‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 107 sur 216 · X. TROISIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

X. TROISIÈME FAMILLE

ALOPÉCIENS. ALOPECIÆ (1).

CARACTÈRES. — Lobe supérieur de la queue fort prolongé, presque aussi long que le reste du corps, d’où résulie une apparence extérieure très-remarquable qui suffit, à elle seule, pour faire distinguer ce Squale de tous les autres, museau court et conique ; évents excessivement étroits ; narines très-peu considérables, munies d’une courte valvule; fentes branchiales petites, dont les deux dernières, très-rapprochées l’une de l’autre, sont au-dessus de la racine de la pectorale; dents semblables, aux deux mâchoires, si ce n'est que les supérieures sont un peu obliques en dehors, plates et triangulaires, sans dentelures et tranchantes sur leurs bords; pas de dent médiane; 2% dorsale et anale singulièrement petites, cette dernière un peu plus reculée que l’autre; scutelles très-peu volumineuses, à 3 carènes à peine saillantes, de sorte que la peau est presque lisse; valvule de l'intestin en spirale.

J. Müller (Nachtrag zu der Abhandl. über die Wundernetxe an der Leber des Thunfisch. in : Abhandl. Akad. Wissensch., Berlin, 1835, p. 326) a déterminé très-nettement le rang que ce Squale remarquable

(4) >Alonexias, qui tient du renard. — Voy. p. 310 et p. 340, Tribu II.

ALOPÉCIENS. GENRE ALOPIAS. : 491

doit tenir, comme type d’une famille particulière, dans l’ordre des Plagiostomes, et qui est celui qu’il occupe ici.

. GENRE UNIQUE.—RENARD. ALOPIAS,Rafin. (1) Caratt., p.12.

Les caractères sont ceux de la famille.

Espèce unique. — ALopras vuLPES, Bonap., Icon. faun. it., pl. 134, fig. 1, et Cat. met. pesci europ., p. 18, n° 66 (2).

Vulpes, Rond., De pise., lib. XI, p. 387; Renard, Id., Hist. Poiss., liv. XIII, p. 303, copiée par Gesner De aquat., lib. IV, p. 4043.

Simia, Belon, De aquat., p. 65, et Singe de mer, Id., Nat. et divers. des poiss., p. 88, description beaucoup plus complète.

Vulpecula, Salviani, Hist. aquat., p. 134, pl. 42, copiée par Willughbey, Hist.pisc., tab. B6, fig. 2; par Jonst., De pise., tab. VIL fig. 3.

Cercus, 3. Caïus britannus (John Keys), De rariorum animal. hist., à la fin de son livre : De canibus britann., 1570, p. 111, éd. 1729 [3).

Vulpecula marina, Aldrov., De pisc., p. 396, fig. assez exacte. Le Squale représenté p. 397 : Vulpec. alia, rapporté à la même espèce, n’y ressemble un peu que par la forme de la queue; il en diffère par celle de la tête, des dents et des nageoires, et il n'a pas d’anale.

Renard marin, Perrault, Mém. Ac. des sc. avant 1699, t. IL, pl. 15 et 16 (avec 2 anales symétr. comme les ventrales, mais bonne fig. du reste, avec détails anat. : valv. en spirale de l’intest.) ; cop. en part. par Blasius, Anat. anim., pl. LI, fig. 10 et 11.

Long-tailed shark, Pennant, Brit. x0ol., Fishes, éd. 1812, t. IT, p.145, pl. XVII, inexacte pour la posit. respect. de la 2° dorsale et de l’anale, qui est représentée double.

Renard marin, Duhamel, Tr.des pêches, partiell, sect. IX, chap. IV, art. Il, p. 303, pl. XXI, fig. 1 et 2 très-exactes. :

(1\ On trouve ’Akwmeuec, les renards, et älwméxwv, Chez Aristote, Hist. anim. livre IX, ch. XXXVII, 52, où il dit (trad. Camus) : les chiens de mer surnommés Renards… et livre VI, ch. X; mais Rafinesque a, le premier, employé, comme désignation générique, le mot Alopias, dérivé de donné, renard. À cause de ce droit de priorité, MM. Müller et Henle ont dû abandonner, quoiqu'il fût mieux construit, le mot Alopecias dont ils s'étaient d’abord servi (Mag. nat. hist., 1838, t. Il, p. 88).

(2) La physionomie toute spéciale de ce Plagiostome ne laissant aucune incertitude sur sa détermination, et le nom de Sgq. vulpes ayant presque toujours servi à le désigner, il me semble inutile d’énumérer tous les ou vrages où il est mentionné. Je me borne à indiquer ceux qui renferment des figures ou des dénominations particulières.

(3) Il donne, après une courte description, cette explication singulière du nom vulgaire du Renard: Britanni et Hispani CHERKE appellant, à caudæ (reor) longitudine et miraculo. Nam xéouos, græcis cauda est latinis.

499 PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES OU SQUALES.

Sq- cauda longioré quam ipsum corpus, Artedi, Genera pisc., p.68, n° 8; Syn., p. 96; Gen., ed. Walbaum, p. 508 et Syn. ed. Schneider, p. 138, n° 8.

Sg. vulpes, Linn. ed. Gm. Syst. nat., t. 1, pars IT, p. 1496, n° 23.

Alopias macrourus, Raf., Caratl., p.12, et Indice, p. 45, n° 398.

La Faulx ou Renard (Carch. vulp.), Cuv., R.an., 1" 6d.,t. If, p.126.

Thresher (1) or Long-tailed shark, Mitchill, Trans. litter. and phil. Soc., N.-York, 1815, t. 1, p. 482. — Carcharinus vulp., BI., Prodr., p.191.—S9. vulp., Bl., Id., Faunefr., p.94, pl. 14, fig. 1.—Fox-shark, Yarrell, Brit. fish., 3° édit., t. Il, p. 512, fig. inexacte pour la posit. de la 2 dorsale. — Carch. vulpes, Dekay, Faun. N.-York, fishes, p. 348, pl. 61, fig. 199. — Alopias vulpes, Müll., Henle, Plag., p. T4, pl. 35, fig. 1, dents.—Jd., Gill, Cat. fish. cast. coast N.-Amer., p. 60.

Carch. vulpes, Guich., Expl. Alq., p. 124, et Hist. Chili, CI. Gay, Zool., t. I, p.363.—Al. vulp., Krôver, Danmark’sFiske, t. I, p.929 et 937.— Thrasher, Couch, Hist. fish. brit. islands, t. 1, p. 37, pl. VI.

CARACTÈRES. — Tête courte, en raison de la brièveté du museau qui a la forme d'un cône très-peu prolongé; sa portion pré-oculaire est d'un cinquième environ plus petite que l'intervalle compris entre les yeux; narines plus éloignées de l'extrémité du museau que du bord antérieur de la bouche; première dorsale un peu plus haute que sa base n’est longue, légèrement effilée vers son sommet, à angle suptrieur arrondi, non proéminente en arrière, 7 fois plus haute que la 2° dorsale, qui n'a que 0".03 d’elévation chez un sujet de 3.09; anale semblable à cette dernière; grand lobe de la caudale égal à la moitié de la longueur totale; pectorales effilées, falciformes, une fois plus longues que larges.

Les évents sont si peu considérables, qu'il n’y a pas lieu de s'étonner de l’omission qui en était faite dans les descriptions des zoologistes, avant que MM. Müller et Henle eussent démontré la communication avec la cavité buccale, d’un très-petit pertuis situé directement derrière l’œil dont il est éloigné par un intervalle qui représente une fois et demie environ l'étendue de la fente oculaire. Ainsi, chez un sujet où elle mesure 02.035, je trouve une distance de 0.050. Les fentes branchiales sont courtes : la première, à peine plus longue que la cinquième, a seulement 0.08 chez un individu de 3.09.

Chez ce même sujet, le grand lobe de la caudale a 1.62, c'est-à-

(1) Ou bien Thrasher, c'est-à-dire frappeur. Au dire de Borlase (Nat. hist. of Cornwall, p. 265), le Renard se sert de sa queue pour frapper la baleine, le moins agile et le plus volumineux de ses ennemis, lorsqu'elle vient respirer à la surface de l’eau ; et même, ajoute-t-il, d’après un témoin oculaire, le combat peut durer plusieurs heures. N'est-ce pas là une de ces erreurs des gens de mer trop facilement admises et propagées?

HÉTÉRODONTES. 493

dire plus de la moitié de toute la longueur; chez un autre, il est encore plus considérable : 0,83 sur 1.53; chez un 3 long de 4m.17, il a 0m.60; chez un 4° long de 2.54, il mesure 1.27, et 2 mètres, chez le plus volumineux spécimen, dont la taille est de 3%,95; le lobe inférieur est à peu près égal au dixième de la longueur du grand lobe; la saillie que celui-ci porte à son bord inférieur, vers son extrémité,

représente tout-à-fait, par sa forme, un petit lobe, mais ses dimensions sont beaucoup moindres.

Teinte générale : gris bleuâtre en dessus, blanchâtre en dessous.

Habitat. — Méditerranée et Océan où il est pêché sur les côtes de France, d'Angleterre et d'Amérique. Le Muséum, parmi ses exemplaires, en a un pris au cap de B.-Espér. par M. J. Verreaux.

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