Duh., Traité des pèches, 2." part, S 3, pi
CHÀP. XI. ALOSES. 451S
d'auteurs, appliquer à la Sardine le nom de Clupea spratus, et voulant laisser subsister comme espèce distincte le Clupea pilchardus, il a créé .pour la Sardine un Clupea sarclinà. Au lieu de placer ces poissons dans le genre des Aloses, il les a associés aux Harengs. Nous avons déjà dit qu'il ne caractérisait ni l'une ni l'autre de ces deux coupes. Ces erreurs ont été adoptées dans le catalogue du prince Charles Bonaparte, et antérieurement dans les ouvrages de Risso.
Cornide cite aussi la Sardine sur les côtes de Galice, et Cetti mentionne également ce poisson dans son Histoire de la Sardaigne.
Telle est la critique de la synonymie de cet important poisson. Nous n'avons pas à revenir ici sur ses dénominations chez- les anciens, puisque nous en avons traité d'une manière générale en commençant l'histoire de nos Clupéoïdes.
La pèche des Sardines occupe un nombre considérable d'hommes et de femmes sur nos côtes de Bretagne. La .pèche la plus importante s'en fait aujourd'hui depuis les côtes nord de Belle-Ile jusqu'à. la pointe sud, sous Loch-Maria, et en tirant au nord jusqu'à celle des Poulains, au-dessous d'Aubrick. Cette étendue se nomme la bonne rade, parce
qu'elle est à l'abri des vents S. et S. O. par la .terre de Belle-Ile, et de ceux du N. N. O. par la terre ferme. Les chasse-marées qui vont à la pêche de la Sardine ont huit ou dix tonneaux de port : elles sont montées par six ou dix hommes, dont le maître se nomme patron, et le second, brigadier; les autres ne sont que des hommes de peine , n'étant pas matelots de profession. Ce sont des paysans bretons quittant momentanément la culture de la terre pour la pêche du poisson. Les filets ont de quinze à vingt brasses de longueur sur deux et demie de chute. La grandeur des mailles varie de cinq lignes à un pouce. Ces filets ou menets sont appelés carabins quand ils ont les mailles petites'; ceux à grandes mailles prennent le nom de folles. Les deux côtés sont attachés à une corde que les pêcheurs nomment ralingues ; l'un des côtés de la nappe porte des lièges, l'autre des plombs. Quelques pêcheurs préfèrent l'emploi de gros câbles pour charger le filet, de manière à ce qu'il puisse avoir dans l'eau un léger balancement utile pour emmailler un plus grand nombre de poissons. L'appât dont on se sert pour l'attirer se nomme resure, rave ou plus généralement rogue. Ce sont des œufs de poissons salés. Le plus estimé de
ces appâts est composé d'oeufs de morue. Ou se sert aussi avec avantage des œufs de maquereau, auxquels on ajoute quelquefois la chair bien pilée de ce scombre. Cette rogue se tire du Nord et principalement de Dronlheim. Il y a encore d'autres appâts nommes gueldres ou chevrons, qui sont faits avec des crevettes et d'autres petits crustacés , mêlés à de petits poissons salés. Mais les lois de la pèche défendent ces sortes de rogues, parce que les pêcheurs qui vont prendre des crabes" nécessaires à leur confection, détruisent, pour se les procurer, une trop grande quantité de frai de divers poissons.
Le bateau monté et équipé, va à deux ou trois lieues en mer. Pour se disposer à pêcher, il baisse la voile et le mât, et se maintient contre le vent avec le seul aide de la rame. Après avoir ôté le gouvernail, le patron jette le filet par le bout du bateau; les bateliers forcent de rames pour l'étendre, et le patron jette à droite et à gauche du filet, aussi loin que possible, la rogue délayée en une sorte de bouillie. Quand le pêcheur voit que les lièges sont très-agités et que la surface de la mer se couvre d'un grand nombre d'écaillés argentées, il juge que le filet est bien garni de poisson; alors il le détache
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du bateau pour le nouer à la corde d'une bouée à laquelle il fixe l'extrémité de l'autre nappe, répétant pour celle-ci la manœuvre précédemment indiquée. Le pécheur jette successivement jusqu'à cinq ou six filets. Lorsqu'il les croit suffisamment remplis de poisson, il se porte à la rame à la tête du premier qu'il retire d'abord, afin de donner le temps aux autres d'emmâiller un plus grand nombre de sardines. On détache les poissons encolletés, on les couvre de suite de sel; on les porte à la côte, d'où les femmes les- transportent dans des manettes posées sur leurs têtes, en courant avec une activité qui anime beaucoup le moment du débarquement de la sardine. Ces Clupées qui ne sont pas vendues fraîches sont salées de nouveau ou conservées, soit dans de l'huile d'olive, soit dans du beurre fondu, pour être exportées ensuite dans presque toute l'Europe. Les grosses sardines qui échappent aux filets des paysans bretons s'avancent dans la Manche, y grandissent, y deviennent le Célan; elles y vivent en troupes, sont pochées souvent par les mêmes hommes qui poursuivent le hareng; des paniers de ce poisson se vendent aux marchés de Paris, confondus avec l'autre espèce de 'dupée. A Saint-Malo on pêche aussi beaucoup de Gëlans. J'ai vu des boîtes de
ce poisson préparées de la même manière que la sardine de Nantes et de Lorient, et vendues à Paris par nos marchands de comestibles comme de grosses sardines. Sur les côtes d'Angleterre, principalement aux atterrages de Cornouailles, dans les baies de Falmouth, les Célajis reçoivent le nom de Pilchards; ils se réunissent en troupes si nombreuses, qu'on se souvient encore d'une capture faite dans la baie de Saint-Yves, en 1767, où l'on prit d'un coup de filet 25o,ooo de ces dupées. Il n'est pas rare d'en prendre encore des bancs •de plus de 100,000.
On peut aussi supposer que les sardines deviennent plus grosses sur les côtes septentrionales, de la même manière que les harengs du cap Nord sont plus gros que ceux de la Manche.
Sur la côte d'Espagne, les Galiciens se servent de filets auxquels ils donnent le nom de sar dînera ou de cercorea. Ces filets ont souvent une étendue de mille brasses de longueur, et la largeur des mailles est beaucoup plus grande que celle des filets des côtes de France.
La pêche de la sardine est aussi un objet important d'industrie en Portugal. Partout cette pêche occupe une fouie de bras pour
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les diverses préparations que subit le poisson. Elle est bien loin cependant d'être une branche d'économie maritime aussi productive que celle du hareng, mais elle mérite d'être encouragée , parce qu'elle est une pépinière de bons marins. On retire aussi de l'huile de la sardine , que l'on emploie aux mêmes usages que l'huile de morue ou de hareng.
Les sardines sont dévorées par les gacles, et dans la Méditerranée et le long des côtes d'Espagne par un grand nombre de marsouins.
ADDITIONS au volume XX.
Nous avons été obligé de rejeter à la fin de ce volume certaines espèces tellement incertaines, que nous les citerons ici pour les signaler de nouveau à l'attention des voyageurs.* Telles sont d'abord les espèces citées par Buchanan dans le genre des Clu pan o dons.
Le Clupanodon motius , Buch.
Ce poisson a la forme comprimée , quelque peu semblable à une lame de couteau; la mâchoire inférieure est plus longue que la supérieure; les écailles sont grandes et tombent facilement; les nombres :
B. 5? D. 15? A. 43? P. 14 ou 15; V. 7. Ce poisson vient du Brahmaputra. Il n'a environ que trois pouces de long. L'auteur dit qu'il a quelque affinité avec le Ditchelée de Russell, et par conséquent il avoisinerait les espèces du genre des Pellones ; cela me paraît probable d'après la forme générale du corps, la petitesse des ventrales et la longueur de l'anale; mais comme il ajoute que la langue est petite et lisse, cela laisse de lmcertitude pour sa description.
C'est ici l'occasion de rappeler que le docteur Richardson a indiqué, dans son Ichthyo-
logie des mers de Chine, sous le nom de Ilisha àbnormis , un poisson qui est trèsprobablement du genre des Pellones , mais comme les caractères génériques n'ont pas été donnés par ce savant ichthyologiste ou par M. Gray, qui est cité par M. Richardson, je ne crois pas que l'on puisse me faire de reproche pour n'avoir pas employé cette dénomination générique d'Ilisha à la place de celle de Pellones.
Je trouve, dans le beau travail de M. Jenyns , l'indication de trois espèces de dupées dont les deux premières, selon l'aveu de cet savant auteur, sont établies d'après des individus mal conservés. Il a nommé la première
Clupea fuegensis, Jen.1
C'est un petit poisson qui ressemble à un jeune hareng; il a le ventre caréné, les dents très-petites; sur le bord postérieur de l'opercule on voit une tache plus sensible que dans ce qu'il appelle le sprat commun. Il ajoute qu'il diffère du hareng, parce que les ventrales sont sous l'aplomb du premier rayon de la dorsale.
Ce petit poisson , long de trois pouces , a-