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de l'écaillé paraît plutôt grenu que strié. A l'aide du microscope, on reconnaît de très- fines stries d'accroissement, formant des rivulations courtes et trèsnombreuses, et la portion radicale est composée d'un nombre infini de granules elliptiques, placés comme des chapelets à côté les uns des autres. Ces écailles sont des plus jolies et des plus singulières que j'aie examinées au microscope. La couleur est un bel argenté devenant sur le dos un peu plombé, tout en conservant son éclat métallique. A l'extrémité du museau l'on voit sur les individus conservés dans l'esprit de vin , un point noirâtre, qui descend de chaque côté pour s'étendre jusque sous la face inférieure. Dix à douze lignes flexueuses, longitudinales et plombées se montrent par reflets le long des flancs.
Telle est la description d'an individu long de quatorze pouces, que le Cabinet du Roi a reçu presque aussi frais que si on le sortait de l'eau, parmi les collections faites à Saint- Domingue par les soins de M. îUcord.
Les viscères des butirins ressemblent, à beaucoup d'égards, à ceux des clupées. Nous y voyons l'œsophage se continuant en un estomac assez vaste, cylindrique, terminé en cul-de-sac arrondi. Sa branche montante est courte; les parois en deviennent un peu épaisses vers le pylore; celles de l'estomac sont, au contraire, minces et comme membraneuses. Autour du pylore, et le long du duodénum, qui adhère à l'estomac par un tissu cellulaire serré, on trouve vingt-deux appendices pyloriques, courts, gros et
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rangées en série longitudinale. Le reste de l'intestin est droit, et se rend presque directement à l'anus. La veloutée du colon est relevée de mailles hexagonales, irrégulières, dont les séparations sont assez hautes. Le foie est peu volumineux. Le lobe gauche est beaucoup plus épais que le lobe droit; ils sont tous deux trièdres, à bords minces et tranchants. Une petite vésicule du fiel, oblongue et blanche, est cachée entre la branche montante et le bord supérieur du foie. On voit en arrière la rate, viscère oblong et comprimé, qui repose sur l'intestin. De chaque côté de l'estomac sont les deux laitances , dont la masse ne dépasse guère la pointe, mais les sacs qui font office de canaux déférents sont longs et se rendent derrière l'anus de chaque côté de l'intestin. Nous trouvons dans toute la longueur de la cavité abdominale une vessie natatoire oblongue, dont la tunique membraneuse, excessivement mince, est enveloppée dans un repli fibreux du péritoine assez épais. Cette vessie se prolonge en arrière , au delà de l'intestin et de la cavité abdominale, enfermée dans une sorte d'étui osseux, qui s'étend jusqu'au delà du dernier interépineux de l'anale. Un canal pneumatique, court et ouvert très- visiblement, sans être cependant large, établit une communication entre cet organe et l'estomac. On le voit s'ouvrir sur la face dorsale de ce viscère, un peu en avant de son cul- de-sac terminal. Les reins sont gros, épais et d'un parenchyme noirâtre.
A ce que j'ai dit des os dans la description extérieure de l'animai, il faut encore ajouter
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les particularités suivantes, tirées de l'étude
du squelette.
Le frontal se porte en arrière, assez loin, à cause de l'étroitesse des pariétaux et de l'interpariétal; il forme au delà de l'œil, avec son congénère, beaucoup plus de la moitié de la surface du crâne. A la hauteur de l'angle orbitaire il se relève en bosse, et donne naissance à une carène arrondie et caverneuse, qui s'étend sur le devant du museau et se réunit avec celle du côté opposé, un peu avant la suture des frontaux, avec l'ethmoïde. Il y a donc une assez large gouttière longitudinale et en V, fort aiguë sur toute la région frontale. Le bord extérieur de l'os s'étend , pour former la voûte de l'orbite, en une lame solide, un peu bombée, et qui vient recouvrir le frontal antérieur. Après avoir dépassé cet os, son bord se relève en une petite carène, qui forme avec l'interne une grande gouttière, dont le sommet ogival s'approche beaucoup de l'angle antérieur de l'orbite : c'est dans cette carène que l'on trouve le nasal plié en V, et dont le bord externe se redresse en une lame mince et tranchante. Sur le bord orbitaire du frontal il y a un petit os étroit qui répond au sus- orbitaire des carpes. Le frontal postérieur est épais et tuberculeux, et laisse entre lui et dans la lame avancée des frontaux principaux une grande cavité remplie de graisse. Le plancher inférieur de cette cavité est formé par la portion avancée du sphénoïde. Sur les côtés du frontal antérieur on voit saillir, près du sphénoïde, une grosse tubérosité; au-dessus et en arrière, une apophyse triangulaire et pointue part de l'angle externe
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de l'orbite, et s'étend en une lame qui ferme en avant la cavité orbitaire. En arrière des frontaux et sur le milieu du crâne nous voyons les deux petits pariétaux, qui se louchent par une suture médiane. Leur forme est une sorte de parallélogramme étroit. Ce que l'on voit de l'interpariétal sur le crâne est de moitié plus étroit que les pariétaux; il ne s'avance pas de chaque côté jusqu'à leur angle externe; il porte une petite crête projetée horizontalement en arrière; il contribue à former la plus grande partie de la face postérieure du crâne. Entre eux et le basilaire sont les deux occipitaux latéraux qui se touchent sur la ligne moyenne; à leur bord externe et supérieur, et sur le côté externe de l'interpariétal sont les deux occipitaux supérieurs, tout à fait séparés l'un de l'autre par l'interpariétal, ils donnent, en arrière, une apophyse saillante, qui, avec la petite crête interpariétale , forme les trois pointes de la région postérieure du crâne, et augmentent ainsi la profondeur de la fosse où s'insèrent les muscles cervicaux. A l'angle externe et supérieur de l'occipital latéral et sous les occipitaux supérieurs et les mastoïdiens, existe le rocher; os qui manque, comme l'on sait, dans un grand nombre de poissons : ce rocher est petit et saillant en arrière en un court tubercule. Les mastoïdiens sont assez larges; ils sont un peu caverneux le long de leur crête externe. Au-dessous d'elle on voit une première fosse oblongue , au-dessous de laquelle est la gouttière étroite, dans laquelle s'articule le temporal. La portion du mastoïdien qui se prolonge en arrière et en
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dessous sur les côtés du crâne, forme, avec le rocher, l'occipital latéral et la grande aile sphénoïdale, une fosse conique, pointue, assez profonde, et qui ne communique pas dans la boite cérébrale. Au-dessus du mastoïdien, et entre cet os et l'occipital supérieur, on voit l'entrée d'une fosse profonde, dont la voûte est complétée par le pariétal et la partie postérieure du frontal; mais qui ne pénètre pas dans le crâne, et qui, par conséquent, n'est pas analogue au trou que nous avons observé dans les mormyres, ni aux ouvertures pariéto- mastoïdiennes qui existent dans les dupées. La grande aile sphénoïdale est assez large, irrégulièrement quadrilatère; elle termine en avant la gouttière d'articulation du temporal. La petite aile a peu d'étendue, et ferme en avant la fosse mastoïdienne, qui est au-dessus de cette articulation.
Le temporal s'articule par les deux têtes arrondies de son bord supérieur dans la gouttière mastoïdienne dont j'ai parlé plus haut. Au-dessous de cette articulation et le long du bord postérieur on voit une grande ouverture oblongue, qui est l'entrée de la fosse assez profonde dont ce temporal est creusé. Audessus et au bord postérieur de cette ouverture est la poulie d'articulation de l'opercule. Le temporal ou la caisse complète cette partie de la joue; il est à peu près triangulaire; son angle, arrondi, est inférieur. Entre lui et le plérygoïdien se voit la surface triangulaire du jugal, dont l'angle supérieur est tronqué et dont la base, assez épaisse, est presque entièrement confondue avec le préopercule. Le ptérygoïdien est caverneux en avant, au-dessous du frontal
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antérieur; en arrière de cette caverne sa surface, qui devient presque horizontale et qui contribue à former le plancher inférieur de l'orbite, porte sur ses côtés une sorte d'apophyse allongée en lame plate, qui recouvre la partie supérieure du jugal et s'étend un peu sur le tympanal. Toute la partie du ptérygoïdien qui est au-dessous de celte portion orbitaire ou de sa partie caverneuse, s'élargit en cette lame grenue à laquelle sont attachées les dents ptérygoïdiennes. La colonne vertébrale se compose de soixantedix vertèbres, dont les quarante-deux premières portent des côtes articulées sur des apophyses transverses. Ces apophyses sont très -courtes, et l'on peut dire presque sans saillie, sur les trente-quatre premières vertèbres; sur les dernières, ces apophyses se dirigent vers le bas , sont arquées , plus longues que le corps de la vertèbre n'a de hauteur, et celles-ci portent des côtes, dont les extrémités se dirigent en arrière et se réunissent sur les douze vertèbres qui suivent. Les deux apophyses transverses se réunissent en dessous de la colonne vertébrale pour former le canal artériel; puis ces deux apophyses se séparent l'une de l'autre, divergent un peu et donnent attache à de petites côtes arquées, rondes, placées, par conséquent, à la suite l'une de l'autre, et qui atteignent ainsi jusqu'au dernier interépineux de l'anale : c'est l'ensemble de ces pièces qui forme le cône prolongé au delà de la véritable cavité abdominale, et dans lequel s'enfonce la vessie natatoire. Il n'y a donc, à proprement parler, que trente-quatre vertèbres portant de véritables côtes abdominales.
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Au-dessus de ces côtes on voit d'autres os ou arêtes grêles, courbes, dirigées en arrière et vers le dos, et articulées sur les vertèbres à la base de l'apophyse épineuse. Il y a vingt-neuf de ces os, dont les six premiers sont plus courts et plus épais que les suivants. Le premier interépineux de la dorsale correspond à la dix-septième vertèbre, et celui de l'anale à la cinquante-cinquième; mais, comme je l'ai dit, les sept interépineux de cette nageoire ne touchent pas aux apophyses épineuses inférieures, puisqu'ils en sont séparés par le cône de la vessie natatoire. Enfin, pour compléter cette description, il faut ajouter que l'huméral et le cubital font en dessous un large cornet osseux ; que le radius est petit et court , et que le trou radial est assez large.
Cette espèce de Butirin est celle qui se rapproche le plus, à cause de la longueur de sa tète, de l'espèce figurée par Plumier et dont le vélin portait pour suscription : Cephalus argent eus Plumîeri, vulgo Banane à la Martinique. C'est ce dessin que M. de Lacépède a fait graver sous le nom de Clupée macrocéphale. Bloch, de son côté, trouvait dans le recueil des dessins de Plumier de la bibliothèque de Berlin, une figure représentant bien certainement la même espèce et qui a été gravée, après réduction, dans l'édition posthume de Schneider sous le nom d' Albula Plumieri. Il est juste de dire que cette copie 19. 22
est meilleure que celle de M. de Lacépède. Dans le texte, cette figure est citée sous la seule espèce du genre Albula, qui est dénommée Albula conorynchus j mais on ne peut rien dire de la description que Bloch a rapportée au poisson de Plumier, parce qu'il l'a évidemment copiée dans Gronovius. Il a de même admis, sans aucune espèce de critique, les synonymes de l'ichthyologiste de Leyde, qui se rapportent , comme nous l'avons dit plus haut, non-seulement à des espèces distinctes, mais à des poissons de genres tout à fait différents.
M. Ricord , qui nous a rapporté l'individu sujet de notre description, l'a péché près les Arcaès, dans la baie de Port au Prince; on l'y nomme kakambj. Il dit que la chair est mauvaise. Nous avons encore d'autres poissons Banane de cette espèce, envoyés de la Martinique par M. Achard et de Saint-Barthélémy par M. Plée.
Je trouve un dessin de ce poisson dans la collection que nous a communiquée M. de Poey; il dit qu'il n'en a vu que de douze pouces et que le poids ordinaire est de trois à cinq livres : il paraît servir seulement pour amorcer les lignes, parce que le grand nombre d'arêtes que l'on trouve dans la chair est cause
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qu'on ne le mange pas. Il n'a pas cependant de propriétés malfaisantes. C'est un poisson commun.
Le Butirin Macabi.
(Albula Parrœ, nob.)
Nous avons reçu des mers d'Amérique des individus qui me paraissent appartenir à une espèce voisine, mais distincte de celle que je viens de décrire.
Ils ont, en effet, la tête plus courte, comprise quatre fois dans la longueur du corps jusqu'à la base de la caudale , ou près de cinq fois dans la longueur totale; le dessus de la tête est un peu plus convexece qui dépend plus de la courbure de l'extrémité du museau que de la plus grande élévation du front. L'os de l'épaule me paraît faire une saillie plus grande et constituer une écaille plus large que celle de la précédente. La forme des nageoires et l'égalité des deux lobes de la caudale sont les mêmes que dans l'espèce précédente.
Les nombres ne diffèrent pas.
D. 18; A. 8, etc.
Les couleurs sont aussi semblables à celles du Butirin macrocéphale. Il ne me paraît pas, cependant, que le dessous du museau soit noirâtre, ainsi que nous l'avons observé sur plusieurs exemplaires de l'autre espèce.
En examinant le crâne d'un de nos individus, je trouve avec les légères différences extérieures que
je viens de signaler, d'autres distinctions qui me paraissent plus importantes sur le squelette. Les frontaux me semblent un peu plus larges en arrière. Leur bord supra-orbitaire est plus soutenu; les gouttières ogivales plus arrondies et moins avancées vers l'orbite; les os du nez ont leur lame externe plus ronde et un peu plus haute; la gouttière ethmoïdale est un peu moins étroite.
Le Cabinet du Roi a reçu de M. Plée deux individus qui ont deux pieds deux pouces de longueur; ils sont mâle et femelle, et je n'ai pas vu de différences dans les formes du crâne de ces deux sexes.
Nous possédons un autre petit exemplaire, originaire de Bahia; il est long de neuf pouces et demi; enfin, un quatrième, plus petit, a été apporté de Rio Janeiro au Cabinet du Roi par M. Delalande.
C'est l'un de ces individus que M. Cuvier ' a observé, et qu'il a confondu avec le Butirin de la mer des Indes et avec XArgentina glossodonta de Forskal. Les individus de Bahia ou du Brésil me donnent la possibilité de déterminer l'espèce que M. Agassiz 2 a nommée, dans la description des poissons de