‹ Histoire naturelle des poissonsChapitre 80 sur 158 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Du genre A leste (célestes, Mull.)

Ce genre, justement fondé par M. Muller, comprend plusieurs espèces que M. Cuvier réunissait dans ses Mylètes. Il est caractérisé, parce que les dents de l'intermaxillaire sont sur deux rangées : celles du rang externe ont trois pointes tranchantes ; la couronne des dents de la rangée postérieure est plus obtuse; elle a aussi quelques pointes saillantes. Le maxillaire n'a aucune dent. La mâchoire inférieure a aussi les dents sur deux rangs : elles sont assez épaisses, creusées en gouttière; les bords sont plutôt festonnés que dentelés. Derrière les dents mitoyennes on en voit deux petites, coniques. Les pharyngiennes sont très-petites, mais elles existent. Je fais cette remarque , parce qu'elles paraissent avoir échappé aux observations de l'illustre fondateur de ce genre. Dans ce poisson, les intestins ne font qu'une circonvolution; nous comptons dix à douze appendices au pylore pour les espèces du Nil; celle du Sénégal en a quatorze.

On voit que dans toutes les espèces de ces différents genres le nombre des cœcums varie

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beaucoup; je crois même que les variations sont individuelles. Les Alestes sont voraces et se nourrissent d'insectes, de vers et de poissons. Les espèces de ce genre nous ont offert une particularité des plus notables, qui n'a pas échappé aux habiles investigations de mon célèbre confrère et ami. M. Muller a très-bien remarqué que la vessie natatoire, en se prolongeant au delà de l'abdomen, dans la cavité conique qu'elle se creuse entre les muscles sacro-coccygiens, est étendue au côté droit des interépineux de l'anale , de telle •façon qu'elle n'est plus placée symétriquement, ce qui est contraire à ce qu'on observe généralement dans les autres poissons. Car j'ai eu occasion de signaler, dans le cours de cet ouvrage, un grand nombre d'exemples de ce prolongement de la vessie au delà de la cavité abdominale , mais l'organe était bifurqué, et chaque corne passait l'une à droite, l'autre à gauche des interépineux de l'anale.

Le Raï.

{Alestes Hasselquisti , Muller.)

Le Raï du Nil est un Salmonoïde

à corps allongé, comprimé. Le ventre l'est un peu plus que le dos, sans être pour cela tranchant. La

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hauteur est comprise six fois dans la longueur totale de certains individus; dans d'autres, je ne la trouve que cinq fois. L'épaisseur fait en général le liers de la hauteur. La ligne du profil s'élève par une courbe très -peu sensible, mais régulièrement convexe, depuis l'extrémité du museau jusqu'à la dorsale; elle se soulève au delà de cette nageoire. La courbure du ventre me paraît moins sensible, car on pourrait presque dire que le profil est rectiligne depuis le bout du museau jusqu'à l'anale, et qu'il se relève ensuite obliquement vers la caudale. La hauteur de la queue est deux fois et deux tiers dans celle du tronc. La tête est petite; elle a le museau étroit et obtus. La longueur est un peu plus grande que le septième du corps entier. L'oeil, placé au milieu de la hauteur de la joue, mais plus près du bout du museau que de l'opercule, est assez grand. Son diamètre mesure le quart de la longueur de la tête. L'iris est recouvert par une paupière adipeuse, qui conserve beaucoup de transparence sur la cornée, mais qui devient sensiblement épaisse entre l'oeil et le maxillaire. Je vois au-dessus de l'orbite un sourcilier mince , peu mobile ; son extrémité antérieure atteint au bord de la narine postérieure. Je trouve au devant de l'œil, le long du maxillaire, un premier sous-orbilaire fort étroit, et qui recouvre toute la partie montante du maxillaire, et touche même au bord de l'intermaxillaire. Cette première pièce sous-orbitaire donne attache au bord antérieur de la paupière adipeuse. Vient ensuite un second sous-orbilaire, petit os rectangulaire, dont le bord

antérieur est articulé sur la palette latérale du maxillaire. Il se rétrécit un peu en arrière pour s'articuler avec le troisième sous-orbitaire ; celui-ci s'étend jusqu'au bord postérieur de l'orbite, et couvre ensuite tout le bas de la joue jusqu'au limbe du préopercule. Je trouve ensuite derrière l'œil le quatrième et le cinquième sous-orbitaire; puis, enfin, le sixième, plus convexe , occupe toute la région temporale postorbitaire , et vient s'appuyer sur le sourcilier. On ne voit du préopercule, comme dans toutes les espèces de cette famille, que le limbe un peu caverneux de cet os. L'interopercule est long et étroit; l'opercule est une très -grande plaque en croissant, qui protège toute la partie postérieure de la joue; le sous-opercule est une petite plaque mince, comme écailleuse, étroite, mais longue. Les ouïes sont assez largement fendues. Nous comptons facilement les quatre rayons de la membrane branchiostège. La bouche est petite. La mâchoire inférieure a son mouvement de bascule ordinaire; la supérieure est trèspeu mobile. Le bord est presque entièrement formé par l'intermaxillaire. Celui-ci est un petit os trèsépais vers la symphyse; il se prolonge en un arc à double courbure , derrière lequel monte la plus grande partie du maxillaire, qui s'articule sur l'extrémité de l'ethmoïde, d'où il résulte que la mâchoire des Alestes est une très-curieuse exception dans toute cette famille des Characins ; car si l'on ne tenait pas compte des affinités naturelles et de l'ensemble des caractères du poisson, mais qu'on se laissât guider par les seuls rapports du maxillaire et de l'inter-

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maxillaire , il est certain qu'on ne placerait pas les Alestes dans la famille des Salmonoïdes. L'intermaxillaire a dû être dilaté pour donner de la place à l'insertion des larges dents mitoyennes, implantées sur lui. Il y en a deux rangées; l'une, antérieure et courte, composée de trois petites dents peu distantes, à couronne tronquée et sans dentelures. Derrière est une seconde rangée de quatre autres dents comprimées , dont la couronne est plus longue que large. Cette couronne, un peu creusée en gouttière, porte, en arrière et sur sa troncature, un petit talon pointu. Le maxillaire n'a aucune dent ; on l'aperçoit près de l'angle de la mâchoire par une simple petite palette articulée à l'extrémité de Tintermaxillaire; mais tout le corps de l'os remonte derrière le premier et le second sous-orbitaire. La mâchoire inférieure a des dents assez épaisses, creuses, dont les bords sont plutôt festonnés que dentelés, et dont l'angle antérieur remonte en un petit talon qui correspond à l'intervalle des deux rangées de dents supérieures, ou plutôt qui contribue à user la couronne des dents de la première rangée et toute la partie antérieure des dents de la seconde, en même temps que le talon de la seconde rangée supérieure userait le talon postérieur des dents d'en bas. Derrière les deux dents mitoyennes sont deux petites dents coniques. Les pharyngiennes sont très-petites. La dorsale est au milieu du tronc, en n'y comprenant pas la caudale; elle est pointue de l'avant; une fois et deux tiers aussi haute que longue; le dernier rayon n'a guère que le tiers des premiers. L'anale est longue ,

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ayant à peu près les deux tiers de la hauteur du tronc au-dessus d'elle. La caudale est profondément fourchue; les ventrales sont attachées audevant de la dorsale, et cependant les pectorales, quoique étroites et pointues, ne les atteignent pas. Ces nageoires paires ont chacune dans leur aisselle un appendice écailleux, assez long et pointu.

Les écailles sont assez grandes, orbiculaires ; neuf stries rayonnent du centre sur toute la circonférence. M. Riffaut dit que le poisson a le dos brunâtre ; les flancs gris; la dorsale et la ventrale brunes; le lobe supérieur de la caudale est de la même teinte, mais l'inférieur et l'anale sont rouges. La couleur est verdâtre sur le dos, ainsi que nous en pouvons juger par un très-beau dessin peint sur le frais par Redouté : le dessous des côtés est glacé d'argent; c'est le dessin qui a servi d'original à la planche gravée dans l'ouvrage d'Egypte.

Les viscères digestifs de ce poisson ne présentent rien de très -particulier. Nous avons trouvé douze appendices pyloriques; un estomac replié sur luimême ; la branche montante n'a pas des parois notablement épaisses; le duodénum descend jusqu'à la moitié de l'intervalle compris entre le diaphragme et l'anus ; puis il remonte dans le côté droit pour atteindre de nouveau jusqu'au diaphragme et se courber ensuite pour se rendre droit à l'anus. La vessie natatoire est double; la portion antérieure a des parois fibreuses , épaisses et brillantes ; la posté-

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rieure est très -longue et occupe, comme l'a fait justement remarquer M. Mûller, une position trèssingulière, et dont il y a peu d'exemples dans la classe des poissons, puisqu'elle s'étend à droite des interépineux de l'anale, à travers les muscles de la queue jusqu'à la caudale, sans être, par conséquent, placée symétriquement par rapport aux organes voisins.

La longueur de nos exemplaires est de quinze pouces.

Les premiers qui ont été placés dans les collections nationales, ont été rapportés du Nil par M. Geoffroy Saint -Hilaire lors de l'expédition française en Egypte. Depuis, M. Elire nberg en a donné d'autres individus.

Nous voyons cette espèce remonter dans le haut Nil 5 car M. Darnaud en a envoyé plusieurs exemplaires dans la belle collection qu'il a donnée au Muséum, et qui avait été faite pendant son excursion au Nil blanc.

Ce Raï a été parfaitement décrit par Hasselquist sous le nom de Salmo dentex. Je crois seulement que cet habile naturaliste a fait une fausse application de la dénomination arabe de ces espèces du Nil, en disant que c'est le Kalb el Bar des Égyptiens, ce nom étant celui de nos Hydrocyons. Linné n'accepta pas la détermination de son élève,

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et il fit, dès la dixième édition, du Salmo d'Hasselquist son Cyprinus dentex, et cependant dans ce même ouvrage il donne parmi ses Salmo un Salmo niloticus, qui ne peut être autre chose qu'un double emploi du Rai ou de ce Cyprinus dentex de Linné. C'est ce que Forskal a parfaitement vu, quand il a dit Salmo niloticus Linncei est Arabum Rai y espèce très -différente du -5". niloticus d'Hasselquist, qui est le Nefasch des Égyptiens. Il faut bien faire attention que les notes de Forskal n'ont pas été mises en ordre avec assez de soin pour qu'il n'y ait pas ici une légère confusion. On en a fait une plus grande en plaçant les observations de Forskal sur le S. dentex d'Hasselquist sous son S. Roschal; car tout ce qu'il dit de ce poisson appartient, comme l'a très-bien vu M. Cuvier, à \Hydrocjon Forskalii. C'est pour éviter toutes ces confusions que M. Cuvier, en décrivant ce poisson parmi ses Mylètes, lui a donné le nom de M. Hasselquisti, qu'il faut conserver. M. de Lacépède avait accepté, dans son Ichthyologie, cette détermination du S. niloticus de Linné, dont il trouvait la pensée dans l'Encyclopédie méthodique. C'est pour cela qu'il fit paraître le Raï sous le nom de Characinus niloticus, mais en conservant par un

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double emploi et dans ce même genre un Characinus dent ex , qu'il tirait de Linné et d'Hasselquist,

Cette synonymie, fort embrouillée, avait été éclaircie par les travaux de M. Geoffroy, et ensuite par M. Guvier, dans les différentes notes du Règne animal, mais ils n'avaient pas suffisamment établi l'identité du Salmo niloticus de Linné et du Cyprinus dent ex. Il ne peut y avoir aucun doute sur ce point. On devait croire que les travaux de savants aussi illustres seraient compris par les voyageurs, jaloux de publier eux-mêmes les résultats de leurs recherches. C'est ce qui n'a pas été fait cependant par M. Joannis, qui, après avoir conservé dans son tableau des poissons du Nil, publié en 1 835 , un Characinus niloticus de Geoffroy, associé dans ce mémoire au Characinus nefasch du même auteur, lesquels sont cependant des genres différents et bien déterminés par M. Cuvier , vient ajouter à sa liste un Myletes baremoze1, lequel n'est autre chose , ainsi que M. Muller le reconnaît tout comme moi, qu'un nouveau nom donné à l'espèce dont nous nous occupons.

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