‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 146 sur 158 · Tom. 18, fig · texte numérisé non relu

Tom. 18, fig

41)0 L1VIU-: XXII. SALMONOÏDES.

Le Saure ophiodonte.

(Sauras ophiodon, Cuv.)

Je ne metonnerais pas qu'on séparât des autres Saurus l'espèce que je décris dans cet article; cela dépendra de l'importance qu'on voudra donner à certains caractères qui ont fixé notre attention dans l'étude des autres Saurus. Je vois que le poisson qui nous occupe a les dents implantées sur les mêmes os, c'est-à-dire qu'elles sont en carde et sur une bande plus ou moins large aux deux mâchoires, aux palatins, aux pharyngiens et sur la langue } mais elles ont une forme particulière et sont fortement recourbées en crochet. Or, avec cette caractéristique qu'on pourrait tirer de la forme des dents, on pourrait ajouter le nombre considérable des rayons branchiostèges, la longueur des pectorales et le nu de la région antérieure du tronc. Toutefois je me demande, si ces caractères, que Lesueur paraît avoir retrouvés dans une espèce américaine, doivent déterminer le naturaliste à faire une nouvelle coupe générique. Je ne le pense pas, parce que l'expérience nous a souvent montré que les caractères fondés sur le plus ou le moins de développement d'un organe,

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s'évanouissent toujours par suite des tonnes intermédiaires que la nature sait produire.

Après avoir fait précéder de ces réflexions la description de ce poisson, je vais la donner avec quelques détails, afin de justifier ces remarques.

Le corps de ce Saurus est faiblement comprimé sur les côtés. La hauteur mesurée à la dorsale est six fois et demie dans la longueur totale. Le crâne est extrêmement court. Sa longueur est à peine le tiers de celle de la tête, qui n'est que cinq fois et demie dans la longueur totale. L'œil est très-petit et tout près du bout du museau. Les sous-orbilaires sont cachés sous la peau nue qui couvre toute la face; ils sont fort petits. L'intermaxillaire est trèsgrêle ; il borde toute l'arcade supérieure de la gueule; le maxillaire est extrêmement petit, encore plus difficile à voir que celui des autres espèces de Saurus, parce qu'il est beaucoup plus intimement uni à l'os précédent. Le préopercule est très-étroit, dirigé obliquement en arrière, et sans limbe apparent. Quant aux trois autres pièces de l'opercule, elles sont d'une telle minceur qu'il est difficile de les distinguer des membranes dans lesquelles elles semblent se perdre. L'opercule , excessivement petit , répond à peu près au milieu de la longueur du préopercule. Le muscle abducteur de l'opercule est large, étendu et mince. C'est là ce qui complète le bord de la fente branchiale. Le sous -opercule est un peu plus grand que le préopercule; mais il me parait encore plus

mince, et enfin, l'inleropercule , quoique un peu moins grand que le précédent, l'est encore plus que l'opercule. Des rides ou des stries rayonnantes couvrent sa surface. Sous cet appareil membraneux on voit s'attacher la membrane branchiostège; elle est excessivement mince, soutenue par les rayons déliés au nombre de vingt-cinq. Nous trouvons, à l'intérieur de la bouche, des palatins longs et grêles. Les ptérygoïdiens sont rejetés sur les côtés ; ils sont allongés comme toutes les pièces de l'arcade ptérygo-palatine. Tout cet appareil est aussi mobile que l'opercule, et permet un grand écartement, que la mobilité des branches de la mâchoire inférieure rend encore plus facile. L'os lingual et les branches de l'hyoïde sont très-petits; mais la queue de l'os est au contraire fort allongée. Il est impossible d'avoir composé avec toutes les pièces de la tête osseuse d'un poisson une gueule plus semblable à celle d'un serpent. Les pharyngiens inférieurs ou supérieurs sont aussi très-allongés. Quant aux branchies, elles sont grêles. Les peignes sont très-courts ; les arceaux sont longs et peuvent s'écarter beaucoup ; il n'y a pas de branchie operculaire. Comme le crâne est très- court, on conçoit que le vomer et le sphénoïde sont très-petits. Il n'y a aucune dent sur ces deux os du crâne; mais il y en a de très-nombreuses sur les intermaxillaires, sur les palatins, sur la mâchoire inférieure, sur les ptérygoïdiens; j'ajouterai même sur les arceaux des branchies; car ici les râtelures sont semblables aux dents ; enfin, il y en a quelques-unes ; mais en très-petit nombre , sur la langue. Ces dénis sont implantées en herse

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sur plusieurs rangs. Les internes sont généralement plus grandes et plus longues que les externes ; les plus longues se voient à la mâchoire inférieure. Ces dents sont fortement courbées; leur pointe est acérée et terminée en demi -fer de flèche. Quelquefois cette extrémité se redresse un peu ; ce qui rend la dent tout à fait comparable aux crochets venimeux d'une vipère ; elle y ressemblerait complètement si elle était creuse. Un scapulaire et un surscapulaire, grêle etoblong, forment le bord supérieur de la ceinture numérale, qui est complétée par les os ordinaires du bras. Ils sont grêles et donnent attache à une pectorale qui se termine en pointe aiguë quand tous les rayons sont serrés. Cette nageoire qui dépasse l'insertion de la ventrale est aussi longue que celle-ci, et comprise quatre fois et demie dans la longueur totale. La dorsale répond à peu près à l'insertion des ventrales; elle est basse; l'anale est taillée en faux; la caudale est trilobée; car, outre le prolongement des deux lobes supérieur et inférieur, les rayons mitoyens , recouverts d'écaillés semblables à celles de la ligne latérale, forment un lobe médian.

Il y a une série d'écaillés minces , mais assez larges tout le long de la ligne latérale, depuis le scapulaire jusqu'à l'extrémité des rayons de la caudale; mais le reste du tronc ne devient écailleux qu'en arrière de la dorsale et des ventrales. Ces écailles sont d'ailleurs très-minces, assez grandes et disposées par bandes

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obliques. On y voit à la simple vue de nombreuses stries d'accroissement. Tous ces poissons sont plus ou moins safranés, et plus foncés vers la queue. Les pectorales, les ventrales et la dorsale sont noirâtres. Quelques individus ont les nageoires paires plus pâles et la queue beaucoup plus foncée. Je n'ose dire que ces variétés doivent être considérées comme des espèces distinctes.

Nos différents individus ont de neuf à dix pouces de longueur.

Les naturalistes auraient pu avoir connaissance de cette curieuse espèce vers la fin du siècle dernier ; car les premiers exemplaires rapportés en Europe existaient dans les collections de Sonnerat. Comme ce voyageur n'a pas publié ses observations ichthyologiques, il a laissé l'avantage de cette publication à Patrick Russell, qui a donné une assez bonne figure du poisson. Outre les exemplaires de Sonnerat conservés dans notre Musée national, nous en avons reçu un grand nombre d'autres de la côte de Coromandel et de Malabar par M. Dussumier, qui a observé l'espèce depuis l'embouchure du Gange jusqu'à Bombay. Elle va encore plus loin sur la presqu'île ; M. Reynaud en a rapporté de l'embouchure de l'Irrawadi, près de Rangoon. M. Leschenault a aussi envoyé ce poisson de Pondichéry; ses

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notes nous apprennent qu'on y nomme le poisson Vankara-vassy.

Russeli1 dit que c'est le Fana- mot ta des pêcheurs de Vizigapatam sur la côte de Coromandel. Ce naturaliste s'était singulièrement trompé sur les affinités de cette espèce; car il la rapporte au genre des Silures. Hamilton Buchanan en a mieux saisi les rapports, en la rangeant, cependant avec doute, dans le genre Osmerus, parce qu'il avait remarqué les grandes affinités de son poisson avec le Salmo fœtens de Linné. Il observe cependant que celui-ci a des écailles sur tout le corps, tandis que l'espèce qu'il décrivait n'en a que sur les parties postérieures : c'est le Nehar des pêcheurs établis sur les bouches du Gange, et, en latinisant ce nom, il appela l'espèce Osmerus nehareus. La description qu'il en donne est exacte ; mais il est assez singulier que, ni lui, ni Russeli, n'entrent dans aucun détail économique sur cette curieuse espèce. Cependant, M. Dussumier qui l'a observée sur deux points très -éloignés de la côte , a recueilli des documents curieux à Bombay sur la pêche et sur la préparation de ces poissons, de couleur blanche variée

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