Ruppell,. Reise im nordl. Afr., p. 18, lab. V", fig
arrondi, un opercule convexe et formant une sorte de grande pièce trapézoïdale dont le bord postérieur est arqué; un sous -opercule en parallélogramme rectangulaire et allongé, borde et agrandit la surface operculaire; l'interopercule est étroit et oblong. Près de l'œil, et presque sur le front, sont les deux ouvertures de la narine; l'antérieure est trèspetite, la postérieure est beaucoup plus visible. La bouche est fendue transversalement et à l'extrémité du museau comme celle des muges; le bord supérieur est formé des deux intermaxillaires, laissant entre eux une échancrure assez marquée, au point de leur réunion, puis les deux maxillaires complètent le bord de la bouche. Les branches de la mâchoire inférieure courtes, mais hautes vers l'angle, constituent, vers la partie moyenne, deux espèces de petites palettes horizontales, au point de jonction desquelles se relève un petit tubercule correspondant à l'échancrure de la mâchoire supérieure : on ne voit à la bouche aucune espèce de dents. Elle rappelle sous tous les rapports la mâchoire des muges. Il n'y a pas non plus de dents, soit au palais, soit aux pharyngiens. L'isthme de la gorge est trèslarge.
La membrane branchiostège qui s'y attache, comme dans les Butirins ou les Gonorhynques , est ici fort épaisse : elle forme une espèce de grande bourse qui embrasse en dessous tout l'appareil branchial ; mais qui laisse en arrière, le long des bords de l'opercule, une assez grande fente verticale. Les rayons branchiostèges sont larges, aplatis, et semblent placés
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à côté l'un de l'autre dans l'épaisseur de la membrane, mais sans se recouvrir mutuellement. Je compte quatre rayons branchiostèges.
Toute la ceinture numérale se trouve aussi cachée par la membrane branchiostège ou par le bord membraneux de l'opercule, qui se continue avec elle. La pectorale, qui s'insère tout près du bord de l'opercule, est étroite et pointue: un appendice écailleux et très-pointu existe dans son aisselle, comme nous le verrons dans le gonorhynque. Les ventrales , insérées vers le milieu de la longueur du corps, la caudale non comprise, sont aussi petites et pointues; cependant le bord libre de la nageoire est coupé en croissant, parce que les rayons internes s'allongent un peu : il y a dans leur aisselle un très-long appendice écailleux, et, un second en dessous, plus large, moins libre et moins pointu, forme une sorte de petit bassin triangulaire et écailleux, composé de deux pièces semblables attachées entre les deux nageoires. La dorsale répond à peu près aux ventrales, cependant elle les dépasse un peu : la base est garnie de chaque côté de lames écailleuses, formant une espèce de coulisse, dans laquelle les rayons de la nageoire peuvent se cacher quand ils sont abaissés, les dernières écailles se détachent du tronc et s'élèvent le long du dernier rayon, qui est un peu prolongé. Il résulte de celte disposition et de l'allongement des rayons antérieurs, que le bord de la nageoire est profondément échancré ou concave. L'anale est courte, presque entièrement écailleuse. La caudale est très -profondément fourchue, car les rayons
mitoyens dépassent à peine les écailles du corps. A la base de chacun de ces lobes, il existe une petite lamelle cornée qui s'applique ou se redresse horizontalement sur les rayons de la nageoire ; les écailles qui s'avancent sur eux couvrent aussi un peu l'insertion de cette petite lame : il y a donc quatre lamelles disposées par paires de chaque côté de la queue. Forskal les avait déjà remarquées.
La couleur est bleuâtre sur le dos, tout le reste du corps est brillant de reflets argentés et irisés très -vifs; les écailles sont de grandeur médiocre, striées longitudinalement à leur surface libre; la portion radicale n'offre que de très-fines stries concentriques : je ne vois pas même de rayons à l'éventail. Nous en comptons soixante-quinze rangées entre l'ouïe et la caudale.
La splanchnologie de ce poisson est curieuse à étudier; elle offre plusieurs particularités notables: en ouvrant l'abdomen, on est surtout frappé des replis nombreux de l'intestin. Pour les suivre, on détache un peu le mésentère, et après on trouve un peu vers la gauche de l'abdomen un œsophage à parois épaisses et charnues qui descend d'abord droit dans une longueur de quatorze lignes. On voit à l'extérieur des stries obliques et nombreuses qui correspondent à l'insertion d'une lame en spirale qui flotte dans l'intérieur. Je compte vingt tours de spire à cette valvule; les bords sont ciliés ou frangés de papilles libres dans l'intérieur de l'intestin;
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c'est une membrane spirale singulière, dont je n'ai vu aucun exemple dans l'économie des poissons; il ne faut pas la comparer à la valvule en spirale du gros intestin des raies ou des squales, car la simple inspection anatomique montre qu'elle n'est pas attachée de la même manière. Cet œsophage se dilate un peu en un canal cylindrique à parois plus minces que l'on peut considérer comme l'estomac. Il commence par se porter d'abord en travers pour gagner le côté droit, remonte vers le diaphragme en faisant quelques ondulations, puis redescend brusquement pour dépasser toujours en s'ondulant plus ou moins le premier pli de l'estomac; il se porte de nouveau vers le côté droit, ses parois s'épaississent et l'on trouve alors le pylore entouré d'une vingtaine au moins d'appendices cœcales souvent bifides, quelquefois même trifîdes. L'intestin remonte dans le côté droit en passant au-dessus du foie jusqu'auprès du diaphragme; il redescend ensuite, repasse dans le côté gauche, dépasse le pylore, qui répond à peu près au tiers de la longueur de la cavité abdominale, l'intestin se replie ensuite et descend vers l'anus sans augmenter beaucoup de diamètre; dans toute son étendue il fait de fréquentes ondulations qui expliquent comment il acquiert une longueur si considérable, elle n'est pas moins de huit fois de la longueur totale.
Le foie est très-petit , réduit à un seul lobe triangulaire et fort pointu , ayant une vésicule du fiel à parois blanches, fibreuses et solides, dont le canal cholédoque est assez long, puisqu'il va s'insérer en
arrière auprès du pylore. La rate est grosse et remplit l'anse formée par le premier pli de l'estomac contre l'œsophage. Les organes génitaux étaient tellement vides que je ne puis rien en dire. Ces viscères étaient enfermés dans une cavité tapissée d'un péritoine mince et noir : un large repli de cette membrane sépare au-dessus une grande et curieuse vessie aérienne : ses parois sont des membranes excessivement minces. Elle est d'ailleurs divisée en deux parties par un étranglement tubulaire long de quelques lignes, l'antérieure ne mesure que le tiers de la seconde. Celle-ci est bilobée en avant ; chaque lobe est assez pointu et il est logé dans une cavité conique formée par un repli fibreux du péritoine; celte cavité est séparée de sa voisine par une cloison épaisse : elle s'avance jusque sous la base du crâne, de manière à s'étendre sous cette partie de la tête jusqu'auprès du chevron formé par la réunion des branchies supérieures ; mais j'ai plusieurs fois insufflé les lobes et je me suis assuré qu'ils ne sont point percés, et que la vessie ne peut avoir aucune communication avec quelque partie que ce soit de l'oreille. Le reste de l'extrémité postérieure de cette première vessie est arrondi. La seconde, plus étroite, se termine en une pointe conique vers l'anus. Elle donne de sa partie antérieure et inférieure un canal grêle qui va s'ouvrir dans l'estomac vers son premier pli. Les reins sont épais, d'un parenchyme noirâtre et paraissent réunis en un seul lobe; le péritoine, qui les enveloppe, est blanc, fibreux et devient par conséquent plus épais entre eux et la vessie aérienne.
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Je regrette de n'avoir pas pu faire l'ostéologie d'un poisson aussi curieux. Nous en avons de beaux individus longs de treize pouces, qui nous ont été apportés de la mer Rouge par M. Botta.
Forskal l'a observé à Djeddah, où les Arabes le lui ont donné sous le nom de dnged, dénomination qui signifie raisin ou vin. Il est à remarquer que le nom grec de Chanos (%ôcvos), ou turc de Chani, employé pour épithète spécifique, est celui de la variété B, qui différait par la seule grandeur de V/inged. Je crains qu'il n'y ait eu, dans les manuscrits de Forskal , quelque confusion , dont son éditeur , Niebuhr, n'aura pas pu se rendre raison ; car le nom de Chani est celui de la plupart de nos percoïdes de la Méditerranée.
M. Ruppell a inscrit notre poisson sous le nom de Lutodeira chanos avec des synonymes tirés de Forster, de Russel ou de Van Hasselt, qui se rapportent à d'autres espèces : il en a observé des individus à Mohilah ou à Djeddah qui avaient jusqu'à deux pieds et demi de longueur : il a écrit pour nom arabe Anged. M. Ehrenberg a aussi, de son côté, observé le Chanos à Djeddah , il nous en a communiqué un fort élégant dessin, et c'est lui qui m'a fait voir à Berlin les premiers chanos 19. i3
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de la mer Rouge. Il en a donné un exemplaire au Cabinet du Roi. Je les ai reconnus de suite pour être du genre des lutodeira de Kuhl que j'avais observés, quelques années auparavant, au Musée de Leyde.
Le Chanos a menton noir.
{Chanos mento , nob.)
Nous avons reçu de l'Ile-de-France cinq exemplaires d'un Chanos,
qui a le corps un peu plus raccourci et un peu plus haut que celui de la mer Rouge : la tête semblerait être un peu moins longue : ce sont d'ailleurs les mêmes nombres de rayons aux nageoires, les mêmes écailles, d'où il résulte que les espèces sont extrêmement voisines.
D. 13; A. 10, etc.
La couleur est un peu plus plombée; les nageoires sont plus brunes ; et il y a une tache noire assez large sous la mâchoire inférieure. Je l'observe sur tous les cinq individus, ce qui me montre la constance de ce caractère et les différences avec l'espèce précédente. Je trouve en outre des distinctions anatomiques plus appréciables; car le foie est quadrilatère : l'intestin est beaucoup moins long, ses ondulations sont moins fréquentes , les ccecums paraissent plus courts : les épiploons de cette espèce contenaient une grande masse de graisse.
Nos exemplaires ont six pouces de long; ils ont été envoyés par M. Julien Desjardins.
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Le Chanos a nageoires vertes.
{Chanos chloropterus , nob.)
C'est auprès de cette espèce qu'il faut placer celle dont Russel nous a laissé une bonne description et une figure caractérisée. Il mettait avec doute ce poisson dans les cyprins : il lui donne
un corps lancéolé, comprimé, couvert de petites écailles arrondies, ciliées et adhérentes ; une tête ovale, nue, à museau court, obtus, à bouche petite, à lèvres simples, à mâchoires sans dents et échangées; le palais et la langue sont lisses; la dorsale est falciforme; les pectorales, insérées au bas de la poitrine, sont pointues; l'anale est très-petite, coupée en croissant comme la dorsale; la caudale est profondément fourchue.
La couleur de la tête et celle des nageoires est un vert jaunâtre; les opercules et le tronc sont dorés.
Ce poisson, long de neuf pouces, se nomme Tooleloo. Russel l'a reçu de Madepolam, où on le connaît sous le nom de Muge des montagnes. On ne le trouve que dans la partie de la rivière où les eaux sont tout à fait douces 5 on ne le prend jamais dans l'eau saumâtre , ni par conséquent dans la mer. Cette observation se rapporte à celle faite aux
Séchelles sur une autre espèce donnée par M. Dusumier. Les chanos sont donc des poissons habitant à la fois les eaux douces et marines. Celui-ci passe pour avoir une chair excellente , mais trop remplie d'arêtes. Russe! remarque d'ailleurs que la couleur a pu être altérée par l'action de l'esprit de vin dans lequel on avait conservé l'individu sujet de sa description. Il observe déjà qu'il se distingue du caractère générique des cyprins par la présence de ses quatre rayons branchiostèges.
Le Chanos nuchal.
(Chanos nuchalis , nob.)
Russel donne aussi la figure d'un autre grand Chanos , qui me paraît se distinguer de tous les précédents par les grandes écailles qui couvrent sa nuque :
elles sont disposées par lignes obliques et on en compte huit à neuf rangées : elles ne descendent pas au-dessous de la ligne latérale, puis viennent les écailles des flancs du dos et du ventre, imbriquées et rangées comme dans tous les autres poissons. Le corps est d'ailleurs lancéolé, comprimé et brillant; la tête, plus étroite que le tronc, est conique et nue; la bouche est petite, à lèvres minces, a mâchoire supérieure échancrée , avec une carène ou un tubercule correspondant sur l'inférieure; les
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membranes branchiales réunies sous la gorge , soutenues par quatre rayons ; les pectorales et les ventrales ont de longues écailles pointues dans leur aisselle; la dorsale et l'anale sont coupées en croissant; la caudale est profondément fourchue.
La couleur du dessus de la tête est verte, celle de la face et des opercules est nacrée ; le dos changeant en vert foncé glacé de bleu; la dorsale et la caudale sont de la même couleur que le dos ; les autres nageoires sont blanchâtres : tout le dessous du corps est blanc et nacré.
L'individu décrit par Russel avait dix-huit pouces. Les naturels le nomment Palah Bontah. On sert ce poisson fréquemment sur les tables des Anglais établis à Vizagapatam sous le nom de Milk-Mullet, quoique le docteur Russel le regarde comme infiniment inférieur pour le goût, au muge ordinaire de ces contrées. M. Ruppell a cru que ces Palah Bontah sont de la même espèce que les Chanos de la mer Rouge.
Le Chanos oriental.
{Chanos orientalis , Lutodeira orientalis , Kuhl).
M. Temminck a bien voulu donner pour le Cabinet du Roi un des exemplaires de l'espèce du Lutodeira orientalis, envoyée au Musée
de Leyde par MM. Kuhl et Van Hasselt. L'espèce se distingue de celle de la mer Rouge, parce qu'elle a le crâne un peu plus large et un peu plus creux entre les yeux; que le corps est aussi un peu plus ovale; les écailles me paraissent plus petites et plus lisses. Les nombres sont : D. 15; A. 10, eic.
L'individu est long d'un pied; je pense qu'il faut rapporter à cette espèce la figure de l'amiral Corneille de Vlamming, publiée sous le nom de Dramdram ou Bantam. Le dos est bleu verdâtre; le ventre jaunâtre, ainsi que les nageoires. Nous voyons cette figure reproduite dans Renard1. Nous avons déjà dit que Gronovius l'avait citée mal à propos sous son Albula conorhjnchus.
Le Chanos cyprinelle.
(Chanos cyprinella, nob.)
Nous avons reçu des îles Sandwich une espèce voisine de la précédente ; elle s'en distingue
parce que son corps est plus élevé, la hauteur n'étant que quatre fois et quelque chose dans la longueur totale; la tête paraît un peu plus courte; le dessus du crâne est aussi large et aussi concave; les écailles, un peu plus grandes, sont plus profondément striées.