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CHAPITRE XXY

Du genre Serrasalme (Serras almus).

Lacépède, qui avait commencé à séparer plusieurs genres de celui des Salmo de Linné, en s'appuyant principalement sur les travaux d'Artedi , a étalili le genre Serrasalme , qui ne comprenait dans son ouvrage qu'une seule espèce, le Salmo rhombeus de Linné. M. Cuvier, qui continua ces réformes par la création des genres Mylètes et Chalcées, augmenta la liste des Serrasalmes par la description de trois espèces nouvelles. Spix et Agassiz en ajoutèrent deux autres. Il est assez étonnant que M. Cuvier, qui donnait une si grande importance au caractère de la dentition, et spécialement dans les Salmonoïdes, puisque tous ses genres nouveaux sont en quelque sorte fondés sur la forme des dents, n'ait pas toujours fait un usage complet des excellents caractères que lui auraient fournis ces organes, dans les Salmonoïdes qu'il avait sous les yeux. Il me paraît singulier que, dans le genre des Serrasalmes, il n'ait pas insisté sur la présence des dents palatines 5 car cet important caractère n'avait pas échappé à la sévère exactitude de Pallas. Bloch et de Lacé-

pède, ses copistes, n'en parlent que d'après l'auteur du Specilegîa. M. Cuvier y avait fait attention; mais en ne le considérant que comme un caractère spécifique qu'il oppose à celui de la seconde espèce, dans laquelle il ne trouve aucune dent aux palatins. Il n'en est pas moins vrai que M. de Lacépède n'a point formulé la diagnose du genre qu'il établissait avec raison, et qu'on ne trouve rien de plus positif dans le Règne animal. Ce travail , qui restait à faire, a été produit avec succès par M. Muller, dans sa Monographie des Characins. Les Serrasalmes sont caractérisés par leurs dents triangulaires et tranchantes sur un seul rang aux intermaxillaires, à la mâchoire inférieure et aux palatins, comme si la nature avait voulu donner une plus grande force au jeu de la mâchoire supérieure ; elle a développé l'intermaxillaire de manière à ce qu'il borde toute l'arcade supérieure de la bouche. Le maxillaire, presque entièrement caché par cet os ou par le sous-orbitaîre, n'est ni très-petit ni même avorté; mais placé derrière Tintermaxillaire et sous le sous-orbitaire, il donne, par ses apophyses saillantes , un point d'appui solide au bord de la mâchoire; d'où il résulte que, dans leur jeu, les dents se rencontrent en s'engrénant, sans que les branches qui les

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portent puissent vaciller. Cette organisation fait que les dents coupent avec netteté.

Le corps de ces poissons est comprimé, en général de forme rhomboïdale, parce que l'insertion du premier rayon de la dorsale et de l'anale est le point le plus élevé de chaque profil; le ventre est caréné et dentelé; au-devant de l'anus il y a un double rang d'aiguillons; le premier interépineux de la dorsale porte une épine couchée en avant, et deux pointes écartées en arriérera fente des branchies est assez large; il n'y a que quatre rayons à la membrane branchiostège ; l'intestin ne fait qu'une seule circonvolution ; l'estomac est un sac conique très-grand ; les appendices pyloriques varient de treize à vingt-un.

Tels sont les caractères génériques de ces poissons célèbres dans toute l'Amérique , non pas seulement par leur extrême voracité, mais par le véritable danger auquel sont exposés les hommes qui se baignent à la portée des serrasalmes. Tous les voyageurs sont d'accord pour affirmer qu'ils entament la peau de l'homme, que la morsure enlève souvent la partie attaquée. Tout animal qui tombe dans l'eau se trouve en très-peu de temps dépecé et dévoré par des essaims de ces poissons carnassiers. J'emploierai la réserve dont M. de

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Humboldt m'a donné l'exemple, en rapportant en quelque sorte en note le conte populaire , très - répandu parmi les moines et consigné par le P. Gili l. Ces moines affirment qu'un cavalier et son cheval voulant traverser l'Orénoque dans un gué, ont été à moitié réduits en squelette avant d'arriver à la rive opposée : le missionnaire dit que le poisson est nommé Carïbito, à cause de l'avidité qu'il a pour la chair humaine. M. de Humboldt, qui observait avec tant de soin, a indiqué trois espèces ou variétés de poissons Caribes. Il est très -probable qu'il a vu un véritable Serrasalme , celui qui a le dos d'une couleur cendrée tirant sur le vert, et dont le ventre , les opercules , les nageoires ventrale et anale sont d'un bel orangé; mais il y a lieu de croire cependant qu'il a eu aussi les espèces que nous rangeons aujourd'hui, avec M. Muller, dans les Pygocentrus, de sorte qu'on peut citer, dans les généralités sur ce genre, ses judicieuses narrations de la relation historique2 du Voyage aux contrées équinoxiales du nouveau continent. Voici l'extrait de ce passage :

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