CHAP. IX. V ASTRES
Vastrès de Cuvier.
(Castres Cuvieri, nob.; Sudis gigas , Cuvier.)
Je commence la description des espèces de ce genre par celle qui a été connue de M. Cuvier, et je vais la donner avec détail d'après l'exemplaire qui a servi de modèle au dessin réduit, publié dans le Règne animal sous le nom de Vastrès géant.
Je change cette épithète, parce qu'elle ne peut plus lui convenir exclusivement, attendu que nous avons la preuve de la taille considérable à laquelle ces poissons peuvent parvenir dans un second exemplaire conservé dans le Cabinet du Roi, et dont nous parlerons dans un des articles suivants, et par les observations faites sur d'autres espèces, soit par Spix , soit par M. le chevalier Robert Schomburgk.
Le corps de ce poisson me paraît avoir le dos large et aplati , les lianes et le ventre arrondis, du moins à en juger par la forme de l'individu empaillé que j'ai sous les yeux et par la disposition des écailles; la hauteur n'est guère que des deux tiers de l'épaisseur , et elle doit être environ du huitième de la longueur totale; vers la région caudale, entre la dorsale et l'anale, le corps devient un peu plus comprimé; il me paraît un peu plus haut que le ironc ; au delà de ces deux nageoires il n'y a qu'un
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très -court espace libre. La tête est beaucoup plus étroite que le tronc; sa plus grande largeur ne surpasse que de très-peu la moitié de la distance mesurée entre l'extrémité de la lèvre supérieure et l'occiput. Si nous prenons sa longueur, depuis le bout du museau jusqu'au bord membraneux de l'opercule, nous la trouvons contenue trois fois et un tiers dans la longueur du tronc, mesurée depuis l'épaule jusqu'à l'origine de la caudale ; le profil du front est très - sensiblement concave. La mâchoire supérieure est un peu plus courte que l'inférieure, elle forme un grand arc auquel concourent dans le milieu deux intemiaxillaires assez courts, et sur les côtés le maxillaire. Quand la bouche est formée, plus de la moitié de cet os se trouve cachée par les sousorbitaires. Il y a trois fois la longueur du diamètre de l'orbite entre son bord antérieur et la réunion mitoyenne des deux maxillaires. L'espace sousorbitaire au-devant de l'œil est égal à ce diamètre, et il y a onze diamètres dans une ligne horizontale, passant par le milieu de l'œil et allant du bord antérieur du sous-orbitaire au bord libre de l'opercule membraneux. Je mesure trois fois et deux tiers ce diamètre dans l'intervalle d'un œil à l'autre. Les narines sont sur le dessus du museau ; la postérieure est éloignée de l'œil d'une fois le diamètre de l'orbite. La face supérieure du crâne et de l'appareil operculaire et les joues , cuirassées par les sous-orbitaires, sont couvertes de plaques a grosses stries rugueuses, et souvent tuberculeuses, lesquelles pièces laissent des espaces nus recouverts par
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une peau lisse. Cette peau lisse est étendue sur les cavernes creusées sur la surface de l'os. Il me paraît très-probable que, pendant la vie de l'animal, la peau et la mucosité qu'elle sécrète doivent être assez épaisses pour rendre toute cette tête uniformément lisse; mais, comme je la décris d'après un animal desséché, j'y remarque les particularités suivantes. Les deux narines, dont l'antérieure est tubuleuse, s'ouvrent dans un espace nu, limité du côté interne par les scabrosités d'un petit os nasal, arqué du côté externe par le premier sous-orbitaire; cet os échancré, pour laisser la place de la cavité nasale, a en arrière une autre large échancrure dirigée vers le frontal. Au-dessous de la narine et le long de son bord maxillaire il y a deux cavernes, recouvertes par une peau nue : elles sont d'une forme ovale. Plus bas se trouve une échancrure, dont les bords se réunissent avec une autre plus profonde du second sous-orbitaire, et qui limite une troisième plaque ovale, lisse, plus grande que les deux supérieures. Le troisième sous-orbitaire ne touche au bord de l'œil que par une longue aphophyse styloïde descendant vers l'articulation de la mâchoire inférieure ; tout le corps de l'os forme en arrière une large plaque à grosses stries presque parallèles. Le quatrième sous-orbitaire ne touche aussi à l'œil que par une languette étroite, mais arquée et courbée. Il se prolonge ensuite en une très-large plaque, qui remonte jusqu'au frontal postérieur. Celui-ci est profondément tc'uancré du côté de sa région mastoïdienne; il est ciselé par de
très-grosses cannelures, dont les carènes sont grenues. Le cinquième sous-orbitaire a de fortes stries granuleuses, formant des espèces de chevrons, dont les lignes externes vont du bord de l'orbite au milieu de l'os, et les internes du centre de l'os vers les frontaux; ce cinquième sous-orbitaire a derrière l'œil uneprofonde échancrure, correspondante à une autre du quatrième sous-orbitaire. La réunion de leurs bords limite un nouvel espace nu. Il y a donc déjà cinq cavernes de grandeur inégale, recouvertes par la peau et appartenant au système sous-orbitaire. Nous avons dit qu'il existait aussi des cavernes sur le dessus du crâne; il y en a deux antérieures, oblongues, un peu divergentes , que j'appelle les cavernes ethmoïdiennes. Derrière celles-ci et la cavité nasale j'en vois deux autres, une de chaque côté, deux fois plus longues que les premières, irrégulièrement triangulaires, et que je nomme les cavernes sourcilières antérieures. La portion granuleuse et ciselée de l'os qui les sépare est un espace rectangulaire oblong, deux fois aussi long que large, et dont les stries suivent une direction longitudinale. Je trouve au delà de l'œil deux autres cavernes , à peu près rondes , ce sont les sourcilières postérieures. Sur les frontaux , et par conséquent tout à fait sur le dessus du crâne et près de la ligne moyenne, il y a deux autres cavernes ovoïdes, plus grandes que les ethmoïdiennes, plus petites que les sourcilières postérieures. Les rugosités frontales, qui les séparent l'une de l'autre, creusent des sillons transversaux. Les autres rugosités, qui vont vers l'orbite, c'est-à-dire, celles qui sont extérieures
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à la caverne, sont obliques d'avant en arrière et de dehors en dedans. Vient ensuite sur le crâne un espace osseux, assez grand, creusé de sillons profonds, à bords rugueux, longitudinaux, mais un peu divergents, de manière à laisser en arrière, près de la nuque , un intervalle où l'.on voit des sillons transversaux et presque parallèles à ceux qui sont auprès des cavernes frontales antérieures. Sur les bords de cette région du crâne on voit une caverne oblongue, à laquelle je donne le nom de la caverne pariétale. En arrière de celle-ci, mais plus sur le milieu de la nuque, une autre caverne, que je nomme occipitale, n'est séparée de la précédente que par une crêteosseuse et tuberculeuse. Entre ces deux occipitales il en est une impaire, désignée comme interpariétale, parce qu'elle correspond à l'os de ce nom. Les crêtes osseuses qui la bordent sont relevées de manière à dessiner une sorte de fer à cheval. Enfin, sur le côté de la tête, une large caverne, que j'appelle mastoïdienne, s'avance jusque dans la grande échancrure du quatrième sous-orbitaire; c'est la plus grande de toutes. On voit que la peau très-épaisse qui recouvrait le crâne s'étendait sur le préopercule; qu'elle embrasse presque toute son étendue, en laissant derrière elle un assez large bord membraneux, qui va recouvrir le bord antérieur de l'opercule. Celui-ci est un os deux fois aussi haut que large, à bord postérieur arqué et garni d'un bord membraneux, épais et adipeux, et couché sur toute la ceinture numérale. Toute la surface operculaire est creusée de profonds sillons rayonnants de l'articulation de l'os
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vers son bord. Le sous-opercule est petit et ne forme qu'un simple ovale strié, remplissant l'échancrure que laissent entre eux le bord de l'opercule et l'angle du préopercule. L'interopercule est oblong et étroit, et presque entièrement caché par le bord horizontal du préopercule; celui-ci a deux cavernes oblongues et étroites. La mâchoire inférieure a des branches assez grosses, caverneuses; la surface extérieure de l'os forme comme une large palette horizontale; la symphyse est relevée ; tout le dessous forme avec l'isthme une grande plaque convexe. Les dents, implantées sur les mâchoires, sont assez fortes, coniques, comprimées latéralement; celles de la mâchoire supérieure sont sur un seul rang; mais celles de la mâchoire inférieure sont sur plusieurs rangs, et beaucoup plus grosses et plus longues que celles d'en haut. Au côté interne de chaque branche de la mandibule je vois, sur une assez large plaque triangulaire, un groupe de fines scabrosités ou de petites dénis, semblables à celles des palatins, et qui rappelleront ici cette singulière dentition que nous avons vue dans les Siluroïdes, et que nous avons exprimée en appelant l'espèce qui les porte, Bagrus genidens. Outre les dents des mâchoires, nous en trouvons sur tous les os de la voûte palatine; ainsi elles forment sur le vomer une assez large palette rétrécie en arrière et prolongée ensuite sur le sphénoïde jusque vers l'extrémité, où la plaque dentaire s élargit de nouveau. La partie antérieure du vomer est convexe. Cette saillie doit correspondre à une cavité du corps de l'Hyoïde. Les deux palatins et les deux ptérygoïdiens
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sont aussi hérissés des mêmes âprelés ; elles sont plus fortes sur le bord externe des palatins et sur le bord interne des ptérygoïdiens que dans la région moyenne du grand disque concave qui forme ces deux os. On ne peut plus douter que Fos lingual de ce poisson ne fut hérissé de dents comme ses congénères; malheureusement cet os manque dans l'individu que j'ai sous les yeux. La fente des ouïes est très -large. Nous comptons seize rayons à la membrane branchiostège.
J'ai dit que l'ossature de l'épaule était presque entièrement recouverte par le bord membraneux de l'opercule. La pectorale est de longueur médiocre; elle est triangulaire et à peu près aussi large que longue. Je la trouve contenue neuf fois et demie dans la longueur totale; la ventrale est pelite , attachée aux trois cinquièmes du corps; la longueur n'est pas moitié de celle de la pectorale; la dorsale et l'anale sont tout à fait reculées sur l'arrière du tronc, et ne laissent en arrière qu'un très -court intervalle entre elles et la caudale; la dorsale commence aux trois quarts de la longueur du corps, la caudale non comprise. La hauteur de la nageoire est à peu près le septième de la largeur.
La caudale est courte, arrondie et deux fois et demie aussi haute que longue.Les écailles sont grandes et presque osseuses ; leur surface est rugueuse. Nous en comptons cinquante-six entre l'ouïe et la caudale , et seize dans une rangée verticale. Depuis la ligne
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médiane-dorsale jusqu'à la ligne moyenne du ventre elles diminuent progressivement de grandeur , à mesure que l'on s'approche de la caudale; elles embrassent cette nageoire, ainsi que la dorsale et l'anale. Les écailles ont un bord membraneux fort épais, qui paraît très-vivement coloré. La ligne latérale est tracée sur la sixième rangée d'écaillés. A partir de la ligne moyenne, elle est marquée sur chaque écaille par un très-large enfoncement oblong, qui s'aperçoit distinctement jusqu'auprès de la queue.
Je ne puis juger de la couleur de ce poisson que d'après celle que le préparateur lui a donnée : c'est un vert plus ou moins obscur sur la tête et sur le dos. Au-dessous de la ligne latérale les teintes deviennent plus jaunâtres; tout le bord membraneux des écailles est coloré d'un rouge ferrugineux assez vif; ce qui forme un large et grand réseau sur tout le corps du poisson. Les nageoires paraissent d'un rouge un peu plus vif.
Telle est la description du grand individu que possède maintenant le Cabinet du Roi, et qui a été cédé à la France par celui de Lisbonne en 1808.
Il est long de six pieds et demi.
Il est probable qu'il vient du Para, comme la plupart des poissons de ce Cabinet, et que par conséquent il a été péché dans la rivière des Amazones.
Je n'aurais rien à ajouter à cette description
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extérieure, si j'avais pu y joindre celle de l'os lingual.
Le Vastrès du Mapa.
(Piastres Mapœ , nob.)
La seconde espèce de Vastrès, déposée dans le Cabinet du Roi, ne le cède pas, pour la taille , à la précédente. Elle lui ressemble assez par son aspect général et extérieur, pour qu'on puisse la confondre avec elle. Mais en faisant attention à la disposition des dents de la mâchoire inférieure, du vomer et du sphénoïde, on ne tarde pas à se convaincre qu'elle est tout à fait distincte. L'on remarque alors dans les ciselures des os du crâne et de la joue, dans les proportions des cavernes de ces os, des différences assez grandes pour concourir aussi à l'établissement de l'espèce. Les caractères spécifiques les plus saillants que je ferai d'abord remarquer, consistent
dans la forme générale du corps, qui est évidemment plus allongé, plus arrondi et moins déprimé que celui de l'espèce précédente. La queue, entre les deux nageoires verticales, est plus étroite. Le tronçon de cette partie du corps, entre la dorsale et la caudale, est plus long. Le dos est plus arrondi et moins déprimé ; la dorsale et l'anale sont plus basses; la caudale paraît plus petite ; les ventrales sont plus longues. 19. 29
Les écailles sont un peu moins hautes; leur surface est plus régulièrement et plus finement granulée. La ligne latérale est marquée par une suite de cannelures plus étroites. Le dessus du crâne est moins concave; la plaque frontale qui sépare les deux cavernes sourcilières antérieures est beaucoup plus courte, d'où il résulte que les cavernes frontales sont beaucoup plus longues; il n'y a pas de sillons transversaux au devant de la caverne interpariétale; les cavernes occipitales sont plus petites et plus arrondies. La grande plaque osseuse du dessus du crâne, et le quatrième sous-orbitaire ont des cannelures moins droites, moins profondes- mais elles sont plus grenues. L'opercule est un peu plus large, mais un peu moins haut; le sous -opercule est tout à fait lisse. Quant aux dents, elles sont plus petites, sur un seul rang, aux deux mâchoires, sur une bande beaucoup plus étroite au vomer et au sphénoïde. La plaque de dents qui est à la branche interne de la mâchoire inférieure est beaucoup moins large, et les dents grenues y sont beaucoup plus fines.
Après avoir signalé par ce résumé les différences caractéristiques qui existent entre ces deux espèces, je crois devoir cependant donner une description complète et détaillée de l'individu que j'ai sous les yeux , h cause de l'importance de ces grands poissons, dont l'étude jetera certainement un grand jour sur l'histoire des poissons fossiles.
Ce poisson a le corps épais, arrondi sur le dos,
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sur les flancs, sur le ventre, jusque vers les nageoires abdominales, qui sont reculées aux deux tiers environ du corps. Au delà de ces nageoires et dans la partie qui correspond aux trois nageoires impaires, la queue devient comprimée, mais en conservant toujours une épaisseur assez n< /table. La longueur de la tête est comprise quatre fois et deux tiers dans la longueur totale. Les opercules se portent assez loin en arrière de la nuque, car la distance du bout du museau à la naissance des écailles nuchales mesure le septième de la longueur totale du poisson. Les yeux ne sont pas sur la face supérieure de la tête; mais, cependant, ils sont assez relevés pour que le cercle de l'orbite louche la ligne du profil. Celle-ci est concave, l'extrémité du museau et la nuque étant un peu soutenues. L'intervalle d'un œil à l'autre est égal à trois fois et demie le diamètre; il y a plus de deux fois cette mesure entre le bord antérieur de l'orbite et l'extrémité du museau, et treize fois au moins ce diamètre dans la longueur totale de la tête. Les narines sont percées plus près du bout du museau que de l'œil, et tout à fait sur la tête; l'antérieure a une papille tubuleuse. On compte cinq sous-orbitaires, disposés de la manière suivante : le premier est situé entre la mâchoire et l'œil, tout à fait au devant de lui : son angle, interne et postérieur, remonte même au-dessus de l'orbite. Le bord antérieur de l'os est mince et un peu sinueux, et ne cache qu'une trèspetite partie du maxillaire, qui s'appuie plutôt sur lui; les scabrosités de sa surface laissent voir, après le dessèchement, une grande échancrure supérieure,
clans l'arc de laquelle se place la narine; une seconde, antérieure, répond à la naissance du maxillaire; celleci est suivie sur le même bord par une troisième, qui répond à peu près au milieu de l'os; puis vient une dernière échancrure, dont les bords se réunissent à un sinus correspondant du second sous-orbitaire, et qui forme une partie ovale, recouverte d'une peau lisse; une seconde échancrure ovale, plus étroite, pointue en arrière, se voit près du bord du second sous-orbilaire, un peu au-dessus et au delà de l'angle de la commissure; ce second sous-orbitaire est de forme triangulaire. La plus grande partie de sa surface est ridée de fortes scabrosités ; on peut presque dire qu'il ne touche pas à l'orbite. Le troisième sous-orbitaire ne touche à l'œil que par l'extrémité d'une sorte de stylet osseux et rugueux, qui remonte le long du bord postérieur du précédent, et le dépasse un peu; il se porte en arrière le long du bord inférieur du préopercule , en formant une cuirasse au bas de la joue. On ne voit de peau lisse que dans l'arc antérieur qui le réunit au quatrième sousorbitaire; celui-ci est le plus grand de tous : il couvre presque toute la joue, car il se porte jusque vers le bord montant du préopercule, et il remonte jusqu'auprès des os du crâne; il y a derrière l'œil une caverne oblongue, recouverte par une peau adipeuse, qui dessine un des grands ovales que l'on remarque sur la joue de l'animal; ce quatrième sousorbitaire a aussi, en arrière, une échancrure assez grande, qui , en se joignant avec celle des mastoïdiens, forme dans cette région temporale la plus
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grande et la plus inférieure des parties lisses de ce crâne. Le cinquième sous - orbitaire cerne la plus grande partie du bord supérieur de l'orbite. Presque toute sa surface est rugueuse; il a cependant deux grandes échancrures; l'une pour compléter l'ovale qui existe derrière l'œil, et que je viens de décrire; l'autre pour cerner, avec le frontal principal et avec le quatrième sous- orbitaire, la partie lisse, supérieure et post-orbitaire de la joue. Les os du crâne, sculptés de profondes scabrosités ont aussi ces cavernes recouvertes par une peau lisse , toutes de forme elliptique, et que l'on peut désigner ainsi : il y en a deux antérieures, rapprochées l'une de l'autre et ethmpïdiennes; deux autres, plus écartées et plus longues, ce sont les sourcilières antérieures; puis deux autres, rapprochées, aussi allongées que ces dernières , et que je nomme frontales ; puis , sur l'arrière du crâne nous en voyons deux, très-allongées, les temporales; puis en viennent deux autres, plus courtes, que j'appelle occipitales, et qui sont séparées l'une de l'autre par une impaire, qui doit répondre à l'interpariétale. Il faut d'ailleurs observer, comme je l'ai fait pour l'autre espèce, que ces parties ne peuvent se voir que sur l'animal desséché. Il est facile de juger que le poisson doit avoir, pendant sa vie, sur toutes ces parties du crâne, une peau épaisse et muqueuse, qui rend la tête entièrement lisse. Le préopercule a aussi quelques parties osseuses, saillantes et rudes; mais, cependant, presque toute sa surface est couverte d'une peau épaisse. Le bord inférieur cache presque en entier l'inleropercule et
même la plus grande partie du sous-opercule, lequel est lisse et petit. Quant à l'opercule, c'est une grande plaque osseuse en demi-cercle, très-arrondie vers le haut, dont toute la surface est ciselée de grosses et profondes stries rayonnantes, et dont les carènes sont tuberculeuses.
La bouche de l'animal est assez grande. La mâchoire inférieure avance un peu sous la supérieure ; celle-ci est formée par des intermaxillaires qui dépassent à peine la narine. L'arc est complété par des maxillaires arrondis, qui n'atteignent pas le troisième sous-orbitaire. Cette bouche, quia beaucoup d'ampleur, n'est pas très-fortement armée. On ne voit aux mâchoires qu'une seule rangée de petites dents coniques et mousses , toutes semblables entre elles , et dont je compte dix-huit à l'intermaxillaire et trentesept aux maxillaires supérieurs et à la mandibule. Quant à l'intérieur de la bouche, on trouve des dents fines et serrées sur le vomer, sur les deux palatins, sur les ptérygoïdiens, sur le sphénoïde et sur l'os lingual; mais ce sont plutôt de fines scabrosités formant de tous ces os une râpe plus ou moins forte que de véritables dents en herse ou même en velours. Les dents du vomer sont implantées sur une plaque triangulaire antérieure ; elles se rétrécissent ensuite pour ne former qu'une bandelette extrêmement étroite, ce qui constitue un caractère facile à saisir pour distinguer celte espèce de la précédente ; puis , la bande s'élargit en arrière sur le sphénoïde, ce qui donne à cette partie de la bouche une forme de spatule. Les dents internes des palatins et celles des
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ptérygoïdiens semblent plus usées que celles du bord externe. Les dents sphénoïdales , comme les dents linguales , se portent dans le fond de la bouche , presque près de l'ouverture du pharynx. Je ne puis parler des pharyngiens, car je n'ai pas vu ces os.
Le corps de l'hyoïde, qui est très -allongé, soutient des arcs branchiaux assez grands. La fente des ouïes est très-large. Le bord membraneux de l'opercule est très -épais et recouvre toute l'ossature de l'épaule. La membrane branchiostège est grande et soutenue par seize rayons. L'isthme de la gorge doit être assez large, a en juger par l'écartement des branches de la mâchoire inférieure et par la largeur des membranes qui soutiennent les pièces de la gorge, même après leur dessèchement. L'extrémité de cette mâchoire inférieure me semble un peu moins relevée que dans le V astres Cuvieri.
Les nageoires ne sont pas très- grandes, car la pectorale est comprise sept fois et demie dans la longueur totale. La ventrale est la moitié de la longueur de la précédente; la dorsale et l'anale sont courtes, rejetées sur le dernier tiers du corps, presque entièrement empâtées et cachées sous les écailles épaisses qui remontent des côtés sur elle. La caudale est très- courte, très -petite, et aussi entièrement écailleuse.
Les écailles sont très -épaisses, comme osseuses,
couvertes de scabrosités comme les pièces de la tête;
elles ont des bords membraneux larges et épais , et
dépendant du sac qui les contient. J'en compte
cinquante- six rangées entre l'ouïe et la nageoire de la queue. La ligne latérale est marquée par une suite de très -gros trous oblongs, recouverts d'une peau épaisse ; ils sont tous plus étroits que ceux de l'espèce précédente; elle est tracée à peu près par le milieu du côté.
La couleur de l'individu desséché paraît d'un brun verdâtre uniforme.
L'individu que je viens de décrire est long de six pieds et demi : il a été péché dans le lac Mapa, sur les confins des nouvelles frontières de la Guyane française. Les Indiens Font apporté à Cayenne sous le nom de Piraracou, et M. César Pradier, enseigne de vaisseau de la marine royale , en a fait l'acquisition et l'a donné au Cabinet du Roi. C'est bien certainement un des plus beaux présents ichthyologiques qu'il pouvait nous faire.
Le Vastrès d'Agassiz.
(F astres Agassizii , nob.)
Une troisième espèce de Vastrès est incontestablement celle que M. Spix ' avait fait figurer dans son Recueil des planches ichthyologiques sous le nom de Sudis pirarucu.
Je ne lui conserve pas ce nom par deux