‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 129 sur 158 · Cocco , Lettere su Salm. , tab. 4 , fig · texte numérisé non relu

Cocco , Lettere su Salm. , tab. 4 , fig

CHAP. XXVII. SCOPÈLES. 429

F. Des Scopèles [Scopelus).

Après avoir caractérisé les Gonostomes, les Chauliodes et les Oclontostomes,nous arrivons à parler des Scopèles, dont le caractère distinctif et essentiel repose sur la longueur de l'intermaxillaire qui borde toute l'arcade dentaire et s'étend jusqu'au delà de l'angle de la commissure. Le maxillaire, caché derrière lui, est presque aussi long; c'est un petit osselet grêle et sans dents. Celles des mâchoires sont petites, presque toutes égales ; elles sont en râpe très-fine sur les palatins; mais le vomer n'en a aucune; par conséquent les dents vomériennes des Odontostomes caractériseront autant ce genre, comparé à celui des Scopèles, que la forme singulière de leurs dents mobiles et allongées. Si les deux genres que je viens de nommer sont ainsi séparés l'un de l'autre, ils ont, au contraire, des affinités sensibles par la ressemblance de leurs intermaxillaires; elle lie les Scopèles aux Chauliodes et aux Gonostomes; ce qui place les Scopèles, que je viens de caractériser, dans la famille des Salmonoïdes.

Nous connaissons un assez grand nombre d'espèces de ce genre , dont une habite les mers d'Angleterre et de Norwége; les autres

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sont abondantes dans la Méditerranée. Deux d'entre elles furent d'abord portées à la connaissance des naturalistes par les ouvrages de M. Risso. Cet ichthyologiste les plaça dans un genre dont il ne connaissait point du tout les poissons et fort peu les caractères, celui des Serpes ou Gasteropelecus. Il le composa d'une Serpe microstome , qu'on n'aurait jamais pu déterminer, si nous n'en avions reçu des exemplaires étiquetés de la main de M. Risso. Sans ces précieux documents, aucun naturaliste n'aurait pu débrouiller les confusions multipliées sous lesquelles il avait caché ce poisson. Les deux autres espèces appartiennent au genre dont nous traitons. Lorsque M. Cuvier vint à rétablir le véritable genre de Bloch, et à reconnaître que la Serpe microstome constituait un genre tout particulier, n'ayant aucun rapport avec le poisson de Bloch et la Serpe Humboldt ou la Serpe crocodile qui lui était associée, cet illustre et habile maître constitua le genre des Scopèles. J'ai déjà dit comment il ne l'avait pas suffisamment caractérisé , ce qui explique pourquoi les ichthyologistes qui examinaient , sur les bords de la Méditerranée, ces nombreux petits poissons, ont cru devoir, dans lmcertitude où les laissait la diagnose incomplète du

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Règne animal, établir plusieurs genres que nous n'avons pas adoptés.

Ces petits Scopèles paraissent nager avec rapidité; malgré leur petitesse, ils sont trèscourageux; ils dévorent les petits mollusques et les radiaires. Quelques espèces paraissent vivre en société; les unes se tiennent dans des profondeurs assez considérables , les autres habitent de préférence les rivages, tls fraient sur les plages couvertes de galets; leurs œufs sont nombreux, d'un beau jaune, et contenus dans des sacs ovariens clos. M. Risso assure qu'ils éclosent très-promptement.

Le SCOPÈLE DE HUMBOLDT.

(Scopelus Humboldti , Cuv.)

Je suis bien sûr de la détermination de cette espèce , puisque je la donne d'après les exemplaires qui ont servi à M. Cuvier lorsqu'il a établi le genre dont nous nous occupons. Ils avaient été envoyés au Cabinet par M. Risso, qui les donnait pour types de la Serpe Humboldt.

C'est un poisson à museau court et obtus, à grosse tête, à corps élevé de l'avant, et tellement atténué vers la queue que la hauteur près de l'insertion de la caudale n'est guère que le tiers de celle du corps ,

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mesurée auprès de la nuque, laquelle est le sixième environ de la longueur totale. Celle hauteur, portée sur la tête, atteint au bord du préopercule. La longueur de la tête est quatre fois et un quart dans la longueur totale. L'œil , remarquablement grand , est placé tout près de l'extrémité du museau ; le cercle de l'orbite entame la ligne du profil. Le diamètre est un peu plus grand que le tiers de la longueur de la tête. Les sous-orbitaires sont trèsétroits et caverneux ; le bord est relevé près du globe, de manière à le sertir par une petite lamelle verticale. Je ne vois point de sourcilier. L'intervalle des deux yeux est égal à peu près au diamètre. Une crête verticale s'élève du fond de la gouttière frontale, et va rejoindre l'extrémité de la très -courte branche montante des intermaxillaires. Cette crête est cachée, dans l'état frais, par la peau qui revêt tout le crâne; elle le rend, par conséquent, caverneux. De chaque côté d'elle, on trouve les deux peiits os du nez et la narine, qui est, par conséquent, placée tout près de l'extrémité du museau. La bouche est grande et fendue au delà de l'œil. La mâchoire inférieure dépasse un peu la supérieure ; son bord dentaire est un peu concave ; il correspond par cette forme à la courbure de l'intermaxillaire. Cet os qui borde toute la mâchoire est extrêmement étroit; il n'a pas de lèvre. Le maxillaire, un peu élargi en arrière, est simple; je ne lui vois pas d'os supplémentaire. Il a son bord relevé en gouttière, et appliqué le long de l'intermaxillaire. L'autre partie plate de l'os se cache sous les sous-orbitaires. Les branches

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de la mâchoire inférieure sont assez larges , rendues caverneuses par deux longues arêtes longitudinales. La langue est réduite à un très -court tubercule lisse et sans dents, faisant une saillie assez forte dans la bouche quand la gueule est ouverte. La longueur des branches de l'hyoïde et des râtelures des branchies, rappelle tellement celle des Anchois, qu'elle m'explique bien pourquoi les pêcheurs vendent ces petits poissons pêle-mêle avec les Melettes. On pourrait dire, avec assez de justesse, que le museau d'un Scopèle est précisément l'inverse de celui d'un Anchois , et que la nature a autant raccourci l'ethmoïde, et par conséquent les os qui viennent y prendre appui , qu'elle l'a allongé et rendu saillant dans l'Anchois. Les dents sont d'une extrême petitesse, nombreuses et sur plusieurs rangs aux deux mâchoires. Il y a une bandelette étroite sur les palatins et une plaque oblongue sur les ptérygoïdiens ; je n'en vois pas au vomer, qui est certainement lisse et sans dents. Les pharyngiens supérieurs et inférieurs en sont tout hérissés. Cette dentition rappelle donc à quelques égards celle des Saurus. Une autre ressemblance que les Scopèles ont avec ces poissons, se trouve dans la grandeur des sous - opercules. En effet , nous voyons derrière l'œil un préopercule étroit descendre verticalement jusquW l'angle de la mâchoire inférieure. L'opercule est placé sur le haut : il est mince, un peu convexe et n'atteint guère qu'à la moitié de la joue. L'autre portion est en partie cachée par le sous -opercule, mais l'interopercule contribue à compléter aussi la clôture

de l'espace assez large qui est au-devant du sousopercule. Les ouïes sont très-largement fendues. La membrane brancliiostège est entièrement cachée entre les branches de la mâchoire inférieure, qui se touchent quand la gueule est fermée. Il y a une petite branchie operculaire, mais je ne vois pas que la membrane brancliiostège remonte aussi haut sous l'opercule que celle des Sauras. La dorsale est insérée au delà des ventrales et à peu près aux deux cinquièmes de la longueur du corps : elle est petite et arrondie. L'adipeuse semble formée de plusieurs filets très -fins et rapprochés. L'anale est assez étendue ; les pectorales atteignent presque à la ventrale. La caudale est fourchue. J'appelle l'attention du lecteur sur ce caractère, parce que j'ai eu le tort de laisser représenter, dans le Règne animal , le Scopèle avec une caudale arrondie.

Les écailles sont petites, caduques., mais assez épaisses. La couleur est rembrunie sur le dos, glacée d'argent en dessous, et les opercules sont très-brillants. Des points enfoncés , argentés ou dorés, couvrent comme de nombreux stigmates le dessous du corps et des mâchoires. Il y en a un seul rang de chaque côté de l'anale, lequel semble se porter assez régulièrement tout le long du ventre jusque sous la gorge, et même jusque près de l'extrémité de la mâchoire inférieure; puis il y a plusieurs de ces points épars sur le tronc, sur l'opercule, et quelques-uns existent même sur les côtés de la queue.

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La longueur des plus grands exemplaires est de trois pouces.

Outre ceux- reçus de Nice , par M. Risso , j'en vois d'autres venus du même endroit, par M. Laurillard. Nous en avons aussi de Naples, par M. Savigny, et des îles d'Hyères, par M. Lesueur.

Ce que j'ai dit au commencement de cette description explique pourquoi j'ai commencé par décrire cette espèce, quoiqu'elle ne soit pas la plus anciennement connue : c'est la Serpe Humboldt, figurée dune manière assez reconnaissais dans la première édition de l'Ichthyologie de Nice \ Le même auteur en a reproduit une figure et une courte description dans son Mémoire sur les Scopèles, inséré dans le Recueil de l'Académie des sciences de Turin2; et, enfin, on la vit reparaître dans la nouvelle édition de l'Ichthyologie de Nice3. Il ne me paraît pas douteux que le Scopèle de Renoît, très -bien représenté dans la Faune italienne du prince Ronaparte, n'appartienne à l'espèce dont nous parlons. On aurait conservé plus de doute, si l'on n'avait eu à s'appuyer que sur

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