Cuvier, Règne animal, 1817, p
2. Descript. de quelq. espèces de cj'piins du lac de Neuchàtel, Mémoire de la Société d'hist. nal. de Ncuch. i834; p- 4-
fautive. D'ailleurs M. Cuvier n'a pas négligé de chercher les dents pharyngiennes; car, au contraire, il dit positivement que les os pharyngiens inférieurs des loches sont assez fortement dentés. Enfin, Lacépède n'a ni traduit, ni transposé les expressions de l'auteur allemand; car il a toujours travaillé sur l'édition française que Bloch a publiée lui-même à Berlin, et où il y a même assez de lacunes, pour qu'il soit utile de recourir quelquefois au texte étranger.
Lacépède avait laissé dans son genre des cobitis les deux espèces linnéennes, et il y a ajouté une nouvelle, d'après les renseignements qu'il avait reçus de M. Noël de la Morinière. Il est évident que ce dernier avait induit M. de Lacépède en erreur. La note de M. Noël, retrouvée dans ses papiers, montre qu'il avait sous ses yeux une jeune lote {gadus Iota), prise, comme il arrive très-souvent, avec les loches.
En cherchant à faire cette rectification, je suis arrivé à en trouver une autre. C'est que le cjpi^in vej^ddtre n'est établi par Lacépède que sur une mauvaise figure de la tanche commune {cjprinus tinca) qui lui avait été également communiquée par M. Noël de la Morinière.
M LIVRE XVIII. CYrRINOÏDES.
La Loche franche.
{Cobitis barhatula, Linn. )
Quand on tient dans un vase les deux espèces de loches de nos pays, il est toujours aisé de distinguer parmi elles la loche franche
à sa tête large et aplatie; à la longueur des barbillons étendus au devant et de chaque côté du museau; à la saillie des yeux, assez mobiles; à la longueur des pectorales; et enfin à la petite tache noire qui existe sur la partie inférieure de l'insertion des rayons de la caudale : le fond de la couleur, quoique différent, n'offre pas toujours une coloration assez tranchée pour qu'on ne puisse pas confondre les deux espèces.
La tête fait le cinquième de la longueur totale. On peut dire que le corps est un peu comprimé sur les côtés, et arrondi au devant de la dorsale.
La ligne du profil, depuis les yeux jusqu'à la nageoire du dos, est droite; mais en avant des yeux elle est un peu plus soutenue.
Le museau est en ogive, à peine moitié aussi large que la tête l'est à la nuque. De son voile labial saillent les quatre barbillons supérieurs. Les deux externes sont deux fois au moins aussi longs que les deux internes. Ceux de l'angle de la bouche sont égaux aux barbillons externes. Au tiers de l'espace compris entre l'œil et le bout du museau, on voit s'élever la
papille de l'ouverture antérieure de la narine; la postérieure, un peu au-dessous, est près de l'œil. Celui-ci, rond, mobile et saillant, a le cinquième de la longueur de la tête en diamètre. Sous la peau lisse et muqueuse qui revêt la tête, on ne voit à l'extérieur ni le sous-orbitaire, ni aucunes pièces operculaires; je ne puis non plus apercevoir au-dessous de l'œil le moindre indice de fente, ni même de pore qui correspondrait au sous-orbitaire.
Toute l'ossatin-e de l'épaule est de même cachée sous la peau : comme les ouies sont peu fendues, et que d'ailleurs la fente est oblique en dessous, on ne peut pas la voir, malgré le mouvement assez rapide que le poisson imprime à ses opercules. Quand il est tranquille au fond de l'eau, il tient ses pectorales étendues horizontalement et dirigées un peu en arrière : le premier rayon est simple et large; le second a l'éventail oblique d'arrière en avant; les autres ont, au contraire, leur bord dirigé obliquement et en dedans, ce qui rend la nageoire assez pointue. Sa longueur égale celle de la tête: les ventrales sont d'un tiers plus courtes, et elles sont plus pointues. L'anale est petite et arrondie. La caudale a ses lobes arrondis, mais ils ne sont séparés vers le bord que par une simple échancrure; la dorsale est petite et coupée carrément.
Il faut y regarder avec le plus grand soin, pour ne pas dire que le corps de cette loche soit sans écailles. Elles sont un peu plus faciles à voir le long de la ligne latérale, avec le secours d'une forte loupe,
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que sur les autres parties du dos ou du ventre- Cependant, quand la peau est desséchée, les écailles apparaissent d'une manière évidente sous forme de petits points.
La couleur est un verdâtre sablé de points pigmentaires noirs; devenant quelquefois assez abondants et serrés, principalement sur les côtés, pour former des séries de taches noires ou verdâtres foncées. Les pectorales sont jaunes, tiquetées de noirâtre; les ventrales sont plus pâles. La dorsale et la caudale ont la membrane transparente et beaucoup plus tachetée, principalement sur la dernière de ces deux nageoires. Les barbillons sont jaunâtres et quelquefois orangés. Comme je l'ai dit plus haut, une tache noire existe h la base du lobe inférieur de la caudale. Souvent une petite bandelette ou zone blanche indique la fm de la queue et le commencement de la nageoire. On voit un trait brun tiré de l'œil au bout du museau.
J'ai donné le nombre des rayons branchiostèges. La bouche est petite, et le dessous de la gorge est plat. La langue est petite, échancrée en avant. Les pharyngiens sont petits , et portent huit ou dix dents en crochets sur un seul rang.
Nos plus grands individus ont quatre pouces de long; mais ils sont rares de cette taille, d'ordinaire ils n'ont que trois pouces.
Le foie se montre à l'ouverture de l'abdomen, divisé en lobes enroulés sur la partie supérieure et dilatée de l'intestin, de manière à former, avec ce viscère et la rate cachée sous le bord postérieur
gauche, une masse assez grosse sous les pectorales et dans la région antérieure de la cavité du ventre. La vésicule du fiel est petite et sur le haut du bord droit du foie. L'œsophage, qui s'engage dans les lobes hépatiques, se porte d'abord un peu vers la droite, et paraît dans une ouverture circulaire que laissent entre elles les divisions du foie. Après s'être un peu dilaté, sans avoir pourtant d'étranglement qui marque son origine, l'estomac remonte en travers pour passer dans le côté gauche, et l'on voit de nouveau le tube digestif entre les lobes droits derrière la vésicule du fiel; l'intestin se replie, se porte par quelques courbures vers le côté gauche, puis il fait deux replis et suit les deux ovaires jusqu'à l'anus. Ces deux organes occupent près des trois quarts de la longueur de la cavité abdominale. Les œufs sont excessivement petits.
En ouvrant le ventre, on ne voit pas de vessie aérienne dans la longueur de la cavité abdominale, parce qu'elle est contenue dans le renflement de la grande vertèbre.
Les reins sont réunis sur presque toute leur longueur, qui égale la moitié de celle du rachis abdominal. Les deux longs uretères, divisés à leur origine, se réunissent bientôt en un seul cordon, qui débouche dans une vessie urinaire oblongue.
Quant au squelette, il faut avoir soin de l'étudier, malgré sa petitesse, à cause des particularités ostéologiques très-curieuses qu'il offre. Nous allons, par son étude détaillée, compléter la description zoologique de cette espèce,
1S LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES.
Le crâne est un peu plat, et n'a pas de crête interpariétale sensible. Sa base est arrondie; son occipital inférieur donne en arrière deux apophyses assez longues, dirigées vers la grande vertèbre et rappelant la forme du basilaire de nos carpes. Mais comme il n'y pas de tubercule pour recevoir les pharyngiens inférieurs, cette apophyse basilaire n'offre pas de surface creuse comme celle de nos cyprins. L'ethmoïde et le vomer ne sont pas comprimés, et n'ont pas de lames élevées. Les intermaxillaires, sans dents, ont des branches montantes de longueur ordinaire, et les maxillaires sont assez larges. Il y a au devant de l'œil un seul sous-orbilaire. Quelque soin que j'aie mis à chercher cette chaîne osseuse composée de quatre pièces dans les cyprins, je n'ai vu qu'un seul os caché sous la. peau. Il faut même beaucoup d'attention pour le trouver. Il est rhomboïdal , plus haut que long. Sa surface exlerne est relevée par une petite carène; il n'y a aucun prolongement pour donner naissance à l'épine que j'observe dans les autres espèces. La colonne épinière se compose de quarante-deux vertèbres, ainsi distribuées : dix-sept caudales, vingt-deux abdominales partant des côtes, et précédées de trois autres réunies pour former la grande vertèbre des cyprinoïdes. La première a une crête épineuse assez longue pour aller toucher à l'occipital. Ses deux apophyses transverses se dilatent en une lame courbe qui s'étend sur les côtés. La seconde forme, par l'élargissement de ses apophyses, la double sphère osseuse des Loches. L'extrémité devient un petit tubercule élevé sur le côté de
la boule creuse, au-dessus de la fente qui la sépare de la troisième vertèbre. Je ne vois pas d'apophyse épineuse à celle-ci; mais ses apophyses transverses s'étendent en lames recourbées en devant, et vont compléter, avec celles de la vertèbre précédente, l'enveloppe osseuse de la vessie aérienne.
C'est une sorte d'hypertrophie des lames verticales de la carpe. Elles cachent un très-petit style osseux, long tout au plus d'une demi-ligne, qui est l'os de Webber. Ces lames osseuses font, sous la colonne vertébrale, une double cavité, dont la séparation est mieux marquée à l'intérieur qu'au dehors. Elle contient l'organe qui, malgré sa place, a tant de ressemblance avec la vessie natatoire des poissons, que Schneider et ses successeurs ont eu raison de le considérer comme telle. Cette petite vessie a des parois argentées et doubles : j'ai pu, malgré la petitesse, séparer la lame interne de l'externe, qui est fibreuse. Dans la loche franche, il y a deux vessies, accolées l'une à l'autre, séparées par un étranglement très-étroit, mais communiquant par un canal transversal qui m'a paru donner en dessous le conduit dirigé vers l'œsophage.
J'ai dit que, malgré la place de cet organe, il fallait bien le regarder comme la vessie aérienne. Tous les naturalistes sont d accord pour ranger les cobitis dans les cyprinoïdes; mais tous ceux-ci ont une grande vessie aérienne, divisée et située en arrière de l'appareil osseux de la grande vertèbre. Pour déterminer
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la vessie des cobitis , il fallait aller prendre ses analogies dans la famille des siluroïdes. On ne doit pas cependant oublier que dans les espèces de cette famille la vessie n'est pas complètement enfermée dans les appendices de la grande vertèbre.
C'est dans Gesner ' que se trouve le premier bon dessin de notre loche franche , parce que, comme il le dit lui-même, la figure de Rondelet est très-défectueuse. Belon n'en a pas donné, et Aldrovande, simple copiste de Rondelet , n'a pas plus aidé les naturalistes. Il faut donc négliger les premières citations d'Artedi. Willughby^ lui-même, tout en étant fort exact, n'a pas fait une anatomie des Loches aussi détaillée qu'à l'ordinaire.
Klein "^ a publié de cette seule espèce une assez bonne figure, en la plaçant dans ses Enchelyopus, avec l'anguille et le goujon.
Il en existe deux représentations dans le manuscrit de Baldner, cité par Willughby ; l'une d'elle appartient à une variété jaune et dorée, que je n'ai jamais rencontrée dans la Seine.