‹ Histoire naturelle des poissons (volume 4)Chapitre 56 sur 108 · Gronovius, Zooph., p. 102 , n · texte numérisé non relu

Gronovius, Zooph., p. 102 , n

vivants dans la mer Rouge , jugea bien ce mugil salmoneus de Forster, en le rapprochant du chanos de Forskal; mais comme le savant voyageur de Francfort ne se doutait pas alors qu'il existât plusieurs espèces de ce genre, il se prononça trop vite sur l'identité spécifique du poisson de la mer Rouge et de celui de l'Océan pacifique. Cet habile zoologiste reconnut aussi que le poisson, observé dans les mers de Java par MM. Ruhl et Van Hasselt, et désigné par le premier de ces naturalistes sous le nom de Lutodeira, était du même genre que le poisson de Forskal. M. Cuvier n'a pas profité de ce travail dans la seconde édition du Règne animal, et je dois avouer que moi-même j'ai négligé d'y donner toute l'attention que méritent les travaux zoologiques de M. Ruppell, de sorte que j'ai reproduit les erreurs du Règne animal dans les généralités de la famille des mugiloïdes. Je n'avais pas encore décrit avec détail, à l'époque où j'écrivais sur les muges, l'organisation intérieure des Chanos, et préoccupé seulement des caractères de la forme extérieure et de l'absence de dents aux mâchoires, je croyais que ce poisson prendrait rang dans la grande famille des cyprins, que je ne limitais pas avec autant de rigueur que je le fais

CHAP. III. CHANOS.

maintenant. M. Ruppell, en reconnaissant avec netteté le mugil chanos de Forskal, n'a pas voulu adopter comme nom générique celui consacré par M. de Lacépède, et il a préféré celui que M. Kuhl créait à Java , pour exprimer la grandeur et la liberté de la fente branchiale étendue au-dessous du cou et paraissant laisser cette partie de l'animal plus libre qu'elle ne l'est ordinairement dans les autres poissons. Cette liberté n'est cependant qu'apparente ; car le haut de la membrane branchiostège adhère avec la peau qui passe sur l'extrémité postérieure de l'hyoïde. Russel avait donné, peu de temps après Forskal, deux figures d'espèces de ce genre, dont l'une me paraît avoir été confondue à tort avec celle de la mer Rouge, et l'autre est certainement distincte de toutes les autres.

Les ichthyologistes verront par cet exposé que le genre dont il s'agit ici, quoique méconnu par la plupart des naturalistes systématiques , se compose d'espèces indiquées depuis longtemps dans différents ouvrages, et qu'elles n'ont été négligées que parce que ces auteurs avaient cru devoir les comparer toutes aux mugils. L'échancrure de la mâchoire supérieure et le petit tubercule de l'inférieure se rencontrent cependant fréquemment chez un

'I 84 LIVRE XX. MALACGPTÉRYGIENS.

grand nombre de poissons de la famille des clupées.

Les chanos ont, en effet, de l'affinité avec les clupéoïdes, mais sans leur appartenir* ils ont comme eux de nombreux cœcums autour du pylore; ils s'en distinguent d'une manière très-tranchée par leur abdomen arrondi, si nous ne réunissons dans la famille des clupéoïdes que les genres dont les espèces ont le ventre dentelé et caréné. En étudiant leur forme générale, en tenant compte de leurs paupières épaisses et adipeuses, de leurs maxillaires sans dents, des appendices écailleux de leurs pectorales et de leurs ventrales, on reconnaît qu'ils avoisinent les gonorhynques , et aussi les butirins. A la base de chaque lobe d'une caudale profondément fourchue, il existe une petite lamelle écailleuse qui se redresse horizontalement de chaque côté du corps en ces deux petites ailes signalées par Forskal et représentées par M. Ruppell.

Aux caractères remarquables et saillants de la rondeur de leur ventre sans aucun os pour former une carène dentelée, ajoutons que le canal digestif, extrêmement allongé, replié nombre de fois sur lui-même, offre, dans son œsophage, un caractère qui a échappé à tous les naturalistes qui viennent de les étu-

CHAP. III. CHANOS. 485

dier récemment : il consiste dans la présence d une lame en spirale garnissant l'intérieur de l'œsophage et dont l'insertion se fait remarquer en dehors par une strie visible à l'extérieur des parois de l'intestin.

L'anatomie fait aussi découvrir une curieuse vessie aérienne double, comme celle des cyprins, communiquant aussi avec le canal digestif. Cette particularité semblerait justifier les premières analogies que j'avais cru devoir établir entre les chanos et la famille des cyprinoïdes, si nous ne voyions pas la nature reproduire cette organisation dans les érythrins et les macrodons.

Les espèces de ce genre ont, d'après Russel et M. Dussumier , une chair délicate , ce qui les a fait nommer poissons de lait [MilkfisJi). MM. Quoy et Gaimard , qui ont observé une espèce de ce genre à Bourou, disent aussi que la chair est fort bonne, tendre et savoureuse.

Les individus doivent devenir très-grands; car j'en ai vu au Musée de Leyde des exemplaires longs de trois pieds quatre pouces.

Il semblerait aussi, d'après une simple note que MM. Gray et Richardson ont insérée dans le catalogue des animaux rapportés de la Nouvelle-Zélande par Dieffenbach, que ce voyageur aurait trouvé un poisson de cette espèce.

II a été considéré comme appartenant à la famille des cyprinoïdes et nommé Leuciscus (Ptycholepis), Salmoneus. Ces naturalistes donnent, comme synonyme, le Mugil salmoneus de George Forster, d'après la figure peinte de la bibliothèque de Banks, et auquel ils ajoutent, comme une synonymie douteuse, le Mugil lavaretoides de Solander.

M. Lichtenstein, dans les notes dont il a enrichi la publication des descriptions de Jean Reinold Forster, fait observer que l'on ne connaît pas encore de cyprins dans le grand Océan , et que par conséquent les naturalistes anglais ont eu tort de citer ainsi le Mugil salmoneus de Forster. Mais cette objection perd toute sa force, puisque ces poissons sont d'une famille particulière et marine.

Je crois d'ailleurs, d'après le peu de mots que je lis dans la description de Solander, que le mugil lavaretoides pourrait se rapporter tout aussi bien au butirin qu'au chanos, et, si je ne me trompe sur l'étymologie et la signification que M. Richardson aura attachée au mot ptycholepis, je serais tenté de croire qu'il examinait les écailles d'un butirin et qu'il a comparé les rayons des écailles aux lamelles pliantes de l'éventail.

x\près ces considérations générales, je vais passer à la description des espèces.

CHAP. III. CHANOS. \ 87

Le Chanos arabique.

(Chanos arabicas, Lacépède.)

Je commence par l'espèce décrite par Forskal1, attendu que les explorations nombreuses que l'on fait maintenant avec tant de promptitude sur la mer Rouge , la rendent une des plus faciles à se procurer. Les naturalistes peuvent aussi trouver un moyen de la reconnaître dans l'excellente figure qui en a été publiée par M. Ruppell.2

La forme générale du corps ressemble à celle d'un de nos ables; on peut la comparer par exemple à nos gardons.

La queue, assez haute et courte, rend l'ensemble du corps un peu trapu : la hauteur du tronc, mesurée au devant de la dorsale, égale la longueur de la tête et est comprise quatre fois dans la distance du bout du museau à l'origine de la caudale; celleci prend le quart de la longueur totale.

L'œil est couvert d'une espèce de paupière adipeuse très-épaisse; son diamètre mesure à peu près le tiers de la longueur de la joue. Un assez grand sous-orbitaire, composé au moins de cinq pièces, cerne le cercle inférieur de l'orbite. Je trouve ensuite, sur les côtés de la joue, un préopercule

Page 1