‹ Histoire naturelle des poissons, ou, Ichthyologie générale (volume 2)Chapitre 11 sur 216 · II. NAGEOIRES IMPAIRES · texte numérisé non relu

II. NAGEOIRES IMPAIRES

Ces nageoires, et je ne parle en ce moment que des dorsales où épiptères, et de l'anale ou hypoptère, ne sont pas unies au squelette comme chez les poissons osseux. [n'y a point ici les rayons ou os interépineux qui, simulant en quelque sorte des apophyses épineuses accessoires, pénètrent par une de leurs extrémités entre les véritables apophyses de ce nom, et supportent chacune par leur extrémité opposée l’un des rayons de la nageoire.

A. “si nous étudions d’abord ces organes du mouvement chez les Squales, où ils sont beaucoup Dis développés que chez les Raies, voici comment ils sont unis d’une façon médiate à la colonne vertébrale. |

Le plus habituellement, une membrane fibreuse, partant de la ligne médiane, est étendue jusqu’à la base des nageoires dorsales et anale, et supporte la première série des rayons dont elles se composent. C’est donc à l’aide de ce tissu fibreux qu’elles sont attachées à l’épine dorsale, mais sans contracter avec elle d’adhérence intime.

Les rayons forment trois séries horizontales superposées. Leur nombre, toujours très-supérieur à celui des vertèbres auxquelles ils correspondent, varie suivant la longueur des nageoires. Leur hauteur n’est pas semblable dans toute l'étendue d'une même série, et sous ce rapport, elles sont toutes les trois dissemblables entre elles.

Chez d’autres Squales à épiptères munies de rayons épineux dont je parle plus loin (p. 44), chez l'Acanthias vulgaris en particulier, ces petites tiges cartilagineuses sont remplacées par des lames de même substance, ou par une grande pièce surmontée de cartilages plus petits, de forme quadrilatérale. Dans la Squatine vulgaire, qui manque également de nageoire anale, la base des épiptères est formée par des prolongements analogues à ceux qui précèdent ces nageoires, et qui, comme je l'ai déjà dit (p. 19), constituent en ie sorte des apophyses épineuses; mais ceux des nageoires sont plus larges et moins hauts que ces derniers. Leur extrémité supérieure supporte les petites plaques cartilagineuses disposées sur trois rangs, et tenant lieu des rayons g “ae qui constituent la ee de ces

mêmes nageoires dans les autres Squales. Chez la Squatine, chez l’Acanthias et autres Spinaciens, il y a, entre la colonne vertébrale et les nageoires, une union plus parfaite que dans les Squales ordinaires. Chez ceux-ci, en effet, leurs rayons sont maintenus contre le rachis uniquement par du tissu fibreux, tandis que Les grandes pièces cartilagineuses qui viennent d’être décrites se fixent par leur base à la colonne vertébrale.

La nageoire caudale ou uroptère est formée par une seule série de rayons en dessus comme en dessous de la colonne vertébrale. Ceux du lobe inférieur, égaux en nombre aux vertèbres, sont comme les apophyses épineuses des arcs inférieurs, ainsi que je l'ai dit plus haut (p. 20).

Dans l’autre lobe, ce sont des cartilages mdépendants de Vaxe central du squelette, et qu’on peut d'autant moins considérer comme des apophyses épineuses supérieures, que, le plus habituellement, leur nombre ne correspond pas à celui des vertèbres.

Ces rayons, tant les inférieurs que les supérieurs, présentent entre eux, suivant les genres et même aussi suivant les espèces, des différences dont il est important de tenir compte pour les déterminations zoologiques.

Ce qui frappe tout d'abord dans l'apparence générale de l’uroptère des Plagiostomes, c’est que, comme celle des Chimères, des Siurioniens et de tous les poissons antérieurs à l’époque jurassique, elle est irrégulière. En d’autres termes, elle n’est point formée de deux moitiés parfaitement semblables, composées chacune au-dessus, comme au-dessous de la ligne médiane, d'un nombre égal de rayons offrant entre eux, quand ils occupent Ja même position soit en haut, soit en bas, une similitude parfaite de longueur et de volume.

Il n'y a donc pas chez eux, à l’état adulte du moins, l'homocercie longtemps considérée comme un caractère absolu des poissons osseux, mais à tort, ainsi que M. Huxley, dont je fais connaître plus loin les recherches, l’a démontré. L'irrégularité de la nageoire caudale a été nommée par opposition hétérocercie. Elle résulte du changement de direction de la portion postérieure du rachis, dont les dernières pièces diminuent de plus en plus de volume. Cette région terminale ainsi déviée et de longueur variable suivant les genres, décrit une courbe plus ou moins fermée, dont la concavité, dirigée en bas, supporte le plus grand nombre des rayons de la nageoire caudale. M. Vogt (Embryologie des Salmones, in Hist. des poiss. d’eau douce de

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M. Agassiz, 1849, p. 257) et ce dernier (Rech. sur lespoiss. fossiles, 1833-48, t. I, p. 102) ont été trop loin en considérant le bord supérieur de la colonne vertébrale, comme ne portant aucun des rayons de cette nageoire.

IL est positif, selon la remarque de Müller, que chez quelques Plagiostomes, et je citerai en particulier la Squatine comme étant à peu près homocerque, on voit des rayons s'insérer sur le bord convexe de l'arc formé par le bout postérieur de l’épine dorsale. Le plus souvent, cependant, il n’y en a qu'à son extrémité la plus reculée et en petit nombre; il est alors surmonté, dans presque toute son étendue, par un simple repli cutané mou et sans rayons, ne représentant donc pas une véritable nageoire. Celle-ci surtout, en réalité, est constituée par les rayons inférieurs et par la portion des téguments qui les recouvre.

Presque nulle chez les Raïes, et médiocrement haute chez les Roussettes, où elle est assez allongée, mais sans lobe inférieur bien manifeste, l'uroptère offre les dimensions les plus considérables dans les Requins proprement dits. Là, par suite de la longueur des premiers rayons, il se forme, vers l’origine de la nageoiïre, un prolongement qui, se portant en bas et un peu en arrière, devient le lobe inférieur et antérieur.

Il a, chez certaines espèces, une hauteur presque égale à l'étendue de la portion horizontale de la nageoiïre ; quelquefois même il la dépasse. Souvent, le lobe longitudinal présente une ou plusieurs échancrures. Je me borne ici à des indications trèssommaires, mais dans l’histoire de chaque genre, l’uroptère devra être décrite avec soin, en raison des caractères distinctifs qu'elle fournit. Dans ce moment, il importe surtout de constater que, par sa forme, la nageoire caudale est fort différente de celle des poissons osseux de l'époque actuelle.

Cependant, ces dissemblances très-manifestes ne sont pas si absolues qu'on est porté à le supposer quand on se borne à l'examen de cette portion du squelette chez les animaux adultes. Ainsi, dans l'embryon des Gyprins qu'il a soumis à son observation, M. de Baër, dont les travaux ont si bien fait connaître le mode de formation et la marche du développement des organes, a noté une déviation de la portion terminale de la corde dorsale tout-à-fait comparable au changement de direction du rachis qui vient de nous occuper; c Po. qu'au 5° jour de l’éclosion, il a vu l'extrémité terminale s'infléchir en haut, ce qui, dit-il, rappelle la disposition permanente chez

les cartilagineux (Untersuch. Entwickelungsgesch, Fische, etc., 1835, p. 36). La même courbure de l'extrémité de la corde dorsale a été observée par M. Vogt dans l'embryon de la Palée (Coregonus palæa), quelques jours avant l’éclosion, et en six semaines à peu près, elle atteint sa plus grande hauteur (Embr. des Salmones, p.256).

Ce fait a été bien étudié également par Heckel (Uecber das Wirbelsaülen Ende bei Ganoiden und Teleostiern in Sitzungsberichte der math. naturwiss. Classe Akad. Wissensch., Wien, 1850, p. 143-148). S'attachant à l'examen du mode de terminaison de la corde dorsale, non-seulement chez les poissons osseux de notre époque, mais chez ceux des terrains anciens, 1l a vu l'extrémité de cette corde se dévier. De plus, 1l a constaté que, parfois, elle reste nue et n’est pas protégée par du tissu osseux, dont l'absence est prouvée dans les fossiles par l’espace vide qu'a laissé entre les pièces solides la destruction du tissu qui, pendant la vie, n'était que cartilagineux.

. Ge défaut d’enveloppe osseuse du bout de la notochorde, se remarque aussi dans le petit nombre d'espèces de la faune actuelle qu'on peut rapporter à l’ordre des Ganoïdes.

Chez d’autres, au contraire, des pièces latérales, disposées en forme de toit, protègent cette portion terminale qui, pas plus que chez les précédents, n’est ossifiée. Les Salmonoïdes offrent cette disposition, et, par ce motif, Heckel à proposé pour les espèces où elle se remarque, la dénomination de Steguri.

. Ou bien, enfin, cette extrémité est enveloppée dans la cavité de la moitié antérieure du corps de la dernière vertèbre.

Sans exposer d'une façon plus complète ce travail de Heckel, je m'arrête seulement à ce fait, que l'hétérocercie n’est pas une exception, car, même chez les poissons homocerques, les rayons de l’uroptère ne sont pas disposés en deux portions égales, l’une supérieure et l’autre inférieure, à la région exirême de la colonne vertébrale. Cela est si vrai que, à la suite d’une description du mode de terminaison de la notochorde, où la division des poissons en trois groupes d’après ce caracière, est proposée, comme dans le travail de Heckel, M. Stannius conclut (Zootomie der Fische, p. 29 et 30, in 2° édit. de Lehrbuch der vergleich. Anat.) en disant : « Beaucoup de poissons qui passent pour homocerques, montrent des traces évidentes de leur hétérocercie primitive.» Ainsi, quoique déguisée, cette disposition irrégulière persiste cependant. Chez les Sal-

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monoïdes, surtout, le fait est évident, et également chez les Epinoches, comme l'ont montré les recherches de M. Huxley, surde très-jeunes embryons et sur des animaux adultes (Quarterly journal of microscop science, 1859, t. VIE, p. 33-44). La planche (IT) qui accompagne son Mémoire représente-quatre phases du développement de la nageoire caudale de l’Epinoche, jusqu’à l'état parfait. Il conclut d’une façon très-nette, en faisant observer que c'est un poisson excessivement hétérocerque, tous les rayons principaux de la nageoire étant développés au-dessous de la colonne vertébrale. Il l’est autant qu'un Esturgeon et plus, parmi les Plagiostomes, qu'une Roussette ou qu’une Squatine. En outre, cette étude le démontre, ce poisson acanthoptérygien offre, sous ce rapport, une structure semblable à celle du Saumon, c’est-à-dire d’un Malacoptérygien.

Il y a cependant une différence: dans l’Epinoche adulte, la notochorde est entourée par une paroi ossifiée dans toute son étendue, et chez le Saumon, au contraire, elle reste toujours sans enveloppe osseuse, c’est-à-dire dans le même état que chez l'Epinoche non encore arrivé à toute sa croissance.

En résumé, les recherches de M. Huxley sur ce sujet, confirmées en partie et étendues par M. Koelliker, dans le travail que j'ai cité plus haut (p. 9), en parlant de l'extrémité terminale du rachis, amènent l’anatomiste anglais à cette conclusion : Dans l'hétérocercie des poissons osseux, il y a deux variétés de structure bien marquées. Dans l’une, à laquelle appartiennent les poissons qui pourraient être dits à queue gymnochorde, Vextrémité de la corde dorsale n’est pas protégée par une paroi ossifiée. Dans l’autre variété, rentrent ceux auxquels conviendrait le nom de poissons à queue stéganochorde, à cause de l'enveloppe osseuse ou urostyle, qui protège la portion terminale de la notochorde, et qu’il considère comme représentant les corps de deux vertèbres.

À quelque variété qu'ils appartiennent, les poissons osseux, en définitive, sont toujours hétérocerques, d'après les observations de M. Huxley.

Or, une contre-partie de cette proposition, et bien inattendue, a été récemment donnée par M. Van Beneden (Bull. Acad. Bruxelles, t. XI, et Ann. sc. nat., 4° série, 1861, t. XV, p. 124- 128). Get habile naturaliste a constaté que chez le Spinaæ acanthias : « à l’époque où les nageoires du dos commencent à surgir, la corde dorsale se termine en arrière par un léger renflement de la plus parfaite symétrie. » Il n’y a pas trace d'hé-

térocercie. Ge fait jette un jour nouveau sur le peu d’importance de la distinction à établir entre les poissons, selon la structure de la queue (1).

Il est maintenant à peine utile de rappeler que la plus grande différence se manifeste, à l’âge adulte, dans la caudale des poissons cartilagineux et des Ganoïdes d’une part, et celle des poissons osseux de l’autre.

Chez ceux-ci, le développement des cartilages de la nageoire et l’arrangement régulier des rayons qu'ils supportent, amènent cette symétrie, que ne présente jamais la queue à lobes inégaux des autres poissons.

B. Les Raïes ont les nageoires impaires beaucoup moins développées qu’elles ne le sont chez les Squales. Les dorsales des Rhinobates (véritables Rajides squaliformes), plus ou moins reculées sur la queue, ont déjà des dimensions moindres, et celles des Raiïes proprement dites, situées encore plus en arrière, sont réduites, dans certaines espèces, à un simple pli cutané où même manquent tout-à-fait. Leur caudale est également sans importance. On remarque néanmoins, dans la structure de ces nageoires comparées à celles des Squales, des différences assez notables pour qu’il soit nécessaire de les signaler.

Ainsi, sur la Raïe bouclée (Raja clavata) (Arras, pl. 1, fig. 10), voici quelle est la structure de la seconde épiptère semblable à la première, mais moins longue et moins élevée. Elle se compose de douze ou treize rayons appuyés, par leur extrémité inférieure, sur un support composé de six ou sept pièces cartilagineuses de longueur variable et articulées bout à bout.

Les deux ou trois premières suivent une direction parallèle à celle de la colonne vertébrale, dont elles sont très-rapprochées, étant maintenues dans cette situation par du tissu fibreux. Leur bord supérieur supporte quatre rayons qui vont en augmen-

(1) M. Van-Beneden se sert de ce fait comme argument contre l'hypothèse de M. Agassiz et de M. Vogt, que les poissons des terrains antérieurs à la période jurassique, et caractérisés par leur hétérocercie, représentent des états embryonnaires dont l’évolution aurait été achevée dans des couches plus récentes. Si, à cette forte objection tirée du fait que l’irrégularité des lobes de la caudale est un état non primitif, mais qui succède à une homocércie momentanée, on ajoute que l'hétérocercie, comme je viens de l’indiquer, est la disposition normale, surtout dans les premiers temps de la vie fœtale, des poissons osseux, on doit reconnaître, avec M. Van-Beneden, combien il est difficile de considérer les poissons des diverses périodes géologiques comme représentant les degrés successifs d’une organogénie permanente.

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tant de hauteur à partir du premier. A la suite de ces trois petits cartilages vient le quatrième, plus allongé, uni au précédent par son extrémité antérieure; sa direction n'est plus tout-à-fait la même : il s'écarte un peu de la colonne vertébrale en se portant en arrière et en haut; son bord supérieur est articulé avec trois rayons ou avec deux seulement, si le sixième, par exception, naît du cinquième qui, alors, est comme bifurqué. Le cinquième cartilage, de dimensions à peu près égales à celles du quatrième, lui fait suite et présente plus manifestement une direction oblique d'avant en arrière et de bas en haut; un seul rayon, le huitième, part de son bord supérieur. Il s'articule, en arrière, avec le sixième cartilage, deux fois aussi long, plus oblique, et surmonté de trois rayons de hauteur décroissante. Enfin le septième de ces cartilages de support à peine égal au tiers du sixième, lui succède en s'écartant encore davantage de la colonne vertébrale ; il se termine par deux petites tiges qui complètent les treize rayons de la nageoire. Une lame membraneuse, en forme de triangle à sommet antérieur, faisant partie de la nageoire, occupe l’écartement laissé libre entre le bord supérieur de la queue, et cette longue pièce cartilagineuse à six articles qui sert de point d’appui aux rayons.

Chacun de ceux-ci, à son extrémité Libre, en supporte un certain nombre d’autres d'apparence cornée, d’une finesse extrême, dont la fig. 10 de la pl. 1 (ArLas), que je viens de citer, donne une très-bonne représentation. On ne saurait mieux les comparer qu'à des crins coniques, à extrémité terminale trèsténue; ils se prolongent dans l'épaisseur même de la peau jusque vers le bord libre de la nageoïre. C’est une structure toutà-fait analogue à celle qui se remarque dans les nageoires paires antérieures, où, par suite de la comparaison faite pour les pleuropes entre leurs cartilages et les parties constituantes de la main, On à pu assimiler ces appendices aux ongles, ainsi que je l'ai dit (p. 33).

Quelques Plagiostomes ont les nageoires impaires munies d'aiguillons plus ou moins comprimés et parfois dentelés en arrière. Tels sont, parmi les Squales : 4° les genres compris dans la famille des Spinaciens (Acanthias, Spinax, Centrine, Centrophore et Centroscylle); ® le genre Cestracionte, dont l'unique espèce de notre faune actuelle (C. Philippi) est, en raison des anomalies singulières de son système dentaire, le type d’une famille spéciale qui paraît avoir vécu en abondance dans les

mers auxquelles ont succédé les terrains howillers et le trias.

À ces poissons, 1l convient d'ajouter les Chimères munies d’une épine à la première dorsale seulement (1). Le rang de ces poissons a été souvent discuté, mais on ne peut guère se refuser à reconnaître, à l'exemple de M. Agassiz et de J. Müller, leurs analogies remarquables avec les Squales.

Enfin, parmi les Raies, les Pastenagues, les Myliobates et les Céphaloptères ont la queue armée d’un ou de plusieurs aiguillons de dimensions variables, plus où moins déprimés et souvent dentelés sur les bords latéraux. 2

Chez les Spinaciens, comme je l'ai dit plus haut (p. 38), les rayons des épiptères sont très-larges et se présentent sous l’apparence de lames cartilagineuses. C'est entre le bord antérieur de l’une de ces lames et le bord postérieur dé celle qui précède que l’aiguillon est placé. La portion qui dépasse l'extrémité supérieure des lames, et dont la longueur diffère suivant leur hauteur, reste engagée dans l'épaisseur des téguments. Sa pointe seule est libre dans une étendue variable selon les genres: ainsi, Chez l’'Humantin (Centrina Salviani) et chez le Cestracion Philippi, elle dépasse à peine la nageoire, contrairement à ce qui se voit chez l'Acanthias. L'aiguillon de la seconde nageoire est tantôt égal au premier, tantôt plus long ou plus court. Ce sont des particularités constantes, dontlezoologiste doittenir compte.

Le mode d'union des épines avec le squelette constitue une différence essentielle entre ces épines et celles des poissons osseux proprement dits, ainsi que des Plectognathes. Aussi, la forme de leur extrémité imférieure a-t-elle été, par cela même, d’un grand secours pour MM. Buckland et de la Bêche, mais surtout pour M. Agassiz, dans la détermination de l’origine des nombreux rayons que renferment les terrains anciens. Toujours, en effet, comme le rappelle ce dernier naturaliste (Rec. Poiss: foss., t. IL, p. 2), ils présentent, à leur base, chez les Ostichthes (2), deux apophyses articulaires par lesquelles ils sont réunis aux osselets interapophysaires ou aux apophyses épineuses qui les portent. Cette disposition est surtout remar-

(1) Je me borne à rappeler ici l’ornement bizarre que porte la tête du mâle, consistant en un rayon osseux terminé par un bouquet de petites épines, et que supportent les cartilages rostraux dont j'ai parlé précédemment (p. 29).

(2) Je me sers ici de deux dénominations proposées par mon père, dont, il faisait usage dans ses cours et qu'il a employées dans son Zehthyvlogie analytique, 1856, pour désigner d’une façon brève et significative les poissons osseux et les cartilagineux. (Voyez la note 4 de la page 5.)

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quable chez les Balistes et chez les Silures. De plus, on distingue à cette extrémité inférieure les deux branches dont chaque rayon se compose. Ceux des Chondrichthes sont d'une seule pièce; la portion cachée dans les chairs, taillée en biseau et terminée en pointe obtuse, présente l'orifice d’un canal qui se prolonge jusqu'à la pointe (1). Dans plusieurs genres, ce canal n'étant point fermé en arrière, se montre sous l'apparence d’une gouttière plus ou moins profonde.

La structure des aiguillons est analogue à celle des denis. M. Agassiz l'a bien démontré dans le chapitre consacré à l’étude de ces organes (Rech. sur les Poïiss. foss.) et que je cite plus loin. Ils sont formés par la substance analogue, mais non absolument semblable à l'os, que l’on nomme dentine. Celle-ci, se condensant à la surface extérieure, devient dure et y constitue de la même manière que sur les dents des Plagiostomes, une couche qui a l'apparence de l'émail.

C'est surtout au point de vue de la paléontologie, que l'étude des rayons épineux des nageoires des Chondrichthes offre un grand intérêt. Pour un assez grand nombre de ces poissons, les piquants trouvés dans diverses couches du globe, c’est-à-dire les Ichthyodorulithes (ixôx, poisson, ä6ov, lance, arme, Xboc, pierre), comme les ont nommés Buckland et de la Bèche, sont, avec les dents et quelques portions de chagrin, les seules pièces que la fossilisation ait conservées. Il est donc aisé de concevoir toute l'importance qu'on a dû attacher à leur étude, surtout à cause des dissemblances si frappantes que leurs débris plus ou moins entiers présentent entre eux. Aussi, M. Agassiz, dans le ï. IT de ses savantes Recherches sur les Poissons fossiles, a-tl consacré T1 pages à la description de ces Ichthyodorulithes, dont les caractères lui ont permis d'établir dix-sept genres. Plusieurs, 1l est vrai, lui étaient également connus par des dents ou par quelques fragments du squelette, mais cependant là détermination du plus grand nombre et celle des diverses espèces qu'ils renferment n’ont eu pour base que les différences constatées sur ces armes des nageoires dorsales.

(1) Il est bien vrai, comme le dit M. Agassiz, qu’on ne peut point confondre les épines des poissons osseux et celles des cartilagineux, en raison de la différence de forme de l'extrémité inférieure. Je dois faire observer cependant que, chez l’Acanthias vulgaire, V'aiguillon, légèrement convexe à sa base, est reçu dans un petit enfoncement que présente le sommet des arcs supérieurs où neurapophyses, et cette sorte d’articulation, très-imparfaite à la vérité, est consolidée par du tissu fibreux.

NOTILITÉ. SQUELETTE; STRUCTURE. 41

Les aiguillons de la queue de plusieurs Raies appartenant à des genres distincts, sont aussi des Ichthyodorulithes, mais ils n ‘offrent pas des caractères assez tranchés pour qu'ils aient pu fournir de bons éléments de classification.

Je donne plus loin, en parlant de la manière dont les Plagiostomes s'emparent de leur proie, au commencement de l'étude de la fonction de la digestion, des détails sur l'usage qu'ils font de leurs aiguillons pour l'attaque, comme pour la défense.

Je dois maintenant compléter l'étude du squelette des Plagiostomes par quelques indications sur là STRUCTURE INTIME du tissu de cette charpente.

M. James Stark, dont le travail peut être consulté avec fruit, a donné, en 1844, un résumé historique des diverses opinions émises sur ce sujet par les anatomistes qui l'ont précédé (On the exist. of an osseous struct., etc., in Trans. R. Soc. Edinburgh, t. XV, p. 643-646).

Quand on nomme la substance qui constitue cette charpente, tissu cartilagineux, on fait usage d’une expression assez vague, que J. Müller a beaucoup mieux précisée qu'on ne l'avait fait avant lui. Il a reconnu, en effet, qu'on trouve dans le squelette de ces poissons quatre espèces différentes de cartilages (Vergleich. Anat: Myxin., etc., Ost. und Myol. in Abhandl. Akad. Wissensch. Berlin (1834) 1836, p- 131) (1).

TL Il y a d'abord le cartilage hyalin ou transparent (hyali-

nische knorpel), qui constitue les pièces non ossifiées du squelette des poissons osseux et toute la charpente des Esturgeons et des Chimères. On peut très-bien se représenter son apparence chez certains Plagiostomes, sur une coupe transversale de vertèbre comme celle du Squale renard (Arras, pl. 1, fig. T et 8). C’est lui qui forme les cruraux et transverses avec leurs prolongements dans le corps vertébral plus ou moins ossifié, et qui occupe le centre des pièces du squelette. Cette sorte de croix manque chez les Roussettes, la Centrine et le Spinax. Il est le plus souvent recouvert par une couche de cartilage pavimenteux (pflasterformig) solide. Le crâne et la portion indivise de la colonne vertébrale consistent en un cartilage transparent que protège, en dehors et en dedans, ce cartilage solidifié.

Le microscope démontre, dans le tissu hyalin, la présence de corpuscules cartilagineux tantôt rares, tantôt abondants; il ne

(1) Je mentionne ici, pour mémoire seulement, celle de ces quatre formes que J. Müller désigne et figure pl. IX, fig. #4 et 5, sous le nom de cartilage celluleux, car elle est propre au squelette des Cyclostomes.

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contient pas de sels calcaires. Ce sont des cellules pourvues de noyaux et logées dans une substance qui, à cause de l'abondance de ce contenu, peut être nommée tissu intercellulaire.

Ces corpuscules ou vésicules ont été, de la part de M. Valenciennes, l’objet d'une étude spéciale (Rech. sur la struct. du tissu élément. des cartil. des Poiss. et des Moll. in Arch. Mus., t. V, p.306 et suiv.). De nombreuses figures (pl. XXI-XXV) annexées à cet intéressant travail, montrent les différences très-notables que présentent entre elles ces vésicules, soit dans leur disposition générale, soit dans leur volume ou dans leur forme: Je ne puis pas les passer ici en revue, j'en signalerai seulement deux tout-à-fait remarquables.

La première a été observée sur le cartilage d'une Leiche des mers du Nord (Scymnus|Læmargus| borealis), doni le cartilage, au milieu de vésicules peu considérables et arrondies, en renferme d’autres ovales et assez allongées pour prendre l'apparence de petits tubes (pl. XXII, fig. IV et IV a).

La seconde semble caractéristique du genre Cestracion, où ces vésicules ont une forme tubulaire encore plus prononcée (fig. V et Va).

L'une des conclusions les plus importantes que l’auteur de ce Mémoire tre de ses recherches, est ainsi formulée par lui : « Les vésicules ne sont pas éparpillées régulièrement. Elles sont, au contraire, réunies ou dispersées avec tant de régularité et de constance, que l’on peut déterminer le genre du poisson dont on a extrait le cartilage soumis à l'observation. »

On trouve également des indications intéressantes sur le cartilage dans le Catalogue du Musée du collége des chirurgiens de Londres (Histological series, 1. 1), où M. Quekett a décrit un certain nombre de préparations microscopiques de cartilages de Plagiostomes (p. 97-103, Préparat., 18-24, pl. VI, fig. 5, Raja batis).

IL. Cartilage pavimenteux, c'est-à-dire présentant l'apparence de pavés ou d’une mosaïque, et imprégné de substances calcaires. Il ne se trouve que chez les Squales et les Raïes où, chez presque tous, il revêt d'une croûte dure les cartilages transparents. Dans la Squatine, il'y a alternance de superposition pour les deux sortes de cartilages. Cette croûte est composée de la réunion de petits disques durs, arrondis ou en forme d'hexagones, qui se détachent facilement les uns des autres. Là où les cartilages prennent le plus de solidité, comme

aux mâchoires, par exemple, ces corps durs représentent des prismes ou des colonnettes rapprochées. C'est à ces cartilages que le squelette des Plagiostomes doit sa couleur blanche:

III. Enfin, la dureté des vertèbres de certains Plagiostomes, laquelle est tout-à-fait analogue à celle des vertèbres de poissons osseux, ést due à la présence d'un cartilage complètement ossifié. Les fig. T et 8 (pl. 1) de l'ATLAS montrent ce tissu qui, par son apparence, ressemble tout-à-fait à de l'os. Il entoure les prolongements cruciformes de cartilage hyalin, et il tapisse la paroi des cônes creux des ne La matière calcaire s'en dégage sous forme d'acide carbonique lorsqu'on le traite par un ddide,

C'est spécialement le noyau central de la vertèbre, chez certains Plagiostomes, chez les Raïes, par exemple, qui est formé par le cartilage ossifié. Cette substance a été particulièrement étudiée par M. James Stark, dont les conclusions sont indiquées par le titre même de son Mémoire : On the existence of an osseous Struct. in the vertebr. column of cartilag. fishes (Trans. roy. Soc. Edinburgh, 1844, t. XV, p. 643 et suiv., avec fig. intercalées dans le texte). Cet anatomiste à insisté avec beaucoup de soin sur les différences que présente ce noyau, sur la disposition variable, suivant les espèces, des prolongements solides qui partent du noyau pour se répandre dans le tissu cartilagineux, et sur l’arrangement par couches concentriques chez quelques-uns, de la substance osseuse. M..Nardo (Osservaz. anat. sull’intim. strutt. delle cartilag. Condrotterigi in Mem. Instit. Veneto di Scienxe, 1. I, 1845; p. 3-7 du tirage à part) a également présenté des considérations intéressantes sur les portions dures du squelette. 1

Le microscope ne démontre dans ce tissu, aucun en osseux, pas plus que dans le cartilage pavimenteux. Au reste, les corpuscules manquent chez Dei iete, de poissons ordinaires, comme J. Müller l'avait indiqué en 1835, mais comme M. Koelliker l’a démontré beaucoup plus complètement en 1859, dans un Mémoire (On the different types in the microsc. struct. skelet. oss. fish. in Proceed. R. Soc. Lond.) où se trouve consigné le résultat de l'examen du squelette d’un très-grand nombre d'espèces. Le cartilage ossifié des Plagiostomes consiste uniquement, dit-il, en des cellules de cartilage contenues dans une enveloppe ossifiée (p. 12 du tirage à part).

Quant à la composition chimique du tissu cartilagineux, elle a été étudiée, en 1811, par M. Chevreul qui, à la suite du Mé-

Poissons. Tome I. 4

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moire de Blainville sur le Squale pélerin, a exposé les résultats de l'analyse à laquelle il avait soumis les cartilages de ce poisson (Ann. Mus., t. XVIII, p. 186-155).

Parmi les détails intéressants de ce travail, je dois citer l’indication des différences que la matière animale des cartilages, dont il signalait Les analogies avec le mucus animal, présente, quand-on la compare à la gélatine (p. 153). Cette substance, postérieurement étudiée par J. Müller, qui l’a nommée chondrine, «est un produit spécial aux cartilages, et diffère, par ses propriétés chimiques, de la gélatine que fournissent la peau, les os et plusieurs autres tissus.

Elle donne, en effet, par l'addition du sulfate d’alumine, de l’alun, de l’acétate de plomb, du sulfate de fer, des précipités abondants, qui ne se forment point par le mélange de ces substances avec la gélatine. Elle a été étudiée par MM. Mulder et Vogel fils, et son histoire est présentée avec détail par M. Dumas, dans son Traité de chimie appliquée aux arts, t. VI, p. 478. Ce même chimiste a rappelé les analyses du squelette des poissons. cartilagineux dues à M. Chevreul d’abord, puis à Marchand (Id., t. VIIT, p. 681).

En 1854, de nouvelles analyses ont été faites par M. Frémy, qui a publié (Ann. chimie et phys.; 1855, 3° série, t. XLIIT, p. 47-407) un Mémoire très-instructif sur la composition clumique:des os, dont un extrait se trouve dans les GC. rendus Ac. sc.,1854,t. XXXIX, p. 1056. Ainsi, une portion de squelette de Raïe lui a donné : cendres, 30; phosphate de chaux, 27,7; carbonate de chaux, 4,3, avec des traces de phosphate de magnésie.

Pourun Squale, les cendres seules ont été recueillies ; 1l y en avait 62,6,etcomme, probablement, l'analyse avait porté sur un cartilage transparent sans dépôt osseux, les sels calcaires ont manqué. Il en a été de même pour une Lamproie.

De ces résultats et de ceux qu'il a obtenus dans ses autres analyses d'os d'animaux vertébrés, parmi lesquels se trouvent compris des poissons osseux, M. Frémy déduit cette conclusion : « Les os de ces derniers présentent la même composition que ceux des mammifères, tandis que les os des poissons cartilagineux, qui sont très-riches en substance organique, ne contiennent qu'une faible quantité de sels calcaires. »

Des différences remarquables dans le genre de vie et dans le mode de locomotion, résultent de celles que présente le squelette des Plagiostomes, selon le groupe auquel ils appartiennent. Fo

Ainsi, les Raïes, qui offrent une large surface, sont obligées de se servir de leurs grandes nageoires paires antérieures, dont la direction est horizontale, comme l'oiseau se sert de ses ailes ,et elles ont à vaincre beaucoup de résistance pour déplacer des organes d’une étendue si considérable. Il est vrai que, par suite du mode d'insertion de ces nageoires sur le tronc, et de la mulüplicité de leurs rayons cartilagineux articulés bout à bout, le poisson peut, jusqu'à un certain point, en les abaissant et en leur faisant subir de légères inflexions partielles, diminuer sa surface, et, par cela même, mieux profiter du mouvement d'impulsion qu'il s'est communiqué en frappant l’eau avec ses ailes étendues. Un déplacement semblable des ventrales se produit, et elles viennent en aïde, avec plus ou moins d'efficacité, selon leur grandeur, aux pectorales. C’est ainsi qu'il s'élève vers la surface.

Pour gagner rapidement les profondeurs où, d’ailleurs, l’entraîne naturellementson propre poids, il plonge en prenant une position oblique.

On comprend facilement, vu le peu de volume de la queue, souvent terminée en une sorte de fouet grêle et effilé, qu’elle ne peut pas avoir, à beaucoup près, et n’a pas en réalité, dans les mouvements de propulsion, la même force que chez les Squales.

Le mode de locomotion des Raies est donc évidemment beaucoup plus imparfait que celui de ces derniers (1). Aussi, se

(1) Je n’ai pas à comparer la natation des Raies à celle des Pleuronectes, qui ne peuvent pas, à aussi bon droit que les Raies, être nommés poissons plats, comme Yarrell (British fishes, 3e édit., t. IT, p. 549) le fait observer avec raison.

Les Pleuronectes nagent, il est vrai, en appuyant sur l’eau un des côtés du corps, mais ils ont des dimensions verticales considérables relativement à leur épaisseur, et c’est le contraire chez les Raïes; aussi, ne font-ils pas usage, pour la natation, de leurs pectorales, toujours si petites et quelquefois même nulles. Elle a pour agentprincipal, comme chez les pois: sons ordinaires, la région postérieure du tronc et la queue. Seulement, ici, les mouvements qu’elle exécute cessent d’être latéraux par suite de leur

59 OÉGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

tiennent-elles de préférence dans les fonds, où elles se déplacent par de simples mouvements d'ondulation des pectorales. Elles voyagent, par conséquent, beaucoup moins que les Squales, qui nagent à la manière des poissons ordinaires. Gonformés de même, ils produisent sur l'eau, par les mouvements alternatifs de la queue, des effets absolument comparables, mais peut-être plus énergiques chez les individus où elle présente beaucoup de longueur, comme chez les Ginglymostomes et le Stégostome parmi les Roussettes, ou chez le Squale à queue de renard (Alopias vulpes). Ils trouvent, en outre, pour la rapidité de leur progression au milieu du liquide, un auxiliaire puissant dans leurs nageoires paires, proportionnellement bien développées chez un assez grand nombre d'espèces. Ge sont plus encore les pleuropes que les ventrales qui offrent de grandes dimensions, et l'on peut, sous ce rapport, citer, parmi les vrais Carchariens, les espèces dites Prionodon lamia et Pr. glaucus.

Leur corps fusiforme est admirablement construit pour la natation rapide. Sa vitesse ne saurait être mesurée comme l’est celle des Cétacés que l'œil peut, en quelque sorte, suivre, puisqu'ils sont obligés de venir à la surface prendre l'air nécessaire à leur respiration. Il y a cependant lieu d'admettre, avec Ev. Home (Lect. comp. anat., t. I, p. 106), que la locomotion d'animaux si semblables de forme, doit s’exécuter au sein des eaux avec une rapidité égale. Or, une Baleine, et par conséquent un Squale, dépasse aussi facilement que s'il était al’ancre, un navire excellent voilier qui parcourt 14 mulles (près de 26 kilom. par heure), le mille étant de 1852 mètres (1).

La force de contractilité musculaire peut persister, chez les Squales, pendant un temps assez long, car il paraît que, souvent, ils suivent des navires durant de longs voyages, de même que les Scombres dits Pilotes (Naucrates ductor), dont les navigateurs ont si souvent parlé comme de compagnons fidèles

position, mais deviennent des mouvements de bas en haut et de haut en bas, dont la résultante est la propulsion en avant dans une direction horizontale.

(1) Je passe sous silence, parce que les bases en sont mal posées et que les résultats, par cela même, en sont erronés, un calcul de Everard Home (luc. cit.), relatif à cette vitesse, et à la détermination du temps nécessaire à un Squale pour faire le tour du globe. Ce calcul, d’ailleurs, est sans intérêt, puisqu'il a pour point de départ la supposition inadmissible d’une natation non interrompue, l'animal ne prenant par conséquent pas de repos, et d’une rapidité de mouvements constamment égale.

des Requins. Cuvier et M. Valenciennes (Hist. Poiss., t. VIII, p. 313-316) ont discuté les suppositions émises sur les prétendus services que la petite espèce rendrait à la grande, et je me borne à mentionner le passage où sont rassemblées les principales indications bibliographiques relatives à cette fable.

En raison de la difficulté qu'elles éprouvent, par l'absence de la vessie natatoire, à se maintenir à des hauteurs variables si elles ne font exécuter aux muscles des pectorales des contractions énergiques, Les Raïes habitent de préférence les fonds, qu'elles paraissent abandonner seulement à l'époque où elles doivent se reproduire.

Le grand développement des muscles du tronc chez les Sauales. pour lesquels ils sont d'excellents instruments de natation, leur rend un organe accessoire moins nécessaire qu’il ne semblerait devoir l'être pour les Raies.

Par suite de cette puissance musculaire, les Squales, s’élevant quand ils le veulent et retournant avec la même facilité dans les abîmes qu'ils viennent de quitter, n’ont pas en général de station nettement déterminée. Il en est cependant qui, comme les Raies, semblent habiter de préférence les profondeurs. Risso le dit dans les Considérations placées en tête de son Ichthyol. de Nice, 1810, p. XIV, en parlant de ces Plagiostomes d’une manière générale. François Delaroche Mo sur des poiss. nie aux Baléares, etc. in : Ann. Mus., 1809, t. XIII, p. 112) (1) voulant s'assurer de la réalité des assertions souvent émises sur le séjour de certains poissons dans des lieux trèséloignés de la surface, a constaté, durant une pèche qu'il fit près de Barcelone, et où la distance à Jaquelle on descendit les filets fut mesurée par lui-même, qu'on en trouve à la profondeur de 349 mètres ou 333 brasses (la brasse étant de 1".68). Les espèces prises étaient en petit nombre, parce que ces localités, suivant les pêcheurs, sont à peine peuplées hors la saison d'été, et l’on était alors au commencement du printemps. Parmi les poissons recueillis, c’est le fait que je tiens à constater, il s’en trouvait deux du groupe des Squales. Nous manquons de renseignements précis à leur sujet, nous savons seulement qu'ils étaient nommés par les pêcheurs Muchino et Cochino (2).

(1) Un extrait de ce mémoire est inséré dans le Nouv. Bullet. des sc. Soc. philomuth. 1809, t. I, p. 349, sous ce titre: Observat. sur Phabitat. des Poiss. dans les eaux profondes.

(2) Je n’ai point ici à étudier les conditions d'existence au milieu des-

On conçoit comment, avec de sifrappantes dissemblances dans la conformation générale et dans le genre de vie, le système musculaire du tronc, de la queue et des nageoires paires se présente, chez les Plagiostomes, sous deux aspects très-différenis.

Si nous le considérons chez les Squales, où il offre beaucoup d'analogie avec celui des Poissons osseux, nous retrouvons d’abord les deux plans traversés de haut en bas par des intersections aponévrotiques et qui, occupant l'une et l’autre face du tronc, ont été décrits par Guvier chez ces derniers (Hist. Poiss., t. I, p. 389, pl. IV), sous le nom de grands muscles latéraux. Carus les a représentés sur le Squalus glaucus (Tab. anat., L° Livr., tab. IL, fig. VIE, 14 et 15).

Il importe cependant de noter que les intersections, parallèles chez les Squales comme chez les Poissons osseux, sont dirigées ici obliquement d'avant en arrière dans leur portion supérieure, et d'arrière en avant dans la deuxième, puis reprennent dans la troisième la direction de la première, et dans la quatrième celle de la deuxième. Il en résulte des lignes en zigzag à angles plus où moins aigus, dont deux V de grandeur différente, disposés ainsi Z, donnent une représentation assez exacte. Il y a donc là une différence avec les flexuosités à incurvations alternes, caractéristiques des aponévroses intermusculaires des Poissons osseux.

Ces nombreux faisceaux forment en quelque sorte deux muscles de chaque côté : l'un, qu'on pourrait nommer muscle dorsal, et où l’on a cherché à retrouver lesanalogues de l’épineux du dos, du long dorsal et du sacro-lombaire (Cuv., Lec. anat. comp., 2° éd., t. I, p. 306), est formé par les deux séries supérieures de faisceaux. L'autre, plus considérable, est constitué par les deux inférieures; il a été comparé, mais avec moins de justesse, aux muscles grand oblique et droit de l'abdomen (Id., id., p.327).

Chez les Raïes, le muscle supérieur prend une apparence fort

quelles les poissons se trouvent dans ces profondeurs, qui ne sont certainement pas les plus considérables qu’ils habitent. Elles ont été examinées avec grand soin par François Delaroche. Il a discuté, en habile physicien, la supposition faite par Bouguer d’une obscurité complète de la mer à 220.564 (679 pieds). Là, par conséquent, les poissons seraient privés de l'exercice du sens de la vue; « mais, dit-il, cette proposition est sujette à de si grandes difficultés, qu’il est permis de douter de sa justesse. » (0b-

“re sur des poiss. recueillis aux Baléares, etc. in Ann. Mus. t. XIII, p. 118.)

différente de celle qu'il offre dans les Squales. Il s'y montre sous la forme d’un muscle longitudinal sans intersections aponévrotiques. Sa portion antérieure, comme Carus l’a bien représentée (Tab., etc., t. Il, fig. IX 9, fig. reproduite par M. Rich. Owen, in Lect., ete., p. 167), se porte de l’occiput à la ceinture scapulaire; sa portion postérieure s'étend depuis la ceinture jusqu'aux vertèbres du tronc et de la queue. Au côté externe de cette portion postérieure, il y a un autre grand muscle (h, fig. VII et IX) placé en dehors de la ligne latérale qui marque la limite entre ses fibres et celles du muscle précédent. Il est bordé lui-même par un troisième muscle que traversent des intersections aponévrotiques transversales, et qui, contournant le bord du tronc, vient constituer, en se réunissant sur la ligne médiane avec celui du côté opposé, la paroi musculaire de l'abdomen, où il offre toutes les apparences du muscle droit.

Ici encore, une comparaison a pu être faite avec les trois grands muscles des gouttières. On retrouve en effet, à la région supérieure, les analogues de l’épineux du dos qui va de l’occiput à l'extrémité de la queue; du long dorsal étendu depuis le même point jusqu'au tiers de la queue seulement, et du sacrolombaire, dont les insertions commencent également à la région antérieure de la colonne vertébrale, tandis que, au lieu de se porter à la face supérieure de la queue, il se fixe à sa région latérale. M. Ch. Robin l'a figuré en cc sur la figure I de Ë pl. 3, annexée à son Mémoire (Sur un appar. électr. des Raïes: Ann. sc. nat., 3 série, 1847, t. VII, p. 219). De plus, il décrit, pour cette même région, sous le nom de muscle latéral de la queue, un ensemble de faisceaux qu'il considère comme n'étant pas une continuation directe des muscles de l'abdomen. Ils commencent à la face postérieure d’une cloison placée'entre la gaîne du sacro-lombaire et la branche ascendante de la ceinture pelvienne et se terminent un peu avant le premiertiers de la queue.

M. Ch. Robin a mieux exposé qu'on ne l'avait fait jusqu'alors la disposition des muscles de la région caudale inférieure et il a montré leur analogie avec ceux de la région supérieure (loc. cit., p. 214-918). L'un de ces muscles, véritable épineux inférieur, naît de la face inférieure des vertèbres de la région dorsale, par un tendon qui, réuni à celui du côté opposé, forme une arcade aponévrotique au-dessous de l'aorte. Il s'attache par son autre extrémité, au moyen de tendons égaux en nombre aux vertèbres, à leur face inférieure.

56 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

M. Robin désigne l’autre comme muscle pubio-caudal : il est formé par un ensemble de faisceaux dont l'insertion antérieure a lieu à la pièce transversale de la ceinture pelvienne. Ce muscle passe sur le côté du cloaque et en devient un constricteur avec le muscle correspondant, puis il se place entre le sacro-lombaire et l'épineux inférieur et vient se fixer aux verièbres sans dépasser le premier tiers de la queue.

Chez les Raies, il y a, en raison du prolongement antérieur des pectorales et du museau, deux muscles destinés l’un à l'élever, l’autre à l’abaisser. Ils sont représentés par Carus (Tab.ete., t. I). L'élévateur (p, fig. IX), parti non pas seulement de la résion supérieure de la cavité branchiale qu'il fortifie, à la vérité en s'y insérant, mais aussi de la ceinture scapulaire, comme il est dit par Cuv. (Lec. anat. comp. t. T, p. 319), va se perdre sur le côté de la base du museau. L'abaisseur (», fig. VII, et Monro, Struct. and physiol. fish., tab. VI) consiste en un faisceau plus volumineux venant de la paroi inférieure de la chambre branchiale; il décrit une courbe à concavité interne, passe en dehors de l’angle de la bouche et se fixe, par un long tendon, au commencement de la région rostrale.

Dans les deux groupes de Plagiostomes, les couches musculaires destinées aux nageoires paires ne diffèrent que par leur volume et par le nombre de leurs divisions terminales, qui est égal à celui des rayons dont la nageoïire se compose. L'un des plans est supérieur, par conséquent abducteur chez les Squales et élévateur chez les Raies; l’inférieur remplit un rôle absolument inverse. :

Ici, comme on le remarque presque toujours chez les autres animaux, ce dernier l'emporte sur le précédent par son volume. J'ajoute, suivant l'observation très-juste de Carus, qui a représenté les muscles de la pectorale du Sg. glaucus (Tab. etc.,t. Il, fig. VII, 20 et 21), que les fibres terminales des deux plans (22) deviennent par leur action combinée, soit des pronateurs quand ce sont les postérieurs qui se coniractent, soit des supinateurs s’il y a contraction des antérieurs seulement. Ces mouvements de rotation partielle de la nageoiïre ne sont possibles, au reste, que chez les Squales.

Sur les nageoires ventrales de ces derniers, la disposition des muscles est tout-à-fait analogue à celle qui se voit aux pectorales (98, fig. VIT). Chez les Raies, les ventrales ont pour élévateur et pour abaisseur, les deux plans de fibres qui en recouvrent les faces supérieure et inférieure (1, fig. IX, q, fig.

VIII). Ils sont, en même temps, abducteurs et antagonistes de deux muscles adducteurs à fibres transversales, insérés d’une part au bord interne de ces nageoires, et de l’autre à un raphé médian (fig. VILF, r). Une disposition analogue se voit sur les Squales. Les dorsales (24 et 25, fig. VIT) reçoivent sur chacune de leurs faces des faisceaux charnus. Is sont plus simples que chez des poissons osseux, les rayons n'étant pas mus isolément comme chez ces derniers.

Les nageoires du dos semblent n'avoir d'autre usage, Carlisle le fait observer avec raison (Croonian lecture on the arrangement and mechanic. action muscles of fish. in Philos. Trans., 1806, part. I, p. 3), que d'empêcher le corps de rouler sur luimême. On comprend, d’après cela, comment, en raison de la forme du corps des Raies, les dorsales ont pu être excessivement réduites dans leurs dimensions, tandis qu'elles sont bien développéés chez les Squales.

Je n'ai point, au reste, à rappeler ici les résultats constatés par Carlisle (id., p. 4 et 5), et auparavant par Paley [Natural theology, p. 257), après la section tantôt des nageoires paires, tantôt des impaires, car ces expériences, si souvent répétées depuis, ont été faites sur des poissons osseux; mais 1l n'est pas douteux qu’elles devraient produire sur les Squales des effets semblables.

Je me borne à une description sommaire des muscles du tronc, de la queue et des nageoires, n'ayant voulu m'arrêter qu'à l'étude des mouvements généraux. Celle du déplacement de certains organes, tels que les mâchoires ou les branchies, se rattache à l'histoire des fonctions où ces organes sont appelés à jouer un rôle.

Le système musculaire des Plagiostomes est généralement pâle, quelquefois même tout-à-fait blanc. Il à cependant sur certains points, en particulier dans les couches superficielles, une couleur rouge assez intense,

Elle est surtout remarquable chez notre Pastenague; c’est ce qui a sans doute motivé, comme Yarrell le fait remarquer (Hist. brit. fish., 3° édit., t. Il, p. 594), la vieille dénomination écossaise : Fire-flaire, dont le premier terme est destiné à rappeler l'aspect du feu.

La chair du Céphaloptère est, à ce qu'il parait, d'un rouge ponceau (Risso, Ichth. de Nice, p.18).

Comme chez tous les poissons, nous trouvons des fibres généralement plus courtes que dans les autres animaux vertébrés,

58 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

et elles présentent un grand nombre d’intersections aponévrotiques sur les régions latérales, ce qui multiplie beaucoup leurs points d'attache et en augmente la puissance. Carlisle a spécialement appelé l'attention sur cette particularité dans le Mémoire cité (p. 9-11). Par là même, se trouve accrue la rapidité si étonnante de la natation dont j'ai parlé ci-dessus (p. 52).

L'irritabilité musculaire persiste pendant longtemps et d’une facon remarquable chez les Squales. Péron (Voyage de découvertes aux terres australes, 1807, t. E, p. 211) en a cité un curieux exemple. « Le 25 novembre, dit-il, on prit un requin long de 3%,20. Depuis plus de dix minutes, on lui avait coupé la tête, arraché le cœur et tous les viseères, lorsque pour le laver à la pompe, on voulut le traîner à l'avant du vaisseau. L'animal qu'on tirait alors par la queue se mit à faire des efforts si violents, il soulevait son tronc avec tant de vivacité, que plusieurs personnes faillirent en être renversées. »

» Dans notre passage d'Europe à l’île de France, j'avais déjà vu dans un animal du même genre, l'irritabilité se conserver plus longtemps encore : depuis plus de 2 heures, un Squale était éventré ; tous ses organes avec son cœur avaient été jetés à la mer, lorsqu'un matelot vint pour lui couper la queue; à peine avait-il enfoncé le couteau d’un denu-pouce dans les chairs, que le poisson se contracta violemment, fit plusieurs bonds sur le navire; et cette irritabilité ne cessa que lorsque la queue eut été coupée d’un coup de hache. »

A la suite des indications qui précèdent sur la disposition générale du système musculaire des Plagiostomes, je dois parler de l'usage qu’on fait de leur chair pour l'alimentation, à laquelle ils fournissent, sur presque tous les points du globe, un produit abondant (1).

On recherche beaucoup plus les Raies que les Squales, car ils ont quelquefois une odeur et une saveur désagréables; c'est

(1) Rien de ce qui touche l’emploi fait par l’homme des divers organes des animaux qu'il peut utiliser, ne doit être omis, car la connaissance des avantages tirés des richesses de la création, ajoute un attrait particulier à l’étude de l’histoire naturelle. Il ne faut jamais oublier, dans cette étude, la belle devise d’Et. Geoffroy Saint-Hilaire, Utilitati, que son fils Isidore a prise comme point de départ de ses remarquables travaux sur la zoologie appliquée. Il m’arrivera donc plus d’une fois, dans le cours de cet ouvrage, de mentionner les ressources que les poissons fournissent non-seulement à l’alimentation, mais à l'industrie et à la médecine. C’est ainsi, par exemple, que, pour les Plagiostomes en particulier, j'aurai encore à m’ar-

rêter plus loin sur l’usage de leurs téguments et de l'huile si abondamment sécrétée par le foie.

ce qu'on peut dire, par exemple, de la chair des Marteaux ou Zygènes. Aussi, arrive-t-il que, souvent, on rejette à la mer les Squales après avoir pris le foie pour en obtenir l'huile, et après leur avoir enlevé les pectorales qui sont, comme je le dis plus bas, l’objet d’un grand commerce entre Bombay etla Chine, ou après les avoir dépouillés, quand la peau peut être utilisée dans l'industrie. Si, au contraire, la saveur n’en est point répugnante, et l’on sait combien sont variables les appréciations sur les qualités sapides des corps (1), la chair de ces poissons devient un aliment dont on fait provision sous forme de lanières, rendues inaltérables par l’action du sel ou par la dessiccation. Quelquefois même , la chair de diverses espèces est mangée crue et sans aucune préparation, comme on le saït par M. de Siebold, pour les Japonais (Fauna Japonica, pisces, p.304, articles du Cestracion et de l’Acanthias). L'infériorité de la chair des Plagiostomes, comparée à celle de beaucoup d’autres poissons, résulte de ce qu’elle est généralement dure et un peu coriace, et répand une assez forte odeur, à ce point même que certains Squales sont quelquefois nommés par les pêcheurs chiens puants. Elle s'attendrit et devient plus délicate quand elle a été gardée quelques jours. Il y à donc avantage à ne pas manger ces poissons immédiatement après leur sortie de l’eau. « Raiæ omnes, dit Rondelet (De piscibus, Lib. XI, cap. V, p. 345), odorem ferinum et marinum quemdam fœtorem recipiunt, qui in diutius servatis fere evanescit. Quare Lutetiæ meliores sunt Raic quam Rhotomagi et Lugduni quam Massiliæ : longa enim vectura tenerescunt et suaviores efficiuntur. »

Il y a loin de là cependant à la putréfaction qu'attendent les naturels de certaines îles de l'Océanie avant de manger crue, à la manière des Japonais et aussi, dit-on, des Islandais, la chair des Squales. Ils la laissent pourrir pendant deux ou trois semaines : telle est l’assertion, dans un travail sur les îles Marquises (Revue coloniale, 1857-1858, p. 27 du tirage à part), d’un lieutenant de vaisseau, M. H. Jouan, à qui l’on doit differents travaux intéressants d'histoire naturelle (2).

(1) Des idées superstitieuses font quelquefois rejeter la chair d’un poisson qui, au contraire, est mangé volontiers aïlleurs. P.-A. Lesson, frère du chirurgien de la Coquille, et dont ce dernier a publié, en 1845, un intéres— sant Voyage aux îles Mangareva (Océanie), en cite un curieux exemple. Les habitants de Mangareva, dit-il (p. 98), ont horreur de la chair du grand Diable de mer (Céphaloptère), que les naturels des îles Marquises mangent sans répugnance.

(2) Je citerai, en particulier, une Monographie des poissons de mer

60 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

Les très-jeunes Raies (Rayons ou Ratillons), connues, ainsi que Belon le rapporte (De aquatilibus, üb. I, cap. VIIL, p. 7), sous le nom de papillons (L) dans divers ports, sont recherchées, au bord de la mer, comme un mets fort délicat, dont on varie les apprêts suivant les localités.

Les fœtus de Squales qu'on trouve dans les oviductes des femelles qui viennent d'être pêchées, sont beaucoup plus estimés pour la table que les adultes. Certaines espèces sont méprisées et livrées à très-bas prix. Telles sont, par exemple, les Torpilles et les Pastenagues. Parmi les véritables Raïes de nos côtes, la Raïe bouclée (R. clavata) et la R. batis, particulièrement les femelles, sont les meilleures.

Jene m'étendrai pas davantage sur l'examen des qualités que présente la chair des divers Plagiostomes. Rondelet, Salviani, Belon, et, après eux, Gessner et Aldrovandi, ont donné sur ce sujet des détails dont un certain nombre se trouve consigné, avec les observations des naturalistes qui les ont suivis, dans les articies consacrés aux espèces auxquelles ces détails se rapportent.

Ce n’est pas seulement la chair des Plagiostomes qui sert comme aliment; aussi, me paraît-il opportun d'indiquer ici le profit considérable que les pêcheurs, sur diverses côtes, tirent de la vente des nageoires de Squales, de Rhinobates et de Pristides. Elles occupent, en effet, une place extrêmement importante dans l'alimentation des Chinois (2). Je possède sur ce sujet des renseignements assez précis pour qu'il y ait intérêt à ne point les passer sous silence. Voiei d’abord un court résumé de ceux que le docteur Buist a donnés (Proceed. x00log. Soc., Lond., 1850, p. 100 et suiv.).

À Koratchi, port de mer important près de l'embouchure de l’Indus, dans la principauté de Sindhy, il y à treize bateaux

observés à Cherbourg en 1858 et 1859 (Mén. Soc. impér. des sc. nat. de Cherbourg, t. VIT, 1859). ë

(1) Cette même dénomination sert à désigner sur certaines côtes, à Morlaix, par exemple, les Raies adultes desséchées.

(2) Le Dict. du Commerce et des Marchand., publié par Guillaumin, 1839, dit, à l’article Nageoïires de Requin : « On les recueille avec soin dans toutes les contrées maritimes et les îles, depuis la côte orientale d'Afrique

jusqu'à la Nouvelle-Guinée. Dans les prix-courants de Canton, elles sont cotées aussi régulièrement que le thé et l’opium. Durant les quatre ou cinq dernières années, leur prix a été communément de 15 à 18 dollars (suivant la qualité) par pécul, ce qui équivaut à 127 à 152 francs par 100 kilogrammes, »

montés chacun par douze hommes, et constamment oceupés à la pêche des Squales, dont 40,000 au moins sont pris tous les ans.

Sur les plus grandes espèces, parmi lesquelles il cite le Mhor, qu'il nomme Basking shark, comme ayant une longueur de 12 mètres etmême de 18 mètres, on lance le harpon. Les autres sont prisesau moyen de filets à mailles de 0".15, et mesurant 6 à 800 brasses anglaises (fathoms), c'est-à-dire 11 à 1500 mètres environ, dimensions à peu près égales, en moyenne, aux 34 d'un mille marin (1389 mètres, le mille marin représentant en Angleterre comme en France, 1852 mètres). Leur largeur, ou plutôt leur hauteur, est de 1".80. L'un des bords porte de 2 mètres en 2 mètres des flotteurs en bois ayant un peu plus de 1 mètre de longueur. À l’autre bord, c'est-à-dire à l’inférieur, sont attachées des pierres. Le filet est descendu à une profondeur de 25 à 45 mètres, assez loin en mer, et n'est relevé que le lendemain du jour où il a été placé.

Je dois ajouter que sur les côtes de France, on prend souvent les requins au moyen de l’hamecçon, et que pour les Raiïes on emploie, mais trop souvent en contravention aux règlements de pêche, les filets traînants tirés par des barques, et dont les effets désastreux, déjà déplorés par Duhamel (Traité des pêches, U° part., sect. IX, chap. IV, p. 313), ont été signalés, dans ces dernières années, aux autorités compétentes par M. Coste (1).

Les Squales qui font l’objet de la pêche dans les mers de l’Inde étant amenés sur le rivage, on leur coupe les nageoires dorsales, les seules dont on fasse usage (2), et on Les faitsécher au soleil. La chair est coupée en longues lanières que l’on sale

(1) « Jai vu, dit-il, ces immenses filets trainants, tirés par deux tartanes accouplées, labourer le golfe de Foz, déraciner et engouirer dans leur vaste poche les plantes marines auxquelles sont attachés les œufs des espèces comestibles, et brover, sous la pression de leurs étroites mailles, tous les jeunes poissons, tous les jeunes crustacés auxquels ces plantes servaient de refuge. C’est un spectacle profondément triste que celui de voir cette œuvre de destruction consommée par les bras mêmes de ceux dont elle prépare la ruine. » (Introduction, sous forme de lettre, au Min, de l’Agric. à son Voy. d’explorat. sur le littor. de la France el de l'Italie, p. XXVII, et 2e édit., p. XXIII.) Les mêmes conséquences fâcheuses de semblables procédés de pêche se produisent sur les côtes des Tles britanniques où la diminution des Raies, et particulièrement du Thornback (Raïa clavata), est signalée par M. J. Couch, Hist. fish. brit. islands, t. I, p. 99).

(2) Telle est l'indication fournie par M. Buist, mais, dans d’autres localités, on détache aussi l'extrémité de la caudale et les nageoires paires.

62 ORGANISATION DES PLAGIOSTOMES.

pour les conserver comme denrée alimentaire; et, par l'ébullition, on extrait du foie l'huile qu'il contient. Le reste est abandonné ou rejeté à la mer, et d'innombrables petits Squales viennent se repaitre de ces débris (L).

Les nageoires achetées aux pêcheurs par les Banians sont envoyées à Bombay, d'où leurs agents les expédient en Chine.

Koratchi n’est pas le seul ben de pêche qui fasse parvenir des nageoires de Squales aux comptoirs de cette ville. M. Buist, dans la note que j'analyse, donne, sur son approvisionnement, les chiffres suivants pour 1845-46.

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