‹ Histoire naturelle des poissons (volume 5)Chapitre 128 sur 149 · AOA LIVRE XIX. ÉSOCES · texte numérisé non relu

AOA LIVRE XIX. ÉSOCES

de moyenne grandeur ; sa largeur est comprise quatre fois entre l'angle de la bouche et le bord de l'opercule, et six fois dans la longueur de la mâchoire inférieure , en comptant de l'angle de la bouche. L'extrémité de la mâchoire inférieure répond au bord postérieur de l'œil. Au-devant de cet organe existe un seul et grand sous-orbitaire , placé obliquement, comme nous l'avons déjà dit, sur le talon des intermaxillaires. Son bord antérieur est festonné en S. Le supérieur, plié en chevron, laisse entre lui et l'orbite un assez large enfoncement pour la cavité nasale. Le bord qui cerne l'orbite est faiblement caverneux. Le préopercule se dessine faiblement vers le milieu de l'intervalle , entre l'œil et la fente de l'ouïe. L'opercule, assez intimement réuni au sousopercule, forme une grande lame mince et comme écailleuse. L'interopercule est très -petit.

Les dents de la mâchoire supérieure sont coniques, très-pointues et disposées sur une bande étroite, de manière que les plus longues et les plus fortes soient sur le bord interne. Je ne vois à la mâchoire inférieure qu'une seule rangée de dents coniques, un peu plus grosses que les supérieures, et inégales entre elles quand la bouche est fermée. Elles se tiennent en dehors de la rangée des dents supérieures, en sorte qu'elles sont seules visibles, tandis que celles de la mâchoire supérieure pénètrent dans une rainure creusée le long de la branche de la mâchoire inférieure. Elles deviennent cependant un peu plus nombreuses, et sur une bande étroite près de la commissure: j'en compte environ quatre-vingts à la mâchoire supérieure.

CHAP. Yll. ORPHIES. 405

Dans l'orphie de l'Océan européen, le vomer porte à son extrémité une petite plaque ovoïde, hérissée de dents coniques à pointes mousses. Cette petite carde est très -visible à l'œil nu, et me paraît avoir jusqu'à présent échappé aux observateurs.

Les ouïes sont assez largement fendues; l'isthme est long et étroit. La langue est assez longue, libre et creusée en gouttière. Les pharyngiens supérieurs forment deux petites plaques garnies de dents mousses et grenues, et beaucoup plus petites que celles des pharyngiens inférieurs; elles sont coniques, à pointes obtuses, et à peu près semblables à celles du vomer.

La cavité triangulaire que presque tous les ichthyologlstes ont regardé comme la narine, porte une papille élevée à bords épais et frangés, et près de laquelle sont les trous presque imperceptibles des ouvertures de la narine.

La membrane branchioslège est assez étroite et soutenue par douze rayons; les derniers sont larges et aplatis en forme de croissant; dans l'état de repos elle est entièrement cachée sous les opercules et entre les branches de la mâchoire inférieure. . L'ossature de l'épaule ne se montre à l'extérieur que par un limbe étroit de l'huméral; le radial et le cubital étant, quoique larges, cachés presque entièrement sous la peau et sous les muscles. Le mastoïdien est assez libre, rugueux et attaché près du bord supérieur de l'opercule. La pectorale est une nageoire courte, mais haute; car elle égale presque la hauteur du corps : quand les rayons sont étalés.

406 LIVRE XIX. ÉSOCES.

elle paraît tronquée; l'angle inférieur seul est arrondi, parce que les cinq à six derniers rayons sont plus courts que les supérieurs, et diminuent eux-mêmes graduellement.

La ventrale triangulaire est tronquée comme la pectorale et insérée au milieu de la longueur du tronc.

La dorsale, et l'anale qui lui correspond, commencent au-delà du troisième tiers du tronc. Les premiers rayons sont un peu plus longs que les suivans : ils ont leurs bords coupés en lame de faux.

La caudale, en croissant, a le lobe inférieur un peu plus long que le supérieur.

La ligne latérale est à peine visible : elle est située plus près du dos que du ventre; le nerf qui la suit est délié comme un crin de cheval. Les écailles tombent facilement; elles paraissent plus grandes sur la ligne du dos que sur les côtés. Celles de la carène saillante entre les flancs et le ventre sont fortes , lisses, très -adhérentes. Un trou oblique de la face supérieure à l'inférieure traverse le milieu de ces écailles, et les rend ainsi très -semblables à celles de la ligne latérale des carpes et généralement 'des autres poissons. Je me suis cependant assuré qu'aucun filet nerveux ne suit le tracé de cette carène , tandis que j'ai vu le rameau du nerf de la huitième paire le long du dos.

Les couleurs sont d'un beau vert sur le dos, irisées et nuancées de teintes violettes; une large bande argentée borde la teinte du dos et la sépare de celle

CHAP. VII. ORPHIES. 407

des flancs, laquelle est légèrement verdatre et recouverte d'une belle lame d'argent; le ventre et les joues brillent d'une belle teinte d'argent pur à reflets irisés ou nacrés. Le dessous de la mâchoire inférieure est rosé ou couleur de chair assez vive. La dorsale est grise, noirâtre vers le bord; ses rayons sont verts; la caudale est grise; les autres nageoires sont blanchâtres; l'iris de l'œil est argenté.

En faisant l'élude splanchnologique de ce poisson, j'ai observé les particularités suivantes.

Le foie de l'orphie est situé presque entièrement à gauche. Il descend jusqu'au tiers environ de la longueur de l'abdomen. La vésicule du fiel est oblongue.

L'intestin se rend en ligne directe de la bouche à l'anus sans faire aucun repli, ni avoir aucun renflement pour marquer l'estomac. Sa velouté est trèsfine sur toute la longueur. Il diminue de diamètre à mesure que l'on approche de l'anus. Au dernier sixième de sa longueur il y a une valvule étroite en forme de bourrelet. Il n'y a point d'appendices cœcales. La rate est petite et noirâtre : elle est placée vers le haut un peu au-dessous de la terminaison du foie.

La vessie natatoire est très- grande, simple, sans lobules, sans communication avec le canal digestif Je n'ai pas vu de canal aérien.

Les ovaires sont deux grands sacs qui occupent aussi toute la longueur de l'abdomen. Ils sont remplis d'œufs très-gros, jaunâtres et iransparens, à peu près d'une ligne et demie de diamètre, flottant dans

408 LIVRE XIX. ÉSOCES.

la cavité de ces sacs; il y en a beaucoup d'autres plus petits, moins transparens, qui sont attachés aux parois.

Les reins occupent également toute la longueur de l'abdomen j la vessie aérienne leur est fort adhérente.

Le cœur est petit et trièdre.

Pour compléter cette description de l'orphie j'ajoute

que le squelette a une colonne vertébrale composée de quatre-vingts vertèbres, dont cinquante -deux soutiennent des côtes et les vingt- huit autres sont réservées pour la queue. Bloch compte quatre-vingthuit vertèbres, mais je puis affirmer que c'est une erreur, qui a été reproduite par M. de Lacépède; car j'ai vérifié les nombres que je donne sur plusieurs squelettes. Les apophyses épineuses ont la base dilatée en une petite lamelle triangulaire; le reste de l'apophyse est grêle, styloide, semblable aux autres arêtes. Les côtes sont fines; au-dessus des côtes abdominales, chaque apophyse transverse donne attache à une petite arête horizontale. Les interépineux de la dorsale et de l'anale n'offrent rien de remarquable.

Quant aux os de l'épaule , nous voyons en arrière de l'huméral un très-large cubital formant une espèce d'arc, au-dessus duquel se trouve placé un radial quadrilatère avec un trou très-grand. Les os du carpe sont petits. Le styléal est court , grêle , horizontal et pourrait être facilement pris pour un rayon détaché de la pectorale. Les os pelviens sont aussi remarquables, parce qu'ils portent auprès de l'insertion de

CHAP. VII. ORPHIES.

la nageoire une lamelle osseuse triangulaire , relevée en éventail sur le côté du ventre.

Nos plus loDgs individus ont deux pieds sept pouces.

Ils nous viennent fréquemment de Dieppe, de Fécamp, d'Abbeville; je les ai observés sur les marchés de Caen, de Boulogne et de Paris. M. d'Orbigny nous en a envoyé de La Rochelle. Cette espèce est donc répandue sur tout le littoral de la Manche ou de l'Océan qui baigne les côtes de France.

Nous la voyons aussi remonter dans les mers septentrionales jusque sur les côtes d'Islande, d'où M. Gaimard en a rapporté deux" exemplaires, déposés dans le Cabinet du Roi, et chez lesquels la plaque des dents vomériennes est plus prononcée que dans aucun de nos autres individus.

Artedi ' n'a pas établi l'espèce , et surtout celle de notre Océan septentrional, d'une manière aussi nette qu'on devait l'attendre d'un aussi habile ichthyologiste , à cause des synonymies fautives qu'il a réunies dans sa diagnose.

Linné, tout en copiant les nombreuses erreurs de synonymie, a cependant précisé

1 Art., Syn. fisc, p. 27, n." 2.

4 1 0 UVR£ XIX. ÉSOCES.

l origine de son Esojc belone, en le prenant dans 1 Océan septentrional pour 1 inscrire dans le Fauna Suecica '■. C'est évidemment d après cet ouvrage que Ion voit paraître cette espèce dans la dixième et dans la douzième édition du Sjstenia naturœ, quoique l'illustre auteur de cette œuvre immortelle cite Artedi. Je ne crois pas que l'orphie savance plus haut que llslande vers le Nord, car Fabricius ne la mentionne pas dans le Fauna Grœnlandica ^ et M. Reinhardt ne la pas inscrite non plus dans son Essai sur lichthv ologie du Groenland. Mais Mohr^ en parle dans son Histoire naturelle de llslande. Faber ' la cite aussi dans ses poissons d Islande , sous le nom de Belone rostrata; il a seulement le tort de mêler à sa synonymie les citations de Briinnich et de Risso. M. ISilsson la compte aussi dans sa Faune de .Scandinavie. "*

MuUer" la inscrite dans le Fauna Danica, et Ascanius en donne une assez bonne figure. Je la trouve aussi dans 1 histoire des poissons du Morko par M. Ekstrom.^'

Page 1