‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 94 sur 100 · Gang.fish., pi. 19, fig · texte numérisé non relu

Gang.fish., pi. 19, fig

chàp. xi. aloses. 435

L'Alose ïoli.

(Alausa Toll , nob.)

Nous avon$ reçu des mêmes côtes de l'Inde, mais plus haut vers le Nord , une seconde espèce d'Alose , qui ne manque pas d'avoir une certaine affinité avec celle-ci.

Elle s'en distingue cependant par des écailles plus grandes; car je n'en compte qu'une quarantaine entre l'ouïe et la caudale. La tête, est comprise cinq fois et un tiers dans la longueur totale. La hauteur du tronc n'y est guère que quatre fois. L'anale, du corps est beaucoup moins régulière que celle de l'espèce précédente; aussi paraît-il beaucoup plus atténué vers la queue. La dorsale est au tiers du corps; l'anale est plus courte, car elle a quelques rayons de moins; la caudale a ses lobes plus pointus; ils sont tout autant écailleux.

Nos grands exemplaires ont été envoyés par M. Leschenault, qui nous a appris dans ses notes que les pêcheurs de la côte du Coromandel l'appellent à Poodichéry, dans leur langue tamoule, Oulan-mine (poisson oulan). Il dit que le poisson, quand il est gras, est un des plus estimés à Pondichéry. C'est dans le mois d'avril qu'il est le meilleur. Avant ce voyageur, Sonnerat en avait aussi rapporté

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des peaux desséchées prises au même endroit. M. Dussumier l'a décrite dans ses notes sous le nom de Toli, comme ayant des teintes vertes sur le dos changeant en bleu à reflet nacré. Le ventre est d'une belle couleur argentée; une tache olive existe sur le haut de l'opercule. La peau tout adipeuse qui couvre la tête, depuis la nuque jusqu'au devant de l'œil, est transparente et comme gélatineuse. La dorsale, blanche, a le milieu jaune et son bord noir. La caudale, argentée, est également bordée de noir. Les pectorales et les ventrales sont d'un blanc transparent. Ce naturaliste observe que cette Alose arrive à Bombay au mois de novembre et que sa chair est fort bonne. Enfin nous avons d'autres exemplaires de cette espèce, qui faisaient partie des collections de M. Roux. Nos plus grands individus ont vingt-deux pouces. Nous en avons reçu des mêmes lieux, et en nombre assez considérable, de diverses tailles. Ils diminuent graduellement de grandeur jusqu'à n'avoir plus que quatre pouces et demi à cinq pouces. Les documents que je trouve dans les catalogués de M. Dussumier me confirment dans l'opinion que m'a suggéré l'examen* de ces différents individus. Je les regarde comme étant des jeunes dé ces grandes aloses que

je viens de décrire. Ils ont tous une tache noirâtre au haut de l'épaule, et il me semble en voir sur un individu quelques traces fugitives d'un plus grand nombre le long du flanc. C'est là ce qui me fait croire qu'il faut aussi rapporter à cette espèce le Keelee de Russell, pi. 195. La position avancée de la dorsale, les raies longitudinales du dos me confirment de plus en plus dans l'idée de ce rapprochement, et ce serait d'ailleurs, si ma supposition est exacte, un changement de coloration qui rappellerait tout à fait ceux que nous observons sur notre Alose qui perd , quand elle est adulte, les taches de sa jeunesse.

Je crois devoir rapporter à cette espèce un très-beau dessin envoyé de Java par Ruhl et Van Hasselt, et dont M. Temminck a eu l'obligeance de me laisser prendre le calque. Ces naturalistes avaient l'intention de l'appeler Clupea macroura.

L'Alose de Reeves.

(Alciusa Reevesii, Ri,chardson.)

M. Richardson a dédié à M. Reeves une espèce qui a la plus grande ressemblance avec notre Palasah , mais il trouve que

la pectorale est plus courte, que les écailles sont

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plus rudes ; et il observe aussi quelque différence dans le nombre des rayons. L'œil est placé plus bas, et le maxillaire, qui est court comme la tète, a une forme ovale, régulière, et s'arrête sous le bord postérieur de l'orbite. Les joues sont un peu veine'es; il n'y a point de dents. On compte trente écailles dans la longueur, vingt- neuf dentelures sous le ventre, dont treize sont au-devant de la ventrale.

La couleur du dos est mêlée de vert et de grisnoirâtre, disposés par lignes, correspondant au nombre de rangées des écailles. Les côtés et le ventre sont argentés avec des lignes de points gris-perlés. Le museau et la nuque sont gris, avec des teintes de carmin. Le reste de la tête est irisé par des reflets lilas. La pectorale est jaunâtre, glacée de gris-pourpré. Les autres nageoires sont brunes.

La longueur du poisson sec, rapporté des mers de Chine au British Muséum , est de quinze pouces anglais. Ces auteurs disent que les noms chinois de cette alose sont San le ou Sam lei. Je crois trouver cette espèce dans un poisson sec que nous avons reçu de Macao par les soins du consul de France en cette ville, M. Gernœrt.

chai'. xi. al0sb8. 439

L'Alose aux petites écailles.

(Alausa microlepis , nob.)

Parmi les poissons que M. Duvaucel nous a envoyés du Bengale, nous avons trouvé une espèce d'Alose dont les formes rappellent assez bien celles des précédentes.

La hauteur est comprise trois fois et deux tiers dans la longueur totale. La tête ne mesure que les trois quarts de cette hauteur. La dorsale est sur le milieu de la longueur du tronc. Les nageoires paires sont pointues; l'anale est basse; la caudale est profondément fourchue.

Les écailles sont remarquablement petites. Nous en comptons plus de cent rangées entre l'ouïe et la caudale.

La couleur paraît celle de toutes nos Aloses. Je ne vois point de tache au haut de l'épaule; mais il y a un peu de noirâtre sur le bord membraneux de l'opercule.

Nous en avons deux individus dont le plus grand a six pouces et demi de long.

Je retrouve cette espèce figurée par Gray l sous le nom de Clupea indica. Il la représente avec le dos vert, le ventre argenté, les

nageoires jaunes, la caudale bordée de noir.

1. Gray, Illust. oflnd. zool. , by ma), gen. Hardmdke , pi. 91, fig. 1, vol. 11.

aao livre xxi. clupéoïdes.

L'Alose chapra.

{Alausa chapra, nob.)

Je crois qu'il faudra placer près, de cette espèce le poisson que M. Gray a désigné sous le nom de Clupea chapra.

Il porte une bande longitudinale rose sur le fond bleu du dos. Les flancs sont jaunâtres. La caudale, bleue, est bordée de noirâtre. Les autres nageoires sont jaunâtres. La tache du haut de l'épaule est noire.

L'Alose verte et blanche.

(Alausa argyrochloris y nob.)

M Dussumier nous a encore rapporté une autre Alose qui se distingue des précédentes

par son museau plus pointu , et qui n'a aucune espèce de tache sur le corps, mais qui conserve sur la base des premiers rayons de la dorsale un petit

point noirâtre.

D. 11; A. 19, etc.

M. Dussumier décrit les couleurs comme vertes sur le dos et sur les nageoires dorsale et caudale. Tout le reste du corps est argenté.

Outre le petit individu long de six pouces, que nous venons de décrire, nous en trouvons encore deux autres absolument semblables. et que MM. Quoy et Gaymard ont rapportés

CHÀPi XI. ALOSKS. 441

de l'Ile-de-France. Nous croyons bien ne pas nous tromper en les considérant comme d'une espèce distincte.

* /.'Alose a caudale noire.

{Alausa melanur a , nob.)

Nous avons maintenant à parler d'une espèce d'Alose dont les couleurs rappellent nos Clupéonies. L'examen attentif que nous avons fait de dix-huit individus pris dans différentes localités, nous a prouvé que nous avons bien sous les yeux une Alose particulière, car nous nous sommes assuré qu'aucun d'eux n'a de dents.

Cette espèce a d'ailleurs le museau assez pointu ; la tête petite; le profil supérieur rectiligne; l'inférieur assez concave; la dorsale au milieu du tronc; l'anale très-basse; la caudale profondément fourchue; les nageoires paires, pointues.

Les écailles sont minces, assez grandes; il n'y en a que trente-cinq rangées le long des flancs. Le dos a des rayures longitudinales sur un fond bleu assez foncé. Le ventre est blanc. Les nageoires sont incolores; la caudale seule a, à chaque extrémité de ses lobes, une tache noire assez foncée.

Cette espèce est répandue dans toute la mer des Indes. Nous en avons des exemplaires

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venus de la Nouvelle -Guinée, d'Amboine, de Vanikoro, et le plus long de nos exemplaires, qui a six pouces, est originaire de Bourbon. . , •

L'Alose scombrine.

(Alausa scombrina , nob.)

Il me reste à parler d'un poisson voisin de la Sardine, dont M. Dussumier a rapporté un assez grand nombre d'exemplaires, pris à Cananor, de la côte malabare. Quand on examine ce poisson, on est frappé de la longueur et de la grosseur de sa tête;

elle fait moitié de la longueur du tronc, où elle est comprise trois fois et demie dans la longueur totale- Les pièces de l'opercule sont assez larges. L'intervalle entre les yeux est plat, élargi et sillonné. Le corps est arrondi.

Ce poisson, verdâtre en dessus, a tout le reste du corps argenté. Les écailles sont de grandeur moyenne. J'en compte cinquante rangées le long du flanc.

M. Dussumier observe eri outre que ce poisson est très-abondant aux Séchelles, qu'il y reste pendant toute l'année. Sa chair est toujours très-bonne. Il atteint huit pouces de

longueur. Les habitants le désignent à Mahé sous le nom de Maquereau, et en effet la forme du corps de ce poisson, surtout celle des mâchoires et de l'ouverture de la bouche ont bien une ressemblance éloignée avec notre Maquereau. Je ferai observer que sous le nom de Sardine à museau aigu, M. Dussumier m'a désigné dans ses notes un poisson très-abondant à Mahé dont on lui avait dit, à l'un de ses premiers voyages, que la chair était vénéneuse; mais il a reconnu depuis que cette indication était fausse. Ce poisson, dont le corps et la tête ont une ressemblance assez marquée avec nos Clupées, m'avait toujours fort embarrassé, parce que je croyais devoir le ranger parmi nos Sardines, bien qu'il n'eût pas le ventre caréné et tranchant. Mais en rédigeant cet article, j'ai de nouveau étudié avec plus de soin cette espèce, et ayant vu que le nombre de la membrane branchiostège est de dix-sept au moins, cette Sardine des Séchelles deviendra le type d'un genre particulier dont nous traiterons dans un chapitre supplémentaire , qui fixera la place de ce poisson auprès de nos Ëlops.

444 livre xxi. cluféoïdes.

jL'Alose aux points noirs.

(Alausa melanosticta , nob.)

Nous avons enfin parmi nos collections une Alose qui nous conduit insensiblement à la Sardine.

Elle lui ressemble

par les stries de son opercule, mais leur finesse distinguera ce poisson de celui de nos côtes européennes. D'ailleurs la forme arrondie du corps, la disposition des mâchoires, l'absence de dents, rappellent tout à fait notre sardine. La dorsale est un peu plus pointue.

Les couleurs sont un peu différentes de celles de la sardine. Il y a entre le bleu du dos et le brillant argenté des flancs sept ta huit points noirs, disposés sur une ligne longitudinale. Les nageoires paraissent un peu jaunâtres. Les chevrons de la carène sont petits et échancrés en avant, au lieu d'offrir une pointe de chaque côté. Nous comptons quarantehuit rangées d'écaillés le long des flancs.

Cette jolie espèce, longue de cinq pouces,, a été rapportée de la baie des îles par MM. Lesson et Garnot, lorsque la corvette, sous les ordres de M. le capitaine Duperrey, vint mouiller à la Nouvelle-Zélande. Les naturels lui donnent le nom de Moéo.

Je trouve une représentation fort exacte de notre poisson dans la Faune japonaise. C'est le Clupea melanosticta de MM. Temininek et Schlegel1. On le prend en automne sur les cotes du Japon en si grand nombre qu'on le jette sur les terres comme engrais. Son nom japonais est Maiwaisi.

De la Sardine.

• {Alaiisa Pilchar-dus , nob.)

Le poisson si célèbre que nous allons décrire dans cet article a été longtemps méconnu, parce qu'il fut introduit dans nos catalogues ichtbyologiques sans qu'on en eût fixé les caractères spécifiques. En effet, Artedi confondit, dans la synonymie de l'Alose, quelques-unes des citations du Pilchard, qui devaient être rapportées à la Sardine, ne faisant du premier de ces poissons qu'une variété de la plus grande de nos clupées européennes. Linné j qui admit dans le Systema naturœ le Clupea spratus, d'après Artedi, lequel est une petite harengule de notre Océan septentrional, confondit sous ce même nom, dans le Musée

1. Temm. et Schl. , Fnun. jap. Vise, pag. 237 , pi. 101 , % 3.

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du prince Adolphe-Frédéric, un poisson de la- Méditerranée qui est très -probablement notre Sardine. Il n'en aperçut ni n'en indiqua les traits caractéristiques. D'un autre côté, ce qui contribua encore à empêcher l'établissement de l'espèce de la Sardine, c'est que les auteurs ne reconnurent pas son identité avec notre Célan ou notre Célérin, que les naturalistes s'accordent, avec raison, à considérer comme le Pilchard de Willughby et des Anglais. On doit s'étonner cependant que cette identité n'ait pas été plus généralement admise, car on la trouve déjà établie dans cette phrase de Belon ■ : « il est tout arrêté que nos «Célérins sont ceux que les autres nations «nomment Sardine ou Sardelle.»

Une fois que l'on est fixé sur ces points, l'histoire de la Sardine et sa synonymie deviennent plus faciles, parce qu'on en dégage tous les emprunts faits au Clupea spratus pour les donner à sa synonymie, et l'on y ajoute tout ce qui lui appartient et qui a été placé sous le nom de Clupea pilchardusr

Commençons d'abord, suivant notre habitude, par donner une description détaillée de la Sardine.

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