CHAPITRE XX
Des Balitores {Balitora, Gray).
Le genre nouveau de poisson, dont il va être traité dans ce chapitre, a été découvert dans les eaux douces de Java par MM. Ruhl et Van Hasselt. Ces infatigables zoologistes avaient reconnu les caractères particuliers de ces cyprinoides, et ils avaient envoyé trois espèces accompagnées de dessins élégans faits d'après nature. Le nom qu'ils avaient imaginé n'a pas été imprimé. Ils auraient appelé leur nouveau genre Homaloptera.
Depuis la mort de ces deux savans, M. Gray, chargé de la partie ichthyologique de la Zoologie indienne du major -général Hardwick, a trouvé deux espèces de ce genre, et il les a publiées sous le nom de Balitora Brucei et Balitora maculosa. Les figures données par M. Gray sont assez reconnaissables pour déterminer des espèces; mais elles ne sont pas exemptes de tout reproche; car il a oublié les barbillons de l'une d'elles, et il n'en fait figurer grossièrement que quatre à la seconde; ceux des angles de la bouche ayant été oubliés. Cependant, comme M. Gray a déjà fait paraître depuis long-tenq>s ce nom de
92 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES:
Balitora, emprunté de Buchanan, j'ai ciu devoir l'accepter, afin de ne pas augmenter encore d'un synonyme nouveau la nomenclature déjà assez complexe de ces poissons j car M. J. M'clelland n'a pas eu la rnéme réserve que moi. Il a changé le nom de Balitora en celui de Plat j car a, qui signifie tête plate.
Voilà donc des poissons à peine connus des ichthyologistes , qui auraient déjà reçu trois noms. Ils sont voisins des loches parleur bouche sans dents, garnis de petits barbillons; mais ils en diffèrent par leur tête aplatie, par la grandeur de leur pectorale et de leur ventrale, dont les os huméraux ou pelviens forment de larges plaques osseuses, qui donnent attache à la nageoire, de manière à ce qu'elle s'étale horizontalement, comme celle des callionymes. Le corps est couvert d'écaillés visibles en dessus; mais la région pectorale et ventrale est nue.
Ils ont un canal intestinal simple, court; l'estomac est grand, rond, et distinct du reste du canal alimentaire. Ils n'ont pas de vessie natatoire.
Nous ne connaissons qu'un petit noml)re d'espèces de ce genre, toutes indiennes.
CHAP. XX. BALITORES. 95
Le Balitore a museau rouge.
{Balitora erjthrorhina , nob.)
MM. Kuhl et Van Hasselt avaient envoyé cette espèce au Musée royal de Leyde, sous le nom de Homaloptera erjthrorhina.
La forme du corps ressemble beaucoup à celle de nos aprons du Rhône. L'endroit le plus épais du tronc répond à la base de la dorsale , où la hauteur, égale à l'épaisseur, est comprise six fois dans la longueur totale. Le museau est pointu, coupé en ogive. La ligne du profil monte insensiblement jusqu'à la dorsale; elle est un peu soutenue au-dessus de l'orbite, un peu plus en arrière de la nuque, de sorte que cette ligne est légèrement ondulée. Elle descend rapidement à partir de la nageoire, ce qui fait que la hauteur de la queue n'est plus que des deux cinquièmes de celle du tronc. Le dessous de la tête et de la poitrine est plat. La ligne du profil inférieur est légèrement et régulièrement concave. La longueur de la tête est un peu plus courte que le tronc n'est élevé. Les deux yeux sont presque verticaux, tant le cercle de l'orbite entame la ligne du profil. Ils sont petits; car leur diamètre n'est guère que le sixième de la longueur de la tète; ils ne sont pas écartés l'un de l'autre de trois fois leur diamètre. Les deux ouvertures de la narine sont si rapprochées, qu'elles semblent confondues, et elles sont tout près de l'œil.