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Cuvier, Règne animal, 2.e édit., p

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D. Du Sternoptyx.

On doit à Hermann, de Strasbourg, la connaissance, à la vérité fort incomplète, du singulier genre dont voici les caractères :

Le corps est haut et très-comprimé, soutenu par de longues côtes , dont on voit la trace sous les téguments argentés du tronc. La bouche, fendue presque verticalement, est bordée en haut par de très -courts intermaxillaires, et sur les côtés par les maxillaires, de sorte qu'elle est une véritable bouche de Truite ou de Salmonoïde. Elle a des dents sur plusieurs rangs à chaque mâchoire ; elles sont disposées de manière que les plus courtes sont extérieures et que les plus longues sont intérieures. Les palatins, assez larges, n'ont que deux ou trois crochets sur le devant. Le vomer est lisse et sans dents. Les arceaux des branchies et les pharyngiens inférieurs ont quelques aspérités semblables à celles des mâchoires ; mais l'extrémité de la langue est lisse et charnue. Cette dentition est assez remarquable ; car celle des mâchoires rappelle beaucoup la disposition des dents des Saurus; celle des palatins ressemble beaucoup à celles des Chauliodes. Les ouïes sont largement fendues; la membrane branchiostège est soutenue par cinq

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rayons de forme différente ; les trois mitoyens sont fins comme des soies, les deux autres, éloignés l'un de l'autre et des précédents, sont arqués, aplatis, élargis et tout à fait résistants. L'arcade numérale se prolonge en avant sous la gorge en une petite carène terminée par une pointe ; mais les numéraux sont loin d'avoir la complication des Argyropelecus. Les os du bassin se terminent de même en pointe. Les ventrales sont petites. Les interépineux ne laissent au-devant de la dorsale qu'une large crête triangulaire à bord dentelé, sur laquelle on ne voit qu'une seule épine, grosse et saillante, formant le bord postérieur de la lame triangulaire. Il y a des points argentés le long de la carène du ventre, le long de l'anale et sous la queue. Les interépineux de l'anale se prolongent sous la base de la queue entre les deux feuillets d'une membrane triangulaire et transparente qui réunit la partie antérieure de cette nageoire au reste du corps : l'adipeuse est assez longue.

On voit par cet exposé que le Sternoptyx est très-voisin du genre précédent : il en diffère cependant suffisamment par la composition de sa mâchoire, par les dents maxillaires et palatines, et par le nombre des rayons de la membrane brancbiostège \ mais il montre

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en même temps comment tous les poissons avec lesquels il a de nombreuses affinités, sont des Salmonoïdes , et comment on ne peut pas plus faire une famille particulière des Sternoptyx et des Argyropelecus, qu'on ne peut séparer les autres sous - familles de Salmonoïdes. M. Charles Bonaparte, qui a tenté ce travail, dit que les Stemoptygini ont la mâchoire formée par l'os maxillaire ; cela est vrai pour le Sternoptyx; mais cela n'est pas plus exact pour les Argyropelecus que pour les Scopelini.

Le genre Sternoptyx dont nous venons de rétablir tous les caractères , a été fondé par Hermann ; mais ce célèbre zoologiste avait négligé les rayons branchiostèges et les ventrales. Cette erreur de la description fit placer très -singulièrement les Sternoptyx dans l'ordre des Apodes, entre les Xiphias et les Leptocéphales. M. de Lacépède, acceptant les caractères indiqués par Hermann , fit des Sternoptyx un ordre particulier de la division des Apodes , parce qu'il leur admettait un opercule branchial sans membrane. Bloch, dans son Système posthume, rangea aussi le genre Sternoptyx dans ce groupe des Apodes ; mais il l'associe au Chœtodon alepidotus de Linné, dont il fait le Sternoptyx

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Gardeniiy de sorte que le genre se trouve composé de deux espèces, dont l'une est un Scombéroïde et l'autre un Salmonoïde. Je ne puis trop admirer la sagacité de M. Cuvier qui, dès la première édition du Règne animal, ramena le Sternoptyx à la famille des Salmonoïdes, quoique à cette époque il fût encore obligé d'admettre que le poisson n'avait point de ventrales, et que les ouïes paraissaient formées d'une membrane sans rayons. Ce n'est qu'avec doute, dit-il, que nous plaçons ici ce poisson que nous n'avons pas vu ; ses prévisions furent justifiées par les nouvelles observations qu'il put faire sur ce curieux poisson, et que des anatomistes habiles, MM. Straus etReisseissen, s'empressèrent d'envoyer à M. Cuvier.

Nous ne connaissons encore qu'une seule espèce de ce genre, qui vit dans le grand bassin de l'Atlantique et qu'il est difficile de se procurer, à cause de cette vie océanique.

Le Sternoptyx d'Hermann.

{Sternoptyx diaphana, Hermann.)

Il a le corps beaucoup plus trapu que les Argyropelecus ; il est aussi beaucoup plus épais , et enfin , il est beaucoup plus polygonal. Si l'on place ce

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poisson de manière à prendre pour l'axe du corps une ligne passant par le milieu de l'œil et le milieu de la queue, et que cet axe soit horizontal, on voit la bouche descendre presque verticalement; la mâchoire inférieure et la membrane des branchies faire saillie au-devant de la bouche. L'extrémité de la ceinture numérale se termine en pointe, et le côté du polygone du corps, depuis la symphyse jusqu'à cet angle, est oblique en avant. La ligne du ventre descend en arrière, en faisant un angle presque droit avec celui-ci. Celte ligne est un peu plus courte que celle du côté précédent; puis du bassin jusqu'à l'extrémité de l'anale est un troisième côté, faisant avec le second un angle extrêmement obtus, de telle façon que la ligne de l'anale se relève peu. La courbe du dos remonte un peu obliquement, depuis l'extrémité du museau jusqu'à la plaque osseuse de la dorsale. Le profil redescend ensuite le long de la dorsale, en faisant quelques sinuosités. Le très-court tronçon de la queue, qui fait saillie au delà de ce polygone, a très-peu de hauteur. En mesurant donc la hauteur du tronc, depuis la base de la dorsale jusqu'au ventre, on la trouve égale à la distance mesurée depuis le bout du museau jusqu'à la naissance de la queue, ou ce qui est la même chose, jusqu'à la fin du repli membraneux, qui est la trace de l'adipeuse. L'axe du corps étant toujours horizontal, on voit que la tête est dirigée très-obliquement et portée en avant. La fente de l'ouïe suit cette direction et le bord de l'opercule est juste sur la ligne tirée du pied de l'épine dorsale à l'angle saillant de la cein-

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ture numérale. L'œil est grand ; son diamètre vertical est un peu plus long que l'horizontal, et celui-ci surpasse un peu la moitié de la longueur de la tête. L'intervalle qui sépare les deux yeux, est légèrement concave. Tout le dessus du crâne est lisse, mais il y a le long du bord de chaque orbite une crête sourciliaire , aiguë , déniée , qui va depuis la narine jusque sur la région mastoïdienne, où elle se termine en une pointe mousse, relevée sur le crâne. Je vois au-devant de l'œil un très-petit rudiment de sous-orbitaire. Le préopercule borde tout à fait l'orbite; il descend très -obliquement de la région mastoïdienne jusqu'un peu au-dessous de l'angle de la bouche , et se termine par deux pointes écartées en fourche ; la postérieure 7 qui suit à peu près le corps de l'os, mais en se portant un peu en arrière, est aussi grosse que le limbe ; l'épine antérieure est trèspetite. L'opercule est une pièce tellement mince qu'on peut la dire membraneuse; il est très-étroit, terminé en pointe vers le bas, et son milieu est relevé par une carène longitudinale. Au-dessous, je trouve un sousopercule pointu vers le haut, un peu plus large en bas; il n'a guère que la moitié de la longueur de l'opercule. La fente de la bouche est médiocre. De très -petits intermaxillaires sans branche montante occupent la partie moyenne de l'arcade dentaire. A leur extrémité sont articulés les maxillaires qui bordent tout le reste de la mâchoire supérieure. La bouche de ce Sternoptyx reprend donc la structure complète de celle des Salmonoïdes. La mâchoire inférieure a ses branches courtes et un peu arquées.

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Le palais est assez large; aussi les palatins sont -ils beaucoup plus grands que ceux des Argyropehcus. Les mâchoires portent de très-petites dents courtes, serrées , sur plusieurs rangs , et les internes sont plus grandes que les externes. Cette dentition ressemble un peu à celle des Sauras. Si la singularité de ce poisson engage à décrire ses dents avec plus de détails , il faut ajouter qu elles sont implantées, par rangées obliques, sur l'os, de manière qu'on peut compter trois dents à la première série mitoyenne; quatre à la seconde; cinq à la troisième, autant à la quatrième, etc. Il n'y a sur les palatins que deux ou trois petits crochets, situés à l'extrémité antérieure de l'os. On voit donc que la dentition des Sternoptyx est notablement différente de celle des Argyropehcus. La fente de l'ouïe est assez grande; la membrane branchiostège se réunit sous la gorge en laissant un isthme large ; elle n'a que cinq rayons, trois mitoyens, fins comme des soies; les deux externes sont plus forts, aplatis et un peu arqués. La ceinture numérale est oblique comme la tête. On observe un surscapulaire assez grand, irrégulièrement triangulaire, plié ou caréné; un scapulaire grêle et pointu vers le bas ; sa surface est toute guillochée; il en est de même de celle de l'huméral, qui est étroit, qui descend jusqu'au-devant de la pectorale, mais qui n'a ni palette terminale, ni échancrure comme l'huméral des Argyropehcus. La pectorale est triangulaire et atteint à peine aux ventrales. Sur la cavité abdominale, qui est haute, comme dans tous ces petits poissons, on voit fa-

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cilement les côtes, qui sont au nombre de sept ou huit au-devant des os du bassin; ceux-ci sont terminés par une double épine, saillante au delà des téguments. Derrière eux sont insérées les très-petites ventrales, auxquelles MM. Straus et Reisseissen n'ont compté que trois rayons. Le long du ventre et audevant des nageoires il y a dix petites fossettes, brillantes de l'éclat métallique le plus vif, et derrière elles on voit un petit enfoncement où est percé l'anus. Au-dessus de cette ouverture, les parois abdominales , remarquables par leur éclat argenté, remontent obliquement à peu près jusqu'aux deux cinquièmes de la hauteur ; puis , ces téguments se portent à angle droit en arrière pour s'étendre sur la queue. Ils laissent un espace triangulaire, rempli par une membrane transparente et soutenue par les interépineux de l'anale , qu'on voit quelquefois comme des cheveux descendre a travers cette membrane jusqu'aux rayons de cette nageoire. Cette partie transparente justifie très-bien l'épithète donnée par Hermann à son poisson. Au de cet espace triangulaire, il y a trois fossettes nacrées ou argentées, puis on en trouve sous la queue et au delà de l'anale trois autres semblables. Tout le dessous de la queue, depuis l'anus jusqu'un peu en avant des fossettes caudales, est occupé par l'anale, sur laquelle il n'est pas difficile de compter les quatorze rayons larges, aplatis et rameux qui la soutiennent. La lame osseuse de la dorsale est haute, triangulaire, trèspointue ; son bord est dentelé. Il n'existe qu'un seul rayon osseux. On pourrait en conclure que les

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premières apophyses épineuses des vertèbres ne se prolongent pas comme dans les Argyropefocus. La dorsale est basse, et n'occupe guère que la moitié de l'espace compris entre la caudale et l'épine. Le repli membraneux, vestige de l'adipeuse, est long et bas. La caudale est un peu échancrée.

Tout le poisson brille d'un bel éclat d'argent. Le dos est bleu très-foncé, presque noirâtre. L'intérieur de la bouche et des ouïes est couvert d'un nombre considérable de petits points pigmentaires noirs. J'ai déjà parlé des taches argentées et brillantes qui sont le long du sternum au-dessus de l'anus, de l'anale et sous la queue; on en voit encore une très -brillante derrière l'huméral, un peu au-dessus de laisselle de la pectorale. Sur le haut du tronc, près de l'articulation des côtes, il y a aussi des taches triangulaires oblongues , plus brillantes que le reste du corps ; mais je crois que ces dernières sont plutôt produites par des reflets. La caudale est couverte de nombreux petits points bruns.

M. Dussumier qui a décrit les couleurs au moment où le poisson sortait de l'eau, dit que le dos était noir, avec des reflets irisés; les côtés bleus, avec de beaux reflets de nacre ; l'abdomen argenté , légèrement teint d'azur ; l'œil bleu et argenté.

Ce Sternopiyx fut trouvé à vingt-cinq lieues au nord de Sainte-Hélène 5 il flottait renversé sur le côté, et avait été déchiré par quelque

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autre poisson, de sorte que cet individu, long de deux pouces et un quart, n'est malheureusement pas très- bien conservé.

Nous en possédons un autre , plus petit , qui a été pris en mer à la hauteur des Açores par M. Reynaud. Celui-là n'a qu'un pouce et demi de long; il n'est pas entier, car il lui manque le haut de la tête et une partie des nageoires ; mais la bouche et les branchies sont très-bien conservées. M. Cl. Gay a aussi observé le Sternoptyx; il m'a communiqué le dessin d'un individu qu'il a retiré de l'estomac d'un Requin, pris le 3 juillet i832 par 45° longitude ouest et 290 latitude nord ; ce qui montre que les Sternoptyx sont répandus dans le vaste bassin de l'Atlantique. M. Cuvier a publié, dans le Règne animal, le dessin que M. Strauss a bien voulu faire pour lui sur l'original même de Hermann , conservé dans le Musée de Strasbourg. Un autre professeur de cette ville, M. Reisseissen, avait également fait pour M. Cuvier une peinture coloriée fort exacte du même individu de Hermann , et ce célèbre anatomiste avait poussé la complaisance jusqu'à en faire une seconde image grossie presque du double, afin que l'on pût mieux observer les curieux détails des formes extérieures de ce poisson. Nous

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connaissons donc parfaitement, grâce à la publication du dessin de M. Strauss, l'animal qui a fait le sujet des premières observations de Hermann. Elles parurent en 1781 dans le Naturforscher , partie 1 6 , page 8 , et partie 1 7 , page 249. La description ne laisse pas que d'avoir de nombreuses inexactitudes, et l'incorrection du dessin qui l'accompagnait ne pouvait guère servir à donner aux naturalistes une idée juste de ce poisson. En comparant, en effet, cette gravure, qui a été copiée d'abord parWalbaum, dans son Artedius renovatus1, et ensuite par Bloch, dans l'édition de Schneider9, avec l'excellente figure de la planche i3, n.° 1, de la seconde édition du Règne animal, on a de la peine à croire que ces dessins aient été faits d'après le même individu. Je ne conçois pas comment Hermann a dit que la membrane branchiostège n'existe pas. La carène dorsale n'est pas continue avec les deux crêtes sourciliaires. La description d'Hermann a été reproduite en abrégé dans les Observationes zoologicce, publiées par Hammer en 1 8o4« Ce Sternoptyx avait été pris sur les côtes de la Jamaïque.

i. Pi. 1, %. 2.

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