CHAPITRE XXX
Du genre Farionelle.
L'Amérique méridionale nourrit encore un Salmonoïde qui présente une réunion de caractères si singuliers , que l'on est obligé de faire un genre particulier de ce poisson; puis, une fois qu'on a établi le genre , on éprouve quelque embarras à le placer convenablement dans cette grande famille. Comme ce poisson ressemble tellement à une Truite , qu'il est très-facile de se laisser tromper par cette ressemblance, je lui ai donné le nom de Farionelle y afin de fixer de suite l'attention du naturaliste sur ce point. Cette belle espèce est une des curieuses découvertes qu'on doit aux recherches de M. Gay : je la ferai connaître en la dédiant à cet habile et courageux voyageur. Le poisson étant nommé, cherchons maintenant à en apprécier les caractères.
Les Farionelles ont le corps tout à fait semblable à celui de nos Truites communes ; la dorsale répond à l'intervalle qui sépare les ventrales de l'anale; l'adipeuse, de grandeur ordinaire, est au-dessus des derniers rayons de l'anale; la caudale est petite et fourchue; la bouche est de grandeur médiocre; l'arcade
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dentaire est formée tout en entier par les intermaxillaires ; le maxillaire , très - petit , est entièrement caché derrière l'intermaxillaire ; il n'a aucune dent; on ne peut le voir que par la dissection. Cette constitution de mâchoire rappelle donc entièrement celle des Saurus; mais les dents sont partout sur un seul rang; elles sont simples, coniques sur les intermaxillaires, sur la mâchoire inférieure, sur les palatins ; la langue en a de chaque côté une rangée semblable à celle d'en haut. On voit donc, je ne crains pas de le répéter, que ce poisson a quelque affinité par la forme des mâchoires avec les espèces du groupe des Saurus , sans en présenter cependant aucun des caractères, en même temps que les dents ne sont- pas sans analogie avec celle de nos truites : c'est d'ailleurs ce que la description détaillée de l'espèce va prouver d'une manière encore plus complète.
La Farionelle de Gay.
(Farionella Gaji, nob.) La seule espèce connue de ce genre a
le corps allongé, arrondi sur le dos et sur le ventre, et légèrement aplati sur les côtés. La plus grande hauteur se mesure aux ventrales, ei elle est du sep-
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tième de la longueur totale. L'épaisseur n'est guère que moitié de celle hauteur. La longueur de la tête est cinq fois et demie dans cette même longueur totale. Le museau est gros et arrondi. Les deux mâchoires sont égales. L'œil est de grandeur ordinaire, placé sur le haut de la joue; son diamètre est le quart de la longueur de la tête; il est éloigné du bout du museau d'un peu plus que la longueur du diamètre. Les sous-orbilaires sont très-petils. Je n'en vois pas même au bord postérieur de l'œil. Sous ce rapport, ce poisson a de l'affinité avec plusieurs espèces voisines des Scopèles. Les deux ouvertures de la narine sont plus près de l'œil que du bout du museau, et tout à fait sur le haut. La bouche est peu fendue, car l'extrémité de l'intermaxillaire ne dépasse pas l'orbite. Les lèvres sont assez épaisses. Toute l'arcade dentaire est bordée par un intermaxillaire étroit, qui rentre en partie sur le bord du sous-orbitaire. Le maxillaire est petit, entièrement caché sous cet os et derrière l'arcade de la bouche. Les branches de la mâchoire inférieure laissent entre elles un isthme assez large, correspondant à une langue épaisse et charnue, et à une membrane branchiostège qui est aussi très-épaisse. Les ouïes sont très-largement fendues; les râtelures des branchies sont très -courtes; il y a une très- petite branchie operculaire. Je ne comple que trois rayons branchiostèges , larges et aplatis, et presque entièrement cachés dans l'épaisseur de la peau. La joue est entièrement nue. Le préopercule a le bord montant presque vertical; il forme un angle mousse, mais a peu près droit, avec
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le bord horizontal. On voit une apparence de limbe très -étroit. L'opercule est mince et assez grand. Il y a en bas un très-petit sous-opercule, et l'interopercule, en rectangle oblong, mais très-mince, est entièrement caché par le préopercule. Tous ces os sont d'ailleurs empâtés dans la peau épaisse et adipeuse qui recouvre la tête et tout le corps; on ne peut voir ces pièces que par la dissection. Quant aux dents, elles sont presque toutes égales, coniques, mais un peu crochues , implantées sur un seul rang. Les palatins en ont aussi une rangée; mais il n'y en a pas sur le vomer. La langue est libre, grosse, charnue; ses bords sont couverts de papilles assez épaisses; elle est armée comme la langue d'une suite de deux rangées de grosses dents crochues. La dorsale est reculée sur la seconde moitié du corps. Son premier rayon répond à la moitié de la longueur totale. Celte nageoire est petite, trapézoïdale. L'anale est encore plus petite et plus courte; la caudale est fourchue; les nageoires paires sont courtes ; les pectorales pointues; les ventrales arrondies.
La peau de ce poisson est entièrement nue, sans aucune écaille. La couleur paraît avoir été un gris plombé de bleuâtre sur le dos, jaunâtre sous le ventre. Il y a de nombreuses bandelettes brunes verticales, qui descendent du foncé du dos et se perdent dans le clair du ventre. Les nageoires ont à peu près les teintes du dos.