LIVRE XVIII. cyprinoidf:s
creusée enire| l'anus et le premier rayon de la nageoire. On distingue la femelle par le long canal oviducal fixé sur le premier rayon de la nageoire et qui, dans une femelle de cinq pouces, égale la moitié de la longueur de ce rayon. Je trouve d'ailleurs ce poisson semblable par les formes et la couleur du fond, mais il n'y a pas de points ou de lignes sur le corps ni sur les nageoires.
Cette femelle n'a qu'un seul ovaire, contenant des œufs très-gros, dont quelques-uns sont assez développés pour prouver que ce poisson est ovo-vivipare. Au-dessus de lui se trouve la vessie aérienne, et au-dessous les replis de l'intestin. Ils sont moins nombreux que dans les espèces précédentes, car le tube digestif ne hh guère que de larges ondulations. La portion gastro-duodénale est large et contenait des débris de poissons. Le foie est peu volumineux et réduit au seul lobe droit. Le péritoine, noir dans le haut, devient rougeâtre et argenté au-dessous, et dans cette partie il est couvert de points noirs de pigment.
J'ai trouvé trois longues filaires dans la cavité abdominale de ce poisson, et Tune d'elles m'a fait faire une observation assez curieuse en helmintologie. Cette filaire, enroulée sur elle-même , était retenue dans les feuillets mésentériques du rectum ; sa tête avait pertoré le péritoine, s'était avancée entre les muscles sacro - coccygiens inférieurs , avait percé la peau, de sorte que le ver sortait du corps du
CHAP. XXI. FUNDULES. i 89
poisson dans une longueur de huit à dix millimètres. Pour le suivre dans l'abdomen, il m'a fallu disséquer entre ces muscles, après avoir enlevé les écailles. J'ai conservé cependant des brides qui retiennent l'entozoaire en place, afin de placer la préparation dans le Cabinet du Muséum, déjà fort riche en helminthes. M. Storer dit qu'on peut en prendre des bandes nombreuses dans des fdets à main ; mais que ce poisson n'est d'aucun usage. Il a vu des canards domestiques se jeter dessus et le dévorer avec la même avidité quelle grain. M. Dekay le regarde comme un bon appât pour la pèche.
Selon cet auteur les Indiens l'appellent jniinunachog. Si ma conjecture sur le fiindulus viridescens de M. Dekay est vraie , la femelle serait désignée sous le nom de Bigkillijîsh suivant ce dernier, et tout simplement sous le nom de Killfish selon Schcepf. M. I^esueur a observé son hjdrargyra ornata, et par conséquent notre espèce dans le lac Pontchartrain de la Nouvelle-Orléans. On lui donne en ce lieu pour dénomination vulgaire le nom de cacao. Je trouve dans les notes qu'il a bien voulu nous envoyer avec les poissons en nature, qu'un de ses amis, M. Victor Guillon , en prenait facilement un
190 LIVRE XVIII. CYPRINOÏDES.
grand nombre d'individus à chaque coup d'épeivier, parce que ce poisson vit en troupes. Il a observé qu'il nage avec aisance par longs traits ou jets, qu'il s'arrête souvent près de la surface de l'eau, mais qu'il aime aussi à se tenir immobile au fond de l'eau sur le sable ou la vase, qu'il quitte à la moindre peur en troublant l'eau pour dérober la direction de sa fuite. Le même naturaliste a encore rencontré cette espèce sur les plages vaseuses de la Delaware oii elle recherche les endroits où croissent le njmphœa advena et le zizania aquatica. Suivant M. Ord, ces petits poissons ont pour ennemi les bécasses de ce pays, scolopax inelanoleuca elscolopaxfiavipes; mais, quand ces oiseaux ont mangé trop de ces fundules, leur chair prend un goût de poisson désagréable qui gâte leur délicatesse généralement fort estimée.
La FUNDULE A VENTRE BLANC.
{Funduliis pisculentus, n.5 Esox piscidentus, Mitcli.)
M. Milbert nous a envoyé des eaux douces de Pensylvanie cinq de ces poissons, qui me paraissent d'une espèce particulière :
Ils ont en effet le corps alongé, le museau plus éiroii, la mâchoire inférieure plus avancée. La hau-
CHAP. XXI. FUNDULES. 191
leur est cinq fois et demie dans la longueur totale; la tête , plus longue , n'y est que quatre fois et un quart; les yeux gros et saillants; les écailles de la nuque petites et sans stries; la dorsale est coupée carrément, basse de l'arrière; la caudale a le bord droit. Le corps est olivâtre sur le dos, pâle sur les côtes et blanc sous le ventre. Les flancs sont semés de petits points noirs.
Nos individus sont longs de trois pouces.
Je la regarde comme celle désignée par le D." Mitchill sous le nom de White hellied killifish ou esox pisculentus ' , parce que ce naturaliste donne des nombres qui s accordent assez bien avec le poisson que j'ai sous les yeux, et dont le ventre était entièrement blanc.
Cette espèce vit avec la précédente dans les eaux où le flux et le reflux de la mer se font sentir.
Si j'ai quelque incertitude sur la synonymie du D.*" MitchiU à cause du vague d.e sa description, j'en ai moins sur les rapprochemeus à établir entre notre poisson et ïhjdrar^jra diapliana de M. Lesueur, malgré que cet auteur ne donne que quatre rayons à la membrane branchiostège de son espèce.