‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 63 sur 158 · CHAPITRE XY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XY

Du genre Tétragonoptère (Tétragonopterus ).

Nous trouvons la première indication de ce genre dans Séba. On voit qu'Artedi avait la pensée de désigner sous ce nom un poisson à corps assez élevé, à bouche petite, ayant deux rangs de dents à la mâchoire supérieure et un seul à l'inférieure; c'est ce qu'il a parfaitement indiqué dans la description détaillée, donnée , dans son Species, du Coregonus amboinensis. M. Cuvier, en adoptant ce genre dans sa première édition, a fait de son poisson une description plus détaillée dans son Mémoire sur les Mylètes, où il a caractérisé ses Chalcées. Il a aussi eu soin de remarquer, dans ce mémoire, qu'Artedi lui avait donné par erreur la dénomination de Tétragonoptère, en croyant que ce poisson pouvait se rapporter auxTétragonoptères de Klein, qui ne sont autres que les Tétrodons de Linné. Dans la seconde édition du Règne animal , M. Cuvier a fait rentrer dans ses Tétragonoptères son Chalceus fasciatus, puis le Serrasalmiis chalceus de Spix; il avait en cela parfaitement raison; mais il a laissé une diagnose fort incomplète des Tétragonop-

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tères, puisqu'il dit que ces poissons ont les dents tranchantes et dentelées des Serrasalmes. Cette comparaison est inexacte non-seulement quant aux dents, mais aussi quant à la disposition des os de la mâchoire supérieure, bordée dans les Serrasalmes par l'inte rmaxillaire seul. M. Muller a repris les Tétragonoptères d'Artedi et de M. Cuvier, et en a bien exposé la diagnose caractéristique. Mais je ne crois pas qu'il ait été aussi heureux dans la synonymie. Ainsi il réunit sous sa première espèce, Tetragonopterus argenteus, cinq poissons différents. Il en est de même de son T. maculants , où il fait de plus un double emploi; car je ne pense pas que le T. rutilus de Jenyns soit différent du T. fasciatus de M. Cuvier. D'ailleurs je dois ici faire remarquer qu'en réunissant le S. bimaculatus de Bloch au second Charax de Gronovius pour en faire mon T. Gronovii, je ne place ce poisson qu'avec beaucoup de doute dans ce genre, puisque Gronovius ne lui donne qu'une seule rangée de dents à chaque mâchoire. Ce caractère le rapprocherait du T. interruptus de Jenyns, qui, comme l'observe M. Muller, appartient peut-être à un genre différent des Tétragonoptères, à cause de cette unique rangée de dents. Mais on sait que dans l'ouvrage que

je publie je ne parle qu'avec une très-grande réserve des poissons que je n'ai pas vus, et je n'oserais pas, sur une simple description, ériger un genre. Il me paraît probable cependant que cette combinaison doit exister : elle compléterait dans ce groupe celle que nous offrent les Tétragonoptères avec deux rangs de dents à la mâchoire supérieure, les Piabucines, avec leurs deux rangs de dents à la mâchoire inférieure seulement, et les Gastéropelecus, qui en ont deux à chaque mâchoire.

La splanchnologie des Tétragonoptères ressemble à celle de toutes les espèces de ce groupe. L'intestin ne fait qu'une circonvolution; le nombre des ccecums varie beaucoup suivant les espèces, et je crois même suivant les individus. J'en ai trouvé treize dans mon T. rufipes et vingt -quatre dans un T. maculatus. L'estomac était rempli de débris d'insectes et de petits poissons.

Le Tétragonoptère d'Artedi.

( Tetragonopterus Artedii , nob.)

Comme j'ai sous les yeux , dans les collections du Muséum , un des Tétragonoptères du cabinet du Stathouder, qui a servi aux travaux d'Artedi, je suis à même de recon-

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naître la figure peu correcte que nous trouvons dans Séba.

Ce poisson a le corps rhomboidal. Cependant , l'espèce suivante l'a plus régulier , parce que , dans celle dont nous nous occupons , la courbe inférieure du ventre est plus simple depuis la gorge jusqu'à la queue. La ligne du profil du dos est d'abord un peu concave sur la nuque; puis elle forme une courbure convexe jusqu'à la dorsale; elle redescend ensuite vers la queue, étant un peu convexe entre les deux nageoires. La tête mesure à peu près le quart de la longueur totale. L'œil est grand , car son diamètre est à peu près la moitié de la longueur de la tête. L'intervalle d'un œil à l'autre est un peu plus petit que ce diamètre. Le museau est gros et obtus. La bouche est fendue en travers. La mâchoire inférieure est seule mobile. Quand elle s'abaisse, la fente de la bouche devient assez grande. Il n'y a guère que la moitié du diamètre de l'œil entre le bord antérieur de l'orbite et l'angle de la bouche. On trouve un premier et très -petit sousorbitaire au-devant de l'œil; puis un second, élargi en une petite palette, et qui ne descend pas au-dessous du maxillaire; puis un troisième, assez grand, triangulaire, obtus vers le bas, couvre toute la joue. Trois autres sous-orbitaires étroits remontent jusqu'au haut de l'œil en s'appuyant sur le bord montant du préopercule. Le limbe de cet os descend jusqu'à la fente de l'ouïe, en cachant presque en entier l'interopercule. L'opercule est haut et étroit; il n'y a qu'un très-petit sous-opercule. La fente des ouïes

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est grande. La membrane branchiostège est soutenue par quatre rayons. Les intermaxillaires ont deux rangées de dents comprimées, à couronne tricuspide; les internes sont un peu plus grandes que les antérieures- Je vois des dents semblables, à la mâchoire inférieure. Les maxillaires n'ont que quelques dents coniques près de l'articulation ; puis une fine denticulation tout le long du bord. La dorsale est haute, mais peu large. L'anale est basse et à peu près de même hauteur sur toute son étendue; la caudale est fourchue ; la pectorale dépasse l'insertion de la ventrale.

Les écailles sont assez grandes; on en compte trente rangées le long des flancs, entre l'ouïe et la queue. La couleur du poisson, conservé depuis très-longtemps dans l'alcool, est argenté. On voit que le dos devait être plus foncé que le ventre. Une bandelette longitudinale blanche va de l'angle supérieur de l'ouïe au bord dorsal de la queue, tout près de la caudale. Une seconde bandelette, argentée, très-marquée, part de la tempe et va s'évanouir sur le dos, un peu au delà de la dorsale. Il en existe

* On ne doit pas s'étonner que nos nombres ne concordent pas exactement avec ceux d'Artedi1; car si la description des dents ne laisse aucun doute sur la détermination générique de l'espèce décrite et figurée par ce célèbre icbtbyologiste , on doit conclure qu'il n'a pas compté les nombres avec beaucoup d'exactitude , puisqu'il indique pour le nombre des rayons branebiostéges 5 ou 6, qu'il avoue avoir eu de la peine à compter. Il dit D. 12; A. 34, et»;.

1 Artedi, ,S/>. , p. 44, n.° 4.

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une autre, plus petite, entre celle-ci et la première, et qui correspond à l'intervalle des deux nageoires. Puis on peut croire que toute la carène du dos, depuis la nuque jusqu'à la caudale , était également argentée. La base de la nageoire seule serait foncée. Enfin, un trait argenté et oblique est tracé sur le bas des côtés ; il part obliquement du dernier rayon de l'anale, et va s'évanouir avant d'atteindre l'extrémité antérieure de la nageoire.

Outre l'exemplaire que j'ai sous les- yeux, je sais qu'il en existe un second au Musée de Leyde dont les couleurs sont distribuées tout à fait comme celles que je viens de décrire. M. Temminck, directeur de ce Musée, qui a rendu tant de services à notre ichthyologie, m'a permis d'en prendre le dessin.

Nos individus sont longs de trois pouces et quelque chose.

J'ai dit, au commencement de cet article, que je croyais pouvoir rapporter au poisson dont nous nous occupons ici, la figure de Séba1; cependant je dois faire observer qu'elle représente l'extrémité du museau beaucoup plus convexe ; l'œil plus petit ; mais comme il est évident que le dessin des écailles et des nageoires n'a pas été suffisamment soigné, je n'ose me décider à établir ici une syno-

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