Russel, Cor. fish. , pi. 176, p
2. Les., Journ. des se, acacl. de Philad., t. Il, 1821, p. i5o.
450 " livre xix. ésoces.
Zj'Orphie aux points noirs.
{Belone melanostigma , Ehr.)
Il existe dans la mer Rouge une espèce dont la caudale est à peu près faite comme celle de la précédente : elle s'en distingue par ce qu'elle a
la tête et surtout le bec beaucoup plus courts qu'aucune autre; la longueur des deux mâchoires ne dépassant que d'un tiers celle du reste de la tête, et la réunion des deux parties étant contenue quatre fois et demie dans la longueur totale; les pectorales sont pointues ; le lobe de la dorsale et de l'anale est très-aigu, et les derniers rayons de ces deux nageoires, surtout ceux du dos, se relèvent et deviennent plus alongés que ceux du Belone annulata.
Les dents paraissent excessivement petites ; la couleur du corps est d'un bleu noirâtre en dessus et d'un beau blanc en dessous ; les côtés portent trois grandes taches noires avec de nombreux petits points de la même couleur,
M. Ehrenberg a pris ce poisson à Massawah. Il en a vu des individus de trois pieds quatre pouces de long : les pêcheurs lui ont donné le nom de Harim.
chap. vii. okphies. 451
Z'Orphie a queue plate.
{Belone platura, Rupp.)
Une autre espèce de la même mer a été décrite par M. Ruppell sous le nom de Belone platura.
Il lui donne un corps presque pentagonal, déprimé vers la queue. L'anale , plus grande que la dorsale, commence un peu au-devant d'elle; la caudale est en croissant avec le lobe inférieur plus long; la carène de la queue est assez tranchante. Les mâchoires sont assez alongées : la longueur totale de la tête est du tiers de celle du corps. Les nombres des rayons comptés par M. Ruppell diffèrent beaucoup de ceux des autres espèces.
Cet auteur croit n'avoir trouvé que onze rayons à la membrane branchiostège. La couleur du dos est d'un brun verdâtre; celle du ventre est argentée: on remarque le long des flancs une ligne bleuâtre et déliée.
Ce poisson, long de quinze pouces, se montre pendant l'hiver a Massaw^ah.
Z'Orphie entaillée.
{Belone incisa, nob.)
Nous avons encore du grand Océan indien une espèce à
452 LIVRE XIX. ÉSOCES.
bec long et grêle; à corps étroit et arrondi, dont le tronc n'a qu'une fois et demie la longueur de la tête; le dessus du bec, comme les os du crâne et le surscapulaire , sont ciselés. La cannelure et la partie moyenne de l'occiput sont écailleuses. Le sous-orbitaire a le bord supérieur profondément échancré sous la narine, et l'antérieur est sinueux : cet os recouvre tout le talon du maxillaire; la pectorale est pointue, de moyenne grandeur; le lobe de la dorsale et celui de l'anale sont peu élevés; la caudale est coupée carrément.
D. 19; A. 22, etc.
Les écailles sont très-petites; les carènes abdominales sont très-peu marquées et s'effacent sous le tronçon de la queue, qui est déprimée.
La couleur du dos est séparée de l'argenté des flancs par une ligne bien nette; un petit trait vert assez foncé est tracé longitudinalement sur le haut du préopercule; la joue brille d'un bel éclat argenté.
L'individu est long de treize à quatorze pouces. Il provient des collections faites par M. Leguillon pendant la circumnavigation de l'expédition d'Urville.
Z/'Orphie ocellée.
{Belone caudimacula j nob.)
Cette très-belle espèce a été indiquée dans une note de la seconde édition du Règne sous le nom que nous lui conservons.
CHAP. VU. ORPHIES. 455
Elle a la tête et le bec fort alongés^ car leur longueur réunie n'est comprise qu'une fois et demie dans le- reste du corps; le dessus du crâne est assez étroit; un sillon large est marqué sur le devant du front, ensuite les bords de la cannelure se rapprochent vers l'occiput , mais les deux mastoïdiens s'écartent beaucoup, ce qui était exigé par l'épaisseur du dos. Toute la joue jusqu'au bord du préopercule est fortement écailleuse; l'opercule n'a que de petites écailles caduques; celles du corps sont larges et assez grandes. La pectorale est pointue et de longueur médiocre; la ventrale est petite; la caudale est arrondie; la dorsale et l'anale sont courtes, mais
hautes,
Tout le dos est vert d'eau ; les flancs du plus bel argenté, à reflets de nacre; le ventre blanc, sans reflets argentés; les pectorales et l'anale d'un blanc transparent ont les rayons antérieurs teints de jaune; la caudale, un peu plus colorée que le dos, porte près de la base une tache ronde, d'un noir foncé assez brillant.
Cette description est faite d'après des individus rapportés de Bombay par M. Dussumier. Il a aussi retrouvé cette espèce à Alipey, où elle vit, comme beaucoup d'autres orphies, dans les eaux douces.
Nous la connaissons également de la rade de Pondichéry, d'ori MM. Leschenault et Bellanger en ont envoyé de nombreux individus.
454 LIVRE XIX. ÉSOCES.
Elle va jusqu'à Calcutta. M. Duvaucel nous en a procuré de cette localité. Nous la voyons même se porter jusque sur la côte d'Ava à Rangoon. Ces derniers exemplaires sont venus au Muséum par les soins de M. Eeynaud lors de l'expédition de la corvette la Chevrette.
Russel a donné une figure parfaitement reconnaissable de cette espèce, si bien caractérisée par la tache de sa caudale. Il l'appelle encore Kuddera, dénomination qu'il a appliquée, soit aux hémiramphes, soit à une espèce d'orphie que nous avons déjà citée.
Suivant M. Leschenault, on la confond avec la précédente à Pondichéry, sous le nom vulgaire de Pampin-kola.
J'ai retrouvé aussi cette espèce représentée dans des dessins conservés par la Compagnie des Indes, et dont mon ami M. Th. Horsfield, directeur de cet établissement, a bien voulu me donner communication : ce poisson y est peint en bleu verdâtre sur le dos , avec les nageoires dorsale, anale et caudale jaunes; la tache de la queue est bleu verdâtre. Ce dessin est étiqueté du nom malais Eehan - Todak (poisson Todak).
Il ne serait peut-être pas impossible cependant que les différences que je viens de signaler dans les couleurs ne donnassent lieu à une séparation spécifique.
-chap. vii. orphies. 455
Z;'Orphie cancila.
{Belone cancila, nob.)
M. Hamilton Buchanan a décrit sous le nom spécifique que nous conservons ici, mais en la plaçant suivant la méthode linnéenne, dans le genre Ésoce, une petite orphie
à bec court, déprimé, légèrement strié sur les côtés, . dont le crâne est étroit, ciselé sur les frontaux, lisse dans sa cannelure, et dont le corps est assez raccourci; car il ne contient, comme celui de la précédente , qu'une fois et demie la longueur de la tête et du bec mesurés ensemble. Le sous-orbitaire est étroit et a son bord régulièrement concave; il cache en grande partie le talon du maxillaire. La pectorale est très-courte; les ventrales sont petites; la dorsale et l'anale sont hautes, courtes; la caudale a le bord un peu convexe, sans que l'on puisse dire cependant qu'elle soit arrondie.
D. 17; A. n, etc.
La couleur de ce poisson est d'un vert très -clair sur le dos ; la cannelure de la tête est d'un beau rouge amaranthe; cette teinte s'avance en s'affaiblissant sur le bec, et s'étend aussi en arrière sur la ligne médiane du dos, où elle forme une bande étroite et continue jusqu'à la base de la dorsale. ]Les flancs et le ventre sont blancs; la dorsale, la caudale et l'anale ont de faibles teintes rougeâtres; les nageoires paires sont incolores.
M. Dussumier, à qui nous devons ces détails sur les couleurs, a rapporté ce poisson des eaux douces d'Alipey, et dans un voyage précédent il l'avait pris à Calcutta. M. Bellanger se l'est procuré à Bombay, V. Jacquemont à Madras et M. Reynaud l'a rapporté aussi de la côte de Rangoon, oii les pécheurs lui ont donné le nom de Goudura.
L'auteur de l'Histoire des poissons du Gange l'a entendu nommer Kangkila. Il dit que c'est un poisson très-commun dans les étangs et les petites rivières des provinces arrosées par le Gange, qu'il atteint à un pied de longueur et que sa chair est un aliment très-savoureux. Je ne vois pas ce poisson dans Russel. La figure laissée par M. Buchanan ' est parfaitement exacte.
jL'Orphie trachure.
{Belone trachura , nob.)
La dépression de la queue et la largeur de ses carènes latérales sont les caractères les plus saillans de cette espèce.
• Elle a d'ailleurs le bec étroit et alongé; car la mandibule inférieure est deux fois et un tiers aussi longue que le reste de la tête, dont la longueur
1. Esox cancila, Ham. Buch. . pi. 27, fig. jo, p. 2i4 et 38o.
CHAP. Vil. ORPHIES. 457
totale est une fois et cinq sixièmes dans le reste du corps; le dessus du crâne est large et aplati; la cannelure médiane est très-peu marquée; la région sourcilière est striée, et en arrière de l'œil on voit des ciselures au lieu de stries. Le sous-orbitaire.est large, presque quadrilatère, entaillé sous la narine. L'oeil est assez grand ; le bord de l'orbite échancre le profil. Les dents sont petites, inégales; les scabrosités externes sont réduites à de simples et très-fines granulations.
La dorsale et la caudale ont les lobes antérieurs pointus et en croissant; les rayons qui suivent sont éloignés l'un de l'autre, réunis par une membrane tellement mince qu'elle se déchire plus aisément que dans les autres espèces : si on n'y regardait pas avec attention, on pourrait croire aisément que les rayons sont séparés et que cette espèce avoisinerait celles du genre suivant.
D. 15; A. 20, etc.
La caudale est profondément fourchue ; les pectorales sont pointues, mais de longueur médiocre. Le corps est couvert de petites écailles; on en aperçoit quelques traces sur le préopercule et l'opercule, mais celles de cette dernière région sont caduques et excessivement minces.
Les carènes latérales du corps sont très -petites, presque effacées sur les côtés de la queue : elles ne contribuent donc en rien à la dilatation et à la dépression de la queue. Les carènes sont elles-mêmes couvertes d'écaillés semblables à celles du reste du >corps.
458 LIVRE XIX. ÉSOCES.
La couleur paraît avoir été d'un bleu roussâtre sur le dos; tout le ventre, ainsi que les joues, sont blancs.
Nous possédons deux exemplaires de cette espèce longs de quinze à seize pouces; ils ont été pris à File de l'Ascension par MM. Quoy et Gaimard pendant le relâche qu'y a fait M. d'Urville en 1829.
CHAP. VIII. SCOMBRÉSOCES.