CHAPITRE IX
Des Hémiramphes.
Le genre Hémiramphe est, comme celui des Belone, une création de M. Cuvier. Ce grand homme reconnut que plusieurs espèces mal étudiées par les ichthyologistes antérieurs et confondues les unes avec les autres, pouvaient être toutes réunies par un caractère commun qu'il a parfaitement saisi. Il consiste dans le prolongement de la symphyse de la mâchoire inférieure, en une pointe longue et sans dents, formant une sorte de demi-bec ; c'est ce que M. Cuvier a exprimé heureusement par le nom d'Hémiramphe- Ajoutons cependant plusieurs détails qui vont faire mieux connaître 19. 1
2 LIVRE XIX. ÉSOGES.
l'ensemble de ces poissons. La mâchoire supérieure, très -courte, est constituée par la réunion des deux intermaxillaires soudés entre eux pour former une sorte de bec court et ogival. En arrière, les maxillaires se confondent avec les os précédemment nommés : certaines espèces indiennes montrent plus particulièrement cette soudure; ces maxillaires se courbent sur les côtés et s'élargissent en un petit talon caché par le sous-orbitaire. Cette mâchoire se meut comme par un mouvement de bascule, et se redresse quand la bouche est fermée. Les deux mâchoires sont garnies d'une bande étroite de petites dents courtes, grenues et toutes égales. Celles d'en bas sont implantées sur une ligne dont le contour répond exactement à celui de la mâchoire supérieure. Le dessus de la tête, la disposition des os operculaires, la grandeur de la fente des ouïes , la forme des branchies , la position reculée de la dorsale et de l'anale, l'allongement du lobe inférieur d'une caudale presque toujours fourchue, les carènes écailleuses redressées de chaque côté du ventre, depuis la ceinture humérale jusque sur le tronçon de la queue , sont semblables à ce que nous avons vu dans les orphies. Cette affinité des deux genres se montre encore dans
CHAP. IX. HÉMIRAMPHES. 5
la disposition des viscères, qui se ressemblent presque entièrement. Le canal intestinal est, en effet, un simple conduit sans circonvolutions ni ccecums. La vessie natatoire occupe toute la longueur de la cavité abdominale, audessus d'une bride assez résistante fournie par le péritoine. Elle est simple, avec deux trèspetites cornes en avant, et un troisième petit * lobule sur le côté droit. Les parois sont minces et argentées dans la plupart des espèces. Mais ce qui est très-digne de fixer l'attention des anatomistes et des physiologistes, c'est que je découvre une structure celluleuse comme celle de la vessie des Amia, dans les Hemiramphus Brownii, H. Pleii et H. Commersoni. Ce sont les trois seules espèces qui m'aient offert cette particularité, d'autant plus curieuse, que je ne trouve rien de semblable dans les orphies. Il est bon aussi de remarquer que nous trouvons des exemples de cette singulière disposition de la vessie dans des poissons de la famille des brochets, qui n'ont aucune affinité avec les amies, les érythrins et les polyptères. Dans aucune espèce, je n'ai vu de communication avec le tube digestif.
En comparant les hémiramphes aux orphies, il faut, pour se faire une idée juste des deux genres, remarquer que dans les premiers la
4 LIVRE XIX. ÉSOCES.
mâchoire supérieure et les branches de l'inférieure qui portent les dents, sont autant raccourcies que la nature les a allongées dans les orphies; mais que l'extrémité symphysaire, généralement si courte dans celles-ci, est au contraire considérablement allongée dans ceuxlà. Il faut aussi remarquer que les dents restent toujours petites et égales, tandis qu'elles s'al- ' longent, comme on le sait, dans les orphies. Les hémiramphes, ainsi caractérisés , sont des poissons étrangers à l'Océan septentrional de l'Europe; du moins je ne trouve la description d'aucune espèce de ce genre dans les auteurs qui ont écrit sur les poissons de nos mers; mais il en existe dans la Méditerranée. L'expédition scientifique de l'Algérie en a rapporté de Bone. Toutes les autres espèces jusqu'à présent bien connues, et atteignant une grandeur moyenne, viennent des mers des deux Indes.
Il faut cependant remarquer que M. Couch1 a donné, dans son Mémoire sur les poissons de Cornouailles , inséré dans les Transactions linnéennes de Londres, une courte notice reproduite par MM. Yarell et Jennyns sur un très-petit poisson long d'un pouce, semblable pour la forme à XEsox belone , avec une mâ-