CHAPITRE
Des Galaxies.
Le genre Galaxie est une création de M. Guvier; il l'a établi sur un petit poisson, rapporté de la Nouvelle-Hollande par MM. Pérou et Lesueur, et qui y a été ensuite retrouvé par MM. Quoy et Gaimard. Ces deux chirurgiens de la marine royale nous apprirent que le poisson de Pérou vivait dans les eaux douces de la terre de Van-Diemen. L'auteur du Règne animal caractérisa ce nouveau genre par une bouche peu tendue, par la présence de dents pointues et médiocres aux palatins, aux deux mâchoires, par quelques fortes dents crochues sur la langue, et enfin par un corps sans écailles apparentes. Cette dernière partie du caractère ne me semble pas assez nette, car il n'existe aucune écaille sur toutes les espèces que j'ai vues. La peau est tout-à-fait nue; les écailles ne sont pas cachées sous une mucosité épaisse comme celles de l'anguille. Les intermaxillaires sont courts et n'atteignent pas l'angle de la bouche ; ils portent une lèvre épaisse, charnue, qui dépasse l'os et cache la partie inférieure du maxillaire : c'est ce qui a fait dire à M. Cuvier
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que le bord supérieur de la bouche est presque en entier forme par l'intermaxillaire. On ne saurait dire cependant que le maxillaire, caché sous le bord du sous-orbitaire quand la bouche est fermée, ne contril:)ue pas à border l'ouverture orale. La disposition des os de la mâchoire supérieure des Galaxies est intermédiaire entre la structure de la bouche des cyprins et celle des trois familles d'abdominaux dont il nous reste à parler.
Les Galaxies ont d'ailleurs la dorsale reculée sur le dos de la queue et opposée à l'anale. Les rayons supplémentaires de la caudale sont cachés dans l'épaisseur de la peau. Les intestins sont semblables à ceux des brochets. Gomme eux , ces poissons vivent dans les eaux douces : c'est du moins le cas des espèces observées à la Nouvelle- Hollande ou à la Nouvelle-Zélande.
MM. Lesson et Garnot en ont trouvé une espèce sur les bords de la mer des Malouines, parmi les galets et les touffes de fucus.
Une espèce de ce genre a été découverte et parfaitement décrite par Forster à fépoque où le capitaine Cook, dans sa grande circumnavigation, aborda, en 1773, à la Nouvelle- Zélande. Sa description, publiée par Bloch, ne fut reconnue qu'à l'époque où M. Cuvier
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détermina le poisson rapporté par Péron. Notre grand zoologiste le nomma Esox truttaceus, en ajoutant que c'était peut-être \Esox argenteus de Forster. Il a été plus positif dans la seconde édition du Règne animal, en distinguant dans le genre Galaxie son Esox truttaceus de Y Esox alepidotus de Forster. Nous venons de voir avec quels matériaux M. Cuvier a établi le genre dont je traite dans ce chapitre. M. Jennyns en a retrouvé trois espèces dans les collections faites par M. Darwin pendant la campagne du Beagle. Frappé avec beaucoup de raison de la ressemblance qui existe entre ces abdominaux et les fundules ou les pœcilies, il considéra ces petits poissons d'eau douce comme de la grande famille des cyprin oïdes de M. Cuvier. Il ne songea pas à retrouver dans ces petits malacoplérygiens des représentans du genre Galaxie, laissé par cet auteur dans les ésoces : c'est Fexplication naturelle de rétablissement de son genre Mésites *. M. Jennyns en a exposé les caractères avec lucidité, en a saisi les rapports et les affinités avec la plus grande justesse. Je crois seulement qu'il a exagéré un peu l'importance des intermaxillaires dans la structure de la
1. Jtiinjiis Zool. of ihe l'oj. ofihe Bengale fis h. , p. 118.
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bouche. Les intermaxillaires sont plus courts que ceux des cyprinoïdes. C'est la lèvre, seule détachée d'eux, qui semble, par son épaisseur, continuer Tos jusqu'à l'extrémité du maxillaire. D'ailleurs, je répète que je regarde les cyprinoïdes liés presque insensiblement à la famille des ésoces.
M. Millier a vu, comme moi, et contrairement au sentiment de M. Jennyns, que la galaxie na pas tout le bord de la bouche formé par l'intermaxillaire seul. A cause de la particularité des organes génitaux, le célèbre anatomiste de Berlin incline à rapprocher ce genre de la famille des salmones, distincts cependant par d'autres caractères encore que par ceux mentionnés dans le Mémoire sur la classification des poissons. M. Miiller, ne trouvant pas la réunion des galaxies aux ésoces, conforme à sa manière de voir, en fait une famille distincte. J'ai déjà dit que je ne jugeais pas cette séparation fondée sur des caractères assez t^anchés.
A Fépoque de la publication de la grande et belle édition du Règne animal, ornée de planches, nous étions occupés de la rédaction des premières familles traitées dans notre ïchthyologie, et nous n'avions pas encore étudié avec détail les nombreux poissons réunis dans
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les Cabinets du Roi, à la suite des expéditions de MM. Duperrey ou Dumont d'Ui ville.
C'est la raison pour laquelle le poisson , figure dans cet atlas pour représenter une Galaxie, étant encore confondu avec Vesojc truttaceus, a été ainsi nommé, quoiqu'il soit de l'espèce que nous connaissons aujourd'hui pour le Misetes attenuatus de M. Jennyns; il faudra donc changer cette détermination.
Je viens de faire aujourd'hui l'étude spéciale de ce genre : j'ai découvert plusieurs espèces nouvelles, que je publierai successivement avec celles, dont la description n'avait pas encore été écrite selon notre méthode.
La Galaxie trtjitée.
{Galaocias truitaceus , Cuv.)
Si l'on ne peut dire que le Galaxias truttaceiis soit la première espèce connue de ce genre , puisque déjà Forster avait observé l'une de celles qui peuplent les eaux douces de la Nouvelle-Zélande, on doit regarder que la Galaxie truitée a été la première espèce rapportée d'une manière positive à ce genre; car il a été établi d'après elle. Depuis Pérou, MM. Quoy et.Gaimard l'ont retrouvée à la terre de Van-Diemen.
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La forme arrondie du corps et la disposition des taches font ressembler ce poisson à une petite truite. Le museau est gros et rond ; les deux mâchoires sont à peu près égales, cependant l'inférieure semble terminée par un petit tubercule ou crochet mou, qui rappelle encore la conformation des truites. La longueur de la tête est comprise quatre fois dans la distance du bout du museau à l'insertion de la caudale; laquelle est contenue sept fois et demie dans la longueur totale. L'œil, gros et saillant sur les côtés, • a un diamètre égal au quart de la longueur de la tète, il est éloigné du bout du nez d'une fois son diamètre. Le sous-orbilaire et les pièces operculaires sont cachés sous la peau nue de tout le poisson. Je ne vois qu'un seul sous-orbitaire, situé au-devant de l'œil, et recouvrant en partie le maxillaire. Il y a deux gros pores sur le bord antérieur; deux autres à l'articulation de la mâchoire inférieure; quatre sur une ligne verticale le long du bord montant du préopercule; deux sur le devant du nez, et cinq au-dessus de chaque œil. La narine antérieure est percée dans une petite papille tubulaire; les deux intermaxillaires, la mâchoire inférieure, les deux palatins et la langue portent des dents ; elles sont simples, coniques, acérées, un peu courbées. Les quatre premières delà langue sont les plus longues, et forment quatre crochets assez forts; il y en a cinq de chaque côté; celles des palatins, sur un seul rang, sont implantées sur le bord interne près du vomer, qui n'en a aucune. Chaque palatin a sept dénis coniques. La dorsale est toul-à-fait reculée
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sur le dos de la queue, opposée à l'anale; ces deux nageoires sont arrondies; la seconde est un peu plus large que la première. La caudale est coupée carrément; la pectorale est elliptique; la ventrale est triangulaire.
B. 9; D. 11; A. 14j C. 17; P. 14; V. 7. La couleur de nos individus , conservés dans l'alcool, est un roussâtre plus ou moins foncé, semé de points ronds noirs, disposés par bandes verticales plus ou moins régulières, entre lesquels on voit des points plus petits, et enfin, un sablé pigmentaire noirâtre très-fin. La dorsale, l'anale et les ventrales sont bordées de noir. D'après le dessin frais que M. Quoy a eu la bonté de nous communiquer, le dos est gris verdâtre; les flancs jaunâtres; le ventre pâle; les nageoires, roussâtres, sont bordées de n6ir. Une bande de cette couleur traverse la queue près des insertions de la caudale. Les gros points sont des ocelles bleus, entourés d'un cercle de cette couleur. La lèvre supérieure est noire.
L'individu de Péron est long de quatre pouces et quatre lignes. Ceux de M. Quoy n'ont que trois pouces à trois pouces et demi.
Péron et Lesueur n'ont laissé aucune note sur ce poisson, qui vit, selon M. Quoy, dans les eaux douces de la terre de Van-Diemen.
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La Galaxie écriture.
{Galaxia scriba, nob.)
Il y a encore à la Nouvelle-Hollande une autre espèce de ce genre.
Elle a le corps plus grêle; le museau plus court j l'intervalle entre les yeux plus large; ceux-ci sont plus gros et plus saillans; les dents sont beaucoup plus fines et plus courtes; les deux antérieures de la langue seules sont grandes et en crochets; les gros pores de la tête ont la même disposition que dans l'espèce précédente; la dorsale est arrondie, mais plus haute et plus courte que l'anale; celle-ci est plus longue que celle de l'espèce précédente. La caudale est carrée.
La longueur de la tête est comprise cinq fois dans la longueur totale ; la hauteur du tronc y est dix fois ; le diamètre de l'œil n'est que deux fois et demi dans la longueur de la tête. Toute la peau est sans écailles; elle est jaunâtre, mêlée de roussâtre sur le dos, et des points noirs de la plus grande finesse font par leur réunion des petites lignes flexueuses, irrégulières sur le dos et les flancs. La dorsale et l'anale sont grisâtres; la caudale a une grande tache à la base, et le bord est jaunâtre; il y a aussi quelques lignes flexueuses sur les opercules.
L'individu a près de trois pouces; il a été rapporté du port Jackson par MM. Lesson et
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Gamot, médecins de l'expéditioii commandée par M. le capitaine Duperiey.
La Galaxie sablée.
{Galaocias atienualus ^ nob.; Mesites attcnuatiis , Jennyns.)
Une troisième espèce vient aussi de ce continent.
Elle a le museau plus aigu; les yeux moins saillans; le corps aussi gréle; les dents de la langue et des mâchoires très- fines; la caudale à deux lobes; la dorsale arrondie; l'anale petite; les rayons antérieurs un peu plus longs que les derniers.
Le corps, de couleur jaune, a au-dessus de la ligne latérale des points noirs, marqués sur les lignes des chevrons musculaires, ces points sont plus marqués sous l'œil, sur l'attache de l'opercule, sur la région pectorale; il y en a une série impaire le long du dos, et on en remarque quelques-uns sous la ligne moyenne du ventre. Tout le corps au-dessus de la ligne latérale est sablé de points pigmentaires très-fins.
Nous en avons un grand nombre d'exemplaires rapportes des eaux douces de la terre de Van-Diemen par MM. Quoy et Gaimard.
Us ont quatre pouces environ de longueur. Pendant leur seconde campagne, les mêmes
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naturalistes ont retrouvé cette espèce au port Western ; ils en ont rapporté deux petits exemplaires, qi^ ont des points noirs sous le bord de l'œil, que je ne vois pas si bien marqués sur les précédens. Je les crois cependant de la même espèce.
J'ai dit plus haut , et je crois nécessaire de répéter à cet article spécial qu'à l'époque où les planches destinées à illustrer le Règne animal' ont été faites, je ne croyais encore qu'à une seule espèce de galaxie vivant dans les eaux douces des terres Australes. Cette observation explique comment cette espèce a été donnée pour le Galaxias truttaceus. La figure ne donne pas moins les caractères du genre 5 mais elle représente le Galaxias attenuatus.
M. Darwin l'a également rapportée de la même île^ et l'espèce a été décrite et figurée par M. Jennyns''; il l'indique d'un brun verdâtre sur le dos, et devenant plus pâle sous le ventre, tout le corps étant couvert de petits points peu foncés.