‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 115 sur 158 · Mull. el Troschel, Horœ khihyol. , tab. 1 , 6g · texte numérisé non relu

Mull. el Troschel, Horœ khihyol. , tab. 1 , 6g

CHAP. XXVI. XIPHOSTOMES. 349

inlermaxillaires, des palatins et de quelques os du crâne , comme l'ethmoïde et les frontaux antérieurs , rendent la tète prolongée en un cône plus ou moins pointu- Tout le dessus du crâne est formé par un casque osseux, grenu ou ciselé, qui rappelle a quelques égards ce que nous avons vu dans la famille des Brochets, dans le genre des Orphies, et ce qu'on rapporterait aussi aux Lépisostées parmi les Ganoïdes, si l'on s'en tenait à une comparaison superficielle. Les deux intermaxillaires trèsallongés et la mâchoire inférieure sont armés de petites dents nombreuses, serrées l'une contre l'autre, implantées sur un seul rang; la pointe, recourbée en arrière, simule un petit hameçon. Les palatins sont rugueux et couverts de très-fines granulations odontoïdes. Le corps est d'ailleurs allongé, arrondi, grêle. La dorsale est reculée tout à fait sur l'arrière du dos et au delà des ventrales. Les intestins ne font qu'une seule circonvolution , et le nombre des appendices pyloriques est trèsconsidérable; il y en a plus de quarante dans le X. ocellatum. Outre l'espèce décrite par M. Guvier, et dont nous conservons encore l'individu, qui nous donne la preuve que ce X. lucius n'est pas une espèce douteuse, nous avons encore dans les collections nationales

350 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

le X. Cuvieri, décrit et figuré par Spix. C'est une espèce distincte et qu'il ne faut pas confondre avec le X. ocellatum de Schomburgk. Nous en devons de beaux exemplaires à ce voyageur. Après ces espèces, qui avaient été indiquées dans le travail de M. Muller et des ichthyologistes qui l'ont précédé, nous pouvons enrichir la monographie de ce genre d'une très-belle espèce, découverte dans l'Amazone par M. de Castelnau, et d'une autre non moins curieuse , rapportée par M. Plée des eaux douces de la grande lagune du Maracaïbo. Voici la description de ces différentes espèces.

Le XlPHOSTOME BROCHET.

(Xiphostoma îucius, Spix.)

Comme j'ai sous les yeux l'exemplaire qui a servi à M. Cuvier pour établir son Hydrocjon lucius , je ne conserve pas sur cette espèce les incertitudes qui l'ont fait présenter par M. Muller comme une espèce douteuse. C'est même par elle que je commence les descriptions de ce genre, puisque c'est elle qui a été la plus anciennement décrite.

Ce poisson, remarquable par la petitesse et la finesse de ses dents, toutes' égales , contraste singu-

CIIAP. XXVI. XIPHOSTOMES. 351

lièrement, sous ce rapport, avec les espèces précédentes. Le museau, conique et allongé, doit principalement sa forme à l'allongement des intermaxillaires, et auquel contribue, pour former la base de ce cône au-devant des yeux, le prolongement des frontaux de l'ethmoïde et des os du nez. En dessous, les deux branches de la mâchoire inférieure sont arrondies et viennent se toucher. Dans notre poisson, la tête, mesurée depuis l'extrémité du museau jusqu'au bord de l'opercule, fait le quart de la longueur totale. Le corps est arrondi, quoique un peu méplat sur les côtés. Le tronc n'est guère que sept fois aussi long que la hauteur. L'épaisseur est à peu près moitié de cette hauteur. Le bord antérieur de l'orbite est à la moitié de la longueur de la tête; et il y a quatre diamètres entre le bout du museau et le cercle de l'orbite, et par conséquent, trois entre le bord postérieur de l'œil et celui de l'opercule. L'intermaxillaire égale cinq fois la longueur du maxillaire. Ces deux os sont réunis à l'extrémité du museau par une suture longitudinale, qui est égale à deux fois la longueur du maxillaire. Ils se prolongent un peu encore en dessous pour compléter l'arcade dentaire. L'extrémité du museau est remplie par une peau molle, mais assez résistante. Je compte cent quarante -six dents à l'intermaxillaire. Le maxillaire n'a que de très-fines dentelures ; il est placé tout à fait sur les côtés de l'angle de la bouche et au-dessous de l'œil; c'est du moins ce que l'on peut dire de la palette dentée qui le termine; car je le vois tellement soudé à l'intermaxillaire, qu'il est difficile d'en dis-

>52 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

tinguer nettement la suture, et cependant je ne regarderais pas comme impossible qu'il n'eût un prolongement mince et étroit qui se souderait à l'intermaxillaire , en avant de l'œil, sous le premier sous-orbitaire. Cette pièce osseuse est un petit stylet irrégulièrement triangulaire, qui se porte au-devant de l'œil d'une longueur à peu près égale au diamètre de l'orbite. Le second sous-orbitaire ne descend pas au delà du maxillaire; il est pointu vers le bas. Le troisième est une large plaque osseuse qui couvre toute la joue et descend, par son bord inférieur et arrondi, jusque sur la branche de la mâchoire inférieure près de son articulation. Le bord touche complètement le limbe , de sorte qu'il n'y a dans cette espèce aucun espace nu sur le bas de la joue. Un quatrième sous - orbitaire , très-petit , rudimentaire, est placé comme une écaille au-dessous de l'œil, et recouvre le bord orbitaire du troisième os. Le cinquième est une large plaque trapézoïdale, un peu convexe, qui vient couvrir toute la tempe, et enfin, le sixième s'appuie sur le dessus du crâne, contribue à l'élargir, et porte au-devant de lui le sourcilier; celui-ci s'étend non-seulement au-dessus et au-devant de l'orbite, mais jusque sur la narine, et vient s'articuler avec le nasal. En arrière de l'ouverture postérieure de la narine l'os forme une petite gouttière oblongue. Cette portion du sourcilier concourt donc à former, en dessus, la base du cône de tout ce bec. Le reste de l'intervalle est rempli par les frontaux, os oblongs, pointus en avant, et qui n'atteignent guère que la moitié du nasal. Au-

CHAP. XXVI. XIPHOSTOMES. 355

devant de ces deux frontaux on voit la suture de la pièce triangulaire et terminale de l'ethmoïde, laquelle s'avance en pointe très- aiguë jusqu'entre les intermaxillaires. Les deux os du nez sont bombés; ils n'atteignent que la moitié de l'espace compris entre le bout du museau et le bord de l'orbite. Les deux frontaux se portent en arrière jusqu'à la hauteur du mastoïdien, en sarrêtant un peu au-devant du préopercule; au delà, les deux pariétaux forment une bandelette étroite. On ^'aperçoit rien de la crête interpariétale, qui est entièrement recouverte par la peau écailleuse de la nuque. J'ai dit que le limbe du préopercule est seul visible, encore n'est-ce que la portion inférieure. Le contour de cet os est arrondi ; il descend jusque sous la gorge, d'où il résulte que l'interopercule est tout entier en dessous. L'opercule, arrondi au-devant du scapulaire , descend en une pointe très-aiguë, qui se courbe pour toucher à l'interopercule. Le sous-opercule est lui-même un peu plié et arrondi vers le bas. Les deux branches de la mâchoire se touchent et cachent la membrane branchiostège, qui est étroite et soutenue par cinq rayons. Le quatrième est plus large et plus visible que le cinquième. La fente de l'ouïe est très -grande. Pour compléter cette description de la tête, il me reste à dire que le voile palatin supérieur est assez large; que la portion charnue du palais est très -grande; que les palatins et les ptérygoïdiens sont couverts de très -fines granulations. Les arceaux des branchies sont hérissés de scabrosités fines et grenues, semblables à celles du palais. La langue est libre, charnue et arrondie;

son voile lingual est aussi grand que le supérieur. La ceinture numérale est peu découverte à l'extérieur. Le scapulaire est couché obliquement sur le haut de l'opercule. L'huméral montre une assez large plaque osseuse , irrégulièrement triangulaire et à bord sinueux au-dessus de la pectorale, qui est attachée tout à fait au bas de l'ouïe. Cette nageoire est pointue et n'atteint guère qu'à la moitié de l'intervalle qui la sépare de la ventrale; celle-ci est reculée sur la seconde moitié du corps, et la dorsale, qui l'est encore davantage, répond à l'intervalle qui sépare les nageoires paires postérieures de l'anale; c'est une très -petite nageoire. La caudale est peu fourchue.

Il me paraît que ce poisson était d'une couleur entièrement uniforme. Je ne vois aucune trace d'ocelle ou de tache noire près de la queue. Les écailles sont de grandeur médiocre. Nous en avons trouvé cent six le long des flancs.

L'individu que je viens de décrire et qui a servi de modèle à M. Cuvier, est long de dix-huit pouces.

CHAP. XXVI. XIPHOSTOMES. 355

Le XlPHOSTOME DE CuVIER.

{Xiphostoma Cuvieri, Spix.)

Je retrouve, parmi les poissons rapportes au Muséum par M. de Castelnau, une espèce qui ressemble beaucoup à celle dédiée par Spix à M. Cuvier. Quoique très-voisine de la précédente ,

elle me paraît avoir l'extrémité du museau plus pointue; le dessus du crâne plus plat; l'oeil placé plus haut sur la joue, car le cercle de l'orbite entaille la ligne du profil; le dernier sous-orbitaire et le sourcilier sont plus étroits. Les nombres diffèrent très -peu.

D. 10; A. 11, etc.

Les lobes de la caudale sont plus aigus. La couleur de notre individu, conservé dans l'esprit de vin, est un roux verdâtre au-dessus de la ligne latérale, et blanc argenté en dessous. Un ocelle noir, trèsmarqué, est à l'extrémité de la queue.

Cet exemplaire , originaire de l'ilmazone , est long de huit pouces.

Le XlPHOSTOME OCELLÉ.

{Xiphostoma ocellatum , nob. ) M. Schomburgk nous a donné un exem-

356 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

plaire de son Xiphostome ocellé. Il se distingue des précédents

par un museau conique , un peu plus court et plus gros. L'œil est plus petit. L'intervalle entre les yeux est égal à trois fois et un tiers le diamètre. Comme les sous-orbitaires ne descendent pas autant sous la joue, il y a un petit espace nu au-dessus du limbe. L'angle de l'opercule est un peu moins bas.

D. ÎO; A. 10.

Les lobes de la caudale sont arrondis. Je vois sur le très-bel exemplaire que nous a donné M. Schomburgk le corps d'un vert rembruni sur le dos jusqu'au milieu des flancs. Tout le dessous est blanc. La caudale, qui porte à sa base un grand ocelle noir, a les rayons mitoyens rembrunis, et les bords de chaque lobe blanchâtres. Les ventrales sont pâles ; les pectorales, grisâtres en dessus, sont noirâtres en dessous; la dorsale paraît cendrée. D'ailleurs, tout le poisson a conservé de beaux reflets argentés. M. Schomburgk , qui l'a décrit frais , dit qu'il est vert rembruni sur le dos ; que le ventre est plus clair ; que les nageoires sont variées de rouge brillant et que cette couleur est dominante sur la caudale. L'ocelle noir de l'extrémité de la queue est bordé, en avant, d'un croissant jaune brillant.

Le voyageur nous apprend que ce poisson vit peu de temps hors de l'eau, et que la couleur passe très-promptement au brun après la mort. Comme il nage près de la surface, les

CHAP. XXVI. XIPHOSTOMES. 357

Indiens l'attrapent aisément avec des flèches : il mord aussi très -bien à l'hameçon. C'est le Pirapu ou le Pirapoco des habitants de la Guyane. Il est commun dans l'Esséquibo et dans le Rio Negro; les riverains du Rio Branco le mangent. Sa chair est jaune, savoureuse, mais elle a un peu trop d'arêtes.

Nous avons un second exemplaire un peu moins grand, qui nous a été donné par M. de Montravel. On trouve donc cette espèce également dans l'Amazone.

Notre individu a deux pieds de long.

Le XlPHOSTOME MOUCHETÉ.

(Xiphostoma macula twn , nob.)

Nous avons une autre espèce, qui ne me paraît pas avoir été décrite par les naturalistes qui ont exploré l'Amazone; quoique voisine des précédentes, elle se distingue

par son museau pointu, par la dorsale, qui est tellement reculée qu'elle est presque au-dessus de l'anale. La caudale est profondément fourchue. D. 10; A. 11; P. 17.

Le dessus du crâne est plat. Le poisson paraît rembruni, avec le centre des écailles plus pâle. De grandes taches noirâtres couvrent principalement les trois nageoires impaires. J'en vois aussi quelquesunes sur l'opercule, dans l'aisselle de la pectorale et même sur les nageoires paires.

558 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

Le seul individu que nous possédions est long de onze pouces. Il a été rapporté de l'Amazone par M. de Castelnau.

Le XlPHOSTOME HUJETA.

(Xiphostoma hujeta, nob.)

Une autre espèce qui ressemble à la précédente par la position de sa dorsale , s'en distingue

par ce qu'elle a le museau beaucoup plus élargi, plus obtus et courbé à l'extrémité. L'œil est plus petit. L'intervalle entre les yeux est tout à fait plat. L'anale est un peu plus haute, et la caudale, peu fourchue, a ses lobes arrondis. La tache noire de la queue est le centre d'un bel ocelle jaune. La caudale ellemême est rembrunie. L'anale a quelque teinte noirâtre. J'en vois aussi quelque peu sur les autres nageoires. D. 10; A. 10, etc.

Ce Hujeta offre non -seulement une disposition curieuse par la courbure de ses intermaxillaires et par l'élargissement de son museau; mais il a les dents proportionnellement plus longues et plus crochues que les autres, et les dents palatines ne sont plus réduites à de simples granulations; elles s'élèvent en petite herse sur l'os.

J'ai toutefois regardé avec soin, pour m'assurer si ce caractère ne pouvait pas servir à établir une distinction générique, je ne le pense pas.

CHAP. XXVI. SALANX. 359

Je possède trois exemplaires de cette espèce. Le plus grand n'a que huit pouces de longueur. Ils viennent des rivières de Maracaïbo. Nous les devons aux collections du zélé naturaliste M. Plée , qui nous a fait connaître plusieurs espèces curieuses vivant dans les eaux de cette contrée. Les pécheurs les lui ont données sous le nom de Hujeta.

G. Des Salanx.

Le genre des Salanx est une création de M. Cuvier. Ce grand naturaliste l'a établi d'après un exemplaire un peu desséché, ce qui l'empêcha d'observer l'adipeuse. Il jugea que le Salanx devait entrer dans la famille des Brochets, à cause de la position reculée de la première dorsale.

Ayant obtenu récemment de M. Gray un exemplaire en bon état duLeucosome, j'ai facilement saisi la grande ressemblance qu'il a avec le Salanx de M. Cuvier. L'adipeuse étant très-visible sur le premier, j'ai cherché minutieusement si le second n'aurait pas aussi une nageoire membraneuse sans rayons : je l'ai trouvée ; j'ai eu alors peu de chose à faire pour assigner au genre Salanx sa véritable place.

Nous en possédons deux espèces. J'appellerai la première

5()0 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

Le Salanx de Cuvier.

{Salanx Cuvieri , nob.)

Ce poisson a la tête singulièrement aplatie depuis la nuque jusqu'à l'extrémité du museau. Le tronc paraît plus rond. La queue est comprimée. La longueur de la tête, mesurée comme à l'ordinaire depuis le bout du museau jusqu'au bord de l'opercule, est cinq fois dans la longueur totale. La nuque ne dépasse guère le bord du préopercule. Toute cette partie du crâne jusqu'aux intermaxillaires forme une sorte de grand parallélogramme rectangulaire, dont la longueur est au moins triple de la largeur. Il n'est pas difficile de reconnaître sur ce crâne aplati que les frontaux antérieurs sont très- grands et un peu échancrés en avant. Les frontaux principaux le sont plus profondément. L'œil est tout à fait latéral et sur le milieu de la longueur de la tête. Je ne puis presque rien dire des sous-orbitaires, tant ils sont minces; ils me paraissent d'ailleurs fort petits. Le diamètre de l'orbite est contenu sept fois dans la longueur de la tête. Le museau est très-aplati, trèspointu; il est formé, en haut, par les deux intermaxillaires, dont l'extrémité est élargie en une petite palette triangulaire réunie à celle de l'os opposé, par une suture droite et longitudinale. Il n'y a pas de branche montante. Je vois deux petits trous réguliers au bord postérieur de cette suture dans l'échancrure des deux frontaux. La longueur de ces intermaxillaires est le tiers de la longueur de la tête. Derrière eux sont

CHAP. XXVI. SALANX. 56 1

articulés deux très-petits maxillaires, qui descendent verticalement et ferment l'angle de la commissure. Les intermaxillaires n'ont aucune mobilité , de sorte que la bouche ne s'ouvre que par le mouvement de bascule de la mâchoire inférieure; celle-ci a ses branches aplaties; la symphyse est excessivement pointue , son angle est à peu près au milieu de l'œil. Les deux branches ne se touchent pas en dessous; elles laissent un isthme assez large. Le préopercule se montre sous la tête comme une palette longue et mince, qui fait suite aux branches de la mâchoire inférieure. Il n'a presque pas de bord montant. Cette languette se trouve élargie par un interopercule, qui a a peu près la même forme ; mais qui est cependant moins long. L'opercule est comme une petite écaille arrondie, et pliée en gouttière. Son sous-opercule est triangulaire et forme avec celui du côté opposé une espèce d'ogive assez pointue près de la fente branchiale. Quoique les branches de la mâchoire inférieure ne se touchent pas et qu'elles laissent sous la gorge un isthme assez sensible, on voit les deux opercules se toucher au delà et au-devant de l'ogive dont je viens de parler. C'est à cet endroit que l'on compte les quatre rayons larges, minces et arqués de la membrane branchiostège. Les ouïes sont d'ailleurs très -fendues et les arceaux des branchies assez grands. Les dents de ce poisson sont d'assez forts crochets sur les mâchoires. Il y en a huit ou neuf sur les intermaxillaires, et seulement quatre ou cinq sur les maxillaires. La mâchoire inférieure en porte d'abord trois petites; puis viennent deux

502 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

crochets assez longs ; ensuite cinq ou six petites dents, lesquelles sont suivies d'un certain nombre d'autres un peu plus grosses. Toutes ces dents sont sur un seul rang. Il y en a une rangée de trèspetites sur les palatins, qui sont écartés l'un de l'autre, et couchés le long de l'intermaxillaire. Je n'en vois aucune sur le vomer, et autant que j'en puis juger sur cet exemplaire desséché, la langue me paraît lisse. La ceinture numérale se montre derrière la nuque par une série de petites pièces écailleuses , disposées en arc replié, pour suivre le contour de la fente branchiale. Les surscapulaires sont beaucoup plus larges et plus grands que les scapulaires. Les pectorales sont attachées tout à fait en dessous du corps; elles me paraissent assez petites. Les ventrales sont reculées à peu près vers le milieu du corps; la dorsale , assez semblable à l'anale , mais beaucoup plus courte, correspond à la partie antérieure de cette nageoire; celle-ci est étendue sur la queue, beaucoup au delà de la première. C'est la position de cette dorsale qui avait sans doute donné l'idée à M. Cuvier de placer les Salanx dans la famille des Brochets. Mais il existe sur le dos de la queue, à la hauteur des derniers rayons de l'anale, une trèspetite adipeuse. Ce caractère vient évidemment se joindre à la forme des mâchoires que j'ai décrites, et prouve que le poisson appartient aux Salmonoïdes. La caudale est fourchue; elle a un nombre assez considérable de petits rayons sur les deux cotés de la queue.

CHAP. XXVI. SALANX. 563

Ce poisson ne montre aucun vestige d'écaillés ; il me paraît avoir été tout à fait nu. Sa couleur est brune.

L'exemplaire unique, un peu desséché et en assez mauvais état qui existe dans la collection du Muséum national, est long de quatre pouces et demi. Nous en ignorons la patrie.

G. Le Salanx de Reeves.

(Salanx Reevesii, nob.)

Le Salanx, auquel je conserve la dénomination spécifique que M. Gray lui a donnée, pour le consacrer à la mémoire du voyageur qui l'a rapporté en Angleterre, méritait, sans aucun doute, d'être dédié à un des célèbres élèves de Linné qui avait observé ce poisson sur les côtes de Chine dès 1751. Tous les naturalistes devinent que je veux nommer Osbeckj, qui en a publié une courte description sous le nom iïAlbula chinensis l- Le nom chinois indiqué par le voyageur suédois que nous venons de nommer, est extrêmement voisin de ceux que les Anglais ont écrits dans leurs récents travaux. Il est très -probable que la

1. Osbeck, Reise in China, p. 237 de redit, suéd., ou p. 309 de la traduct. de Georg. Rostock, 1765.

564 LIVRE XXII. SALMONOÏDES.

dénomination populaire a servi à (aire reconnaître cet Albula chinensis. M. Gray, en retrouvant ainsi le poisson d'Osbeck, n'a pas voulu, avec raison, le laisser dans le groupe des Albula. Pour rappeler ce nom, le zoologiste anglais désigna le genre nouveau qu'il croyait devoir établir pour ce poisson par le nom de Leucosome, et l'espèce parut dans les Mélanges zoologiques de cet auteur sous le nom de Leucosoma Reevesii1. Je conçois très -bien que la présence de l'adipeuse ait empêché M. Gray de rapporter au véritable genre de M. Cuvier le poisson qu'il avait sous les yeux. La diagnose des Salanx du Règne animal, genre placé dans la famille des Ésox, ne pouvait pas guider le zoologiste dans cette détermination. Depuis que j'ai reconnu l'existence de l'adipeuse sur le Salanx de M. Cuvier, j'ai pu rapprocher de son véritable congénère ce Leucosoma Reevesii. Je suis encore plus heureux en retrouvant dans cette espèce une de celles fort incertaines que M. de Lacépède a établies d'après l'inspection de nombreux dessins chinois. Je ne puis douter que le Synode macrocéphale ne soit du genre Salanx, et s'il n'est pas de l'espèce dont nous

Page 1