CHAPITRE XV II
Du genre Piabucine {Piabucina).
Je séparerai des Tétragonoptères et des Piabuques un poisson qui semble tenir, par ses formes et par sa dentition, de ces deux genres, mais qui, cependant, présente une combinaison dont M. Millier n'a pas trouvé d'exemple dans le cabinet dont il dispose. Mes Piabucines sont des poissons à corps allongé comme les Piabuques, à dents crénelées, fixes, comme celles des Tétragonoptères ; ils se distinguent de ceux-ci, par ce que la double rangée de dents est à la mâchoire inférieure; il n'y en a qu'une à la supérieure : c'est donc tout à fait l'inverse des Tétragonoptères. Je n'en connais qu'une espèce qui ressemble assez à un Erythrinus; voilà pourquoi je l'appelle
Piabucine érythrinoïde.
{Piabucina erythrinoides s nob.)
Le seul poisson connu jusqu'à présent dans ce genre a tout à fait l'apparence extérieure d'un Érythrin; mais lorsqu'on étudie avec soin les différentes parties de son organisation, on
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ne tarde pas à reconnaître qu'il faut l'en distinguer, et qu'il appartient à la famille des Salmonoïdes.
Il a le corps allongé et arrondi. La hauteur n'est que le sixième de la longueur toiale. La tête est assez grande. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure, et termine un museau large et arrondi. Le dessus de la tête est légèrement convexe et assez large. Il n'y a que deux fois le diamètre dans l'intervalle des deux yeux, et ce diamètre est égal au cinquième de la tête. Au-devant de l'œil sont d'abord deux très -petits sous-orbitaires; puis en vient un troisième très - grand , à peu près trapézoïdal , suivi d'un quatrième, triangulaire. Ces deux -là forment une grande pièce, qui recouvre le préopercule tout entier , car il cache le bord montant du limbe. Le cinquième sous - orbitaire est étroit, allongé. Il a au-dessus de lui et en arrière un sixième petit osselet, qui touche tout à fait au haut de l'opercule. En avant de cet os et au-dessus du cinquième sous-orbilaire, est une petite pièce osseuse, triangulaire et mobile, placée derrière l'œil , et qu'on peut considérer comme un sourcilier. L'opercule est assez grand. Son angle est rejeté tout à fait vers le bas. Le sousopercule et l'interopercule sont tous les deux étroits et presque linéaires. Les maxillaires sont très-petits, et n'ont que quelques faibles dents auprès de l'inlermaxillaire. Ceux-ci sont, au contraire, assez longs, et forment la plus grande partie du bord de la bouche. Ils sont armés de dents assez fortes, à couronne tricuspide, serrées l'une contre l'autre et sur
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un seul rang. La mâchoire inférieure porte une rangée de dents externes, semblables à celles d'en haut, et derrière elles se trouve un second rang de dents également tricuspides, mais très -petites et couchées sur l'os; elles rappellent, à la forme près, ce que nous observerons dans les Salminus. Les dents pharyngiennes sont petites, serrées et coniques, à couronne tout à fait simple. Les ouïes sont très-largement fendues, et la membrane est soutenue par quatre rayons. La dorsale répond à peu près au milieu de la longueur totale; elle est haute, mais étroite. L'anale est rejetée assez en arrière; elle est basse, arrondie, et ses rayons sont très -larges. La caudale a le lobe supérieur pointu et plus long que l'inférieur , qui est arrondi. La base est couverte d'écaillés,
Les écailles sont assez grandes, assez lâches, mais résistantes ; elles sont finement ciselées par de nombreuses stries d'accroissement , parallèles au bord ; puis, le centre est couvert d'un très -joli réseau, qui envoie des rayons tout au pourtour de l'écaillé. Il y en a trente -sept entre l'ouïe et la caudale. La couleur est plus ou moins verdâtre, avec une bandelette longitudinale obscure sur le dos, et une seconde, de même couleur et de même largeur, par le milieu des côtés. Une tache noire est placée sur la base des quatre premiers rayons de la dorsale, et une autre sur l'origine des rayons de la caudale.
Tel est le curieux poisson que nous devons aux recherches éclairées et assidues de Fin-
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fortuné M. Plée. Ce zélé naturaliste l'a trouvé dans les rivières de Maracaïbo , du côté du Parija, avec le Paradon suborbitale.
Les deux individus que je possède ne sont pas en assez bon état pour essayer de faire sur eux des recherches anatomiques.
Le plus grand a sept pouces de long.
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