CHAPITRE XXIII
Du genre Chalcée {Chalceus, Cuv.)
Le genre des Chalcées a été établi par M. Cuvier, dans sa monographie insérée dans le t. IV des Mémoires du Muséum à la suite des Mylètes. Il n'en avait point parlé dans la première édition du Règne animal; mais dans le travail, qui paraissait peu de temps après, il décrivait et figurait avec soin son Chalceus macrolepidotus. Il distinguait ce poisson des Mylètes, et surtout de celui d'Hasselquist, qui forme maintenant le genre Aies te de M. Muller, parce que ce Chalcée avait trois rangs de dents aux intermaxillaires. M. Cuvier a ajouté à son Chalceus macrolepidotus , dans le Mémoire qu'il publia l'année suivante pour faire connaître les nombreuses acquisitions de la famille des Salmonoïdes , un Ch. opalinus reçu du Brésil par M. Auguste de Saint-Hilaire, et il l'a malheureusement associé au C. fasciatus, qui ne devait point entrer dans ce genre, et qui aurait dû être placé dans ses Tétragonoptères. Enfin, il reprit ces espèces dans la seconde édition du Règne animal, en y ajoutant, d'après Spix, un C. angulatus, qui
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diffère encore génériquement des précédents. La diagnose du genre fut laissée vague et sans précision, en disant que les Chalcées ont la même forme de bouche, les mêmes dents tranchantes et dentelées que les Serrasalmes et les Tétragonoptères ; mais que leur corps oblong n'est ni caréné ni dentelé.
M. Muller, en reprenant cette ébauche, a parfaitement caractérisé le genre tel qu'on doit l'entendre aujourd'hui; mais je ne vois pas pourquoi ce célèbre savant a désigné les véritables espèces de Chalcées de M. Cuvier par un nouveau nom, celui de Brycon, car il reconnaît pour première espèce du genre le Chalceus macrolepidotus qui en est en effet la première pensée, et il réserve le nom de Chalcée à l'espèce que M. Cuvier n'avait pas vue, et qui avait été associée à un genre mal circonscrit, en la prenant dans Spix. Ces réflexions m'ont déterminé à rendre au genre Chalcée sa véritable dénomination.
On doit le caractériser par la triple rangée de dents sur l'intermaxillaire : elles ont une couronne à plusieurs pointes; les antérieures sont plus petites et paraissent coniques à cause de la faiblesse des épines latérales. Sur le maxillaire il y a un seul rang de dents coniques. A la mâchoire inférieure nous en avons deux
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rangées; les premières sont grandes et multicuspidées; les dents latérales et celles de la rangée interne sont coniques; derrière la symphyse il y a deux dents coniques plus fortes , comme cela a lieu dans les Mylètes. Les Chalcées sont des poissons à corps allongé, comprimé, à ventre arrondi , assez semblable à celui de nos Truites, mais ils sont couverts de grandes et fortes écailles comme nos Cyprins. L'intestin ne fait qu'une seule circonvolution. Il y a un grand nombre d'appendices cœcales; j'en ai compté dix-neuf dans le Chalceus macrolepidotus , et M. Muller porte ce nombre à vingt-cinq pour le C. falcatus. Ces espèces se nourrissent de plantes, de fruits, d'insectes et de poissons.
Le Chalcée a grandes écailles.
{Chalceus macrolepidotus , nob.)
L'exemplaire qui a servi à M. Cuvier pour établir le genre Chalceus, est encore conservé dans la collection du Muséum ; c'est d'après lui que je fais la description suivante :
C'est un poisson à corps allongé, à dos épais et arrondi. La hauteur du tronc est égale à la longueur de la tête , et est comprise quatre fois dans la dis-
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tance du bout du museau à la fin de la queue. La caudale, fourchue, est un peu plus petite que cette hauteur. Le museau est gros et arrondi. Le dessus de la tête, quoique bombé, est presque droit. L'œil est grand, placé sur le haut de la joue; son diamètre est trois fois et demie dans la longueur de la tête. Le premier sous-orbitaire est haut, étroit, ne recouvre pas le maxillaire; il descend en arrière jusqu'à l'articulation de la mâchoire inférieure. Le second sous-orbitaire est comme une large écaille étendue sur toute la joue jusqu'au limbe de l'opercule. Les deux autres sous-orbitaires sont trapézoïdaux et remontent jusqu'au haut du préopercule. Le cinquième sousorbitaire est une petite pièce triangulaire , située audessus et en arrière de l'œil. S'il existe un sourcilier il est très - peu mobile. Le préopercule , comme danstous les poissons de ce genre, ne montre que le limbe , sous lequel on trouve un interopercule qui a la même forme. L'opercule est haut et étroit ; son bord inférieur est arqué , un peu strié; le sous-opercule n'est qu'un arc mince. Les ouïes sont très-fendues ; l'isthme est large. La mâchoire inférieure est épaisse et arrondie ; elle ne paraît pas dépasser la supérieure ; mais elle devient plus longue quand la bouche est ouverte. Les dents sont implantées sur trois rangs à l'intermaxillaire; elles ont toutes la couronne denticulée. Une première rangée est composée de petites dents égales, toutes serrées les unes contre les autres. La rangée interne est aussi un arc semblable à l'externe. Comme elles y sont plus écartées, elles sont un peu moins
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nombreuses. Un pelit arc intermédiaire est composé de quatre dents. Les internes sont un peu tronquées, et le bord postérieur seul est relevé en une crête multicuspide. Les maxillaires portent , tout le long de leur bord , des petites dents coniques. A la mâchoire inférieure on voit un rang externe de dents plus grosses que celles de la supérieure, à couronne tronquée et taillée un peu en biseau, et ici c'est le bord antérieur qui est relevé et denticulé. Il y a derrière deux dents mitoyennes assez grosses, et quand la dent de remplacement n'est pas tombée, on en voit trois. Sur tout le bord interne de la mâchoire il y a une rangée de très -petites dents coniques. La dorsale est sur la seconde moitié de la longueur du dos, très -peu en arrière de l'insertion du premier rayon de la ventrale. L'anale est courte ; ses premiers rayons sont les plus longs; la caudale est fourchue ; ses lobes sont larges ; les pectorales sont courtes; les ventrales ne sont pas très-longues ; mais elles sont assez étendues.
Les écailles du dos et des flancs sont trèsgrandes, car elles sont presque quadruples de celles du ventre. Je compte vingt-cinq de ces grandes écailles le long des côtés; ce ne sont guère que celles de la quatrième rangée des flancs qui commencent à devenir grandes; les trois premières scapulaires sont petites. La ligne latérale est tracée tout à fait sur le bas des côtés sur des écailles beaucoup plus étroites, puisqu'il y en a trente -six dans la longueur; elles sont
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toutes reconnaissables à la tubulure muqueuse, quelquefois ramifiée, élevée sur la surface.
L'individu sur lequel je viens d'observer ces formes remarquables, est conservé depuis très -longtemps dans l'alcool; il vient du cabinet de Lisbonne. Je ne puis par conséquent parler de ses couleurs qui étaient probablement brillantes, autant qu'on peut en juger par ce qui reste d'éclat métallique et argenté sur le bord membraneux des grandes écailles. Notre exemplaire a onze pouces de longueur. M. Scliomburgk nous a donné les détails suivants sur ce Chalcée: il atteint quinze pouces. C'est un très-beau poisson, bleu, à reflets argentés, varié de verdâtre sur le dos; la tête est verte et les opercules argentés. La caudale est rouge de carmin. On retrouve cette teinte sur le bord des deux nageoires paires et sur quelques taches de la dorsale et de l'anale. Ces quatre nageoires sont d'ailleurs vertes.
M. Schomburgk l'a péché au mois d'octobre dans l'Esséquibo; les Indiens le nomment Arara-pira ou Parshama, ce qui veut dire poisson -perroquet.
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Le Ghalcée ararapeera (Chalceus ararapeera, nob.)
est une espèce très-voisine du C. macrolepidotus de M. Cuvier.
Elle a le dessus de la tête aplatie; le corps
allongé. La hauteur, égale à la longueur de la tête,
est près de cinq fois dans la longueur totale. Les
nageoires sont pointues, La caudale est très -fourchue.
Il y a vingt à vingt-deux rangées d'écaillés entre l'ouïe
et la caudale.
Le poisson brille de beaux reflets argentés sur un fond verdâtre. La caudale et l'anale sont lisérées de noirâtre; elles sont d'ailleurs, ainsi que les autres nageoires, décolorées.
La longueur de nos individus est de quatre pouces et demi à cinq pouces.
C'est un des poissons rapportes de l'Esséquibo par M. Schomburgk. Nous avons conservé à l'espèce le nom que les Indiens lui donnent.
Le Chalcée opalin.
(Chalceus opalmus , Cuv.)
Je puis déterminer le Ghalcée opalin de M. Cuvier avec autant de certitude que la première espèce, puisque j'ai sous les yeux
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les exemplaires qui ont servi à rétablissement de celle-ci. Comme le dit avec juste raison M. Guvier, ce qui distingue d'une manière tranche'e ce poisson du précédent,
c'est la petitesse de ses écailles : il y en a quarantecinq rangées le long des flancs. La ligne latérale est tracée vers le bas, concave, mais beaucoup moins marquée. Il faut encore ajouter à ces caractères plusieurs autres , qui ne laissent pas que d'avoir leur importance. La tête est proportionnellement aussi longue; mais l'œil est plus petit; les osselets sous-orbitaires sont beaucoup plus larges , notamment le troisième et le quatrième. Le premier est plus long. Quant aux dents, je les vois de même sur trois rangs aux intermaxillaires ; elles sont denticulées; mais le lobe du milieu est plus gros, et les latéraux beaucoup plus petits. Les dents des maxillaires sont plus nombreuses, parce qu'ils sont plus longs. A la mâchoire inférieure , les dents du milieu sont plus fortes ; les intermitoyennes beaucoup plus petites, et les dents coniques de la rangée interne sont rejetées vers la moitié postérieure de l'extrémité des branches, de sorte que l'arc moyen et interne de la mâchoire est lisse et sans dents. L'anale est longue et basse; la dorsale est un peu plus sur le milieu du corps ; la ventrale est plus avancée.
La couleur de ce poisson devait être brillante et à reflets opalins. A partir du dos jusqu'à la ligne
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latérale il y avait sept raies longitudinales arquées, d'un gris verdâtre, dont on trouve facilement les traces sur le poisson desséché depuis près de trente ans.
Ce poisson devient assez grand. Nous en possédons un exemplaire long de dix- sept pouces, originaire du Rio Tiquilenhonha ; il a été donné par M. A. de Saint-Hilaire, en août 1822. Les Guaranis le lui ont nommé Pirabanha.
Un autre exemplaire a été rapporté de Rio Janeiro par M. de Lalande.
A cette espèce appartient le G amazonicus de Spix 1 , car le poisson du zoologiste bavarois n'a point de tache noire à la base de la queue. MM. Muller et Troschel ont donc mal déterminé leur Brjcon amazonicus , il doit appartenir à l'espèce suivante.
Le Chalcée de Saint-Hilaire.
(Chalceus Hilarii, nob.)
M. de Saint-Hilaire avait rapporté avec l'espèce précédente un autre Chalcée brillant et opalin comme lui, mais qu'il est facile de distinguer par plusieurs caractères nettement tranchés. En effet, ce poisson