XVII. TROISIÈME FAMILLE
RHINES ou SQUATINIENS. RAINÆ (1).
CARACTÈRES. — Corps déprimé et large, ainsi que la tête, dont le bord antérieur est demi-circulaire; queue arrondie
(1) Rhina (de pivn, qui désigne dans Aristote, liv. V, chap. X, t. I, p.254, et liv. IX, chap. XXXVIT, 48, t. I, p. 589, éd. de Camus, le chien de mer à peau très-rude ou Lime, que Belon, Rondelet et Salviani ont, d’après Gaza, nommé Squatina). C’est le premier nom générique de ce Squale. Il est
RHINES OU SQUATINIENS. GENRE RHINA. 463
comme chez tous les autres Squales ; évents en dessus: bouche tout-à-fait terminale et au-dessous des narines dont les orifices se voient sur le bord libre du museau; pectorales presque quadrangulaires, échancrées à leur origine et prolongées, en avant, par leur angle antérieur et interne, laissant ainsi, entre elles et le cou, de chaque côté, un espace libre où s'ouvrent les branchies ; queue à carènes latérales, sans fossettes à sa base, supportant les deux épiptères (1).
Events plus grands que les yeux derrière lesquels ils sont placés.
Les dents semblables aux deux mâchoires et un peu écartées entre elles, sont petites, triangulaires et non dentelées, à base un peu échancrée et surmontée d’un renflement lenticulaire, qui est comme la terminaison d’une petite saillie longitudinale de la face antérieure de la dent. Il n’y a pas de dent médiane en haut, ni en bas.
Les fentes branchiales, malgré leur position latérale, ne peuvent pas être vues quand on regarde l'animal en dessus, à cause d’un prolongement de la peau qui, après avoir formé une lèvre supérieure se continue de chaque côté de la tête, en augmente la largeur et se porte jusqu’à la racine des pectorales dont il peut même recouvrir l'angle antérieur. Il est simple ou festonné.—Les valvules nasales sont plus ou moins dentelées suivant les espèces.
Les ventrales sont grandes et commencent avant la fin des pectorales dont le bord postérieur les recouvre un peu. Le lobe inférieur de la caudale est plus long que le supérieur.
GENRE UNIQUE. —ANGE (2). RHINA, Klein, Miss., IT, p.12.
ArLas, pl. 1, fig. 3 et 4, détails du squelette; pl. 5, fig. 5, 6 et 7, scutelles, et L 6, fig. 1, mâchoires (sous le nom de ie
CARACTÈRES. — Ceux de la famille.
plus ancien que celui de Squatina proposé par mon père en 1806 (Zoo. analyt., p. 103), et généralement adopté, car il est dû à Klein (Hist. pisc. natur. promovendæ Missus IE, p. 13, 1742). J'ai dû, par conséquent, me ranger à l'opinion des zoologistes qui considèrent, comme imprescriptible, le droit de priorité.
Les Rhines constituent un sous-ordre de l’ordre des Plagiostomes, dans le mode de distribution adopté par M. Gill (Cat. fish. east. coast N.-Amer. from Greenland to Georgia, janvier 1861, p. 59, et Analyt. synops. Squali, in : Ann. Lyc. N.-York, nat. hist., décembre 1861, t. VIL, p. 596 et 397).
(1) Ici, comme chez les Raies, se montre l’impropriété de la dénomination de dorsales employée pour désigner des nageoires qui ne sont pas sur le dos et l'avantage du mot Epiptères proposé par mon père pour les nageoires impaires supérieures. Voy. p. 7, note 1, et p. 36, note 1.
(2) Ce nom, qu'on trouve déjà dans Belon et dans Rondelet, s'explique
464 PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES OU SQUALES.
Tableau de la division du genre Rhina en 3 espèces (A).
n (simples; yeux petits; angle, prolongé sages 4. vulgaris. © &\ externe des ventrales . . su PE g ere et arrondi. . 3. Dumerilui.
RE
frangées ; yeux aussi grands que les évents; de grosses épines céphaliques et dorsales. . . . . 2. aculeala.
4. Raina souarina (2), Rafin., Caratt. nuovi gener., etc. Sicil., p. 14, n° XI et Indice ittiolog. Sicil., p. 45, n° 837 (3).
ArLas, pl. 5, fig. 5, scutelles.
Squatina, Belon, De aquat., p. 78. — L'Ange ou Angelot de mer, Id., Nat. et divers. des poiss., p. 69.
Squatina, Rond., De pise., lib. XIE, cap. XXI, p. 367.—L’Ange, Id., Hist. des poiss., liv. XI, chap. XX, p. 289, fig. cop. : 1° par Gesner, De aquat., p. 899,.ed. Francf., 1620 (p. 902, fig. d’une Squat. que la dessiccation a déformée); 2 par Aldrov., De pisc., lib. IL, p. 472.
Squatina, Salviani, Hist. pisc., p. 152, pl. 53, cop. par Willugh., His£. pisc., pl. D3, p. 19; par Jonston, De pisc., t. XI, fig. 7, p.39 (Ruysch, id.).
Angelfish, Borlase, Hist. Cornw., p. 265, tab. XXVI, fig. 5.
Sq. pinna ani carens, ore in apice capitis, Art., Genera, p. 67, n°6, eted. Walbaums p. 507. Syn., p. 95 et ed. Schn., p. 138.
Sq. squatina, pinna anali nullâ, caudæ duabus, ore terminali, Linn., Syst. nat., 12° éd., p. 398, n° 4, et ed. Gmelin, p. 1503, n° 4, pinnis peclorulibus maximis anterius emarginatis.
Angel shark, Pennant, Brit. 4001. (Fish.), ed. 1812, p. 130, pl. XV.
Ange, Squatina, Duhamel, Pêches, sect. IX, chap. I, p. 294, pl. XIV, fig. 1-5, O et ® vus par dessus et par dessous et appendice génital.
Sg. squat., Shaw, Naturalit’s miscell., pl. 906.
Sq. squat., Bloch, pl. 116, cop. dans l'Encyclop., pl. V, fig. 14.
Sq. ange, Lacép , Hist. poiss., t. 1, p. 293, pl. 12, fig. 1, copiée par Shaw, aener. x0ol. (p. 356), pl. 155, où est également copiée la [p. 116 de Bloch. — Sg. squat., Donov., Brit. fish.,t. 1, pl. XVI.
par la conformation des pectorales qui rappellent un peu les ailes des anges, telles qu’on les voit représentées dans les œuvres d'art.
(1) La Squat. angelina, Gray (Catal. chandr. fish. hrit. Mus., p.80), ne peut pas figurer sur ce tableau : je ne la trouve décrite nulle part.
(2) Nom employé par Pline (Hist. nat., lib. IX, 40, 1, et lib. XXXIT, 46, 1). C'est de ce même Squale, comme Salviani (Hist. pisc., p. 192) le fait observer avec raison, que Pline a voulu parler quand il a dit (lib. XXXII, 53,6) Rhina quem Squatum vocamus. — Dicitur autem Squatina fortasse a squalore, hoc est, cutis asperitate (Rond., lib. XII, cap. XXI, p. 367).
(3) Je me borne, dans la synonymie, aux citations les plus importantes et je signale surtout les ouvrages où l’on trouve des figures.
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Squatina lœvis, Cuv., R. an. 17° éd., t. Il, p. 131, et Sq. angelus, Id., Id., 2 éd., t. Il, p. 394.
Sq. lœvis, H: Cloquet, Dict. sc. nat., t. L, p. 359, pl. XXII.
Angel-fish (Monk, Shark-ray, Kingston), Yarrell, Brit. fish., 3° éd., t. Il, p. 536.
Star vulgaris, Müll. Henle, Plag., p. 99, pl. 35, fig. 4, museau.
Squat. angelus, Bonap., Iconogr. faun. ît., pl. 143, fig. 1, et Cat. pescr Europ., p. 15, n° 14. — Squat. vulg., Guichenot, Explor. sc. Alg. Poiss., p.198. — Id., Krôyer, Danmark’s Fiske, t. II, p. 935.
Squatina lævis, Wils (Henr. Boursse), Dissert. anat. comp.
Monk fish, Couch, Hist. fish. Brit. islands, t. 1, p.73, pl. XVIL.
CARACTÈRES. — Bord antérieur de la tête tout-à-fait arrondi; yeux petits, d'un diamètre moindre que celui des évents; valvules nasales simples, les deux prolongements de la valvule interne ne présentant, à leur extrémité libre, qu'une très-petite, bifurcation, portion moyenne de cette valvule large, avec huit ou neuf dentelures à son bord libre; sur la tête, au-devant et en arrière des yeux, des tubercules dont le volume et la longueur sont bien moins considérables que chez la Rh. aculeata.
Sur la ligne médiane du dos des sujets très-jeunes, on voit, le plus souvent, une rangée de tubercules fort petits et extrêmement rapprochés les uns des autres, qui, par cette double particularité, diffèrent complétement des tubercules volumineux, à pointe aiguë, espacés et beaucoup moins nombreux que porte la même région chez la Sq. aculeata où ils persistent pendant toute la durée de la vie, tandis que chez une Sq. vulgaire longue de 0".52, ces tubercules ont déjà disparu, et ils manquent absolument chez les adultes.
Teinte générale : un vert grisâtre, nuancé de brun; sur les pectorales, des taches sombres.
Habitat. — Mers d'Europe.
2. RHINA (SQUATINA) ACULEATA, C. Duméril, Mus. Paris, MSS (Cuv., R. an., 2° édit., t. IT, p. 394.)
ATLAS, pl. 5, fig. 7, scutelles.
Squat. fimbriata, Müll. Henle, Plag., p. 101 et 192, pl. 35, museau.
Squat. oculata, Bonap., Icon. faun. it., pl. 148, fig. 2,.et Cat. pesci éurop., p. 15, n° 15. — ?Squat. aculeata, Id., Id., p. 15, n° 16.
?Squat. oculata, Doumet, Cat. poiss. Cette (Rev. z0o1., 1860, p. 306).
Squat. vulg., Schleg., Faun. japon. (pisces), p. 305, pl. CXXXVI.
Squat. japon., Bilkr ( Acta Soc. ind. nederl., t. HI), Vierde Bijdr. ichth. Japan, p.40.
CARACTÈRES. — Bord antérieur de la tèté un peu moins ar- Poissons. Tome I. 30
466 PLAGIOSTOMES PLEUROTRÈMES OU SQUALES.
rondi que chez la Rhin. squat.; veux beaucoup plus grands (diamètre longitudinal égal à la longueur de la fente de l’évent ou même un peu plus eue les deux prolongements latéraux de la valvule interne élargis, divisés en lobes secondaires, digités eux-mêmes et formant ainsi des franges : d’où lenom de Squatina fimbriata, Müll. Henle; lobe moyen de cette valvule interne à peine visible; valvule externe également frangée ; rebord cutané des régions latérales de la tête festonné; sur la tête, au-devant et en arrière des yeux, des tubercules épineux plus gros et plus longs que chez les autres espèces, et formant des bouquets d'épines tout-à-fait caractéristiques par la manière dont ils sont groupés et par l’aspect qu'ils donnent à la région sus-céphalique; sur la ligne médiane du dos, depuis la ceinture scapulaire jusqu'à la 1"° dorsale, et entre celle-ci et la 2°, des tubercules épineux saillants, un peu espacés entre eux, acérés dans le jeune âge et presque mousses plus tard, disposés en série longitudinale; scutelles plus pointues que chez la Rh. squat.
I n’y a pas de différences à noter soit dans la loue, soit dans les dimensions relatives des nageoires.
Teinte générale d'un brun clair ou verdâtre avec des taches noires peu volumineuses, très-nettement ocellées de blanc, disposées avec une certaine régularité sur le tronc et les nageoires, et dont les plus marquées et les plus persistantes sont placées, une sur la tête entre les yeux, une sur la base de chaque pectorale et de chaque ventrale.
Cette description est faite d’après plusieurs individus : 1° le rvpr de Squat. aculeata, Dum., envoyé de Marseille par d’Arquier, long de 0®.41, à tubercules EAeus très-prononcés ; 2° deux grands individus : l’un d'origine inconnue (1.50), peut-être des côtes de l'Amérique du Nord, l’autre (1.60) rapporté, ainsi qu'une tête isolée, d'Algérie par M. Guichenot, à franges nasales et à tubercules céphaliques et dorsaux bien développés, d’une teinte uniforme, mais portant un point blanc très-apparent sur la racine des nageoires paires et entre les yeux; 3 deux jeunes sujets de la mer des Indes (l’un de 0.35 et l’autre de 0.25 encore adhérent à son énorme Wésicule ombilicale), dont les tubercules sont fort apparents et les taches ocellées très-manifestes. Le moins petit des deux surtout, ressemble beaucoup à la Sq. oculata, Bonap. (Fauna), que je rapporterais sans hésitation à la Rhina aculeata, si le texte, d'accord avec le dessin, ne se taisait sur les épines tuberculeuses.
La description de la Sq. fimbriata faite par MM. Müll. et Henle sur de jeunes exemplaires du Musée de Berlin et sur un adulte de celui de Vienne (Plag., p. 192) ne laisse aucun doute sur AGURse de cetie espèce avec celle dont il s'agit ici.
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Le Muséum possédant, comme je viens de le dire, des Squat. dela mer des Indes que je ne puis pas distinguer spécifiquement de la Rh. acul., et qui sont tout-à-fait analogues à celle du Japon (Sq. vulgaris, Schl.; et Sq.japonica, Blkr), je rapporte cette dernière à notre espèce.
3. RHiNA Dumericn, Gill (Squar. Dum., Lesueur, Journ. Acad. nat. sc. Philad., 1818, t. T, part. II, p. 295, pl. X) (1).
ATLAS, pl. 5, fig. 6, sculelles.
Squat. Dumerilii, Dekay, Faun. N.-York (fish.), p. 363, pl. LXIL, fig. 203. — Id., Leidy, Proceed. Acad. nat. se. Philad., 1847, t. IL, p. 247, ©. 2 JS Storer, Synops. fish. N.-Amer.: in Met! Anérs Acad., 1846, nou: série, t. I, p. 508.
Rhina Dumerihi, Gil, Cat. fish. east. coast N.-Amer., p. 61.
CARACTÈRES. — Angle externe des pectorales et des ventrales plus arrondi etmoins ones en dehors que chez la Sq. de nos, mers; dorsales plus basses et plus longues, à angle supérieur plus arrondi: caudale à peine fourchue, son échancrure étant moins angulaire, à lobes moins prolongés et terminés par des angles he mousses; valvules nasales simples; pas de tuberce sur la ligne médiane du dos (2 ), ceux de la tête non épineux; pas de points blancs sur la racine des nageoires paires, ni sur la tète, entre les yeux; scutelles non épineuses et incomplétement striées comme dans les autres espèces, mais à surface légèrement creuse et à siries fort apparentes.
Teinte générale d'un gris cendré et bleuâtre en dessus, avec une nuance rougeâtre sur la tête et les bords des nageoires paires; le dessous blanc; des taches tirant sur le rouge à la gorge, au ventre, et depuis l'anus jusqu à l'extrémité de la queue.
Habitat. — Côtes de l'Amér: sept. Au Muséum, un exempl.: (1.22) dû à Lesueur, un autre (1%.11) pris à N.-York par Milbert (3).
(1) Par erreur, M. Müll. et Henle (p. 100) attribuent à Lesueur l’établis= sement d’une espèce américaine qu'il aurait nommée aculeata et à laquelle ils attribuent des caractères que notre compatriote donne comme propres à la seule espèce qu'il ait décrite (Sq. Dumerilii), dédiée à mon père.
(2) Yen a-t-il dans le jeune âge comme chez notre Sa. ? Je l’ignore, le moins grand des exemplaires du Muséum mesurant 111.(C’est un g'qui, comme un autre go! adulte, les seuls que possèdent les collections, porte de forts aiguillons'sur le bord et l’angle externe des pectorales.
(3) En terminant l'histoire des Squales, je mentionne le genre imaginaire à tête cornue de la Méditerr. que Rafinesque (Caratt., p.12 et Indice, p.45, no 331) a nommé Cerictius (C. macrourus).
168 PLAGIOSTOMES HYPOTRÈMES OU RAIES.