‹ Histoire naturelle des poissons (volume 5)Chapitre 50 sur 149 · LIVRE XVIII. CYPRIN.OÏDES · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. CYPRIN.OÏDES

On ne voit à rexlérieur, ni le sous - orbitaire ni aucune pièce de l'appareil operculaire.

L'ouverture de la bouche est tout-à-fait en dessous et en arc de cercle. La lèvre supérieure reçoit exactement l'inférieure. Il y a deux tentacules très-courts à l'angle de la bouche, et quatre autres plus courts au-dessus de la lèvre supérieure. Les mâchoires n'ont aucune dent. L'isthme de la gorge est très-large , et il est encore augmenté parce que la membrane branchiostège ne se replie pas sous l'opercule. Les rayons sont au nombre de trois j les deux externes sont larges et aplatis; le troisième est grêle et rond. Les dents pharyngiennes sont pointues, sur un seul rang. J'en ai vu cinq. La ceinture humérale forme un cercle solide et épais, sur lequel les pectorales, insérées par une sorte de pédicule, s'étalent horizontalement, comme celles des callionymes, par exemple. Les nageoires, étendues, sont plutôt quadrilatères que rondes. Le premier rayon est un peu plus fort que les autres. Sous l'aplomb de la dorsale on voit les ventrales, qui sont, par conséquent, insérées aux deux cinquièmes de la longueur du corps ; elles s'étalent horizontalement comme les pectorales, et elles ont à peu près la même forme. La dorsale a le bord concave ; elle est plus basse de l'arrière que de l'avant. Assez loin en arrière est implantée l'anale, nageoire étroite, et deux fois aussi haute que longue. La caudale est profondément fourchue, et ses lobes sont égaux et pointus.

Les écailles sont petites. J'en compte quatre-vingts ,

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rangées entre l'ouïe et la caudale; elles sont rondes, ont leurs petites carènes longitudinales saillantes au-delà du bord, ce qui les rend comme dentelées j elles ont d'autres stries rayonnantes, et des stries circulaires.

Dans l'alcool, le poisson est devenu roussâtre. On voit encore une suite de traits noirs sur le milieu des rayons de la dorsale, y formant par leur réunion une bandelette. Il y en a une semblable sur l'anale; la caudale est aussi tachetée en travers sur ses lobes ; les nageoires paires ont des taches brunes foncées et irrégulières.

D'après le dessin fait sur la nature vivante, les couleurs sont peu altérées sur le corps et sur les nageoires; les membranes de l'ouverture des narines seules sont décolorées. MM. Kuhl et Van Hasselt les représente rouges.

L'estomac est dilaté en un assez grand sac , à parois tout-à-fait membraneuses et transparentes, à travers lesquelles on pouvait facilement apercevoir les insectes dont le poisson fait sa nourriture. Du haut de l'estomac et sur le côte' droit naît l'intestin, qui descend le long du renflement stomacal, se contourne pour remonter sous le viscère, et passe dessus pour se rendre droit à l'anus. Le foie est très-petit et réduit à un lobe mince, qui remplit l'anse de la première portion repliée de l'intestin. Les ovaires de la femelle que j'ai disséquée, étaient volumineux, et remplissaient plus des quatre cinquièmes de la cavité abdominale. Il n'y a pas de vessie aérienne. J'ai compté dix-neuf vertèbres abdominales. Les côtes sont assez fortes.

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Le plus grand individu reçu au Cabinet du Roi, par les soins généreux de M. Temminck, est long de quatre pouces neuf lignes.

Je ne vois, d'ailleurs, sur cet individu aucune trace de taches sur le dos de la queue, tandis que deux autres poissons, longs de trois pouces, ont des taches rondes et plus rousses que le fond. Ces taches s'effacent-elles avec l'âge ? Il n'y a pas sur ceux-ci de bandelettes latérales, même effacées. Enfin, la distance entre l'extrémité des pectorales et le bord des ventrales les distingue de l'espèce suivante.

Ces petits poissons viennent des environs de Buitenzorg.

Le Balitore ocellé.

{Balitora ocellata, nob.)

Les mêmes naturalistes ont aussi envoyé de Java, près de Buitenzorg, sous le nom de Homaloptera ocellata, une seconde espèce, distincte de la précédente parce que

la pointe des pectorales touche au bord de la ventrale; elle a la tête plus courte, le museau plus rond , les yeux plus petits et plus écartés. Les nageoires paires plus arrondies, quand elles sont étalées; les pectorales conservent une forme elliptique; l'anale plus ronde et moins haute, et la caudale simplement écliancrée.

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Le corps est tellement plus raccourci que les écailles, quoique plus petites, ne sont qu'au nombre de soixante-dix dans la longueur. La peau du dessous de la gorge et du ventre est nue et sans écailles. La ligne latérale est très-visible, droite et tracée par le milieu du côté. Il y a, comme dans l'espèce précédente , les mêmes barbillons au bout du museau et à l'angle de la bouche, qui est aussi en dessous et sans dents.

Dans l'alcool, la couleur paraît rousse, avec cinq taches rondes noires sur le dos de la queue, en arrière de la dorsale, et avec trois autres nuageuses audevant de la nageoire. Le dessus du crâne est grivelé de noirâtre. Une bandelette longitudinale noire va de l'opercule à la caudale. Les nageoires sont tachetées ou rayées de noir. Vivant, le corps a le fond verdâtre, avec les taches noires foncées telles que je viens de les indiquer. Il y a de l'orangé à la pectorale et à la caudale.

Ce petit poisson, long de deux pouces huit lignes, vient de Buitenzorg. Nous devons aussi cet exemplaire à M. Temminck, directeur du Musée de Leyde.

Le Balitore pavonin.

{Balitora pavoninay nob.)

J'ai encore observé dans les collections de ces deux zélés naturalistes, une autre espèce,

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qu'ils me paraissent avoir confondue avec la précédente, à cause de la ressemblance des couleurs.

Ce poisson

a le corps plus alongé; la lête plus étroite et plus pointue de l'avant; les yeux plus grands et plus bas sur les côtés de la joue; les pectorales courtes et trapézoïdales; les ventrales arrondies; la caudale plus échancrée, avec le lobe inférieur plus long; l'anale

plus carrée.

En dessous on remarque la petitesse de la bouche, la largeur et l'épaisseur de la lèvre, ainsi que la brièveté des barbillons. Tout le ventre, jusqu'à l'anus, est nu, sans aucunes écailles. Celles des flancs et du dos sont petites, mais solides et imbriquées. Une carène relevée sur cliacune dépasse le bord, et les rend un peu âpres : elles sont plus grandes que dans les deux autres espèces; car je n'en compte que soixantecinq rangées sur un corps plus alongé.

Tout le dessus est noirâtre. Au-devant de la dorsale il y a des points ronds et noirs. En arrière de cette nageaire, cinq grandes taches ou ocelles noires, encore mieux dessinées que dans l'espèce précédente, à cause du cercle blanc qui les entoure, donnent cependant à ce poisson de la ressemblance avec l'autre. Les nageoires sont tachetées de noir. Il n'y a pas de bandelettes longitudinales.

Le Balitore pavonin que j'ai ouvert était une femelle. Ses œufs et ses ovaires sont bien moins gros que ceux du précédent. L'estomac est plus court et

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plus globuleux, de sorte que le pli de l'intestin se fait au-delà de ce viscère, à peu près à la moitié de la longueur de la cavité abdominale. Le reste de l'intestin passe de même sur l'estomac, et se continue droit jusqu'à l'anus. Il n'y a pas non plus de vessie aérienne. Le péritoine était noir. Les vertèbres abdominales sont au nombre de seize.

J'ai déterminé l'espèce précédente en comparant le dessin de M. Ruhl avec l'individu de sa collection. Je ne crois pas qu'il ait figuré celle établie ici, et qui est différente par sa forme et par ses couleurs, puisqu'elle n'a pas les pectorales aussi longues, et de bande noire sur les côtés.

L'individu donné par M. Temminck est long de quatre pouces.

Le Balitore rayé.

{Balitora lineolata, nob.)

M. Diard a envoyé de la Cochinchine une autre espèce de ces balitores, très-différente des précédentes par son corps raccourci, par la grandeur de ses pectorales, dont la pointe recouvre les ventrales, par la brièveté de son museau arrondi, et, enfin, par la forme singulière des tentacules.

Les barbillons supérieurs sont plats et frangés sur

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les bords; ceux de l'angle de la bouche sont Irèspelits et simples.

Tout le dessous du corps est sans écailles. Celles de la queue sont larges, plus grandes que celles de la région du dos et de la pectorale. Sur un fond gris, le corps a cinq raies noires longitudinales. Les pectorales et les ventrales en ont quatre ; la caudale a quatre ou cinq, et il y a trois séries de points sur la dorsale.

Dans ce petit poisson le canal intestinal devient long, et se plie huit à dix fois sur lui-même, en s'enroulant comme celui d'un têtard de grenouille. L'estomac est petit comme un gros grain de chenevis. Le duodénum naît d'en haut et de sa droite. Le foie a peu de grosseur; les ovaires étaient assez petits, quoique les œufs fussent gros et développés; mais ces organes ont peu de place, parce que la masse intestinale remplit presque tout l'abdomen. Il n'y a pas de vessie natatoire.

Ces poissons n'ont que deux pouces de long, et la largeur des pectorales est de onze lignes.

Parmi tous ces poissons, voisins des loches, mais qui s'en éloignent par leur forme générale, il n'y en a pas de plus singulier que ce petit cyprinoïde, qui ressemble à une squatine {squalus squatina, Linn.), vue avec un verre rapetissant; c'est la comparaison la plus juste que l'on puisse en faire. J'ai cependant

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choisi pour nom spécifique un trait rappelant la coloration du corps, parce qu'elle est aussi fort caractéristique, et constante dans tous les individus de cette espèce.

Le Balïtore de Bruce.

{Balitora Brucei , Gray.)

Il y a dans les Illustrations de la zoologie indienne du major-génëral Hardvvick la figure de deux espèces, voisines de celles que je viens de décrire.

La première, que M. Gray, auteur de la partie scientifique de cet ouvrage, a dédiée à Bruce, sous le nom de Balitora Brucei\ ressemble un peu au Balitora ocellata;

car elle a, comme celui-là, les pectorales grandes et louchant presque au bord des ventrales; mais elle en diffère par son museau plus rétréci, par sa queue aussi longue au moins que celle du Balitora pavonina. Le corps est gris foncé, tacheté de noir. Les nageoires sont rousses, avec des rayures noires. Les yeux, rouges, sont entourés d'un cercle noir.

M. J. M'clelland '^ donne cette espèce dans ses Cyprinoïdes de l'Inde, d'après l'ouvrage de

1». Graj, Illustrât, of Ind. Zool. by Major, gen. Hardtvick ^ b. 5, fig. 1.

•2. J. M'cl., .

pi. XLIX , fig. 1,

lab. 5, fig. 1.

"2. J. M'cl., Ind. cyp.y /Is. res,, vol. XIX, p. 299, et p. 428,

M. Giay , et il en copie la figure; car il n'a pas vu lui-même ce poisson. Ce zoologiste n'a pas figuré de tentacules autour de la bouche; mais on ne saurait douter qu'il n'y en eût de petits comme dans les congénères.

L'espèce vit dans les grands ruisseaux qui descendent des montagnes de l'Inde.

he Balitore tacheté.

{Balilora maculata, Gray.)

La seconde espèce a '

le corps plus court et plus rond. La tête est trèsraccourcie , arrondie ; les yeux petits , écartés et reculés près de la nuque. La pectorale, large et ovalaire, ne touche pas à la ventrale, qui est ronde; la dorsale, basse, est arrondie; l'anale est petite et coupée carrément; la caudale est échancrée, et ses deux lobes sont égaux. Les écailles sont petites,

La couleur est un gris-jaunâtre, tacheté de noir; celle de la tête est bleuâtre; la caudale, grise, a le milieu brun orangé, avec deux rangées verticales de points noirs. Les autres nageoires, sans aucunes taches, ont les rayons blancs, et une teinte trèspâle, un peu jaunâtre sur la membrane.

L'auteur marque les quatre barbillons de la mâchoire supérieure de cette espèce; mais il oublie ceux de l'angle de la bouche.

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