XI. QUATRIÈME FAMILLE
HÉTÉRODONTES. HETERODONTI (1).
CARAGTÈRES. — Tête courte, mais volumineuse, surmontée de crêtes sus-oculaires très-saillantes; bouche terminale, ouverte à l'extrémité du museau, où sont placées les narines qui se confondent avec elle à son bord antérieur et sont munies d’une valvule enroulée en dedans; évents étroits, mais très-visibles, au-dessous des yeux; dents tout-à-fait différentes de celles des autres Squales, et servant, en raison même de leur forme en pavé, non à retenir, à déchirer ou à couper une proie, mais à broyer des aliments durs; fentes des branchies petites et dont les trois premières seules sont placées au-devant des pectorales; un aiguillon au bord antérieur de chaque dorsale et engagé dans leur épaisseur; queue courte, à lobe supérieur séparé de l'inférieur par une échancrure semi-lunaire ; peau rude, à scutelles assez volumineuses en forme de tubercules plus saillants à la région supérieure (Arzas, pl. 8, fig. 11-15) sous le nom de Cestracion Phil. (Voy. p.310 et p.340, Tribu IT).
Cette famille, très-nombreuse dans les plus anciennes périodes géologiques, y était représentée par différentes espèces que M. Agassiz a rapportées, d’après le système dentaire, à des genres analogues entre eux, il est vrai, mais cependant bien distincts. De nos jours, au con-
(1) Heterodontus (£xepoc, différent, et 68ovc, dent) ; dentibus heferoclilis, (Sg. Phillipi), Blainv., 1816, Prodr. in : Nouv. Bull. des sciences, p. 121). Ce nom a la priorité sur celui de Cestracion employé par Cuvier (R. an., 1re édit., 1817, t. II, p. 129), qui l’a détourné, sans en donner le motif, de son acception primitive, Klein (Missus LIL, p. 12) l'ayant appliqué, le premier, au Sq. marteau. — Le mot Helerodontus ne fait pas double emploi, malgré la conformité d’étymologie, avec le mot Heterodon, Latreille (couleuvre).
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traire, les Hétérodontes, de même que plusieurs autres groupes caractéristiques des premiers dépôts sédimentaires, sont très-rares. Elle ne renferme maintenant, qu'un seul genre et trois espèces.
GENRE UNIQUE. — HÉTÉRODONTE. HETERODONTUS, Blainv. (1).
CARACTÈRES. — Mâchoires plus prolongées en avant que chez les autres Squales et moins différentes de celles des poissons osseux, portant, l’une et l’autre, des dents semblables, dont les antérieures plus petites que les autres, dentelées à leur extrémité libre dans le jeune âge, à pointe unique plus tard, sont tout-à-fait aplaties, mousses et circulaires chez les vieux individus; derrière ces dents, d’autres plus grandes, à surface plane, formant des séries hélicoïdes de bourrelets fusiformes, comme l’a dit M. Agassiz, et dont l'assemblage, suivant l'expression de Cuvier, représente certaines coquilles spirales; pli labial inférieur très-long, mais caché dans sa moitié postérieure, quand la bouche est fermée, par Le lobe labial postérieur qui le recouvre en partie.
Tableau de la division du genre Hétérodonte en 3 espèces.
n’atteignant pas le lobe infé- au-dessus des pec-
rieur delacaudale;1"e dorsale RSC Lune Du Anale en ATHAÈTE 0 2 2 OO atlelenantCe lobe PRET INE ANR ES RARES 3. Francisi.
4. HeteronontTus Pnizcipi, Blainv., Prodr., in : Nouv. Bull. des Sciences, 1816, p. 121.
ArTzas, pl. 3, fig. 7-15, dents et scutelles (Cestracion Phill.).
Port Jackson Shark, Phillipp, Voy. to Botany-Bay, 1789, p. 283, fig.
Sq. Phillipi, Lacép., Poiss., t. 1, p. 218. — Id., Bloch, Schn., Syst. posth., p. 134 (dents rhomboïdales et dents {ricuspidées). Cestracion Phillipi, Cuv., R. an., re éd., t. IT, p. 129; 2 6d., id., p. 391, et édit. illustr. Poiss., pl. 115, fig. 3, mâchoires.—Id., Lesson, Voy. de la Coquille, expéd. Duperrey, t. Il, 4" partie, p. 97, pl. 2,
(1) Quoique le genre soit unique à l’époque actuelle, et représente ainsi le groupe, il est cependant nécessaire d’en donner la diagnose, celle de la famille s'appliquant, en raison de la généralité des termes dont elle se compose, à ce genre-ci autant qu'aux genres éteints qui en diffèrent, d'une façon notable, par la conformation des dents.
HÉTÉRODONTES. GENRE HETERODONTUS, 4. 495
Poiss. — Id., Müll., Henle, Plag., p. 76, pl. 31, d’après un dessin fait par Bürger au Japon. — [d., Schl., Fauna japon., pisces, p. 304. Cestr. xebra, Gray, Zoolog. miscell., 4831, p. 5. — Id.. Richardson, Rep. ichth. China, p. 195. — Heterodontus xebra, Gray, Cat. fish. chondr. p. 65. — Id., Blkr, Ichth. Japan, in : Verhandl. Batavian. genotsch., XXNI (Cesir. xebra, Id., Enumeratio, p. 208, n° 2179). Les dents ont été figurées dans le Catal. du cabinet de Dawvila, t. I, 29; par M. Agassiz, Poiss. foss., pl. D, fig. 11-19; par M. R. Owen, Odontogr., pl. 10, fig. 4, et pl. 11, fig. 2.
CARACTÈRES. — Tête volumineuse, arrondie en avant, à museau mousse, courte et haute: crêtes surciliaires commençant à une petite distance au-dessus de la première fente branchiale et montant assez brusquement jusqu'au-dessus des yeux, où elles forment les bords d’une sorte de sillon sus-céphalique, puis dirigées en avant et en bas, par suite de la déclivité de la tête; pectorales d’un cinquième seulement plus longues que larges, à bord postérieur droit et à angle externe arrondi; 1% dorsale commençant juste au-dessus de l'extrémité de la base des pectorales, un peu plus haute que sa base n’est longue, et ne dépassant pas beaucoup, par ses dimensions, la 2° dorsale, dont l’origine est tout-à-fait derrière le bord postérieur des ventrales ou un peu au-delà; elle s'étend, par son angle postérieur, jusqu'au-dessus du milieu de l’anale ; angle postérieur de celle-ci séparé de la naissance de la caudale par un intervalle plus long que sa propre base.
La tête, depuis l'extrémité du museau jusqu'à l’origine des pectorales, est moins longue que ces nageoires, qui cependant sont courtes.
Les dents antérieures, plus petites que toutes les autres, sont pointues, si ce n’est tout-à-fait en avant chez les sujets âgés ; elles forment, de chaque côté de la rangée médiane, 6 rangs obliques d'avant en arrière, composés chacun de 42 à 1% dents ; ils sont suivis de 5 rangées offrant la même obliquité et où, suivant la grandeur des dents, leur nombre varie, mais ne descend pas au-dessous de 6 à 7 sur la mâchoire supérieure, ni de 7 ou 8 sur l’autre mâchoire; elles sont mousses, rhomboïdales, plus longues que larges, à surface convexe, et augmentent de dimensions depuis le ‘rang jusqu'au 5°; derrière ces grandes dents, il y a 3 autres rangées où le nombre et le volume des pièces qui les composent, subissent une diminution graduelle.
La largeur d'avant en arrière des aiguillons dorsaux, leur épaisseur et, par suite, la profondeur de leur sillon augmentent avec l’âge, mais il n’en est pas de même pour la hauteur qui, chez le plus grand de nos individus, est égale ou même un peu inférieure à celle des aiguillons de sujets moins longs, où ils sont plus minces et plus aigus.
Les scutelles ont une forme toute particulière, dont les figures 11-15
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(pl. 3) donnent une idée beaucoup plus nette que ne pourrait le faire une description, sur les régions inférieures, elles ressemblent à des fers de flèche, dont la pointe médiane est dirigée en arrière; les supérieures, ainsi que les latérales, et les petites comme les grandes, sont eruciformes : la rudesse de la peau est due à la saillie de l’extrémité postérieure de la branche longitudinale de cette sorte de croix; sur les crêtes surciliaires où elles ont plus de volume, les scutelles n'offrent pas la même régularité. Sous les pectorales et à l'extrémité antérieure de la tête, elles sont presque sphériques.
Système de coloration. Trois exemplaires, dont l’un, dans Palcool, rapporté du Port-@u-Roi-Gcorges par MM. Quoy et Gaimard, et un autre pêché également sur les côtes de l'Australie, sont identiques à l’individu très-exactement figuré dans la relation du voyage de Philipp. Ils sont d’un brun jaunätre, plus elair en dessous : le front, au-dessus des yeux, est traversé, d'un côté à l’autre, par une bande dont la largeur égale à peu près leur diamètre, et qui se prolonge sur les faces latérales en s’élargissant; derrière elle, naît une bande médiane de la même nuance et de la même largeur; au niveau de l’origine de la 4"* dorsale, elle se bifurque en envoyant en bas chacune de ses branches qui se divisent elles-mêmes en deux portions : la première passe derrière les fentes branchiales, décrit une courbe à concavité antérieure et s’efface au niveau de la base de la pectorale; la seconde branche, dirigée en arrière, se prolonge sur la face supérieure des ventrales; derrière la 1'° dorsale, la ligne brune du dos se continue, puis se divise, au niveau de la dorsale postérieure, en 2 branches qui en entourent la base et se réunissent audelà pour reprendre le trajet primitif et disparaitre sur le commencement du lobe supérieur de la caudale. Une bande latérale plus ou moins marquée s'étend depuis les ventrales jusqu’à la queue.
Chez un autre spécimen, la bande du dos est beaucoup plus foncée, presque noire, et de grandes maculatures dela même teinte sombre, telles que les représente la planche citée de Lesson, se voient sur les parties latérales du corps et sur les nageoires verticales.
Les individus originaires du Japon, à bandes transversales (Cestr. xebra, Gray), semblent former une variété de climat constante, et qu'on pourrait nommer, pour cette raison, Cestr. Phillipi, var. Japonica, nul caractère spécifique autre que celui du système de coloration n'ayant été assigné à cette prétendue espèce.
Habitat. — Tous les exemplaires du Muséum sont originaires de l'Australie. L'espèce est abondante au Japon. Le plus grand a 12.08.
9. Hererononrus (CEsTRAcION) Francis, Girard, Proceed. Acad. nat. Sc. Philad., 1854, t. VIE, p. 196.
Id., \d., Explorat. and surveys for a railroad route from the Mississipi to the pacif. Ocean, Fishes, 1858, p. 365.
HÉTÉRODONTES. GENRE HETERODONTUS, 9, à. 497
CARACTÈRES. — Bord postérieur des ventrales dépassant un peu l’origine de la 2° dorsale ; anale très-reculée et atteignant, par son sommet, le lobe inférieur de la caudale qui, au lieu d'être arrondie à son extrémité, présente une petite échancrure correspondant à l'extrémité de la colonne vertébrale; crêtes sus-oculaires beaucoup plus saillantes que chez l'Het. Phill. ; nageoires généralement plus grandes, quoique de même forme; dents antérieures à trois ou cinq dentelures.
Teinte générale d’un gris jaunâtre en dessus, plus foncé dans le jeune âge, d’un jaune clair en dessous.
Habitat. — Baie de Monterey {Californie} : 0.60; inconnu au Muséum.
3. Hereroponrus (CEsrrACION) Quoyi, Fréminville, Mag. ool., .1840, pl. 3, et texte explicatif.
Arzas, pl. 3, fig. 16 et 17, dents antérieures.
Cestracion pantherinus, Val., Voy. de la Vénus, comm. Dupetit- Thouars, Atlas Poiss., pl. 10, fig. 2, sans texte, 1845.
CarAcTÈRES. — Tête proportionnellement moins volumineuse que celle de l'H. Phill.; museau moins déelive et moins obtus; 4'e dorsale plus reculée, commençant assez notablement en arrière de l'extrémité de la base des pectorales, de sorte que son extrémité postérieure se prolonge plus loin au-dessus des ventrales; 2 dorsale également plus reculée et, par conséquent, plus éloignée du bord postérieur des ventrales; elle empiète cependant moins sur l’anale qui est aussi plus rejetée en arrière, sans que l'intervalle compris entre cette dernière et la caudale soit diminué ; aiguillons des dorsales plus courts; dents antérieures tricuspides, à pointe médiane plus longue que les latérales (caractère du jeune âge?).
Teinte générale d'un brun roussâtre parsemé, sur les régions supérieures et latérales, ainsi que sur toutes les nageoires, de taches rondes et noires, rappelant tout-à-fait, par leur volume et par leur disposition irrégulière, celles du Scyllium catulus (p. 318).
Habitat. — L'exemplaire unique de cette espèce, type du Cestr. panth., Val., a été rapporté des iles Gallapagos par Léclancher, chirurgien de la Vénus. Il est long de 0.46.
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