I. NAGEOIRES PAIRES
À. Nageoires paires antérieures, pectorales où pleuropes. Leur disposition est fort simple. Elle fournit même un caractère distinctif essentiel : contrairement, en effet, à ce qui a lieu chez les poissons osseux, l'arc scapulaire est détaché de la tête. Celui des Raies qui a besoin d’un point d'appui solide, en raison de l'énorme développement de leurs nageoires pectorales, s'attache à la colonne vertébrale, et forme ainsi un anneau ou une ceinture; mais, dans les Squales, cet arc est ouvert à sa partie supérieure.
Squales. —Si nous étudions d'abord l'arc scapulaire chez ceux-ci, nous y trouvons : 1° une portion coracoïde beaucoup plus considérable que la suivante, et qui s’élargit plus ou moins au-dessous de la région du cœur, pour se réunir à celle du côté opposé, de manière à constituer, par leur ensemble, un support protecteur de cet organe; 2° une portion scapulaire ou omoplate bien moins étendue ; unie à la portion coracoïde par un ligament, elle se projette en dehors, en arrière et en haut, et ne vient se mettre en contact ni avec celle de l’autre côté, n1 avec la colonne vertébrale.
La portion coracoïde porte en arrière une proéminence que, par analogie avec ce qui se voit chez les poissons osseux, on est en droit de considérer comme représentant le radius et le cubitus soudés l’un à l’autre. Cette proéminence supporte trois pièces unies entre elles, mais dont les limites restent généralement bien distinctes : ce sont les analogues des os d. carpe (1). Le
(1) Telle est la détermination adoptée par Cuvier (Hist. nat. des Poiss., t. I, p. 372), lorsqu'il parle des os qui, chez les poissons osseux, soutiennent les rayons de la nageoïire. Je la considère comme la plus exacte. Elle est acceptée par M. Rich. Owen (Lect. of comp. anat. Fiskes, t. I, p. 128).
On doitcependant noter que Cuvier (Leçons d'anatomie comparée, 2° édit., t. I, p. 461) dit, en parlant de ces mêmes os, à l’occasion des. poissons osseux : « Les os du carpe, ou mieux du métacarpe (car l'exemple des oiseaux nous montre que le carpe et le tarse disparaissent avant le métacarpe et le métatarse)… » C’est encore aux métacarpiens qu'il compare plus loin (p. 465) Les pièces du squelette dont il s'agit ici.
plus volumineux est le médian. Ces cartilages en supportent d’autres ayant la forme de rayons et disposés en trois rangées successives d'inégale longueur. Ce sont, jusqu'à un certain point, les analogues du métacarpe et des doigts. Chacun des rayons de la rangée la plus externe se termine par trois ou quatre autres extrêmement fins, plus semblables à de la corne qu'à du cartilage; ils paraissent se perdre dans l'épaisseur des téguments de la nageoire. En continuant à chercher les analogies entre les membres antérieurs des Squales et ceux des animaux plus élevés, on pourrait peut-être, ainsi que le proposent Meckel (Tr. d’Anat. comp., trad. franc.,t. IT, p. 376) et M. Rich. Owen (Lect., etc., t. Il, p. 198), considérer ces prolongements d'aspect corné comme rappelant les ongles.
Raies. — La structure de leurs pleuropes offre certaines différences. Ainsi, la portion scapulaire prend une plus grande importance, en raison de son union, au moyen d'un cartilage sus-scapulaire, avec la colonne vertébrale, d’où résulte, ainsi que je l'ai dit plus haut, la formation d'une ceinture scapulaire complète. (ATLAS, pl. 1, fig. 9, m.)
Gette pièce supplémentaire qui manque chez les Rhinobates, dont le cartilage scapulaire se prolonge davantage, est distincte dans les Raïes, où elle représente un quadrilatère plus long que large.
Par son côté interne, elle s'appuie sur le rachis, ainsi que sur la pièce correspondante de l’autre moitié de la ceinture, et ladhérence est consolidée par du tissu fibreux. En dehors, un ligament rattache ce cartilage au scapulaire. HS:
Je dois faire observer que si l'ossification est complète, comme 1l arrive souvent, on ne peut plus distinguer l’un de l'autre les cartilages scapulaire et sus-scapulaire. Ils forment ensemble une seule pièce transversale plus large au milieu qu'elle ne l’est à ses extrémités, et tout-à-fait confondue sur la ligne médiane avec le bord supérieur de la crête qui surmonte, dans toute son étendue, la portion indivise de la colonne vertébrale.
À la région inférieure, les deux cartilages coracoïdes, le droit et le gauche, forment, en se confondant, une pièce ou barre transversale résistante.
… Les cartilages seapulaire et coracoïde s’élargissant et se dirigeant de dedans en dehors, le premier de haut en bas et le second de bas en haut, se divisent bientôt chacun en trois branches qui s'articulent entre elles par leurs extrémités. La sou-
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dure complète de ces six branches externes et terminales constitue, en quelque sorte, le sommet d’une voûte latérale, dont les deux piliers, l'un supérieur et l’autre inférieur, trouvent, comme on le comprend par les détails qui précèdent, un point d'appui solide contre les piliers correspondants du côté opposé, puisqu'il y a jonction mutuelle de ces piliers au niveau de la ligne médiane.
C’est avec le sommet de cette voûte que s’articulent les trois cartilages qui, je l'ai déjà dit en parlant des Squales, peuvent être considérés comme les analogues des os du carpe (Arras, pl. 4, fig. 9). Ils sont ici beaucoup plus étendus en raison des grandes dimensions des nageoires dont ils supportent les nombreux rayons.
Celui du milieu (n) est le moins considérable; mais le postérieur, composé de deux pièces qui se suivent (0, p), et l’antérieur de trois pièces (g, r, s) également placées bout à bout (1), décrivent chacun une courbe à concavité interne, et se portent l’un en arrière et l’autre en avant.
L’antérieur se dirige vers le cartilage médian de la tête ou cartilage rostral, dont il est séparé par un ou plusieurs cartilages. La disposition de ces pièces, qui varie suivant les genres, amène des différences caractéristiques dans la forme du bord antérieur de la tête. Voyez, au reste, ce que je dis plus loin de la nageoire du crâne. |
Quant aux rayons eux-mêmes, ils sont en quantité beaucoup plus considérable que chez les Squales. Il y en a davantage dans chaque rangée, et les rangées elles-mêmes sont très-mul= tipliées, car ce n’est plus de trois seulement que chaque nageoire se compose, mais de vingt et au-delà. |
Ces rayons sont fort courts, puisque dans la nageoire d'une Raïe ronce, qui mesure en travers 0.93 depuis son angle externe jusqu’au point opposé, là où ils commencent la plupart, ils ont 0.013, si ce n’est ceux des rangées les plus externes qui se raccourcissent de plus en plus à mesure qu'ils s’approchent davantage du bord libre.
Ces petites tiges cartilagineuses portent à leurs extrémités un renflement par lequel elles s'articulent bout à bout, de manière à former de longues tiges noueuses comme des jones, et régulièrement espacées. Les plus longues sont celles du milieu
(1) Outre les trois cartilages principaux articulés avec la ceinture scapulaire, il yen a donc trois autres, ce qui porterait à six le nombre des pièces correspondantes au carpe.
que porte le cartilage médian du carpe; mais lesantérieures d’une part, et les postérieures de l’autre, présentent une diminution graduelle d’où résulte la forme arrondie ou anguleuse de l’aile.
Dès la troisième rangée, quelques rayons, ceux qui en oceupent les extrémités, se bifurquent à leur bout externe et présentent ainsi une double articulation pour les rayons correspondants de la quatrième rangée, qui sont dédoublés dans le sens de la longueur sur toute leur étendue, et s'articulent, à la rangée suivante, uniquement avec des rayons soumis au même dédoublement. De plus, sur cette quatrième rangée, et en dedans de ces rayons dédoublés, c’est-à-dire plus près de l'axe transversal de la nageoire, quelques autres se bifurquent à leur tour et s'unissent à des rayons complètement dédoublés de la cinquième rangée. Cette cinquième rangée, par conséquent, en contient un plus grand nombre que la quatrième, mais moins que la sixième et que chacune des suivantes, la même disposition se présentant avec une assez grande régularité. Il résulte de là que les dernières rangées ne sont plus formées que de rayons dédoublés beaucoup plus rapprochés entre eux que ne le sont les longues tiges les unes par rapport aux autres (1).
Ces rayons sont recouverts, en dessus comme en dessous, par les muscles qui s’y insèrent.
J'ai dit, en parlant du crâne (p. 27 et 28), comment l’apophyse orbitaire antérieure, qui peut ètre considérée comme un cartilage nasal, puisque la fosse olfactive est creusée à sa base, se porte en dehors et vient se mettre en contact avec la nageoire pectorale par l'intermédiaire d’un cartilage particulier, dont la forme n'est pas la même chez les différentes espèces. Gette pièce, spéciale aux poissons du groupe des Raïes, a reçu le nom de cartilage de la nageotre du crâne. Cest par suite de la présence de cette paire de cartilages, que la peau des nageoires pectorales se continue, sans interruption, jusqu’à la tête.
(1) Le petit tableau suivant fait aisément comprendre cet arrangement. Il indique la disposition des rayons à l’extrémité de la moitié postérieure d’une nageoire pectorale chez une Raïe ronce. On compte les rangées de dedans en dehors.
Rangées. Rayons dédoublés. Rayons bifurqués. Rayÿons simples.
3e 0 10 31 49 10 5 26 5e 15 3 23 6e 18 5 18 Te 23 4 14
et ainsi de suite, les rayons simples finissant par disparaître.
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Chez les Torpilles, on trouve ces cartilages bien distincts, un de chaque côté, représentés par M. Henle (Ueber Narcine, t. IV, fo. DE Rampe marmorata). Is s'articulent par leur: bout interne avec le cartilage nasal, puis se dirigent en dehors et un peu en arrière, pour aller rejoindre l'extrémité antérieure des nageoires pectorales. De cette disposition et de la brièveté des cartilages antérieurs de la tête, résulte la forme toute spéciale du disque. Chez la Narcine brasiliensis, où les cartilages de la nageoire du crâne ont une forme toute particulière, M. Henle a constaté la présence, à droite comme à gauche, entre ces derniers et la région antérieure de la tête, de deux petits cartilages supplémentaires logés dans l'épaisseur de la peau, l'interne beaucoup plus volumineux que l’externe, et situés l'un à côté de l’autre (t. IV, fig. 1, E,F,G, p. 5).
Chez les Myliobates, il y a une véritable nageoire de la tête dont les rayons ne s'appuient que sur l'extrémité de la racine des pectorales. C’est elle qui forme la saillie remarquable que portent ces poissons à la région antérieure de la tête. J. Müller l'a bien fait connaître le premier (Vergleich. Anat. Myxin., etc., Ost., etc., p. 237-239, pl. IX, fig. 12; A8, 13B).
Les nageoires céphaliques sont tout-à-fait remarquables dans les Céphaloptères, où elles forment les prolongements en oreilles.
En définitive, comme J. Müller l'a bien établi (loc. cit.), contrairement à l'opinion de Guvier, les carülages des nageoires de la tête, chez les Raies, ne sont pas les analogues des carti= lages labiaux des Squales, car ils se voient, en même temps que ces derniers, dans la Narcine brasiliensis. |
B. Les catopes ou nageoires paires postérieures, qui peuvent conserver, chez tous les Plagiostomes, le nom de ventrales, en raison de leur position reculée, mériteraient cependant bien mieux celui d’anales, puisqu'elles entourent le cloaque (1). Elles sont bien développées, particulièrement chez les mâles, où se voient les appendices copulateurs dont je n’ai point à m'occuper en Ce moment. :
La ceinturepelvienne, alaquelle cesnageoiressont suspendues,
(1) Ce serait encore ici le cas d’insister sur les avantages que présenterait l'adoption, pour ces nageoires paires inférieures, du nom plus explicite de catopes, ou pieds en dessous, et de celui de pleuropes, ou pieds latéraux, pour les pectorales. De plus,en désignant par ladénomination d’Aypoytére la médiane inférieure, on éviterait de se servir du mot anale pour une nageoire qui n’a plus de rapports avec l’anus chez les Plagiostomes,
est moins complète chez les Squales et même chez les Raïes que la ceinture scapulaire. Comme cette dernière, elle est constituée en dessous par une barre transversale en forme de quadrilatère allongé, composée d’abord de deux pièces latérales réunies sur la ligne médiane par une symphyse dont la trace même finit par dis-
paraître. On serait tenté, ainsi que l’ontfait différents anatomistes, de les comparer aux pubis; il semble cependant plus juste d'y voir les analogues des ischions et de considérer comme représentant les pubis, deux apophyses qui partent chacune du bord antérieur et aux extrémités de cette barre transversale. Derrière ces apophyses, sur le bord postérieur de cette même pièce, naît, de chaque côté, un autre prolongement cartilagineux qui, se dirigeant en haut et en dedans, est réuni par des ligaments à la unie vertébrale; c'est bien là, en réalité, une sorte d'iléon qui sert à l’union peu solide du bassin au rachis.
Tout à fait en dehors, entre les apophyses pubienne etiliaque, la pièce ischiatique présente, à chacune de ses extrémités, un condyle sur lequel s'articule, par une cavité de même diamètre, «un os long qui a, dit Cuvier (Lee., 2 édit., t. [, p.573), la forme générale d'un femur (1), et qui se dirige en arrière. » Cetos supporte quelquefois deux ou trois rayons de la nageoire. D’autres, au nombre de quinze à vingt, sont fixés au bord externe d’un second os plus long que le précédent et qui ressemble un peu, selon la remarque de Cuvier (1d.), à un tibia. Il s'articule également avec la barre transversale; il précède deux cartilages beaucoup plus courts, placés l’un à la suite de l’autre, et qu'on pourrait, en suivant la même comparaison avec le membre postérieur, nommer cartilages tarsiens. Is servent d'appui aux cinq ou six derniers rayons.
Les rayons se portent de dedans en dehors, ainsi que d'avant en arrière, et d'autant plus obliquement qu'ils occupent une situation plus reculée. Beaucoup moins nombreux que dans les nageoires pectorales, ils sont formés, dans leur moitié interne, par une longue tige, et, dans leur autre moitié, par quatre ou cinq tiges articulées bout à bout entre elles et avec la longue portion. Il n'y a point dans ces nageoires, chez les Raies, les bifurcations et les dédoublements que j'ai signalés en décrivant leurs pleuropes. Les rangées, chez les Squales, sont au nombre de
(1) La dureté et la force de résistance de ces cartilages, imprégnés d’une quantité assez considérable de matière calcaire, justifient l'emploi, quand on veut les désigner, du mot os, qui pourrait être également bien appliqué à la barre transversale des ceintures pelvienne et scapulaire.
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deux ou de trois au plus. La dernière supporte, comme aux pleuropes, de petites tiges cornées très-fines.