi : elle ressemble, par sa forme trapue, par son dos arrondi, à notre petite melette de Toulon.
La hauteur du tronc est égale à celle de la tête,
et elle est comprise quatre fois et demie dans la
longueur totale. Les dents sont sur le devant de la
langue.
D. Il; A. 21; C. 23; P. 17; V. 9.
La couleur est roussâtre sur le dos, argentée sur le reste du corps : les nageoires paraissent jaunâtres.
Nos individus ont trois pouces et quelques lignes de longueur.
La Melette a museau obtus.
(Meletta obtusirostris , nob.)
Nous trouvons aussi des melettes dans les mers de l'Inde. Celle que nous ferons connaître en premier
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est remarquable par la grosseur de la tête, dont le front est convexe et dont le museau est gros et obtus. La mâchoire inférieure dépasse très -peu la supérieure. L'œil est en partie caché sous une adipeuse épaisse qui couvre presque toute la joue : cette membrane n'a presque pas de veinules ; mais sa surface est recouverte d'un nombre considérable de petites granulations très -fines, qui pourtant s'aperçoivent bien à l'œil nu. Il y a une échancrure sur le haut de l'opercule ; la membrane brancliiostège est coupée carrément sous l'interopercule; la pectorale est insérée sous la tête de manière à toucher au sous-opercule; la ventrale répond au milieu de la dorsale ; l'anale est très-basse.
D. 17 ; A. 18 , etc.
Les écailles sont grandes et fortes , assez adhérentes; elles ont trois ou quatre stries verticales sur la racine. La couleur , verdâtre sur le dos , est argentée sur le reste du corps.
Ce poisson est très-abondant aux Séchelles : M. Dussumier nous en a rapporté de nombreux exemplaires qui ne dépassent pas six pouces : on y nomme l'espèce Sardine.
La Melette de la Nouvelle-Hollande.
(Meletta Novœ Hollandiœ 3 nob.)
Nous retrouvons de ces melettes jusque sur les côtes de la Nouvelle-Hollande.
Cette espèce me paraît avoir le corps plus allongé
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que celles décrites précédemment; elle ressemble davantage à la melette vulgaire; elle a, comme celle-ci, la fente de l'ouïe courbe et régulière, sans que la membrane brancliiostège soit coupée carrément sous la gorge.
Les écailles sont caduques et n'ont pas de stries. La couleur est d'un gris bleuâtre sur le dos, argentée sur les flancs et le reste du corps.
L'espèce a été rapportée du port Jackson par MM. Quoy et Gaimard, de l'expédition commandée par M. Freycinet.
La Melette venimeuse.
{Meletta venenosa, nob.)
Cette espèce a le corps trapu; les flancs assez arrondis. La hauteur, à peine supérieure à la longueur de la tête , est contenue quatre fois* et un quart dans la longueur totale. La dorsale a le bord un peu concave. L'anale est courte et basse. Le museau est gros, obtus. La mâchoire inférieure un peu relevée; la mâchoire supérieure est large. D. 18; A. 18; P. 8; V. 15.
Les écailles sont petites : on en compte quarantequatre entre l'ouïe et la caudale. La couleur est un bleu verdâtre sur le dos, avec quelques traces de lignes longitudinales plus ou moins effacées. Les flancs sont argentés. Le bout du museau est noir; il y a aussi une petite tache noire à l'extrémité supé-
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rieure des premiers rayons de la dorsale. La caudale est jaunâtre; les autres nageoires sont incolores.
Nos plus grands individus sont longs de cinq pouces.
Ils ont été rapportés des Séchelles par M. Dussumier, qui nous apprend par les notes recueillies sur les lieux, que cette espèce a la chair venimeuse : les personnes qui en mangent sont prises de vomissements, qui atteignent quelquefois une telle gravité, que l'on a vu des personnes y succomber. 11- faut avoir bien soin de distinguer ce poisson d'une autre espèce que l'on pêche en très-grande abondance dans la même rade, qui y est aussi estimée , et y rend les mêmes services que nos sardines. Cette espèce me paraît d'ailleurs répandue dans la mer des Indes; car M. Leguillon, chirurgien à bord de la corvette la Zélée, en a rapporté un assez grand nombre d'exemplaires qu'il a pris pendant la campagne de l'amiral Dumont d'Urvilie.
La Melette lile.
{Melelta lile, nob.)
Cette espèce est remarquable
par son ventre tranchant, dont le profil est Irèsconcave, tandis que celui du dos est presque droit.
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La plus grande hauteur se mesure un peu en avant de la dorsale, et elle est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur totale. L'épaisseur n'est pas tout à fait le quart de la hauteur. La tête est petite, sa longueur est comprise cinq fois et demie, dans celle du corps entier. La bouche est petite; la mâchoire inférieure dépasse de très-peu la supérieure. Je ne sens pas de dents sur la mâchoire supérieure, mais je crois qu'il y en a de très -petites sur l'inférieure. La langue en a aussi une bandelette longitudinale. Les ventrales sont petites et insérées sous l'aplomb du premier rayon de la dorsale. Cette nageoire est quelque peu écailleuse, et je fais la même remarque sur la caudale, qui est fourchue. Nous n'avons compté que cinq rayons à la membrane hranchiostège.
Il y a quarante rangées d'écaillés le long des flancs : elles tiennent beaucoup plus fortement que dans la plupart des autres clupées. Dans l'alcool , le poisson paraît roux avec une bandelette argentée le long des flancs. Les opercules et. la carène du ventre ont ce même brillant métallique. La caudale est bordée de noir; mais M. Dussumier, qui l'a vu frais, nous dit que la plus grande partie du corps est d'un blanc transparent; que la ligne latérale est opaque et marquée par une bandelette argentée à reflets de nacre rosé. Ces reflets sont dus à la bordure rose des écailles de cette partie du corps, mais on n'aperçoit rien de semblable sur le dos. Toutes les nageoires sont blanches, transparentes, à l'exception de la caudale.
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La taille varie de quatre à cinq pouces.
Ce poisson est très -commun sur toute la côte malabare , où les pêcheurs l'appellent Cooba. M. Dussumier dit qu'on mange ce poisson sur la côte, préparé en friture, de la même manière que nous apprêtons nos goujons. L'espèce se trouve aussi sur la côte de Goromandel. C'est de Pondichéry que nous avons reçu les premiers exemplaires par les soins de M. Leschenault. Le nom que porte ce poisson en langue tamoule est Matti-lile.
Le Cailleu tassart.
{Meletta thrissa, nob.)
Nous allons décrire maintenant un de ces poissons qui prouvent combien l'examen superficiel d'un caractère artificiel peut causer d'erreurs en histoire naturelle. Quiconque examinera cette espèce, verra dans la forme , générale du corps, dans celle de la tête, des mâchoires, une espèce voisine des Aloses. Si l'examen devient plus minutieux, on rétrouve la dentition des Melettes, avec lesquels ce poisson a effectivement les plus grands rapports. Son caractère spécifique sera tiré du prolongement du dernier rayon de la dorsale. Que l'on s'en tienne seulement a ce signe
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extérieur, on réunira dans le même genre cette espèce de Melette à dorsale filamenteuse avec d'autres poissons de la mer des Indes à ethmoïde proéminent, à mâchoire sans dents, et qui n'ont de commun avec ce poisson que le prolongement sétacé du dernier rayon de la dorsale. Si l'on groupait ces poissons entre eux dans un même genre, il faudrait y réunir aussi, pour être conséquent avec soi-même, les Mégalopes, qui sont cependant si différents qu'on n'a pas hésité à les séparer. L'étude de cette espèce est donc importante en ichthyologie; elle est une des preuves qui fixent la philosophie de la science,
Avant de discuter sa nombreuse synonymie, nous allons faire connaître les caractères de cette espèce abondante dans les mers d'Amérique.
Elle a le corps en ovale assez régulier. La hauteur, mesurée sous la dorsale, est le quart de la longueur totale. La tête est courte : elle est comprise cinq fois et un tiers dans cette même longueur. La mâchoire supérieure est échancrée dans le milieu sans dents; l'inférieure dépasse un peu la supérieure, et elle est de même sans dents. Il n'y en a pas non plus au palais, mais la langue en porte quelques petites sur une rangée longitudinale; quoique petites, leur présence est incontestable. La dorsale est insérée un peu en avant du milieu de la longueur
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totale : ses premiers rayons sont six à sept fois plus hauts que les derniers, ce qui la rend pointue de l'avant ; mais le dernier s'allonge en un long filament, qui rappelle tout à fait ce que nous avons observé déjà dans le genre Mégalope et ce que nous retrouverons dans les Chatoessus. Ce rayon , dans quelques individus, atteint quelquefois tout près de la caudale, et il n'a pas tout à fait le- tiers, mais les deux septièmes de la longueur totale du corps. L'anale est basse et peu étendue; la caudale estprofondément fourchue; les nageoires paires sont petites.
La couleur de nos individus est verdâtre sur le dos, argentée sur les flancs. Les nageoires dorsale et caudale sont vertes comme le dos; les autres nageoires sont plus pâles. Une tache plus ou moins marquée, mais cependant facile à retrouver sur tous nos individus, existe sur l'épaule, et on trouve quelquefois des exemplaires qui ont une série de taches le long des flancs, de sorte que nous retrouverions dans cette espèce, relativement aux taches, des variations analogues à celles que nous avons observées dans nos Aloses et dans d'autres Clupéoides.
Nous avons reçu de bons exemplaires de cette espèce, de New-York, par les soins de M. Milbert. M. Ricord l'a envoyée de Saint- Domingue, M. Lhermmier de la. Guadeloupe, MM. Plée et Achard de la Martinique, et
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enfin nous la voyons s'avancer jusqu'au Brésil, d'où M. Delalande en a rapporté.
Nous savons aussi, par un dessin de M. Poey, que l'espèce se trouve à la Havane où on l'appelle Machuelo. C'est, dit-il, l'espèce de la sardine la plus estimée, très-abondante principalement dans les ports. Sa chair est Ijonne et solide, étant peu mêlée d'arêtes.
M. Lherminier l'appelle le Cailleïi- Tassart de la Guadeloupe ; il dit que cette espèce est bonne , mais un peu suspecte, parce qu'elle vit dans les ports. La dénomination de M. Lherminier nous met sur la voie de reconnaître dans ce poisson celui que Duhamel ' a figuré sous ce même nom de Cailleu-Tassart, et qu'il avait reçu de la même colonie par les soins de son correspondant, M. le conseiller de Barbotteau. Il est juste de dire cependant, que la figure faite par les soins du magistrat qui employait ses loisirs à l'étude de l'histoire naturelle, est fort exacte et parfaitement reconnaissable. Mais l'espèce avait été signalée aux naturalistes longtemps avant, d'abord par Brovvn dans l'Histoire de la Jamaïque2, et peut-être aussi par Osbeck3;