VIII. PREMIÈRE FAMILLE
LAMNIENS. LAMNÆ (1).
CaRAGrÈRES. — Ouvertures branchiales grandes et toutes situées au-devant des pectorales; évents extrèmement petits; 2° dorsale et anale très-peu volumineuses, de même dimension et opposées l’une à l’autre; des fossettes caudales et une carène de chaque côté de la queue, dont la nageoiïre est en forme de croissant, valvule de l'intestin en spirale.
Les dents varient dans les quatre genres que renferme cette famille, qui est cependant très-naturelle, en raison de la grande analogie des caractères extérieurs.
(1) L'un des noms grecs de la Lamie, dit Cuvier {R. an., ire édit., 1817, t. IT, p. 126). Voy. plus haut, p. 356, note 3.
PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES OU SQUALES.
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LAMNIENS. GENRE LAMNA. 405
Espèce unique. — Launa cornuBica (1), Cuv., R. an., 1" édit., t. II, p. 196, ou Squale-nesz.
Canis carcharias, Aldrov., De pisc., p. 383 et fig.
Porbeagle, Borlase, Nat. hist. Cornwalls, p. 265, pl. 26, fig. 4 (de porpoise ou porpus, marsouin, et beagle, chien).
Beaumaris shark, Pennant, Brit. x0o1., éd. 1776, t. IL, p. 198, pl. 17. Porbeagle et Beaumaris, éd. 1819, t. IT, p. 152 et 154, pl. XX (d’après le nom de la ville de Beaumaris, île d’Anglesey, habitée par Hugues Davies, qui avait transmis à Pennant un dessin et une description du Squale dont il s’agit).
Touille-bœuf, Loutre ou Taupe de mer, Duhamel, Pêches, 2 part., sect. IX, chap. V, p. 298, pl. XX, fig. 4.
Le nex, Broussonnet, Acad. des sc., 1780, p. 667. —? Sq. long-nex, Lacép., Hist. poiss., t. I, p. 216, descript. très-imparf., pl. 2, fig. 8.
Sq. cornubicus, Linn., ed. Gmelin, Syst. nat.,t. 1, p.1497, n° 25 (2).
Id., Goodenough, Trans. Linn. Soc., Lond.1797, t. III, p. 80, tab.15.
Id., Donovan, Brüt. fish., t. V, pl. CVIIL.
Lamna cornubica, Bonap., Iconog. faun., pl. 134, fig. 2, exclus. synon., part., et Cat. pesci europ., p. 18, n° 65. — Id., Agass., Poiss. foss., t. III, p. 287, tab. G, fig. 3a-3d. — Sq. cornub., Ekstrôm et Sundevall, Skandin. fiskar, trad. latine, p. 67, pl. 30, excellente.
Sq. monensis, Shaw, Gener. x00l., t. V, part. 2, p. 330. Le nom de Mona, que portait autrefois l'ile d'Anglesey, servait sans doute aussi pour désigner le Menai qui est le bras de mer par lequel elle est séparée du comté de Cornovan dans le pays de Galles : telle est l’origine de la dénomination employée par Shaw.
Häbrand, Sq. glaucus fossulis triangul. duobus in extr. corpore, Ascanius, Icones rerum natur., pl. 31, très-bonne.
Sq. selanonus, Walker MSS. in pictur.inedit., Leach, Werner., Soc. Mem., t. IL, part. I, [1812] 1814, p. 64, pl. IL, fig. 2, d’après ce dessin. Le nom spécifique est emprunté de celui du lieu où Walker trouva le poisson : le Loch Fyne {comté d’Argyle en Ecosse), dit par Ptolémée : Sinus selanonus (Fleming, Hist. brit. anim, p. 168 [3]).
(1) Habitat in mare Cornubiam (la Cornouailles) alluente, dit Gmelin (Linn., Syst. nat., t. I, p. 1497), d’après Borlase.
(2) Parmi les nombreux zoologistes qui ont parlé de ce requin sous le nom de Sq. cornubicus, je ne cite que ceux dont les descriptions sont ac compagnées de figures, la synonymie offrant peu d'incertitude.
(3) Fleming (loc. cit., p. 168) a décrit, d’après des documents inexacts, sous le nom de Selanonius Walkeri, un Lamna cornubica, dont il a fait le type d’un genre imaginaire qu'il caractérisait, à tort, par l'absence d’évents et d’anale.
406 PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES OU SQUALES.
Isurus cornubicus, Gray, Cat. fish. brit. Mus., Chondr., p.58.
Lamna cornub., Schl., Faun. japon., pisces, p. 304.—Id., Richardson, Report ichth. seas Chin. and Jap., p. 195. — Id., Krüyer Danmarks Fiske, t. U, p. 852, avec fig. — Id, Nilsson, Skandin. Faun. Fiskar, p. 718.
Porbeagle, Beaumaris shark, Yarr., Brit. fish., 3° édit., t. IF, p.498.
Id., Couch, Hist. fish. brit. islands, t. 1, p. 41, pl. VIT.
CARACTÈRES. — Corps arrondi et volumineux à sa partie moyenne, surtout chez les femelles, assez régulièrement fusiforme, ettrès-analogue à celui des Scombéroïdes, portion préoculaire du museau dépassant d’un tiers l’étendue de l'intervalle compris entre les yeux; narines deux fois plus près du bord antérieur de la bouche que de l'extrémité du museau, dont la portion pré-orale est égale à la longueur de la fente buccale, qui a des dimensions semblables à celles de sa largeur mesurée d’un angle à l’autre; dorsale antérieure un peu plus haute qu'elle n’est longue, plus éloignée des ventrales que des pectorales au-dessus de l'extrémité de la base desquelles elle commence; à angle supérieur arrondi, à bord postérieur presque droit, terminé par un angle court; 2° dorsale égale au sixième environ de la 1"°, située tout-à-fait au-dessus de l’anale, qui lui est exactement semblable pour la forme et pour la grandeur; lobe inférieur de la caudale plus court d’un tiers environ que le supérieur; pectorales deux fois aussi longues que larges; carène des côtés de la queue commençant au niveau de l’origine de la 2° dorsale et paraissant être, en quelque sorte, la continuation de la ligne latérale.
Les évents, très-petits, sont situés derrière les yeux, au niveau de la fin du premier tiers de l’espace compris entre le bord postérieur du cercle orbitaire et le bord libre de la 4" fente branchiale, sur le trajet d’une ligne oblique de haut en bas qui, partant de la pointe du museau, parcourant sa face latérale et traversant l’œil, viendrait se terminer un peu au-dessus de la limite du quart supérieur du bord libre de la fente branchiale antérieure.
Teinte générale d'un gris cendré noirâtre, blanche en dessous; angle postérieur des dorsales blanchâtre.
Habitat. — Mers de l'Europe, depuis le nord jusqu'à la Méditerranée, et mer du Japon. Les exemplaires du Musée de Paris viennent des côtes de France. M. Guichenot en a rapporté un d'Algérie.
LAMNIENS. GENRE OXYRHINE,. 407
IT. GENRE OXYRHINE. OXYRHINA 1), Agassiz, Poiss. foss., t, IT, p. 276, pl. G, fig. 2 et 24-24; pl. P, fig. 6.
Arzas, pl. 7, fig. 4. Dents (0x. Spallanxani).
CARAGTÈRES. — Museau en forme de pyramide triangulaire comme dans le genre Lamna; évents également très-petits ; nageoires, et particulièrement la caudale, de même forme; dents à bords lisses, sans cônes pointus ou mamelons dentaires à leur base, longues et épaisses, aplaties en avant, convexes en arrière; les tune plus allongées encore que les autres, eten forme de clous, celles qui les suivent prenant de plus en plus, à mesure qu'elles se rapprochent des coins de la bouche, une forme de triangle à bords tranchants; base des dents plus profondé- . ment échancrée que chez le Lamna, d’où résulte, entre les deux racines, un espace en forme de voûte plus ouverte en avant qu'à la face postérieure; pas de dents médianes ; de chaque côté du petit espace resté vide, deux grandes dents, et, au-delà, des dents plus basses qui, à la mâchoire inférieure, subissent une diminution graduelle, mais la 3° dent de la mâchoire supérieure, beaucoup plus petite que les suivantes.
L'absence de dentelures à la base des dents, même chez les sujets de grande taille, est le caractère essentiellement distinctif de ce genre comparé au genre Lamna, où ces dentelures manquent seulement dans le jeune âge; il n’y a donc pas lieu, contrairement à l'opinion exprimée par M. Sundevall (Skandin. Fiskar, Livr. 6, p. 68 de la trad. latine), de réunir les deux genres. D'ailleurs, comme l’a fait observer M. Agassiz, qui s’est fondé, pour établir le genre, sur l'examen de dents fossiles tout-à-fait comparables à celles des 0x. de notre faune, et provenant de plusieurs espèces distinctes, « les dents des poissons de ce genre se font remarquer par leur forme aplatie et élancée qui, dans beaucoup de cas, suffit pour les distinguer de celles bien plus étroites des vrais Lamna » (Poiss. foss., t. III, p. 276).
Tableau de la division du genre Oxyrhine en 3 espèces.
derrière la racine des{effilées et falciformes. . . 1. Spallanzanii.
pectorales qui sont lcourtes, non falciformes. . 3. punctatus.
1" dorsale
(é |. milieu de l’espace quilessépare desventrales. 2. glaucus.
(1) Ofo, pointu, aigu, gév, nez.
408 PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES OÙ SQUALES.
4. OXYRHINA SPALLANZANIT (1), Bonap., Iconogr. Faun. ital., pl. 136, fig. 1, et Catal. pesc. europ., p. 17, n° 64.
? Canis carcharias, Aldrov., De pisc., lib. II, cap. XXIIT, p. 388, fig. cop. par Jonston, De pisc., tab. VI, 6, et Ruysch, Thes., id., id.,
? Id., Aldrov., dents, p. 382 (2).
Cane di mare di Messina, Spallanz., Viags- due Sic., t. IV, p. 325 (descript. incomplète).
Oxyrhina gomphodon, Müll. Henle, Plag., p. 68, pl. 28.
Oxyrhina, Agass., Poiss. foss., t. Il, p. 276, pl. G, fig. 2, 2 a-2d.
Lamna, Owen, Odont., tab. 5, fig. 1, dents.
CARACTÈRES. — Museau long et pointu (portion pré-oculaire d’un cinquième plus considérable que l'intervalle compris entre les deux yeux); portion pré-orale du museau en forme de cône aplati en dessous, à peine plus courte que la fente de la bouche ; évents très-petits, directement derrière le bord postérieur de l’œil, d’aplomb au-dessus de l’angle de la bouche; 1° dorsale commençant à une petite distance au-delà de l’extrémité postérieure de la racine des pectorales ; à angle supérieur non arrondi, 2° dorsale très-petite, située juste au-dessus de l’anale qui a les mêmes dimensions: pectorales effilées, assez échancrées à leur bord postérieur et, par là même, falciformes, mesurant en longueur près du double de la largeur; caudale en croissant (grand lobe d’un quart environ plus long que l’autre); scutelles très-petites et non dentelées.
(1) MM. Müller et Henle citant (Plagiost., p. 191), à l’occasion de leur Ox. gomphodon (yéuvpoc, clou, et 6ôwvy, dent), le passage de la faune du prince où la présente espèce est décrite sous le nom dont je fais usage, la priorité appartient à la dénomination qu'il a, le premier, employée. Elle est, d’ailleurs, la reproduction de celle que Rafinesque a proposée, si, comme on est assez en droit de l’admettre, son Isurus Spallanzani (Indice, p. 60) est le même que ce Squale. Sa description, à la vérité, est très-incomplète, mais l’identité peut se conclure de la forme de la queue et des dents. Il est impossible de séparer nettement de l’Ox. Spall. son Isurus oxyrhynchus (Caratt., p. 12, pl. XIIL, fig. 1), qui, selon l'opinion de Cuvier (R. an., 2e édit., t. II, p. 389), est peut-être le Lamna cornubica.
(2) Cette synonymie est très-douteuse ainsi que la suivante :
Sg. rostratus, Sav. Macri, Mem. Acad. sc. Napoli, 1819, t. I, p. 55, tab. I, fig. 2, détestable; Sg. littoralis, Mitchill, Am. monthly mag., t. IE, p. 322, descript. très-incomplète reproduite par Lesueur, Journ. Acad. nat. sc. Fhilad., t. T, part. Il, p. 224, par Dekay, N.-York fauna (fishes), p. 351, et par Storer, Synops. fish N.-Amer. ( Mem. Am. Acad., nouv. série, t. I, p. 503).
Id., spec. of uncertain genus, Gill, Cat. fish. east. coast N.-Amer., p. 60.
LAMNIENS. GENRE OXYRHINE, 1-3. 409
Les dents sont placées sur quatre rangs et très-allongées ; les antérieures d'en haut sont longues de 0%.036; la 3e a 0.016, la 4e, 0.021, la 5° 0.024, puis leur hauteur va en diminuant jusqu’à la 13e ou dernière; les premières dents de l’arc inférieur sont semblables pour leurs dimensions à celles du haut, avec cette différence que la diminution de longueur commence dès la 3° et se continue sans interruption.
Habitat. — L'espèce a été décrite par MM. Müll. et Henle, d’après le spécimen unique du Musée de Berlin, pêché dans l'Océan ; mais ils ont eu occasion, comme ils le disent dans leur Supplément, p. 191, de voir, dans les Musées de Vienne et de Padoue, des individus provenant de la Méditerranée. L'origine de l’un de ceux du Muséum (8.21), n'est pas indiquée. L'autre, de 2.81, que j'ai pu étudier à l’état frais, a été pris à la Rochelle.