CHAP. VI. DUT1RINS
rade de Gorée. La figure de Barbot1, un peu trop haute par rapport à sa longueur, ne donnerait qu'une idée fort incomplète de l'espèce. Il l'appelle Banane.
Le BUTIRIN BANANE.
(Albula bananus, Lacép.)
Je commence la description des espèces des Indes par celle de l'Ile-de-France, parce que j'ai tout lieu de penser que cette espèce, abondante dans cette île, y a été observée et dessinée par Commerson.
Elle a la tête contenue quatre fois et demie dans la longueur totale, et, en général, ses formes sont tellement semblables à celles des autres espèces, que je ne l'aurais pas distinguée si je n'avais vu son crâne; mais les frontaux sont différents. La cannelure longitudinale et moyenne est distincte. Je trouve, en effet, que la suture des interpariélaux avec les frontaux descend en une pointe plus aiguë et à la hauteur des yeux. Ces deux os se relèvent en une sorte de petit losange peu saillant. La cannelure moyenne est profonde, et les cannelures latérales forment également un sillon très -marqué. Les cavernes ogivales sont étroites, sans être aussi pointues que dans la première espèce. D'ailleurs, c'est de même
t. Coll. of voy. and irav., vol. V, p. 101, pi. 6.
un poisson tout argenté, avec un petit chevron noir sur l'extrémité du nez, mais qui ne descend pas à la face inférieure, du moins dans les quatre individus que j'ai observés. M. Dussumier, qui les a vus frais, donne une teinte verdâtre au corps et dorée aux joues. Toutes les nageoires sont blanches; la dorsale et la caudale sont bordées d'un très-fin liséré noir.
Ils nous viennent des mers de l'Ile-de- France, soit par M. Desjardins, soit par M. Dussumier. Notre plus grand individu a treize pouces de longueur.
Les individus que je viens de décrire ressemblent tellement aux deux dessins laissés par Commerson dans ses manuscrits, qu'il est impossible de douter de leur détermination. Ils sont tous deux faits à la mine de plomb sans aucune signature, mais il y a tout lieu de croire, par la manière dont ils sont exécutés, qu'ils sont dus au crayon de Sonnera t. Commerson avait écrit de sa main sur l'un d'eux, ButjrimiSj et sur l'autre il avait ajouté Poisson, Banane vulgb, Grand comme nature. C'est ce dernier qui a été gravé dans M. de Lacépède assez mal, quoique d'une manière reconnaissable, à la planche VIII , fig. 2 , du tome V. La gravure a été intitulée Synode Renard. Dans le texte M. de Lacépède a établi un genre Butirin, composé d'une seule espèce,
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le Butirin Banane : en citant uniquement ce que Commerson a inscrit sur son dessin , l'ichthyologiste français dit cependant avoir trouvé dans les manuscrits de Commerson une description courte mais précise de ce poisson. Il n'y a certainement dans la collection entière des manuscrits aucune description qui porte le nom de Butirin ou qui se rapporte à ce poisson. On sait qu'elles étaient toutes faites en latin, précédées d'une phrase linnéenne, que M. de Lacépède a toujours eu soin de transcrire , quand elle existait. Il aurait dérogé cette fois à cette constante habitude : il me paraît plus probable que la notice du Butirin a été faite sur les figures de Commerson , et qu'ayant oublié l'origine de ses notes, M. de Lacépède l'aura rapportée, de mémoire, au Synode Benard. Il y aurait là un nouvel exemple de ces petites confusions que cet excellent homme a faites en travaillant à la campagne sur de simples extraits pris sur de petits feuillets épars. Je doute que , s'il eût comparé le dessin de Commerson à la planche de Catesby, reproduite dans l'Encyclopédie méthodique et sur laquelle repose le Synode Benard, M. de Lacépède eût regardé la copie de Commerson comme identique à celle de l'Encyclopédie. L'espèce, sujet de cet article,
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a donc paru d'abord deux fois sous des noms différents dans cet ouvrage d'ichthyologie, d'après Commerson: elle y revient une troisième fois, parce que XArgentina glossodonta1 est encore le même. La figure et la courte description que M. Ruppell nous a données de son Butirinus glossodontus viennent confirmer cette opinion.
En lisant avec beaucoup de soin la description de Forskal et en comparant d'ailleurs la figure que j'ai faite à Berlin des Butirins de la mer Rouge, je crois que Y/Jrgentina glossodonta ne diffère pas de l'espèce de l'Ile-de-France , parce qu'elle est la seule dont on puisse dire qu'elle porte un anneau noir à l'extrémité de la mâchoire. Il faut d'ailleurs bien observer qu'à l'époque où j'étais à Berlin je ne connaissais pas l'importance qu'il y avait à étudier le crâne de ces espèces. Je n'aurais pu d'ailleurs dans cette collection comparer un aussi grand nombre d'individus entre eux, par conséquent il me serait toujours resté des doutes sur mes déterminations. La description de Forskal, toute détaillée qu'elle est, ne donne que des caractères génériques. Ce voyageur dit : que les Arabes de Djedda lui