CHAPITRE VIII
Des Amies {Amia, Linn.)
Le genre Ami a a été établi par Linné pour classer un poisson originaire de Charleston et qu'il avait reçu de Garden. Il s'en faut de beaucoup cependant que l'illustre auteur de ce genre en ait connu toutes les curieuses particularités et qu'il l'ait même caractérisé convenablement. Ainsi, il est difficile de comprendre ces mots de la description de XAmia calva : Gala ossiculis duobus scutiformibus in centro striatis, soit qu'il s'agisse de la mâchoire inférieure, ou que l'on ait appliqué ces expressions à la membrane branchiostège, dont les douze rayons sont indiqués et comptés dans la diagnose du genre. Le nom de Mud-fish, ou poisson de vase, est le seul renseignement que l'on trouve dans la correspondance entre Linné et Garden publiée par Smith», sur l'unique espèce désignée par le nom d'Amia calva. Cette épithète pourrait être donnée à toutes celles connues aujourd'hui. La diagnose linnéenne ne repose que sur la tache noire de la base supérieure de la caudale; comme M. Lesueur en a découvert dans les lagunes des environs de la Nouvelle-Orléans une seconde qui offre le même
caractère , il devient difficile de dire aujourd'hui ce que peut être XAmia calva de Linné.
Schcepf l, dans son intéressant Mémoire sur les Poissons du nord de l'Amérique, pense que le Mud-fish de Garden existe dans la Pensylvanie; mais, d'ailleurs il ne donne aucun renseignement sur ce poisson si curieux.
L'abbé Bonnaterre a décrit dans l'Encyclopédie un Amia d'après nature : ce poisson était conservé dans le Cabinet du Roi. Bloch l'a revu pendant son voyage a Paris : il l'a fait dessiner, et la gravure en a paru dans l'édition posthume donnée par Schneider en 1801, c'està-dire, treize ans après la publication de l'Encyclopédie. Je n'ai malheureusement pas retrouvé cet exemplaire dans les collections du Muséum. Cette perte est fâcheuse, parce que le poisson portait un signe caractéristique qui aurait dû le faire distinguer par ces naturalistes de l'espèce linnéenne, car les deux figures citées, qui ne sont pas certainement copiées l'une sur l'autre, prouvent que l'exemplaire du Cabinet du Roi avait une tache noire à la base inférieure de la caudale. M. de Lacépède ne parait avoir parlé de l'Amia que d'après Linné
1. Schcepf, Besch. einig. nord-am. Fische in den Schrift. N. F.,
t. VIII, p. 174-
404 LIVIŒ XX. fcALACOPTÉRYGIENS.
et d'après l'Encyclopédie, et il ne fait aucune mention de la tache de la caudale. Walbaum, dans son Artedius renovatus , se borne à copier Linné. Tous ces auteurs ne donnent aucun document sur les caractères curieux et remarquables que pouvait offrir la splanclinologie , et surtout la vessie aérienne de ce poisson. C'est M. Cuvier qui en signala le premier la structure celluleuse : il indiqua aussi l'absence des cœcums à l'intestin; mais, dans une description aussi concise que le comportait le Règne animal1, il ne décrivit qu'incomplètement ces organes. 11 faut remarquer qu'il n'a eu à sa disposition qu'un individu rapporté de la Caroline par M. Bosc. On le conserve encore dans le Cabinet du Roi : c'est une espèce différente de celle que Bonnaterre ou Bloch ont décrite et fait représenter, quoique M. Cuvier y ait rapporté la figure de Schneider. Depuis ces premières observations, M. Lesueur, établi à la Nouvelle -Orléans ou dans l'Etat d'Indiana, a eu occasion de voir plusieurs espèces de ce genre, et il en a envoyé plusieurs individus au Cabinet du Roi. Des correspondants du Muséum, MM. d'Espainville
1. Cuvier, Règne anim., t. H, édit. 1817, p. 17g, et 2.° édit. . 1829, p. 327.
et Barabino en ont aussi adressé, de sorte que je ne compte pas moins de cinq espèces distinctes, rangées aujourd'hui dans la collection , et dont j'ai pu constater les caractères sur plusieurs exemplaires que j'ai eu la faculté de disséquer. A ces précieux matériaux j'aurai à ajouter les documents fournis par M. Dekay dans sa grande Faune de New-York, et par le docteur Richardson dans celle de l'Amérique boréale. Enfin, je devrai aussi à l'obligeante et généreuse amitié de M. Lesueur des notes précieuses sur plusieurs espèces qu'il n'a pas encore publiées et qui vont aussi enrichir la monographie de ce genre.
Au moment de publier ces feuilles, je reçois le Synopsis des poissons du nord de l'Amérique , par M. Storer qui , d'après l'avis de M. Zadock Thompson , établit que XAmia occeïïicauda de Dekay et XAmia occidentalis de Richardson sont de la même espèce, nous discuterons cette opinion à leur article.
Rien ne ressemble autant à la gueule d'une Truite que celle de l'Amia; il n'y manque que des dents sur la langue pour rendre cette ressemblance plus complète. La tête des poissons de ce genre est recouverte d'une peau très-fine et enduite de mucosités. A cause de sa minceur elle s'enlève facilement et laisse alors
voir à nu le crâne, les surtemporaux, les pièces du sous-orbitaire et l'opercule, comme de grandes plaques osseuses profondément ciselées. Les branches de la mâchoire inférieure offrent le même caractère. Quant à l'os sousmaxillaire, il se présente aussi presque toujours à nu et rugueux ; mais ces ciselures sont moins fortes. L'extrémité supérieure du museau est plus charnue; aussi cette partie reste-t-elle toujours lisse. La lèvre inférieure est seule large et épaisse. Les yeux sont de moyenne grandeur; les pièces postérieures du sous-orbitaire couvrent presque toute la joue, et contribuent, avec l'opercule , à la rendre osseuse et cuirassée. Chaque narine a deux ouvertures; l'une ronde et pratiquée près du bord de l'orbite, l'autre est prolongée en un petit tube charnu percé à son extrémité, et que les auteurs ont désigné comme un simple barbillon. De petits intermaxillaires et des maxillaires larges et mobiles forment l'arcade supérieure de la bouche. Une rangée de dents coniques borde ces os; on retrouve des dents de même forme , mais réunies en plaques sur le chevron du vomer, sur les ptérygoïdiens et sur les palatins : ceuxci ont d'ailleurs entre leurs plaques antérieures et celles des ailes ptérygoïdiennes une série de dents coniques implantées sur un seul rang ,
et dont la longueur variable peut fournir de bons caractères spécifiques. La mâchoire inférieure, à branches très -larges, est armée d'une rangée externe de dents coniques et pointues, et sur le bord interne de los on voit une plaque de dents en petits pavés, étendue jusque sons l'angle de la mâchoire. La langue est épaisse, libre, charnue, et sans dents. Les pharyngiens sont hérissés de dents en carde. Enfin, fai trouvé des âpretés en forme de dents sur la face interne de l'opercule \ exemple singulier de dentition, que l'on pourrait regarder comme un reste de râtelures dentées de la branchie operculaire qui manque à ce poisson. Les ouïes sont très -largement fendues; la membrane branchiostège est soutenue par des rayons larges et aplatis; elle ne peut rentrer en se pliant sous le bord operculaire. Au-devant d'elle se trouve attaché dans l'angle de la mâchoire un large bouclier osseux, analogue à celui que nous avons vu dans les Ëlopes et les Mégalopes. Cet os est beaucoup plus grand, parce que la disposition de la membrane branchiostège et de ses rayons a nécessité un plus grand écartement des deux branches de la mâchoire. Le tronc est arrondi en avant, un peu déprimé près de la nuque, comprimé vers la queue. Il est couvert d'écaillés
assez épaisses, mais non osseuses, et, rendues d'un aspect encore plus mou par la mucosité abondante qui les enveloppe. Une longue dorsale est étendue sur le dos ; la caudale s'avance plus en dessus qu'au-dessous de la queue; l'anale est petite; les ventrales sont reculées sous la moitié de la longueur du tronc. Le canal digestif est formé d'un large œsophage prolongé en un cul-de-sac stomacal obtus; la branche montante est épaisse et charnue; la valvule du pylore est grande. L'intestin fait deux replis, l'un au-devant, l'autre en arrière de l'estomac : ces dernières circonvolutions embrassent la rate. Le rectum se marque par une petite dilatation, et surtout par une strie en spirale, qui indique le trajet d'une valvule assez large qui suit la longueur de cette portion de l'intestin en y faisant quatre ou cinq tours. Il n'y a pas de cœcums. Le foie est petit. L'œsophage et l'estomac sont recouverts, et en quelque sorte embrassés par une trèsgrande vessie aérienne, communiquant avec le canal digestif près du pharynx et se bifurquant en avant. Toute la paroi inférieure de la vessie est une membrane lisse, mince et sans aucunes cellules ; mais les parties latérales et supérieures de l'organe , ainsi que les cornes, sont divisées en nombreuses
chap. vin. AMIES. 400
cellules d'inégale grandeur, et qui deviennent plus vastes à mesure qu'elles sont plus éloignées sur la vessie. Tout ce réseau celluleux est traversé par de fines et admirables ramifications de vaisseaux sanguins ; ce qui peut faire croire que cet organe n'est pas étranger à la respiration du poisson. La communication avec l'œsophage se l'ait par un conduit très-court, mais très-large , naissant de la partie antérieure de la vessie, près de sa bifurcation; l'ouverture dans l'œsophage est oblongue et garnie de deux bourrelets assez épais qui rendent cet orifice assez semblable à celui d'une glotte. Les ovaires de ces poissons sont constitués comme ceux des Saumons, de sorte que les œufs tombent dans la cavité abdominale avant de s'échapper par la vulve.
Les Amies sont des poissons d'eau douce, observés d'abord dans les eaux de la Caroline du sud, mais qui abondent aussi dans les lagunes à fond vaseux de la Floride , et qui se portent au nord des États de l'Amérique septentrionale jusque dans des régions assez froides, puisque Richardson en mentionne une espèce dans sa Faune. On les apporte au marché de la Nouvelle- Orléans sous le nom de Mud-fish, sous lequel les Américains les
connaissent, ou sous la dénomination de Choupie, qui leur est donnée par les Indiens. On les prend pendant toute l'année; mais c'est surtout vers la fin de mai qu'ils sont plus abondants. Leur chair est molle, courte et fort peu estimée. Ils sont, en général, de moyenne taille; cependant M. Lesueur a pris, dans le Wabash, des individus de plus de deux pieds. M. Cuvier a trouvé des écrevisses dans l'estomac de celui qu'il a disséqué; ceux que j'ai ouverts avaient avalé des poissons et une assez grande quantité d'insectes aquatiques.
Cet exposé succinct des caractères des Amia montre que ces poissons ont des affinités nombreuses avec plusieurs autres Malacoptérygiens, que nous considérons comme de familles assez différentes. Ainsi, ils tiennent des Cyprins par la simplicité de leur canal intestinal sans ccecums ; toutefois, aucun d'eux n'a de valvule dans l'intérieur du rectum. Les Amies a voisinent les Elopes et les Mégalopes par leur bouclier sous-maxillaire : la grandeur de leurs os sous-orbitaires les lie aux Ërythrins; leur dentition et la structure de leurs ovaires établit des rapports marqués entre eux et les Salmonoïdes. Enfin, l'on pourrait trouver, dans leur faciès général, dans la longueur de leur dorsale, dans la forme de leurs écailles, dans la
longueur de leur corps qui doit être souple et peut se mouvoir en serpentant, des ressemblances très-frappantes avec les Ophicéphales.
Les Amies vivant dans des lagunes, c'està-dire, dans des conditions semblables à ceux de l'Inde que je viens de nommer, ont peut-être, comme eux, la faculté de vivre quelque temps hors de l'eau, de se transporter par terre d'un lieu à un autre. Au lieu d'ajouter un appareil particulier aux branchies des Amia, la vessie aérienne satisferait ici aux besoins de la respiration. Je présente cependant ces réflexions avec réserve, parce que, ni M. Lesueur, ni M. Dekay, ne signalent aucune habitude semblable ; il faut espérer que de nouvelles observations, et surtout celles que nous sommes en droit d'attendre de l'activité et de la sagacité de M. Agassiz, viendront répondre à ces questions.
Le genre des Amia forme jusqu'à présent à lui seul une petite famille, dont je viens de signaler les affinités. Je vais en faire connaître les différentes espèces.
D'après ce que j'ai dit plus haut, on doit prévoir qu'il est aujourd'hui impossible d'appliquer à une espèce plutôt qu'à une autre, la dénomination (XAmici calva; d'un autre côté il y a tout lieu de croire que XAmia calva des
412 LlVRi: XX. MALACOPTÉRYGIENS.
auteurs de L'Encyclopédie, qui est certainement le même que celui de Bloch, est d'une espèce différente de celle de Garden. Les ichthyologistes ne seront donc pas surpris de ne plus voir paraître ce nom dans la monographie suivante.
L'Amie marbrée.
(jfmia marmorata , nob.)
Cette Amie a le corps arrondi de l'avant, comprimé vers la queue; je ne crois pas qu'on puisse en faire une comparaison plus juste qu'en disant que cette forme rappelle tout à fait celle des Ophicéphaies.
La hauteur surpasse à peu près d'un quart l'épaisseur, et elle est comprise sept fois dans la longueur totale , la caudale comptant pour un septième de cette mesure. La longueur de la tête prend le quart de cette même longueur totale; le dessus du crâne est voûté, et un peu plus soutenu entre les yeux que sur la région occipilale. L'oeil est de grandeur médiocre; le cercle de l'orbite entame un peu la ligne du profil; le diamètre est contenu huit fois dans la longueur de la tête ; le bord antérieur de l'orbite est éloigné de deux diamètres de l'extrémité du museau. Le sous-orbitaire est composé de quatre pièces : la première, presque entièrement située au-devant de l'œil, est irrégulièrement quadrilatère; cà la suite, et pour former le bord inférieur du cercle de l'orbite,
existe un second sous-orbitaire extrêmement étroit, qui va se joindre au troisième : celui-ci et le quatrième sont oblongs et réunis par une suture droite; leurs bords postérieur et inférieur arrondis, forment ainsi une grande plaque qui couvre la plus grande partie de la joue. Il faut remarquer que ces longues pièces ont leur surface rugueuse et comme ciselée, et qu'un sillon assez profond qui loge probablement un vaisseau muqueux, traverse la pièce inférieure, de telle façon qu'on pourrait la croire divisée en deux ; cela est surtout remarquable sur les grands individus desséchés. Ces os ne sont recouverts que par une pellicule muqueuse excessivement mince, tandis que le préopercule tout entier jusqu'à son limbe est caché par une peau lisse assez épaisse, percée d'un nombre assez considérable de pores muqueux.
L'opercule et le sous-opercule se montrent nus et ciselés, comme les grandes plaques sous-orbitaires; mais l'interopercule est caché par une peau semblable à celle qui est étendue sur le préopercule; le plus grand de tous ces os est une assez large pièce, arrondie en arrière; le sous -opercule, irrégulièrement quadrilatère, a le bord supérieur échancré pour recevoir l'inférieur de l'opercule; il s'étend assez en avant pour toucher le préopercule.
L'interopercule est irrégulièrement rectangulaire et se rétrécit en avant près de la mâchoire; le bord membraneux de tout cet appareil est large et épais, le dessus du crâne ciselé comme les opercules, est recouvert d'une peau excessivement mince, percée
\\ LIVRE XX. MALACOPTÉRVGIENS.
d'un irès-granci nombre de pores disposés assez régulièrement sur la tête. Cette espèce de casque est augmentée en arrière par les suriemporaux, dont la réunion avec l'occiput se fait par une suture droite et dont la ligne postérieure est assez profondément echancrée. Ces pièces sont aussi ciselées, et la peau mince qui les revêt criblée de pores. Le devant du museau, à partir des narines, est lisse, sans ciselures. Il y a un groupe de pores auprès des narines postérieures , un autre auprès de l'ouverture antérieure de la narine , et deux placés symétriquement sur la ligne moyenne. L'ouverture antérieure de la narine est à l'extrémité d'un tube assez long; l'ouverture postérieure est reculée près de l'œil sur le dessus du crâne : c'est un petit trou rond sans aucunes papilles. La gueule est large et très-fendue ; elle est formée par des intermaxillaires courts, peu mobiles, et sur lesquels s'articule un maxillaire très-libre, ayant sur l'extrémité du bord postérieur une petite pièce supplémentaire assez mobile. Ces os sont garnis de dents coniques et implantées sur un seul rang. La mâchoire inférieure est à peine plus courte que la supérieure , on peut même dire qu'elle lui est égale ; elle porte une série de dents coniques assez grosses, et derrière un nombre assez considérable de petites dents en pavés, disposées sur une petite bande étroite sur le milieu , mais devenant sur les côtés une bande triangulaire presque aussi large que la branche de la mâchoire. Le vomer a sur chaque tubercule de son chevron un petit groupe de dents coniques semblables à celles des inter-
maxillaires ; puis on en voit un autre groupe sur chaque palatin, ensuite une rangée le long du bord du ptérygoïdien externe et une grande plaque ovale , formée par la réunion de granulations très-fines, couvrent tout le ptérygoïdien interne. On en voit de semblables le long du corps du sphénoïde; la plaque est assez pointue vers la gorge. La langue, qui est remarquablement grosse et charnue , est tout à fait lisse et sans dents. Il y a de fines scabrosités sur les branchies , de petites dents sur les pharyngiens. Il existe dans l'Amie ce que je n'ai encore vu chez aucun autre poisson. La face interne des opercules est hérissée de petites épines, semblables à ces dents qui rendent la surface de l'os âpre au toucher et dont la pointe me paraît dirigée vers la fente de l'ouïe. Cette ouverture est extrêmement considérable dans l'Amie, non-seulement la grandeur et la mobilité de la membrane branchioslège y contribuent, mais encore l'écartement des deux branches de la mâchoire inférieure; cet intervalle est rempli par un os sous -maxillaire, tout à fait analogue à celui que nous avons trouvé dans les Élopes et les Mégalopes; il forme ici un trèslarge écusson ovale, détaché en arrière et libre sous la membrane branchiale. Celle-ci est soutenue par des rayons aplatis, et si bien réunis les uns à côté des autres, qu'ils ne peuvent pas s'imbriquer ou se recouvrir, mais qu'ils se meuvent tous ensemble par un mouvement commun. Cette forme en avait imposé, je crois, à Garden et à Linné; c'est ainsi que j'essaie d'expliquer l'expression de ce grand homme, qui a dit dans sa description : Gula ossiculis duobus
scutiformibus in centra strialis , à moins qu'il n'ait voulu désigner le dessous de la mâchoire inférieure, mais alors Linné, dans son siyle, aurait employé le mol mandibula et non celui de gula. La membrane de gauche passe sous celle de droite; il y a un rayon de plus à l'une qu'à l'autre. Quand l'opercule est fermé et que son bord membraneux est étendu, on n'aperçoit rien de la ceinture numérale; mais en le soulevant, on trouve alors un scapulaire assez long, lisse, une plaque striée appartenant à l'huméral. La pectorale est arrondie, attachée en dessous, portée sur un petit pédoncule charnu. La ventrale, petite, est reculée vers le milieu de la longueur de l'abdomen ; on ne voit aucune écaille remarquable dans l'aisselle de ses nageoires. La dorsale commence sur le dos, à peu près au milieu de l'espace qui sépare les deux nageoires paires; elle est basse et se continue jusques auprès de la caudale, dont elle est cependant bien séparée. Celle-ci est arrondie, mais ses rayons inférieurs s'implantent plus en avant que les supérieurs; car les premiers de ceux-ci répondent au cinquième ou au sixième avant-dernier rayon de la dorsale. L'anale est petite , assez éloignée de l'anus.
B. 11— 12; D. 50; A. 10; C. 20; P. 16; V. 1. Ce poisson est couvert d'écaillés de médiocre grandeur, régulièrement imbriquées, enveloppées dans une peau molle ; j'en compte de soixante- cinq à soixante-dix rangées entre l'ouïe et la caudale ; chaque écaille est oblongue sans rayons à l'éventail ; elles portent un nombre considérable de stries fines et régulières , rayonnant du centre vers le bord de
l'écaillé. La ligne latérale est étroite, et tracée à peu près par le milieu de la hauteur du côté; elle est formée d'une série de petites tubulures simples. La couleur de nos invivid-us, conservés dans l'alcool, est un roussâlre disposé par grandes marbrures, formant une sorte de maille ou de réseau sur le dos et sur les flancs ; le dessous du corps est blanc ; la tête a de grandes rayures longitudinales rousses; une tache presque brune sur le haut du préopercule, et une autre sur le bord membraneux de l'opercule ; la dorsale est tachetée de roux. Les taches de la caudale paraissent être disposées sur trois arcs concentriques; sur le haut de la queue on voit une lâche noire. Les nageoires pectorales , ventrales et anales ont une faible teinte roussâtre.
Le foie est composé de deux lobes, tous deux trièdres et pointus : celui de gauche est beaucoup plus grand que celui de droite, car il descend jusqu'à la naissance de la branche montante de l'estomac. A droite, c'est à peine si la pointe dépasse le premier pli de l'intestin; sa couleur est rousse; la vésicule du fiel, adhérente à ce lobe, est assez large, oblongue, fixée le long de l'intestin, et verse la bile par un large canal cholédoque très-peu en arrière du pylore. Le canal digestif commence par un très-large oesophage, qui se prolonge en un sac conique à parois charnues assez épaisses en dessous. Au milieu naît la branche montante, qui est trèscharnue, et qui remonte sous l'œsophage jusques entre les lobes du foie, par conséquent très-peu en arrière du diaphragme : arrivée entre les lobes
du foie , elle se plie brusquement ; son épaississement marque la place de la valvule du pylore. L'intestin descend ensuite dans le côté droit jusqu'à la fin de la cavité abdominale; ce pli remonte dans le côté gauche et après avoir dépassé la pointe de l'estomac, mais sans atteindre à la branche montante, il se plie de nouveau, se dilate un peu après la valvule de Bauhin , et se rend à l'anus. Le rectum est donc assez court; sa muqueuse s'élève en dedans pour former une lame en spirale à quatre ou cinq tours. Il n'y a aucun appendice pylorique. La rate est un ruban oblong et étroit, fixée près de la naissance de la branche montante; entre elle et l'intestin , elle se porte en arrière dans l'anse que forme le dernier pli intestinal.
Ce que la splanchnologie de ce poisson offre de plus remarquable, est sans contredit sa vessie aérienne. En insufflant l'intestin on gonfle ce curieux organe; il apparaît alors divisé en des cellules innombrables, il est alors semblable à un poumon de reptile. Cette vessie, fourchue en avant, embrasse étroitement entre ses cornes l'œsophage, et même tout l'intestin, dont elle n'est pas séparée ici par ce repli du péritoine que nous trouvons, sans aucune exception, dans tous les autres poissons : aussi, un anatomiste qui examinerait l'abdomen d'un Amia auquel on aurait enlevé les viscères, serait-il parfaitement autorisé à croire que ce poisson manque de vessie aérienne. La facilité avec laquelle on remplit les cellules de cet organe en insufflant l'intestin , prouve que le canal de communication a un orifice
très-large. La vessie donne, en effet, clans le haut de l'œsophage, par une ouverture oblongue, ayant au moins deux lignes de diamètre, et dont les bords, épaissis et rapprochés, simulent tout à fait l'ouverture d'une glotte. En fendant la vessie on reconnaît que toute la paroi inférieure adhérente à l'œsophage et à l'intestin, est une membrane simple, mince et argentée : sa longueur est à peu près le quart de la circonférence de l'organe; les bords de cette partie lisse sont relevés et épaissis en une sorte de longue bride fibreuse, qui limite les ouvertures des trois grandes mailles celluleuses béantes de chaque côté de la vessie; des brides transversales, naissant de celle-ci, viennent former les cellules qui se multiplient et deviennent beaucoup plus petites à mesure que l'on s'élève vers la région supérieure de cet organe. Les cellules postérieures sont plus grandes que les antérieures. Les cornes sont celluleuses , comme tout le reste; on voit à l'intérieur un nombre assez considérable de vaisseaux, dont les ramifications forment de jolis arbuscules sur les très-minces membranes des cellules vésicales.
Les organes génitaux de l'Amie sont courts et forment deux larges rubans, dont le bord libre et postérieur flotte dans la cavité abdominale, d'où il résulte que les œufs tombent librement dans cette cavité, ainsi que cela a lieu dans les Truites. Les reins consistent en deux longs rubans grêles et noirâtres, étendus dans toute la longueur de l'abdomen.
La longueur de l'individu qui a servi a cette description et à cette anatomie est de
seize pouces. Il a été envoyé de la Nouvelle- Orléans par M. Barabino.
Je ne trouve clans les notes de M. Lesueur, aucune preuve que ce naturaliste ait connu cette espèce.
Z/Amie ornée.
{Amia ornata, Lesueur.)
M. Lesueur a envoyé au Cabinet du Roi une espèce d'Amie qui avoisine la précédente par la tache noire de sa caudale , mais qui en diffère par des caractères
portant sur la forme des pièces osseuses, et aussi par les couleurs : assez semblable à la précédente par les formes générales, celle-ci a les os de la tête moins striés; les surtemporaux sont plus étroits et l'échancrure nuchale plus ouverte et moins profonde ; les nombres sont les mêmes.
D. 50; A. 9, etc.
Les écailles sont de même grandeur. La couleur du poisson , conservé dans l'alcool , est un brun verdâtre sur le dos sans aucune espèce de marbrures ; les pectorales sont brunes; les autres nageoires ont un fin liséré noir. Sur le milieu de la dorsale règne une bande longitudinale brune. Un trait noir va de l'extrémité du museau à l'angle supérieur de l'opercule en passant par l'œil; un second est tracé de l'extrémité du maxillaire à l'angle arrondi
du préopercule- un autre suit le bord de la mâchoire inférieure; il y a encore quelques autres rayures sur la tète. La vivacité des couleurs du poisson frais justifie le nom que M. Lesueur lui a donné. La couleur est verte ; la dorsale est rouge avec ses deux bandes noires; la tache de la caudale est entourée d'un bel ocelle blanc.
Je ne possède qu'un seul exemplaire de cette espèce, encore est-il de petite taille ; car il n'a que deux pouces quatre lignes de long. M. Lesueur croit que les individus restent toujours dans de petites dimensions, n'excédant pas quatre ou cinq pouces : il n'a vu cette Amie qu'à la pointe Chibault sur le Mississipî, dans les petites lagunes d'eau que laisse le fleuve sur ses rives.
L'Amie verte.
{Amia viridis , Lesueur.)
Ce même naturaliste a encore observé aux environs de la Nouvelle -Orléans une espèce qui doit être voisine des précédentes,
mais qui aurait des dents coniques assez petites et dont la couleur de tout le corps serait un vert olivâtre cendré; les écailles, arrondies, seraient bordées d'une membrane colorée en vert olive très-foncé; le dessous de la tête et de l'abdomen, blanc, aurait quelques teintes jaunes d'ocre.
A cause du mucus épais qui recouvre tout le corps, la couleur verte du poisson est très-brillante au sortir de l'eau et reflète de belles teintes irisées de topaze et d'émeraude. Voici les nombres indiqués par M. Lesueur :
Z/Amie A QUEUE OCELLÉE.
{Amia ocellicauda, Richardson.)
Je trouve dans la Faune de l'Amérique boréale de M. Richardson 1 une description malheureusement incomplète d'une Amie à caudale tachetée , et qui est d'une espèce probablement distincte. En voici l'extrait :
Le dos et les côtés sont brun noirâtre ; le ventre et les nageoires vert foncé; la queue, oblongue et arrondie, avec une tache ronde irrégulière de la grandeur d'un shilling, est bordée d'un cercle écarlate : cette tache est à la base du septième rayon de la caudale. Ce que l'auteur ajoute dans le reste de sa description, est plutôt générique que spécifique. Il est probable que le nombre des rayons des branchies n'a pas été compté avec exactitude, parce que l'individu desséché de M. Richardson avait été attaqué par des insectes et était en mauvais état. Voici d'ailleurs comment ils sont indiqués :