CHAPITRE VI
Des Butirins (Buturinus , Commerson ; Albula, Gronov.)
Les poissons dont je vais faire l'histoire dans ce genre ont été connus fort anciennement, mais fort mal décrits, et cependant les différents auteurs avaient presque tous signalé le caractère essentiel et générique de ce groupe. Ils ont tous le corps régulièrement en fuseau couvert d'écaillés dures, résistantes, nombreuses et rangées par séries longitudinales ; une suite d'écaillés, un peu plus larges, se remarque avant et après la dorsale sur la carène du dos; la tête, nue et sans écailles, est assez grande; l'œil est recouvert d'une paupière épaisse et adipeuse; à travers le derme, assez dense, qui passe sur le crâne , on reconnaît la direction des cannelures formées parla saillie des carènes de ces os; le museau est conique et pointu: il dépasse beaucoup la mâchoire inférieure; la dorsale est petite; les ventrales sont insérées en arrière de son dernier rayon; l'auale est peu étendue et tout à fait reculée sous la queue; l'anus est percé au milieu de la distance entre cette nageoire et les ventrales ; les dents sont en carde fine aux mâchoires, aux palatins, sur
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le chevron du vomer et sur les pharyngiens : celles qui caractérisent en quelque sorte le genre, sont grenues, hémisphériques, creuses, comme des petites boules quand on les regarde détachées; elles couvrent à la partie supérieure une plaque elliptique du sphénoïde, et une autre plaque allongée sur chaque ptérygoïdien. Ces trois os forment une cannelure dentée dans laquelle s'engage la convexité de l'os lingual , également couvert de granulations dentaires. Cette singulière disposition des dents a été signalée par Marcgrave , par Forster, par Forskal, par Parra. Elle avait cependant échappé, on peut le dire, à l'attention de tous les ichthyologistes récents, jusqu'à ce que je l'aie fait remarquer à M. Cuvier, en 1819, ainsi qu'il le dit lui-même dans un mémoire où il décrit une espèce de ce genre. A cette époque il n'y avait au Cabinet du Roi que de mauvais exemplaires de deux de nos espèces, de sorte que ce que M. Cuvier a pu dire des poissons de ce genre, est encore fort incomplet, et n'a pas pu avoir le cachet d'exactitude qu'il donnait ordinairement à ses recherches critiques sur des espèces incertaines. Ce qui l'a surtout empêché d'atteindre la vérité, c'est qu'il a cru que les dessins de Commerson représentaient une espèce américaine, ou tout au moins de
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l'Atlantique, et la même que celle que Plumier avait dessinée cent ans auparavant aux Antilles. Mais, depuis que plusieurs espèces, établies sur l'examen d'un grand nombre d'individus, ont pu être comparées entre elles, j'ai acquis la certitude que les butirins de l'Océan atlantique sont distincts de ceux de la mer des Indes, et que dans ces deux mers le genre y comprend plusieurs espèces différentes.
Après la figure de Marcgrave, le premier document transmis aux ichthyologistes systématiques, est cette peinture de Plumier, représentant le poisson Banane des Antilles, et qui est devenue dans Lacépède sa Chipée macrocéphale , en même temps que Bloch, dans son Système posthume , faisait graver l'original de ce vélin sous le nom d'Albula Plumieri. Il empruntait à Gronovius nonseulement cette dénomination générique, mais il copiait la description de l'espèce avec toutes les fautes de synonymie de cet auteur; c'est pourquoi l'on trouve la dénomination correspondante à la figure de Bloch sous le titre diAlbula conorhynchus. On voit que Gronovius empruntait cette première citation au mémoire descriptif de Nozeman. Ce naturaliste a, en effet, inséré dans un recueil hollandais peu connu, son travail, sous le titre de
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Description d'un poisson rare, en l'accompagnant d'une figure tellement exacte, qu'il est impossible de douter un seul instant qu'il n'ait eu sous les yeux un poisson du genre dont nous traitons.
A lepoque où il écrivait, en 1758, il ne pouvait avoir pour guide qu'Artedi, et peutêtre la dixième édition du Systema naturœ qui a paru cette même année. On voit, dans le commencement du mémoire, l'embarras que l'auteur a éprouvé pour classer son poisson , la peine extrême qu'il s'est donnée pour y arriver, et comment, après avoir discuté les différents caractères qui l'empêchaient de le placer dans le genre des Cyprins, dans celui des Corrégones ou dans celui des Saumons, il se décida à l'appeler Conorhjnchus , c'està-dire museau en cône, «à cause, dit-il, de « son museau prolongé, caractère qui distingue « ce poisson des autres d'une manière saillante, «ne sachant pas qu'il ait été décrit quelque «part par quelque autre auteur. 8
Je ne vois pas pourquoi Gronovius n'a pas accepté le nom de Nozeman, et pourquoi il a préféré le nom RAlbula, emprunté à Schonefeld , et qui désigne le Houting, ou une de nos espèces septentrionales de Corrégone. Quoi qu'il en soit, c'est principalement avec
cet élément que le genre Albula a été établi par Gronovius; et il l'aurait été sans qu'on pût lui faire le moindre reproche, s'il n'eût adjoint à ses synonymies la figure du poisson de Bentam prise dans Renard.
\lAmia de Brown et XUnbarana de Marcgrave ou de Pison, appartiennent sans aucun doute aux poissons du genre dont nous parlons; mais la citation de Renard ne s'y rapporte plus du tout ; elle est celle d'un poisson décrit plus haut, fort mal connu des naturalistes, dont Forster et Forskal ont fait un mugil, et qui est devenu dans M. de Lacépède le type des Chanos, genre que cet auteur n'a certainement pas connu , quoiqu'il en eût rédigé la diagnose générique en la tirant de Forskal.
Mais, en même temps que Bloch se servait du dessin de Plumier pour l'établissement de X Albula Plumierij, il faisait figurer l' Unbarana de Marcgrave parmi ses clupées, sous le nom de Clupœa brasiliensis y et il plaçait le Macabi de Parra, qui est certainement du même genre, dans celui des Amia sous le nom diAmia immaculata.
Ces espèces nominales ont été rapportées au genre Butirin avec une grande sagacité par M. Cuvier, mais confondues toutes ensemble
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sous une seule espèce et avec celle de l'Ilede-France, dessinée par Commerson. Le dessin de ce voyageur se rapporte à Y Argentina glossodonta de Forskal, laquelle est différente de YEsox argenteus de Forster, quoiqu'ils soient tous deux du même genre.
M. Cuvier a pensé que YEsooc vulpes de Linné était du genre dont nous traitons. Cet Esox vulpes paraît dès la dixième édition : Linné lui donne trois rayons à la membrane branchibstège, et cite, pour appuyer son espèce, le Vulpes bahamensis de Catesby, tome II, pi. I, fig. 1. Linné, sans y rien changer, le reproduisit dans la douzième édition.
M. Cuvier a été obligé de supposer d'abord que Linné avait reçu son poisson de Garden; ce que le grand naturaliste suédois ne dit pas, quoiqu'il n'ait jamais manqué de citer son célèbre correspondant; secondement, que le membrana triradiata serait une faute du copiste, et qu'on avait voulu écrire treize rayons; enfin, que Linné aurait décrit un cyprinodon, et qu'il aurait cité une figure représentant un poisson d'un genre tout différent.
J'avoue qu'il faut donner à l'interprétation
des fautes des dessinateurs ou aux lacunes de
la description une latitude bien grande pour
partager une opinion d'une si grande autorité;
je ne concevrais pas comment un dessinateur qui aurait eu notre poisson sous les yeux, aurait fait à la bouche une fente aussi large, l'aurait armée de dents aussi grandes, aurait pu représenter une langue aussi épaisse, aurait fait une dorsale aussi basse et aussi petite; d'ailleurs, Catesby dit que la fente de la bouche est assez longue; qu'un rang de petites dents pointues garnit les mâchoires; que la couleur est jaune d'ocre sur le dos; ce qui ne peut, en aucune façon , s'accorder avec nos Butirins. Je pense que la description, tout insignifiante qu'elle est, signale cependant des caractères qui doivent éloigner ce Vulpes bahamensis des Butirins. Je regarde encore le poisson de Catesby comme un de ceux qui nous restent à trouver, mais qu'aujourd'hui je ne puis déterminer.
Lors de la rédaction de son premier mémoire, M. Cuvier avait eu l'intention de désigner le nouveau genre qu'il observait sous le nom de Glossodonte; mais, ayant depuis reconnu que ces espèces répondaient parfaitement aux Butirins de Commerson, il raya des catalogues ichthyologiques le nom qu'il avait imaginé, et il a rétabli, dans la seconde édition du Règne animal, un genre dont il avait fait une simple mention dans une des notes de la première.
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Il faut, en effet, consacrer le nom inscrit par Commerson sur ses dessins, parce qu'il est le seul où l'on n'ait pas encore introduit des espèces étrangères. Lorsque M. Agassiz fut chargé par M. Martius de décrire les poissons que Spix avait rapportés de son voyage à l'Amazone, il fit une abbréviation de la dénomination de M. Guvier; et c'est ainsi que parut le nom de Glossodus.
L'espèce américaine fut considérée, suivant les errements de l'époque , comme synonyme des poissons de la mer des ïndes , et M. Agassiz lui donna le nom de Glossodus Forskali. L'on conçoit qu'aujourd'hui on ne peut le conserver.
M. Buppell, dans ses nouvelles recherches sur sa Faune d'Abyssinie, a eu le premier l'idée de séparer les butirins des Indes de ceux de l'Amérique, et, dans cette intention il reprit l'épithète que Forskal avait donnée à son Argentine, pour désigner son poisson sous le nom de Butirinus glossodontus. Nous reviendrons sur cette dénomination à l'article où je traiterai de ce Butirin des Indes.
Les Butirins ont, sans aucun doute, de l'affinité avec les clupéoïdes par leurs nombreux ccecums , leur grande vessie aérienne communiquant avec l'estomac \ mais ils sont distincts
par l'absence de dents aux maxillaires , et aussi par le défaut de cette carène dentelée en scie, composée de pièces plus ou moins dures, que nous décrirons en traitant des dupées : ils avoisinent un peu les mormyres, qui ont, comme eux, le palais et la langue dentés.
Nous possédons aujourd'hui sept espèces de butirins, dont trois du bassin de l'Atlantique et quatre du grand Océan indien, sans compter les espèces mentionnées par les auteurs, et sur lesquelles nous n'avons que des données encore incertaines, parce qu'on ne peut déterminer des poissons, si voisins les uns des autres, que sur la nature et par une comparaison attentive.
Le BlJTIRIN MACROCÉPHALE.
Albula macrocephala (Clupée macrocéphale, Lacépède).
Le poisson Banane des Antilles dont les naturalistes doivent la connaissance à Plumier, est un malacoptérygien de forme élégante et assez semblable à celle de notre barbeau.
Il a cependant le corps un peu plus trapu , à cause de l'épaisseur de la partie postérieure ou de la base de la queue. La plus grande hauteur est comprise cinq fois et demie dans la longueur totale; l'épais-
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seur est, à bien peu de chose près, moitié de cette hauteur.
La tête est allongée, et le museau, saillant au devant de la bouche, est en quelque sorte comme la pointe mousse d'une pyramide tétraèdre. La longueur de la tête est quatre fois et un tiers dans celle du corps entier. L'œil est au milieu de la longueur de la joue et sur le haut, de manière que le cercle de l'orbite touche à la ligne du profil, mais sans l'entamer; son diamètre est compris quatre fois et demie dans la distance, mesurée entre le bout du museau et le bord de l'opercule; une sorte de paupière épaisse, adipeuse, qui rappelle ce que nous avons observé dans les scombres, les muges, et que nous retrouverons dans des clupéoïdes, couvre l'œil; cette paupière est percée d'une fente elliptique, correspondant au trou de la pupille. La portion adipeuse et non transparente s'étend sur le sous-orbitaire en avant, et jusqu'au bord du préopercule en arrière. En l'enlevant, on met à nu la peau argentée qui recouvre la plupart des os de la face. Ces deux membranes ne sont pas assez épaisses pour que l'on ne puisse voir dessous les différents osselets qui composent la chaîne du sous-orbitaire. Le premier ou le plus antérieur est étroit et caverneux ; le second, haut et large, a le bord orbitaire seulement caverneux; il est suivi d'un troisième, triangulaire, petit et placé comme une pièce intermédiaire entre le second et le quatrième, qui se touchent par leur bord écailleux ; ce quatrième, ainsi que le cinquième, ont la portion qui cerne l'orbite, repliée pour faire
encore de petites cavernes et s'articuler avec une sixième et une septième pièces, qui se réunissent et se prolongent en une grande plaque mince et écailleuse, étendue sur presque toute la joue. Cette portion du sous-orbitaire est sillonnée par de nombreuses petites veinules. Le préopercule est presque réduit à son limbe, épais et caverneux, et qui est fortement réuni à l'arcade ptérygo- temporale. Le reste de l'os est mince; on pourrait presque dire que c'est une membrane ossifiée. L'opercule est assez épais, irrégulièrement triangulaire, à bord postérieur arrondi; le sous-opercule forme, comme à l'ordinaire, une pièce mince et soudée au bord inférieur de l'opercule; elle donne sur le devant une apophyse assez épaisse, soudée au bord antérieur de l'opercule, et qui remonte entre cet os et la portion verticale du préopercule. L'interopercule est mince, arqué, et placé en grande partie sous la gorge. La cavité de la narine est petite, à peu près au milieu de la distance entre le bout du museau et le bord de l'œil, et près de la carène externe du front. Ces deux ouvertures sont tellement rapprochées l'une de l'autre qu'elles ne sont séparées que par le repli de la papille qui ferme l'antérieure, laquelle est très- petite. La tête dont je viens de faire connaître les deux organes de l'olfaction et de la vision, est remarquable, d'ailleurs, par sa forme quadrangulaire. Le dessus du crâne est aplati; l'intervalle entre les deux yeux est égal au diamètre de l'œil. A travers la peau assez épaisse, on distingue le plan de la région des frontaux postérieurs et des pariétaux ; la gouttière ,
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pointue en avant, qui sépare les deux bords relevés des frontaux principaux; les cavernes allongées et elliptiques, creusées entre l'œil et la narine; la petite crête du frontal antérieur, sous laquelle s'abrite la narine, et, enfin, la saillie de cet elhmoïde caverneux, qui vient former la pointe du museau. C'est sur les parties latérales de cet os que nous voyons s'articuler les courts intermaxillaires, dont les branches montantes sont réduites au petit tubercule d'articulation. Sur les côtés et en arrière sont les deux maxillaires qui dépassent les os précédents , de manière à ce que leur talon, large et aplati, fasse une partie du bord de la bouche. Sur le côté postérieur, ces maxillaires ont un petit os supplémentaire, qui se cache entièrement derrière le sous-orbitaire quand la bouche est fermée. Il en est de même du maxillaire principal , dont on ne voit que le bord externe. La .lèvre est d'ailleurs assez épaisse; elle devient même assez large à la mâchoire inférieure. Celle-ci a des branches courtes, assez notablement caverneuses; elle peut s'abaisser beaucoup, parce que les maxillaires et les intermaxillaires, sans être protractiles , font un assez grand mouvement de bascule sur l'ethmoïde. Il est tel que les deux intermaxillaires deviennent transversaux quand la bouche est ouverte : celle-ci a une ouverture encore assez large et presque ronde; mais quand elle est fermée, la circonscription de l'ouverture est en ogive sous la saillie du museau.
Les dents de ce poisson sont serrées, implantées sur un grand nombre d'os, et méritent une attention
loule particulière , à cause de la variété de leur forme. Les maxillaires n'en ont aucunes; celles des intermaxillaires sont courtes, coniques, pointues, un peu courbes et sur une bande étroite. On peut dire d'elles qu'elles sont en herse fine ou en velours très -rude. Je trouve des dents semblables sur les deux palatins et sur le chevron du vomer : de sorte qu'il y a derrière la première arcade des dents intermaxillaires un second arc, à peu près parallèle ou concentrique sur le palais. En arrière du vomer, qui est court, on voit la surface concave et élargie du sphénoïde couverte d'une plaque elliptique de dents grenues et serrées les unes contre les autres. Cette gouttière, dentée et peu creuse, devient beaucoup plus profonde, parce que les deux ptérygoïdiens, chargés de dents semblables à celles du sphénoïde, viennent s'y adapter de chaque côté. Ces trois os reçoivent l'os lingual, qui est convexe et recouvert d'une plaque de dents semblables aux précédentes. La langue elle-même, en avant, est assez molle, charnue et pointue. Je ne puis apercevoir, ni à la mâchoire supérieure ni à l'inférieure, aucune trace du voile membraneux qui existe dans un si grand nombre de poissons. On voit donc que le poisson banane est un de ceux qui a le plus de dents, puisque nous en observons sur les deux intermaxillaires, sur les deux palatins, sur le vomer, sur le sphénoïde, sur les ptérygoïdiens, et, enfin, sur l'os lingual. Il y en a encore sur deux plaques pharyngiennes supérieures, et sur un large espace triangulaire du pharyngien inférieur; celles-ci sont
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pointues, serrées et semblables à celles du devant de la bouche. On conçoit que l'épaisseur de l'os lingual a dû être cause de la largeur de l'isthme des Butirins, il l'est, en effet, beaucoup ; c'est ce qui contribue à former le méplat du dessous de la tête, et à lui donner cette forme tétraèdre qui la caractérise; mais, d'ailleurs, pour que l'os lingual pût s'abaisser, ou, si l'on veut, pût jouer facilement dans la gouttière palatine et travailler avec les dents supérieures a écraser la proie des butirins, l'on voit que, pour la rendre plus mobile, la nature a replié la peau, de manière à faire sous les mâchoires des espèces de gouttières, qu'il faut examiner avec attention pour ne pas se laisser tromper sur leur nature. On pourrait les prendre fort aisément pour des pièces partiliculières , propres aux butirins , et que l'on ne rencontrerait pas dans les autres malacoptérygiens. De chaque côté de cet isthme si large existe, à l'extérieur, toute la membrane branchiostège; celle de droite recouvrant et cachant en partie le devant de celle de gauche. A en juger par les replis de la peau, les rayons doivent être assez mobiles. J'en compte douze à la membrane gauche, et onze seulement à la membrane droite. La dorsale est courte, à peu près sur le milieu du corps ; elle est cependant un peu sur le devant. La hauteur des premiers rayons surpasse un peu la longueur de la base; les derniers ne font à peu près que le tiers de la hauteur des premiers. La branche externe du dernier rayon se prolonge en un petit filet. Toute la nageoire est d'ailleurs recouverte d'écaillés oblongues, qui rappellent, à
certains égards, celles que nous voyons sur un grand nombre de nageoires des poissons fossiles. Le bord de la nageoire est un peu concave. L'anale est très-courte, écailleuse; son dernier rayon se prolonge en un filet qui touche jusqu'à la caudale; celle-ci est profondément fourchue et écailleuse comme les précédentes. La pectorale est courte, attachée au bas d'une ceinture numérale, dans laquelle on voit un scapulaire étroit, surmonté d'un surscapulaire court et fourchu, et ayant en dessous un large humerai, dont le bord, libre, forme une plaque écailleuse, dans la sinuosité de laquelle s'attache le premier rayon de la pectorale. Derrière la plaque de l'huméral on compte dix à douze écailles pectorales, pliées et redressées en carène, qui, en se superposant, forment une sorte de petite gouttière longitudinale, dans laquelle s'appuie la nageoire quand elle se rapproche du corps. La ventrale est petite et triangulaire, et a, dans son aisselle, une très-longue pointe écailleuse et libre, formée de la réunion de quatre à cinq écailles ventrales.
Tout ce poisson a le corps couvert d'écaillés solides, presque osseuses, disposées par séries longitudinales régulières, différentes de celles que l'on observe sur les nageoires. J'en compte soixante-quinze entre l'ouïe et la caudale. Une écaille isolée montre un bord radical assez grand, quadrilatère, avec deux ou trois rayons seulement en éventail. Examinée à la loupe faible, on ne voit que des stries longitudinales, excessivement fines, sur les rayons. Le reste