‹ Histoire naturelle des poissons (volume 5)Chapitre 99 sur 149 · Zool. Ross, asiat. , p. .336, n · texte numérisé non relu

Zool. Ross, asiat. , p. .336, n

2. Forsk., Caialog. fisc Milet , apud Faun. nrab., p. XVIII et XIX.

S'il ne faut pas confondre, en effet, le poisson des eaux de New -York vu par Scliœpf, avec l'espèce d'Europe, il n'est pas moins vrai que celle-ci a été observée par le docteur Richardson dans son voyage à travers le nord de l'Amérique septentrionale. Il en a rapporté un du lac Huron, que j'ai examiné avec M. Cuvier : on ne pouvait douter que cet individu ne fût de la même espèce que le brochet d'Europe.

Tous les auteurs s'accordent sur sa grande voracité; aussi M. de Lacépède le nomme-t-il le requin des eaux douces : non-seulement il dévore un grand nombre de poissons de son espèce ou des autres fluviatiles; mais les petits mammifères, les oiseaux aquatiques, les reptiles ne sont pas à l'abri de ses attaques. On peut dire qu'il se jette sur tout ce qui remue; aussi a-t-on noté plusieurs exemples de blessures graves faites aux mains ou aux jambes de personnes occupées à laver ou à marcher dans l'eau. Pennant cite déjà ce trait remarquable de voracité : un brochet a englouti la tête d'un cygne au moment où ce palmipède plongeait son long cou sous l'eau , et les deux animaux y trouvèrent la mort. Une autre fois on a vu un brochet disputer à une loutre une grosse carpe déjà prise par ce mammifère redoutable aux poissons.

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Quelques auteurs ]) rétendent que les per-ches , particulièrement celles des lacs d'Ecosse , auraient été détruites parles brochets. On peut cependant remarquer que les deux espèces existent simultanément dans beaucoup de lacs ou d'étangs d'étendue peu considérable. D'au-très économistes croient que la perche nuit au brochet parce qu'elle en mange les œufs ou le frai.

On se rend aisément compte de la grande puissance destructive de cet abdominal, quand on examine les armes redoutables que nous avons décrites avec détail en faisant connaître les différentes parties de sa tête. La grandeur de l'animal contribue aussi h augmenter sa force. Ainsi il n'est pas rare de voir des brochets de cinq pieds et du poids de vingt à trente livres. Les grandes pièces d'eau du comté de Norfolk, à quelques milles au nord de Yarmouth , Horsea Mère et Heigham Sounds, sont célèbres par le grand nombre de brochets d'excellente qualité et de taille assez forte. M. Yarell a relevé plusieurs pêches faites dans ces grands lacs, d'où il résulte qu'en quatre jours on a pu prendre deux cent cinquante-six brochets, pesant ensemble onze cent trente-cinq livres, et qui donnaient, dans les différens jours, une moyenne de vingt-huit à trente-quatre livres par brochet.

Pallas porte aussi à la même taille et au même poids les brochets des grands lacs dans lesquels se rassemblent les eaux des steppes de Baraba, dans le gouvernement de Tobolsk, entre l'Irtisch et l'Oby. Pendant l'hiver on en prend une telle quantité sous la glace, qu'on ne peut les vendre qu'à très-bas prix, et on les porte au loin après qu'ils sont gelés.

M. Yarell répète que les lacs d'Ecosse ont produit des brochets de cinquante-cinq livres de poids, et ceux d'Irlande en ont fourni de soixante et dix livres. Cet observateur si exact ne dit pas cependant en avoir vu de ce poids , ce qui n'induirait pas à admettre que ces poissons eussent eu plus de huit à neuf pieds.

Ces rapports sont fort éloignés de celui que tous les naturalistes ont pris plaisir à copier dans Gesner, au sujet du brochet de dix-neuf pieds, péché, assure-t-on, en i497 ^ Kaiserslautern, et dont le squelette aurait été conservé à Mannheim avec l'anneau de cuivre doré que l'empereur Frédéric II avait attaché à l'ouïe du poisson.

Déjà INoél de la Morinière avait écrit dans ses notes que la grandeur du brochet de l'empereur Frédéric était une de ces exagérations que l'on se plaît à répéter sans en faire d'abord fobjet d'une saine critique.

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Or, en comparant les versions des diffërens auteurs ou annalistes les plus rapproches de l'époque assignée à cette pêche, on voit quels doutes peuvent rester encore sur cette expérience.

Frédéric II était un prince instruit, aimant et protégeant les lettres et les sciences. Les manuscrits qu'il apporta de l'Orient, les traductions des œuvres d'Aristote, de Ptolémée, des traités de Galien , faites par son influence , son livre de Arte venandi cuni anbus , qui a occupé les loisirs du célèbre J. Got. Schneider, suffisent pour prouver la culture littéraire de cet empereur et son amour pour l'histoire naturelle.

On raconte donc qu'il fit mettre dans un étang de son château de plaisance, construit à Raiserslautern, un brochet, après avoir fait attacher à l'opercule un anneau de cuivre doré, portant un second anneau plus grand , avec une inscription grecque qui devait faire connaître combien d'années aurait vécu le poisson, quand il serait péché.

Si l'expérience, attribuée généralement à Frédéric II, était bien prouvée, elle aurait une importance réelle en donnant un fait positif dont le naturaliste devrait tenir compte dans la question si curieuse de la longévité

des animaux, et eu particulier de celle des poissons.

La pèche du poisson aurait eu lieu, suivant les annalistes, en j497- Gesner, qui vivait dans un temps assez peu éloigné pour qu'il ait pu en connaître encore des témoins oculaires, nous a transmis l'inscription grecque gravée autour du grand anneau :

El 1^1 sKsTvos l%ôvç rocvry AZ/xv^/ yrccvroTT^ûoroç èyrr

Il y ajoute la traduction qui en a été faite par Jean Dalbourg, évéque de Worms : E^o sum nie piscis liuic stagno omnium priinus impositus per mundi rectoris Federici secundi manus, die quinto ohtohris M CC XXX. '

Ainsi, d'après l'inscription de l'anneau, le poisson aurait été tenu par l'empereur Frédéric II. Mais Gesner fait sortir le poisson d'une pèche d'un étang voisin de la ville impériale d'Heilbronn, en Souabe.

Lehmann^ place aussi la pêche près d'Heilbronn, et il rapporte que la figure de ce poisson, peint de grandeur naturelle, se voyait de son temps, ainsi que le dessin de l'anneau,

î. Nomencî. aquat., p. 3 16. Tiguri, i56o.

2 Lehmann, Chronica der freien Reichssladt Speier, iSga.

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dans une tour élevée sur le chemin qui conduit de Heilbronn à Spire.

Crusius% dans ses Annales de Souabe, prétend aussi que le poisson fut péché dans les environs d'Heilbronn, quoiqu'il ait trouvé dans plusieurs manuscrits que la pêche de ce brochet eût lieu à Raiserslautern. Il n'en incline pas moins cependant pour la première de ces villes, parce qu'elle possède la peinture de l'animal; autrement, ajoute-t-il, il faudrait que Frédéric II eût mis en même temps plusieurs brochets dans différentes pièces d'eau, et qu'on les eût tous péchés la même année.

Freher (Marquard), contemporain de Crusius, assure que le poisson fut pris à Raiserslautern, 011 l'empereur Frédéric II aimait à se délasser des fatigues de la guerre. Il observe "^ que, vers 1612, l'étang s'appelait encore Kajserwag (l'étang de l'empereur), et que l'on voyait dans le château de Lautern la représentation d'un brochet, dont la longueur, exprimée par une ligne noire, répondait à dix-neuf pieds. On y avait joint une inscription en allemand pour indiquer la grandeur du poisson mis dans l'étang de Lautern en

1 Crusius, ylnn. Suevici, II, p. 25 — 26. Francf. i5g4 et iSgG.

2 Origines palaiinœ , II, p. 54. Heidelberg-, i6i3.

î23o par l'empereur Frédéric II, et porté ensuite à Heidelberg le 9 Novembre i497' H ajoute, que l'on conservait dans le Cabinet palatin l'anneau de cuivre doré, détaché de l'opercule du brochet, et auquel d'autres petits anneaux étaient fixés à la circonférence.' On voit que l'inscription allemande mise comme légende de la peinture représentant le brochet, a été évidemment composée d'après celle gravée sur l'anneau de cuivre doré. Freher, d'ailleurs , a transcrit l'inscription grecque en lettres capitales , comme si elle était en style lapidaire :

EIMI EKEINOC IX0TC O THN AIMNHN UANTOnP^iTOC EIAHOA AIA TOT KOCMHTOPOC a)EAHPIKOY B TAC XEIPAC EN TH Ë" HMEPA TOT OKTHRPIOT Â". C^ À".

1 Voici le jaassage de Marq. Freher per quod (siagmun)

ipse fiuvius Lutra transcurrens , molamque impellens , maximos et sopidissimos pîsces nuirit , et in his Lucium, quem cultorem stagnorum Aiisonius vocat. De hujus aulem longitudine et captura testimonium perhibet velus pictura in arce ihi visenda , piscem ipsum ingentem torquatum exhibens , et lineœ nigrœ XIX pedes longœ adscriptum habens. « Diss ist die Grosse des Hechts so Kaiser Friderich dièses Namens der ander, mit seiner Hand zum ersten in den JVag zu Laulern gesetzt , und mit solchem Ring bezeichnet hat anno i23oj wurd gen Heidelberg gebracht den 6ien Novembris 1497,- ^^^ ^^ darin gewesen war 267 Jahr.^^ Torques quoque , sive mavis , annulus collaris, œneus et deauratus , cum minusculis annulis circumquaque insertis ( qui etiam hodie in cimeliarcheis palatinis et merilo asservatur) adpictus est et adscriptus „ hoec est forma annuli « quem Lucius gessil in collo ad CCLX VII annos , qui capius anno if^MCCCCXCVII Luirœ ex stagna et Heidelbergam perlatus VI „ novemhris hora posl meridiem secundn, " .

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Il faut faire attention qu'elle offre déjà quelques variantes avec celle rapportée par Gesner.

Il faut aussi remarquer que Crusius attribue à l'empereur Frédéric I.'''^, Barberousse le grand, père de Frédéric II, l'établissement de l'étang de Kaiserslautern. Radevick^ dit aussi positivement que ce prince fit bâtir la maison de plaisance de Kaiserslautern, qu'il y forma un étang, le peupla de poissons, etc. Giinther% poète allemand, qui a écrit en vers latins l'histoire des hauts faits de cet empereur, parle dans son poème ^ du séjour de Frédéric Barberousse à son château de Kaiserslautern.

Ces différents passages historiques conduisent à se demander si le brochet pris à Kaiserslautern, et mis le premier dans l'étang par les mains d'un Frédéric, n'y aurait pas été jeté par l'empereur Frédéric Barberousse, contrairement à l'indication de l'inscription grecque de l'anneau qui attribue le fait à Frédéric II.

Ces incertitudes laissent donc beaucoup de doutes sur la véracité de ce récit, copié depuis dans presque tous les ouvrages d'ichlliyologie. Elles ont donné lieu aux différentes

1. Rad. apudOttonis episcopi frisigensis cronicon , I, 269; II, 34o.

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