‹ Histoire naturelle des poissons (volume 5)Chapitre 85 sur 149 · LIVRE XVIII. CYPRINOIDES · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. CYPRINOIDES

que je possède. Mais les collections du Muséum en renferme encore une autre. Toutes trois ont été confondues jusqu'à présent sous le nom diA. tetrophthalmus. Cette dénomination doit être réformée, par la raison que je viens de donner, et parce que l'épithète caractérise le genre, mais non une espèce en particulier.

Tous les naturalistes s'accordent h désigner les Anableps sous le nom de Gros-jeux. M. Leschenault a observé que ces poissons nagent, la moitié de l'œil hors de l'eau j qu'ils sortent souvent de cet élément; qu'ils cheminent en rampant sur la vase; qu'ils s'y enfoncent pendant le temps des sécheresses; qu'ils préfèrent les savanes inondées aux grands cours d'eau.

Ce voyageur, qui a mangé de ces Grosyeux, ne les estime pas.

Zv' Anableps de Gronovius.

{Jnahleps Gronoviiy nob.)

Puisqu'il faut maintenant donner des dénominations particulières aux différentes espèces d' Anableps, j'appellerai du nom de Gronovius, celle figurée avec assez d'exactitude par cet auteur pour que l'on ne puisse douter de la détermination.

Elle se distingue an premier coup d'œil des

autres par lecartement des yeux, elle a aussi le museau plus court, le corps plus large et plus trapu, et les écailles plus larges.

En voici , d'ailleurs, la description détaillée : Dans ce poisson la surface du crâne est lisse et plane; elle ne paraît creusée en 'gouttière que par le redressement de la voûte des orbites. La dépression de la tèie s'étend sur le dos , jusque vers le milieu de la longueur totale, où le corps commence à être comprimé; et en dessous, elle se fait sentir jusqu'à l'anus. Cette forme générale donne à l'Anableps des proportions différentes de celles de tous les autres cyprinoides. La hauteur du tronc, prise à la région des pectorales, n'est pas moitié de la largeur au même endroit; la hauteur aux ventrales mesure les trois cinquièmes de la largeur; et sous la dorsale, la hauteur devient plus que double. L'intervalle entre les deux pectorales est le sixième de la longueur totale; la hauteur du tronçon de la queue sous la dorsale est à peu près le dixième de celle même longueur. La tête, plate en dessus et en dessous, a les cotés mi-plats , et le plan de ces deux surfaces est oblique et incliné de dehors en dedans sous le crâne, de sorte que la région inférieure de la tête est plus étroite que la supérieure. Le museau est comprimé en coin ; le bord est formé par les maxillaires et non par les os du nez, qui n'y concourent pas. L'os de la mâchoire est coudé à angle presque droit; la poriion supérieure est élargie, plate, à bord arqué sur le devant, sans branche montante; car on ne saurait raisonnablement prendre pour cette partie de

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l'os la portion horizontale dont je parle, et qui cache entièrement tout l'intermaxillaire. La branche externe du maxillaire se place derrière l'angle de la bouche; elle est aplatie, triangulaire; l'extrémité est dirigée un peu en avant. Quand la bouche est fermée, le bord terminal du museau est formé par les deux pièces osseuses ({écrites tout à l'heure. Il faut tirer de dessous les intermaxillaires, qui s'abaissent un peu, pour ouvrir la bouche. Ces deux os labiaux sont petits, arqués, simples. Leur branche montante est réduite à un petit tubercule : ils portent des lèvres assez épaisses; elles reçoivent, comme des espèces de gencives, la rangée externe de dents, dont on voit les trous alvéolaires sur le bord supérieur de l'os. Les dents de cette première rangée sont mobiles. L'os en a d'ailleurs d'autres serrées sur une bande en velours, d'où l'on voit que la dentition de l'Anableps ressemble beaucoup à celle des pœcilies. Le palais est lisse et sans dents. La langue est réduite à un très -petit tubercule. Les dents pharyngiennes sont sur deux plaques, en haut et en bas. Le pharyngien supérieur est un disque plus large que l'inférieur. Les dents sont coniques, pointues, serrées en velours; mais on ne peut pas dire qu'elles soient grenues.

Les singuliers yeux, et l'orbite non moins remarquable de l'Anableps, sont sur les côtés et sur le dessus du crâne, à la fin de la première moitié de la longueur de la tête. Les yeux sont écartés dans cette espèce; car la largeur prise d'un bord supérieur et externe d'un orbite à celui du côté opposé est égale

à deux fois et un tiers la hauteur de l'orbite j l'espace du iVoiit entre la base des deux orbites égale leur hauteur.

Cet orbite est formé par le bord externe du frontal, dont la suture est facile à trouver sur le devant, et pour la plus grande partie par le surcillier, os déjà grand dans la carpe, et qui prend un développement proportionnel plus considérable dans la pœcilie. Si l'orbite est ainsi protégé en dessus, il ne l'est plus du tout en dessous que par les parties molles; car le sous- orbitaire est porté en avant, et touche à peine à la circonférence orbitaire. Les deux diamètres de l'œil sont égaux; mais la bride de la conjonctive, qui passe sur la cornée, ne la divise pas en deux parties égales : la supérieure est plus grande que l'inférieure, et comme la bride est formée d'une lame étroite, dont les deux bords sont arqués et à courbures opposées, on peut dire que les deux cornées de l'oeil sphérique de l'Anableps sont elliptiques, et que la supérieure est plus large que l'inférieure.

J'ai disséqué avec beaucoup de soin, pour reconnaître les os de la face qui sont autour de l'œil. Je puis affirmer qu'il n'y a qu'un seul sous-orbitaire, osselet à peu près circulaire, à surface caverneuse, et articulé avec le nasal; celui-ci s'étend en une palette caverneuse sur le dessus du museau, derrière le maxillaire, de sorte qu'il ne touche pas même le bord antérieur de cet os, et que, par conséquent, il ne contribue en rien, comme je viens de le dire, à former le bord antérieur du museau. De son angle interne et postérieur l'os du nez donne une lan-

guette apophysaire, pliée elle-même en gouttière, parce qu'elle est caverneuse, qui s'étend sur le dessus du crâne, le long du frontal. Dans l'espace entre l'œil, le sous-orbiiaire et le nasal, on trouve la cavité de la narine, et son ouverture postérieure qui est une fente étroite, assez longue et oblique de dedans en dehors, et d'arrière en avant. L'ouverture antérieure est à l'extrémité d'un tube papillaire, que l'on prendrait pour un rudiment de barbillon, et qui est attaché au bord externe du nasal et dirigé vers le bas. La peau, étendue sur les tubérosités qui séparent le sous-orbitaire du nasal, est percée de plusieurs pores, parmi lesquels je cherchais d'abord, et inutilement, le trou antérieur de la narine. L'opercule et le sous -opercule, cachés sous les écailles, forment une grande plaque bombée, au-devant de laquelle on voit le bord caverneux du préopercule ; l'interopercule est caché sous le bord horizontal de l'os précédent. Les ouïes sont largement fendues; il y a cinq rayons à la membrane branchiostège.

La ceinture humérale est très- large; mais on ne peut s'en faire une juste idée que sur le squelette. On dislingue difficilement sur le poisson frais le surscapulaire, os grêle, élargi en petite palette et courbé en arc, pour embrasser le tronc depuis la base du crâne, près de la ligne médiane, jusque vers l'angle postérieur de l'opercule, et s'articuler avec l'huméral. Le bord de cet os, ainsi que celui du cnbital, sont entièrement cachés sous l'opercule et la membrane branchiostège. Le radial et le cubital font une large fosse remplie par les muscles du bras et cachés par

les écailles, qui s'étendent même sur la base de la pectorale. Celte nageoire est large, elliptique quand elle est étalée; sa longueur égale celle de la tête. La ventrale est de moitié plus courte; elle est insérée un peu en avant de la moitié de la longueur totale- La caudale est arrondie; la moitié de sa surface est écailleuse. La dorsale est petite, rejetée sur l'arrière du tronçon de la queue, bien plus loin que l'anale. Dans la femelle, celte nageoire est arrondie et semblable à la dorsale; mais, dans le mâle, elle a une autre forme, à cause de l'appendice attaché le long du premier rayon, et des écailles qui le recouvrent; les rayons sont insérés derrière cette sorte de verge.

On peut compter cinquante à cinquante-cinq rangées d'écaillés entre l'ouie et la caudale, selon que l'on avance plus ou moins sur les petites écailles qui garnissent la nageoire de l'extrémité du corps. Une écaille est irrégulièrement circulaire; elle a dix à douze rayons à l'éventail, et toute la surface marquée de fines stries concentriques, de sorte que l'on ne distingue la portion radicale de la partie libre que par les rayons de l'éventail.

La couleur est un vert doré rembruni , à peu près semblable à celle de nos perches de rivière sur le dos. Elle s'afTaibllt insensiblement pour devenir blanche ou légèrement argentée sous le ventre. Les flancs portent trois ou quatre raies longitudinales brunes.

Quand on ouvre l'abdomen de la femelle on est l8. 17

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frappé de la grandeur et de la grosseur de l'ovaire : il occupe, en effet, plus des trois quarts de la cavité de l'abdomen ; il cache presque tout le canal digestif, car on ne voit que l'extrémité du rectum qui passe dans la fourche des deux sacs. En avant de l'organe de la reproduction est le foie : ce viscère n'a qu'un seul lobe, dont la plus grosse partie est située sous l'œsophage; il se prolonge ensuite dans le côté gauche en une pointe Irièdre assez longue; car elle se porte au-delà de l'ovaire du même côté, et dépasse la moitié de la longueur de la cavité abdominale. En soulevant le viscère, on trouve, à droite, une vésicule du fiel fort grosse, à parois fortes, que l'on prendrait pour un appendice cœcal du canal digestif. Je vois sur le foie l'œsophage et l'estomac, qui ont le même diamètre, et ne sont pas distincts. Près de la pointe du foie le canal digestif fait un premier pli, en revenant le long du bord tranchant de l'organe hépatique. Arrivé sous la partie élargie de ce viscère, l'intestin se recourbe, descend en faisant plusieurs sinuosités, se replie de nouveau à peu de distance de l'anus, remonte vers le bord du foie en suivant aussi les ondulations de l'anse précédente, se recourbe alors dans le second pli de l'intestin, et se rend à peu près droit à l'anus en s'engageant entre les deux ovaires, le rectum restant libre dessous. Le péritoine est d'un brun chocolat foncé , presque noir dans la femelle, et gris sablé de points pigmentaires chez le raalç. En le fendant, on trouve une assez grande vessie aérienne, dont les parois sont très-minces et, comme de coutume, argentées : elle ne communique

pas dans l'adulte avec le canal digestif. Les reins, qui sont au- dessus, forment deux cordons assez minces le long de la colonne vertébrale; ils sont découpes en autant de petits lobes qu'il y a de côtes, et chacun de ces lobules est composé de petites granulations. Les uretères sont deux longs tubes grêles, attachés aux reins dans presque toute la longueur du viscère. Us se terminent dans ce poisson tout autrement que dans les autres. Dans le mâle, les uretères donnent dans la vessie fibreuse, dans laquelle les laitances versent la liqueur séminale; dans la femelle, c'est à l'extrémité del'oviducte. On doit se rappeler que, dans tous les autres poissons, l'urine sort par un orifice distinct de celui de l'ovaire ou des laitances.

La différence d'organisation que je signale ici entre les sexes porte cependant sur des caractères encore plus saillans.

Le mâle se reconnaît à l'extérieur à un gros appendice conique, redressé derrière l'ouverture arrondie et plissée de l'anus. On sent même à l'extérieur que cette sorte de verge est soutenue par un os; c'est l'interépineux de l'anale. Ce corps porte, en arrière, la nageoire entière, qui se trouve ainsi cachée entre l'oi'gane mâle et le dessous de la queue, quand l'os n'est pas redressé. La peau qui recouvre la verge est couverte d'écaillés, semblables à celles du corps, dirigées dans le même sens; des palettes écailleuses couronnent l'extrémité : la présence, la nature et la disposition de ces tégumens prouvent qu'il ne peut y avoir intromission de la verge du mâle dans l'utérus de la femelle, et par conséquent, s'il y a un

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accouplement nécessaire à la fécondation des œufs dans l'intérieur de la femelle, il ne peut se faire que par une simple juxtaposition de l'extrémité de la verge du mâle dans la fente alongée et vulviforme des sacs ovariens de la femelle. Si l'on ouvre ce cône pour en découvrir l'organisation, on est frappé de sa structure complexe; mais il faut, avant de le décrire , dire un mot des testicules ou laitances : ces deux corps sont irrégulièrement trièdres, lobés, pointus vers l'anus et élargis vers le milieu de l'abdomen. La laitance gauche est plus grosse et plus longue que la droite; celle-ci est plus contournée, et elle se replie sur elle-même près de l'extrémité postérieure. Chaque testicule débouche par un canal court et large à la face inférieure de la vessie, qui reçoit les uretères par sa face dorsale. Cette vessie a des parois blanches, fibreuses, trèssolides; elle est boursouflée; elle est contenue dans la base du gros cône qui simule la verge; elle se prolonge en un long canal à parois blanches et fibreuses dans le cône, et s'ouvre à son extrémité entre les palettes écailleuses mentionnées plus haut, en se terminant par un tube capillaire. La communication entre la vessie et les sacs de Jla laitance est des plus manifeste par la simple insufflation. Cet organe est renforcé et maintenu par des brides aponévrotiques très-fortes, croisées en sens divers, et qui donnent attache aux aponévroses ou aux fibres tendineuses des muscles coniques longitudinaux, qui font l'office d'ischio - caverneux, et qui doivent manifestement dans leurs contractions

CHAP. XXIIT. ANABLEPS. 2G'I

exercer une pression très- forte sur celte vessie. On peut donc la considérer comme une vessie urinaire, parce qu'elle reçoit les uretères, et en même temps comme une sorte de vésicule séminale, où le canal déférent des testicules verse la laitance. Ce fluide séminal sera donc lancé et projeté avec force par une éjaculation rapide lors de la fécondation : c'est un des appareils les plus curieux que j'aie encore disséqué dans les poissons.

Quant à la femelle, ses ovaires sont doubles; mais le gauche est beaucoup plus gros que le droit; celui-là ne dépasse pas cependant la portion élargie du foie. Il n'y a guère que sept à huit œufs fécondés et développés dans l'utérus de chaque femelle. L'œuf, dans cette incubation utérine, s'enveloppe de membranes qui constituent de grandes mailles d'un tissu cellulaire divisant l'intérieur du sac ovarien. La cellule qui contient un œuf fécondé s'aggrandit et finit par former une sorte de chorion. On peut tirer de l'intérieur de l'ovaire un fœtus tout formé, en le laissant enveloppé dans une membrane extérieure, tout-à-fait indépendante du fœtus et de sa membrane vitelline.

C'est de tous les poissons qui me sont jusqu'à présent connus, celui dont les petits naissent les plus grands; car ceux que j'ai tirés de l'ovaire d'une femelle longue de huit pouces, avait déjà deux pouces trois lignes; ils avaient donc plus du quart de la longueur de la mère. A celte taille ils ont le corps complètement formé, tel qu'il le sera dans le reste de leur vie : il est tout couvert d'écaillés; cependant, une ligne tracée le long de la ligne médiane, naissant

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un peu au-delà des ventrales et continuée jusqu'à l'anus, n'est pas encore recouverte par les tégumens cornés et imbriqués du reste du corps : c'est la marque du raphé par où la vésicule vilelline est rentrée dans l'abdomen. On pourrait dire de cette ligne qu'elle est une sorte de nombril linéaire. On ne trouve plus aucun vestige de la vésicule ombilicale dans l'intérieur du corps du poisson, où tous les viscères digestifs sont déjà complètement formés •' le foie, le tube intestinal, avec ses circonvolutions, n'offrent aucune différence, si on les compare avec les mêmes viscères de l'adulte. Il n'y a encore aucun vestige des organes sexuels. La vessie aérienne est développée et pleine d'air; elle a son canal de communication de l'état fœtal; ce canal s'obstrue ensuite dans l'adulte : c'est d'ailleurs ce que l'on observe dans un très-grand nombre de poissons. J'ai examiné des fœtus plus petits, qui n'avaient encore atteint qu'un pouce deux lignes. La vésicule ombilicale est d'une grosseur remarquable, puisqu'elle a cinq lignes de diamètre. A cet âge le poisson est déjà si bien formé que l'on peut reconnaître les caractères distinclifs des espèces.

La colonne épinière a vingt-cinq vertèbres abdominales portant des côtes, et vingt-six caudales. Il faut remarquer aussi dans ce poisson que les os pelviens sur lesquels s'articulent les ventrales, sont écartés l'un de l'autre, sans la suture de réunion qui existe dans les autres poissons. On conçoit que cela devait être ainsi à cause de la grosseur et du nombre des fœtus.

J'ai examiné avec beaucoup d'attention f œil extraor-

dinaire de l'Anableps : il y a deux cornées , séparées par une bandelelte à peu près horizontale, formée par la conjonctive. On peut la reconnaître facilement par sa couleur roussâtre, due aune quantité considérable de points pigmentaires. Cette bandelelte, plus colorée sur les bords que vers ses extrémités , cerne chaque cornée. La supérieure est plus grande que l'inférieure; elle est moins convexe, et le plan qui fait la section de cet arc de sphère est oblique de dehors en dedans, et dans une direction qui regarde la faCe supérieure du crâne, tandis que le plan de section delà seconde est oblique en dessous et de dehors en dedans, par rapport «au même plan du crâne. Ces deux cornées montrent bien aussi leur séparation à la face interne ou dans la chambre antérieure de l'œil. Une arête longitudinale, dans la même direction que la bride externe de la conjonctive, fait une saiUie facile à reconnaître dans l'œil, et les parois de la cornée deviennent plus épaisses le long de cette arête. Ces deux cornées, réunies en une seule lame à deux courbures, par leurs parties moyennes, sont enchâssées dans le grand trou rond de la sclérotique, comme c'est l'ordinaire pour une cornée simple de tout autre œil. Cette sclérotique est solide, cartilagineuse, • uniformément ronde, et tapissée en dedans de ses membranes. J'y ai vu la grosse glande de Ruyscli, de sorte qu'il n'y a dans le fond de l'œil aucune particularité remarquable. Un vitré, qui m'a paru simple, remplit la cavité du globe, et en avant il est creusé d'une petite fossette, où repose enfermé dans sa capsule le cristallin. Mais cet organe présente une

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conformation dilTérenie de celle du ciislallin des aulres poissons. Il en est de même de la membrane de l'iris et de l'ouverture de la pupille. En effet, cette membrane est attachée par son bord circulaire autour du grand trou de la sclérotique, qui enchâsse le cercle de la cornée. Son ouverture puplllaire, très -grande, se trouve rétrécie et divisée en deux trous par deux languettes, qui partent, l'une du bord antérieur, l'autre du bord postérieur du cercle de la pupille, convergent l'une vers l'autre en se dirigeant vers le centre, et finissent par se toucher et même j)ar s'imbriquer; l'anlérieine passant sur le bord libre de la postérieure. Comme ces deux palettes ont le bord arrondi, il en résulte, qu'en s'enchevêlrant ainsi, elles laissent au-dessus et au-dessous d'elles deux ouvertures, deux sortes de pupilles, dont les bords désunis ne sont plus ronds; la supérieure a pour limite un arc concave supérieurement, et deux arcs convexes appartenant aux bords de chaque palette, et le trou puplllaire est cerné de la même manière. Les deux palettes ne se divisent pas en deux parties égales à l'ouverture de la pupille; aussi le trou supérieur est-il plus grand que l'inférieur. Le cristallin, placé derrière ce singulier appareil de l'iris n'est pas parfaitement rond; il a en dessous une petite saillie convexe, qui répond à l'ouverture inférieure de la pupille. Ceux qui se sont occupés de l'analomie des poissons ne pourront se lasser d'admirer les ressources infinies que la nature tire dans une même classe de matériaux seniblables, et comment elle trouve la variété infinie dans l'uniformité. Quand

elle a du modifier l'ouverture de la pupille des yeux des raies, de la plupart des pleuronectes , des uranoscopes, elle a fait sortir du bord de l'ouverture de la pupille une languette de la même nature que la membrane de l'iris, et qui s'avance vers le centre du trou. Souvent les bords de cette membrane sont découpés en laciniures plus ou moins profondes. Le physiologiste explique facilement la fonction de cette membrane additionnelle. La nature voulant modifier pour d'autres besoins commandés par le genre de vie des Anableps, l'ouverture de la pupille, va employer les même membranes, mais elle en fait naître deux au lieu d'une. L'étude des fœtus de nos Anableps montre le développement successif de la formation de ces cloisons. Ainsi, dans les petits, longs d'un pouce, la cornée, très- transparente, est à peine divisée par la bandelette longitudinale de la conjonctive. On commence à voir le trou ayant une apparence de o de chiffre mal fermé. La pupille est à peine modifiée par l'alongement des bords du cercle de l'iris. Dans ceux de deux pouces, les deux membranes se sont alongées et se touchent. Le trou de la pupille a la figure d'un 8 de chiffre complet : c'est dans le poisson adulte que les deux trous sont plus séparés, et deviennent distincts l'un de l'autre, parce que les deux membranes se recouvrent.

Nous avons fait celte description sur des individus venus de Cayenne. Nous avons reçu un mâle par les soins de M. Poiteau : l'individu est long de neuf pouces. Des femelles, longues

de huit pouces et venues du ménie lieu, oui été données au Muséum par M. le professeur Lacordaire.

Z;'Anableps aux yeux rapprochés.

{Anahleps coarctatus , nob.)

On a cru jusqu'à nous, qu'il n'y avait qu'une seule espèce d'Anableps : en voici cependant une seconde, bien caractérisée.

Celle-ci a le corps plus grêle et plus alongé que

celui de la précédente. L'épaisseur est le septième

de la longueur totale. La hauteur de la queue mesure

la moitié de la largeur du tronc. L'intervalle entre

les deux yeux est de moitié plus court que dans

l'espèce précédente. Les yeux paraissent un peu plus

saillans ; le museau, alongé en ogive, est plus

avancé, parce que le bord des maxillaires recouvre

davantage la bouche. Les dents paraissent plus fortes ;

il y a de même une narine tubuleuse. La pectorale

est plus longue, car elle approche davantage de la

ventrale.

Les écailles sont beaucoup plus petites; il y en a quatre-vingt-huit rangées. Une écaille a neuf rayons à l'éventail; deux rangées d'épines sur deux plans au bord libre, et le reste de la surface est couvert de stries concentriques. La couleur est verte foncée sur le dessus du corps, et blanche dessous. Je ne vois pas de rayures.

Dans cet Anableps, les deux cornées sont trèsinégales : la supérieure est de beaucoup plus grande que l'autre; les deux palmettes de l'iris sont petites, se louchent à peine, naissent en bas du cercle de la pupille; de sorte que l'ouverture supérieure est aussi beaucoup plus grande que l'inférieure. Le cristallin est gros et aplati sur le devant.

Nos individus ont sept pouces et demi : ils viennent de Gayenne, et sont dus aux recherches de M. Le Prieur.

Z'Anableps grêle.

{Anahleps elongatus, nob.)

Le même M. Le Prieur a envoyé de Gayenne, et sous le nom de Gros-jeuxy une troisième espèce de ce genre.

Elle a le dos plat et large; le tronc beaucoup plus long, la queue est aussi plus grêle; l'ogive du museau plus pointue; la saillie des maxillaires plus grande; les yeux rapprochés comme dans la seconde espèce; mais l'orbite me paraît plus haut, et son bord plus droit.

Les nombres des rayons sont les mêmes.

D. 10; A. 9, etc.

Les dents sont un peu plus fines et sur une bande plus large. Les écailles sont plus grandes que celles de l'espèce précédente; car sur un corps beaucoup plus alongé je ne compte guère que le même nombre

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de rangées : une d'elles est plus ovale , a le même nombre de rayons à l'éventail et des stries concentriques dessus; mais les épines du bord libre sont beaucoup moins prononcées.

La couleur est semblable à celle du précédent.

Les deux cornées de cet Anableps sont plus égales; cependant l'inférieure est encore la plus petite. Les deux palmelies de l'iris ne se touchent pas; le trou supérieur est ovale et oblong; l'inférieur est presque rond.

M. Le Prieur a vu ce poisson ramper sur la vase.

L'individu décrit a dix pouces et demi de longueur.

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