‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 118 sur 158 · Rafinesque, Ind. itt. sicil. , p. 64, n · texte numérisé non relu

Rafinesque, Ind. itt. sicil. , p. 64, n

Mais ce célèbre auteur n'en a pas mieux précisé les caractères que son correspondant , M. Cocco.

Le Gonostome MU.

(Gonostoma dénuda ta , Cocco. )

La seule espèce que je rapporte à ce genre est constituée sur un poisson

à corps très-comprimé ; à tête grosse et haute , et à queue amincie, de sorte que la plus grande hauteur du corps se mesure à la ceinture numérale ; elle est six fois et demie au moins dans la longueur totale ; tandis que la hauteur de la queue n'en fait que les deux cinquièmes. L'épaisseur est le tiers de la plus grande hauteur. La tête paraît grosse à 'cause de son élévation auprès de la nuque ; car elle est comprimée. Sa longueur est quatre fois et demie ou trois quarts dans la longueur totale. Quand la bouche est fermée, le museau est assez pointu, et l'on peut dire alors que la tête est triangulaire. L'œil est petit, près de l'extrémité du museau ; car il n'en est éloigné que d'une fois son diamètre , lequel n'est guère que le sixième de la longueur de la joue. Ses sous-orbitaires sont excessivement minces, mais tellement larges qu'ils couvrent toute la joue, en s'étendant jusqu'à l'angle du maxillaire et en remontant le long du bord du préopercule. C'est surtout le troisième qui prend cet énorme développement. La mâchoire inférieure est un peu plus longue que la supérieure; elle se relève assez obliquement. Comme elle est très-

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mobile et qu elle peut s'abaisser beaucoup , la gueule devient très-grande quand la mandibule est horizontale. La mâchoire supérieure est bordée par un petit intermaxillaire, que l'on peut aisément confondre avec le très -remarquable maxillaire qui en fait la plus grande partie. Ce petit intermaxillaire a une branche montante courte; il est caché, en partie, sous la portion antérieure du maxillaire; il a sous la branche montante une dent conique, suivie de quatre petites dents; vient ensuite une grande canine; puis cinq petites dents coniques, une longue dent pointue, égale et semblable à la seconde des grandes, et enfin une série de très-petites dents coniques. L'extrémité de l'intermaxillaire atteint à peine au delà du bord antérieur de l'orbite. Le maxillaire qui recouvre tout l'os précédent à partir de la branche montante, a une première grande dent à l'endroit où finit l'intermaxillaire; au delà, je lui compte quatorze grandes dents coniques et très -pointues, inégalement espacées; les dernières sont tout à fait à l'extrémité de l'os , et entre ces dents et tout le long du bord , il y en a une série de très-petites, coniques et pointues. Un maxillaire supplémentaire remonte sous le sousorbilaire et forme une espèce d'arc, qui va rejoindre la partie antérieure de l'os, à peu près à l'endroit où son bord devient le plus concave. Les dents de la mâchoire inférieure sont semblables à celles du maxillaire. Cet os et le sous-orbitaire sont tellement minces que l'on voit ses dents à travers quand la gueule est fermée. Les palatins et les ptérygoïdiens portent des dents en râpe très-fine ; il n'y en a point sur le che-

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vron du vomer. Les pharyngiennes supérieures sont très-singulières; elles sont disposées sur deux plaques oblongues, étroites. Les dents de devant sont en grosse herse, et trois dents plus longues, tout à fait auprès du pharynx, sont couchées obliquement, de manière à s'entre-croiser avec les dents semblables du pharyngien opposé. Les pharyngiennes inférieures et les linguales sont en grosse herse; il n'y a que de trèsfines âpretés sur l'extrémité de la langue. Les ouies sont très-largement fendues. La membrane branchiale est courte, soutenue par des rayons espacés; elle est presque entièrement cachée sous la branche de la mâchoire inférieure. Les peignes des branchies sont courts, et les râtelures antérieures sont au contraire assez longues. La première dorsale est reculée sur le dos et répond au commencement de l'anale ; celle-ci est assez allongée sous la queue. L'adipeuse est petite, étroite et très - molle. Il y a des épines libres et recourbées au-devant de la caudale. On peut les considérer comme des rayons plus poignants de cettenageoire, qui est d'ailleurs petite et fourchue. Les pectorales sont insérées tout à fait au bas de la ceinture numérale, près du tranchant du ventre. Les ventrales sont petites, au-devant de la dorsale; mais plus rapprochées de l'anus que de l'épaule.

* L'auteur de l'Ichllryologie italienne n'en indique que dix. Il aura très-probablement négligé les quatre petits rayons plus difficiles à voir, qui sont vers le haut de l'opercule. J'ai compté ces quatorze rayons sur un exemplaire que je dois à sa bienveillance.

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Malgré l'épitliète que lui a donnée Rafinesque, et que nous avons conservée, puisque nous l'avons vue adoptée par le prince Charles Bonaparte, il n'en est pas moins* vrai que le corps est couvert d'écaillés minces, caduques. La couleur est un bel argenté blanc sur les flancs, qui sont tous piquetés de points noirs. Le dos et le ventre passent au bleu noirâtre. Les nageoires sont transparentes. Il y a un peu plus de jaune sur la caudale.

L'individu donné par le prince de Canin o est long de six pouces. M. Bibron en a rapporté plusieurs autres de Messine un peu plus petits. Il paraît que c'est dans la mer qui baigne la Sicile qu'on prend ce poisson avec toutes ces autres petites espèces, confondues sous le nom de poissons du diable.

Le prince de Canino en a donné une excellente figure. On en trouve une seconde, mais d'une lithographie un peu rude, dans la lettre du docteur Cocco sur les Salmonoïdes : il l'appelait Gonostomus acanthurus. Ce zélé ichthyologiste avait parlé précédemment de cette espèce dans le Journal des sciences de Sicile sous le nom de Gasteropelecus acanthurus. Le poisson avait été plutôt indiqué que décrit par Rafinesque , sous le nom que le prince de Canino a cru devoir conserver.

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B. Du genre Guauliode (ChauUodus).

Ce genre est extrêmement voisin des Gonostomes. En effet, les intermaxillaires, grêles et peu mobiles , ne dépassent pas l'œil ; le maxillaire , qui est assez fortement uni au premier, commence à la seconde dent et vient border tout le reste de l'arcade de la gueule si largement fendue. Les dents caractérisent ce genre; elles sont différentes de celles des Gonostomes : ce sont des crochets grêles , pointus, comprimés et courbés. Us adhèrent tout à fait à l'os; ceux de devant de la mâchoire inférieure sont les plus grands. Ils remontent sur le crâne au-dessus des yeux, quand la gueule est fermée. Il y a aussi des dents palatines en crochets assez longs, quoiqu'elles soient plus courtes que ceux des mâchoires ; les pharyngiennes sont en herse; mais je ne vois pas de dents sur le vomer ni sur la langue. Ces Chauliodes ont deux dorsales, l'antérieure correspond à l'intervalle qui sépare les deux nageoires paires; la seconde, adipeuse, est réduite à une membrane allongée, mince, ayant des vestiges de rayons si mous, qu'ils ne tiennent pas la nageoire redressée; pour l'apercevoir il faut avoir soin de tenir le poisson dans l'eau, on la voit

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alors flotter au-dessus de l'anale. Les ouïes sont très-largement fendues, et la membrane branchiostège a dix-sept rayons.

La première et la plus grande espèce de ce genre, connue depuis les travaux de Catesby, est assez répandue dans la Méditerranée. J'en décrirai une seconde espèce qui vient du grand bassin de l'Atlantique.

C'est d'après la première que le genre Chauliode a été établi par Bloch. Lorsque M. Cuvier composa le Règne animal, il n'avait pas vu ce poisson d'après nature; n'en jugeant que d'après la figure incomplète de Catesby, il crut devoir placer ses Chauliodes auprès de son genre Stomias. Celui-ci, comme M. Cuvier la bien déterminé, et comme je l'ai démontré depuis, en traitant de ce genre dans la famille des Brochets, appartient au groupe qui lui a été assigné par M. Cuvier ; car la dorsale est unique et reculée sur le dos de la queue; mais on ne peut nier qu'il n'y ait une curieuse ressemblance entre la tète et les dents des Stomias et des Chauliodes. Les naturalistes qui ont succédé à M. Cuvier ont tous cru, d'après lui, qu'il fallait rapprocher ces deux genres; voilà pourquoi, celui dont nous allons traiter maintenant se trouve mal placé dans toutes les Ichthyologies.

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Le Chauliode de Sloane.

{Chauliodus SLoani , Bloch.)

Un poisson, qui n'est pas sans affinité avec les Stomias, mais qui appartient à la grande famille des Salmonoïdes, et que les naturalistes ont méconnu pendant longtemps, est celui qui appartient au genre Chauliode. Nous allons, suivant notre usage, en donner une description détaillée d'après nature.

Le Chauliode est remarquable par la grosseur de sa tête et par la hauteur de la ceinture humérale. Au delà des pectorales, le corps se rétrécit beaucoup; il est très - comprimé. L'épaisseur du tronc égale la hauteur du corps , mesurée à la fin de l'adipeuse, et n'est guère que le quart de la hauteur aux pectorales; celle-ci, portée sur le corps, est comprise sept fois et demie dans la longueur totale. La hauteur de la tête, mesurée de la nuque à l'angle de la mâchoire inférieure , est égale à la longueur de la tête, qui est un peu plus petite que le huitième de la longueur totale. La ligne du profil est concave au-dessus de l'œil ; elle se soutient assez fortement jusqu'au commencement du dos; elle devient ensuite droite et oblique jusqu'à la caudale. La gueule est très-largement fendue, ainsi que l'ouverture branchiale. Les deux mâchoires sont armées de fortes dents très-aiguês, très-longues , faisant corps avec l'os de la mâchoire et n'ayant aucune mobilité

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semblable à celle de X Odonloslomus Balbo ; mais nous y voyons des dents de remplacement comme il y en a dans ce poisson. La mâchoire supérieure est formée par des intermaxillaires assez longs, peu mobiles, armés chacun de quatre très-grosses dents. L'extrémité de l'os dépasse un peu l'ccil. A l'extrémité, il y a une première dent conique, un peu courbée, régulièrement pointue à son extrémité. Cette dent est moins longue que la seconde, laquelle a son extrémité courbée et un peu redressée, de manière à ce que cette pointe laisse en arrière une sorte de petit biseau; mais il n'y a pas de talon, ni de crochet, ni même de dentelure. La troisième est un peu plus courte que la quatrième, et ne fait guère que la moitié de la longueur de la seconde. Il n'y a entre ces dents, le long de l'os, que les dents de remplacement. Le maxillaire, assez fortement uni au précédent, commence à la seconde dent; il n'a que de petites dents aiguës, inégales, dirigées en arrière qu'après avoir dépassé l'intermaxillaire. Son extrémité s'élargit un peu et se termine en angle d'un petit chevron, parce que les deux bords sont coupés obliquement. La mâchoire inférieure a les branches étroites; la symphyse, assez haute, a une pointe mousse, médiane. De chaque côté on voit deux très-longues dents, un peu courbées, très-aiguës, plus longues que celles de la mâchoire supérieure, et remontant de chaque côté du crâne quand la gueule est fermée. Vient ensuite une seconde dent poinlue, un peu courbe , qui est moindre que le tiers de la précédente. La troisième est plus longue, car elle

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fait presque la moitié de la première. Les quatre ou cinq dents qui suivent diminuent graduellement, et la dernière est une très -courte épine. Il y a aussi une rangée de dents courtes et pointues, écartées l'une de l'autre sur les palatins ; mais je n'en vois pas sur le vomer ni sur la langue. Elles sont disposées en herse sur deux petites plaques ; les pharyngiens le sont de manière à s'entre-croiser Tune l'autre. Le pharynx est d'ailleurs très-étroit.

Après avoir commencé par décrire ce qu'il y <* de plus saillant dans le poisson, je vais faire connaître les autres parties de son organisation. L'œil est de grandeur médiocre; il est placé près de l'extrémité du museau et sur le haut de la joue. Les sous - orbitaires sont très -petits. Le préopercule est très-reculé, parce qu'il descend presque verticalement du mastoïdien k l'angle de la bouche; il est même un peu concave. L'opercule est haut, très -étroit et tellement mince qu'il ressemble à une pellicule. Le sous -opercule, qui est également étroit, mais plus court, est un peu caverneux. L'interopercule est très-petit. La membrane branchiale a très -peu de largeur et est soutenue par des rayons courts et espacés. Les peignes des branchies sont aussi trèscourts, et je ne vois que quelques très -rares râtelures, à peine perceptibles sur le devant des arceaux. La ceinture humérale se compose d'un scapulaire long et grêle, et placé obliquement; il descend jusqu'à la moitié de la hauteur du corps. L'huméral et les autres os de la ceinture sont dirigés obliquement en avant. La pectorale est attachée tout à fait au

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bas, et elle remonte en se collant contre le corps vers la dorsale; celle-ci est implantée au quart antérieur de la longueur ; elle est portée sur une sorte de petit pédoncule; son premier rayon se prolonge en un long filet, égalant au moins la distance qui sépare la nageoire de l'extrémité du museau. L'adipeuse est longue; elle répond aux premiers rayons de l'anale; celle-ci n'est pas étendue; ses premiers rayons sont à peu près trois fois plus longs que les derniers. La caudale est petite et fourchue. Quant aux ventrales allongées, elles sont sur la première moitié du corps, à peu près autant éloignées du rayon filiforme de la dorsale que celui-ci l'est de l'extrémité de la mâchoire supérieure. Les rayons se terminent en filaments déliés; les internes sont plus longs que les externes ; ce qui rappelle la forme de la nageoire des Saurus.

Ces nombres diffèrent assez notablement de ceux qui sont indiqués dans l'ichthyologie italienne. Je crois pouvoir répondre cependant de leur exactitude, parce que je les ai comptés sur plusieurs exemplaires. Quant à l'adipeuse, je vois bien des traces de filaments sur les membranes. J'en compte même jusqu'à quinze sur l'un de mes Chauliodes; mais la grandeur et la disposition de ces filets ont été singulièrement exagérées dans le dessin que le prince de Canino nous a donné de ce poisson, et cependant je me hâte de dire que sa figure est meilleure que celles de ses prédécesseurs. Le corps du Chauliode est couvert de larges écailles excessivement

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minces , caduques , et dont on compte facilement cinquante-cinq à cinquante-sept rangées le long des flancs. Une couleur d'un brun chocolat, à brillants reflets argentés, est étendue sur le dos et sur les flancs. Le ventre paraît noir; il y a deux séries de points argentés jusque sur la membrane branchiale, quelques-uns même sont épars sur le bas de l'opercule.

Le plus grand exemplaire conservé dans la collection nationale est long de six pouces. Nous en avons d'autres plus petits, que nous devons aux recherches actives faites en Sicile par M. Bibron, Le prince de Canino en a aussi envoyé un aux collections du Muséum d'histoire naturelle.

Telle est la description d'un poisson trèsanciennement connu, et qui aurait été parfaitement figuré dans l'ouvrage de Catesby ' , si le dessinateur n'avait pas oublié l'adipeuse. Il n'y a pas de doute, en effet, que, sauf cet oubli, la figure du Vipera marina ne représente d'une manière parfaitement reconnaissable le Chauliode. Il faut cependant remarquer que la coloration n'est pas exempte de tout reproche , et que les points argentés ou dorés qui brillent sur ce poisson ont été oubliés. Le poisson de Catesby avait été pris à Gibraltar ;

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