‹ Histoire naturelle des poissons (volume 3)Chapitre 95 sur 100 · Observ., p · texte numérisé non relu

Observ., p

CHAr. XI. ALOSES. 447

Elle a le corps médiocrement allongé, à proportion de sa largeur. Le profil du dos est presque en ligne droite ; celui du ventre est en ligne courbe régulière depuis le bout du museau jusqu'à la fin de l'anale.

Le dos est arrondi et épais; le ventre est mince, tranchant et dentelé dans toute son étendue, depuis la gorge jusqu'à l'anus. Les dents de cette sorte de scie sont égales entre elles, ne saillent point en dehors des écailles qui recouvrent les deux côtés du ventre, et qui forment une sorte de gouttière dans laquelle est placée cette suite de dentelures. Chaque dent est large ; sa pointe est dirigée en arrière et dans le sens de la ligne du ventre. Il y en a trente dans la longueur de l'abdomen.

En arrachant une de ces dentelures, on trouve qu'elle est portée sur une espèce de bouclier corné comme les écailles, dont la dent forme la carène du milieu; elle saille au milieu d'une échancrure du bord postérieur de ce bouclier. L'antérieur se termine en pointe mousse, qui est recouverte par la dent qui la précède. Ces deux côtés se terminent par une longue pointe fine et déliée qui forment par leur réunion une demi-ceinture qui protège l'abdomen. La hauteur du corps, mesurée à la dorsale, fait le cinquième de la longueur totale; celle de la queue, derrière l'anale, est le tiers de cette hauteur. Son épaisseur n'est pas la moitié de la hauteur.

La longueur de la tête est égale à la hauteur du corps, c'est-à-dire, qu'elle est le cinquième de la longueur totale. La distance du bout du museau au

448 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.

bord antérieur de l'orbite n'est pas le tiers de la longueur de la tête.

L'œil est assez grand, rond, et son diamètre est le quart de la longueur de la tête.

L'opercule est strié , et rayonnant de son angle antérieur et supérieur vers tout le bord inférieur. Ces stries sont au nombre de six à huit, et quelquefois elles sont assez profondes pour que l'on puisse les appeler du nom de sillons.

Le bout du museau est pointu. La mâchoire inférieure ne dépasse pas la supérieure quand la bouche est fermée ; mais elle la dépasse beaucoup quand la bouche est ouverte; ce qui provient de la grande largeur des branches de la mâchoire inférieure, qui sont coupées obliquement en arrière et qui s'articulent par l'angle inférieur et postérieur de cette troncature; de façon que le poisson en ouvrant la bouche, projette sa mâchoire en avant. Il y a une sorte de lèvre au repli de la peau très-large, qui se replie sur le côté de chaque branche de cette mâchoire.

La supérieure n'a pas de lèvres; les intermaxillaires sont très -petits, comme cela a lieu dans toutes les clupées, et les maxillaires sont très-grands. Ils sont semblables, en général, à ceux de l'Alose; il n'y a point de dents aux mâchoires; mais les maxillaires ont quelques scabrosités très-fines.

Les ouïes sont très-fendues ; on compte cinq rayons à la membrane branchiostège; les quatre premiers sont grêles; le dernier est large et aplati, et contribue à former, comme dans l'Alose, cette sorte d'échancrure que l'on voit sur le pourtour de l'appareil branchial.

La distance du bout du museau à la fin de la dorsale est presque la moitié de la longueur totale; de façon que la dorsale naît sur la fin de la première moitié du corps, dans la longueur de toute l'étendue de celte nageoire. Sa hauteur égale sa longueur; on y compte dix-sept rayons , dont les trois premiers sont simples. De ceux-ci, le premier est très-court; le second un peu plus long, et le troisième n'atteint que la moitié du quatrième, qui est le plus long de tous. Il est, comme le suivant, ramifié, et le dernier rayon est double.

L'anus s'ouvre derrière les trois cinquièmes de la longueur totale. Derrière lui on voit commencer 1 anale, où l'on compte vingt et un rayons, dont les trois premiers sont simples. La longueur de cette nageoire est plus grande que celle de la dorsale, et elle fait le septième de la longueur totale, et sa plus grande hauteur est le tiers- de la longueur.

La caudale égale le septième de la longueur totale, de sorte qu'elle égale l'étendue de l'anale; elle est assez profondément fourchue; de façon que la longueur de ses rayons du milieu ne fasse pas la moitié de celle des rayons latéraux ; elle a dix-huit rayons cinq ou six fois plus courts au-dessous et au-dessus.

Les ventrales sont attachées au-dessous des deux premiers cinquièmes de la longueur totale; elles sont petites, triangulaires, et ont six rayons, dont le premier est simple.

Les pectorales sont attachées sous l'angle inférieur de l'opercule; elles sont pointues, de médiocre longueur; elles ne font que la moitié de la hauteur du

/l50 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.

corps ; elles ont chacune dix -sept rayons, 'dont le premier est simple.

Les écailles du corps sont grandes, très -minces et transparentes. Vues à la loupe, elles montrent quelques granulations éparses sur leur partie nue, et leur portion recouverte montre quelques stries éloignées l'une de l'autre. Leur bord radical est pointu dans le milieu et festonné d une seule échancrure peu profonde de chaque côté.

• Près des nageoires dorsale et anale les écailles ont une forme allongée, et elles forment'une sorte de gouttière dans laquelle la nageoire peut se cacher en partie quand elle est abaissée. Près des pectorales, les écailles ont vers le bas une sorte de pointe ou de talon; de manière que leur réunion forme une fossette peu profonde, de la longueur delà nageoire, et dans laquelle elle se place quand le poisson la rapproche de son corps. A la base de cette nageoire et en avant il y a des écailles plus longues et plus larges que les autres, qui se reculent un peu en avant de chaque pectorale.

Il n'y a aucune écaille particulière aux ventrales; mais à la caudale, il y en a de chaque côté deux ou trois longues sur chaque lobe, auprès de leur réunion, qui sont en forme de palettes. Elles sont semblables à celles que nous avons vue dans l'alose."

Les chevrons du ventre sont assez semblables à ceux de l'alose, mais plus petits. Je n'en compte que vingt-neuf.

Je n'ai pu voir qu'une seule ouverture de la narine, et je n'ai point aperçu la ligne latérale.

(IIAP. XI. ALOSES. 451

Le foie de la sardine n'occupe environ que le tiers de la longueur de l'abdomen; dans une sardine conservée dans le sel , il était rouge pâle.

Les intestins ressemblent d'ailleurs tout à fait à ceux de l'alose.

L'œsophage est large; sa longueur fait le tiers de la longueur de l'abdomen. L'estomac est un sac étroit, allongé, terminé en pointe; près du cardia il remonte une branche d'un tiers moins longue que l'estomac, mais à parois plus épaisses. Le pylore se rétrécit beaucoup à cet endroit, et l'intestin qui en naît est garni d'un seul côté, dans toute son étendue , d'une quantité innombrable d'appendices cœcales, fines et longues. Cet intestin atteint à peine la moitié de l'estomac; le canal alimentaire remonte vers la tête jusque auprès du diaphragme : il se replie en cet endroit et se porte directement à l'anus.

La rate est étroite, rouge et située le long de l'estomac entre l'intestin et le viscère.

La vessie natatoire est très -grande : elle occupe presque toute la longueur de l'abdomen. Ses parois sont minces et argentées. Mais elle est enveloppée par un repli du péritoine, ce qui la fait paraître noirâtre. Un peu au-dessous de son milieu naît le canal pneumatophore, qui est court, large et s'ouvre dans le fond de l'estomac à sa pointe.

Les ovaires sont rougeâtres, remplis d'un grand nombre d'œufs très-fins; leur longueur n'est à peu près que la moitié de la cavité abdominale.

Le péritoine est mince et noir.

452 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.

Le crâne de la sardine montre les affinités de ce poisson et de l'alose. Il est en effet plus large que celui du hareng; cependant il est beaucoup plus étroit que celui de notre première espèce. Nous ne comptons que cinquante -trois vertèbres, qui sont entourées d'arêtes ou d'apophyses très -fines, formant avec les côtes un squelette très -semblable à celui de l'alose.

La description qu'on vient de lire a été faite sur des individus venus de Nantes, et qui ont de cinq pouces et demi à six pouces de longueur. Nous avons suivi ce poisson sur toute la côte et nous en avons eu de beaucoup plus grands. Ce sont les individus qui se montrent dans la Manche, sur nos côtes de Normandie et de Picardie, sous le nom de Célérin ou de Célan. J'en ai pris à Abbeville de neuf pouces de longueur. On les envoie souvent aux marchés de Paris sous le nom de Harengs de Bergues. Nous avons retrouvé cette espèce à Brest, a La Piochelle, d'où M. d'Orbigny nous l'a envoyée en quantité. Le poisson, recherché à Bordeaux sous le nom de Roy an, n'est autre encore que la Sardine. M. Bâillon nous en a donné des exemplaires qu'il avait reçus de Malaga sur la côte d'Espagne.

Nous en avons examiné un aussi grand

nombre d'individus venus des différents points de la Méditerranée. Ainsi, M. de Lalande Ta rapportée de Marseille; M. Laurillard de Nice; M. Payraudeau de Corse; M. Bibron de Messine; et les naturalistes de l'expédition scientifique de l'Algérie en ont eu plusieurs exemplaires sur cette côte.

En ayant étudié un aussi grand .nombre d'individus de taille différente et de localités si diverses, il est facile de suivre ce que les auteurs ont rapporté sur ce poisson.

Nous ajouterons à ce que nous avons déjà cité de Belon, que la figure donnée par cet auteur présente bien les traits caractéristiques de cette espèce. Rondelet, qui a si bien fait connaître les poissons de la Méditerranée, a laissé une figure défectueuse de ce poisson si abondant dans cette mer. L'anale y est oubliée, mais les stries de l'opercule ne l'ont pas été. 11 a d'ailleurs transposé sa figure en la plaçant en tête d'un chapitre qui ne donne pas la description de son poisson. Le même oubli de l'anale a été fait par Gessner dans une figure originale qui lui avait été envoyée de Venise. Il est assez remarquable que Salviani ait négligé complètement ce poisson.

Willughby et Pennant donnent la Sardine sous son nom anglais de Pilchàrd. La figure

454 LIVRE XXI. CLUPÉOÏDES.

du premier de ces auteurs est beaucoup meilleure que celle que Bloch a publiée dans sa grande Ichthyologie, à la pi. 4o6. Je trouve l'espèce citée dans les Faunes d'Angleterre : elle est bien représentée dans Donovan *, mais beaucoup mieux encore dans l'élégant ouvrage de Yarrell2. Tous ces auteurs anglais s'accordent à dire que notre poisson, très-rare sur les côtes d'Ecosse, ne remonte pas plus au nord.»

Duhamel3 a donné aussi un beau dessin de la Sardine.

C'est incontestablement le Clupea spratus de Brunnich, et il est le seul auteur qui en ait indiqué le caractère par l'expression d'operculis striatis.

Ce trait caractéristique a été saisi par M. Cuvier; mais comme il a cru encore qu'il fallait distinguer le Pilchard de la Sardine, il a laissé subsister ces deux espèces dans le Règne animal, tout en faisant observer que le poisson qu'il nomme la Sardine est tellement semblable au Pilchard, qu'il ne lui trouve d'autre différence que dans sa taille moindre. En conséquence, ne voulant pas avec raison, comme beaucoup

Page 1