‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 103 sur 158 · D'Orbignj, ri · texte numérisé non relu

D'Orbignj, ri

CHAP. XXV. SERRASALMES. 279

Le Serrasalme a tache sur l'épaule.

(Serrasalmus humer ails , nob.)

Une autre espèce, voisine de celle de M. d'Orbigny, s'en distingue

par des sous-orbitaires encore un peu plus élroits; ils sont striés, ainsi que les autres pièces operculaires. La mâchoire inférieure est moins saillante au-devant de la supérieure, bien qu'elle la dépasse de toute la largeur de sa branche. Le museau est arrondi, convexe au-devant de la narine, un peu concave audessus des yeux. La crête interpariétale est convexe.

La couleur est bleu d'acier au-dessus de la ligne latérale, argentée sous le ventre. Une tache noire, très-marquée, est derrière l'ouïe. Le dos et les flancs sont couverts de points bleu -foncés, presque noirâtres. La caudale a une large bordure noirâtre.

Notre exemplaire est long de cinq pouces. Il a été rapporté de l'Amazone par M. de Castelnau.

Le Serrasalme caribe.

(Serras almusr caribe , nob.)

C'est auprès de ces espèces qu'il faut placer l'Umati ou poisson caribe de l'Orénoque, décrit sur les bords de ce fleuve par l'illustre voyageur qui le visitait au commencement de

280 LIVRE XXIÏ. S ALMONOÏDES.

ce siècle, et qui en a publié une figure à la planche xlvii du second volume des Observations de zoologie et d'anatomie comparée.

C'est un poisson à corps comprimé, ovale, cendréverdâtre sur le dos. La tête est tronquée en avant. La bouche, grande, est armée de dents très-pointues, triangulaires, presque entièrement couvertes par les lèvres ; les inférieures sont plus grandes que les supérieures, et il y a dix des premières. La langue, charnue, est sans dents. Les yeux sont grands et noirs. Le corps est couvert de peines écailles caduques, blanches, à reflets argentés. La dorsale et la caudale sont verdâtres; toutes les autres parties du corps, c'est-à-dire, le ventre, les opercules, les pectorales , les ventrales et l'anale , sont d'un rouge jaunâtre. La caudale est tronquée et un peu bifurquée. La première dorsale est longue ; les pectorales lancéolées , plus grandes que les ventrales. Le premier rayon de l'anale est quatre fois plus large que les autres.

D. 20; A. 27, etc.

A ces observations, M. de Humboldt ajoute que la longueur du poisson était de cinq pouces et la largeur de trois et quelque chose. La vessie aérienne est double, grande et remarquable. La première, de sept dixièmes de pouce de long , est oviforme ; la seconde est conique , plus petite , tronquée , crénelée et un peu concave en avant, là où elle enveloppe pour

CHAP. XXV. SERRASALMES. 28i

ainsi dire la première. Ces deux vessies communiquent avec l'estomac par un canal qui s'enfonce dans la seconde en traversant la première. M. Bonpland a observé que ce canal est fermé à son ouverture dans l'estomac par une valvule.

M. de Humboldt écrit à la suite de cette description les remarques suivantes :

«En faisant des recherches sur le Dorado, j'ai trouvé la première notice sur i'Umati ou poisson carnassier de l'Orénoque, dans la relation du voyage d'Alonso de Herrera ( 1 535) au Rio Meta. Les soldats trouvèrent, dans une cabane, des espèces de chaussons dont se servaient les pécheurs pour se garantir de la morsure du Caribito. Ce poisson est très-recherché et d'un goût agréable; mais comme on n'ose se baigner partout où il abonde, on peut le regarder comme un des plus grands fléaux de ces climats, dans lesquels la piqûre des insectes tipulaires (mosquitos) et l'excitation de la peau rendent l'usage des bains si nécessaire.

Le Caribe, que les Indiens Maypures appellent Urnati, habite l'Apure, l'Orénoque et tous les affluents de ces rivières, surtout la Havana et le Cucivero. On le rencontre aussi dans les mares d'eau stagnante des Llanos de

Venezuela. Les Espagnols appellent Caribe ces Serrasalmes, en faisant allusion à la cruauté de la puissante nation des Indiens Garibes ou Carina. *

Lorsque M. de Humboldt publia les extraits de son journal, j'avais déjà remarqué que le Caribe, dont je devais déterminer l'espèce, différait des autres Serrasalmes connus, par plusieurs caractères. En revoyant aujourd'hui mes premiers essais ichthyologiques, je suis heureux de confirmer ces premières vues. Le poisson Caribe se distingue de toutes les espèces que j'ai sous les yeux par le nombre des rayons, par la saillie et la protubérance du front, la concavité du profil étant rejetée sur la nuque.

Le Serrasalme doré.

(Serrasalmus aureus , Spix.)

L'Amazone nourrit une grande espèce de Serrasalme que Spix a fait connaître dans son Histoire des poissons du Brésil. Quoique formé sur le plan général des autres Serrasalmes, le poisson en diffère

par la largeur de son museau; la grosseur de la mâchoire inférieure; le peu de concavité du front. Les os sous-orbitaires qui cuirassent la joue sont

CHAP. XXV. SERRASALMES. 283

presque aussi grands que ceux de notre première espèce. Toutes ces plaques et celles de l'opercule sont striées. Il y a six dents à la mâchoire supérieure ; sept à l'inférieure ; les deux mitoyennes ont un talon si haut et si pointu qu'on le prendrait aisément pour une dent particulière.

La couleur du poisson, conservé dans l'alcool, est un vert olivâtre rembruni, à reflets dorés,

et à en juger par l'enluminure de Spix, le poisson, conservé dans le cabinet national, n'aurait pas beaucoup changé de couleur. Le contour, tel qu'il a été dessiné par le naturaliste qui l'a rapporté des fleuves et des lacs du Brésil équatorial, rappelle beaucoup le dessin de M. de Humboldt. M. Agassiz n'ajoute aucun détail remarquable dans sa description.

Nous en possédons plusieurs exemplaires dus aux recherches de M. Aug. de Saint-Hilaire, de M. de Castelnau et de quelques autres voyageurs encore qui nous ont fait connaître les poissons du Brésil. Le plus grand a treize pouces.

Il me paraît très-probable que nous retrouverons dans ce Serrasalme le second Piraya de Marcgrave1; car il le donne comme un

Page 1