CUVIER
légères séparations, mais où il est impossible de tracer des circonscriptions parfaitement nettes, et qui ne rentreraient par aucun point les unes dans les autres. » (Hist. nat. Poiss., t. T1, p.564.)
Plus loin (p. 567), il dit :
« Les Acanthoptérvgiens, en réalité, ne constituent presque qu'une seule et immense famille. »
L'Ordre V a pour caractère distinctif et essentiel, avec d’autres particularités remarquables, la structure exceptionnelle des branchies que rappelle le nom de Lophobranches. L'Ordre VI comprend des poissons à squelette plus simple, à mâchoire formée par les inter-maxillaires seuls auxquels sont soudés latéralement les maxillaires, et à suture solide et immobile de l’arcade palatine avec le crâne : ce sont les Plectognathes.
Quant à la série des Chondroptérygiens par laquelle il termine, Guvier fait d’abord observer qu’elle
« ne peut être considérée ni comme supérieure, ni comme infé< rieure à celle des poissons ordinaires, car plusieurs de ses genres se rapprochent des reptiles par la conformation de leur oreille et de leurs organes génitaux, tandis que d’autres ont une telle simplicité d’organisation et que leur squelette est réduit à si peu de chose, que l’on pourrait hésiter à en faire des animaux vertébrés. C'est done une suite en quelque sorte parallèle à la première, comme les Marsupiaux, par exemple, sont parallèles aux autres mammifères onguiculés. »
La série des Chondroptéryqiens comprend deux ordres :
Ordre I. Sturioniens et Chimères ou Chondr. à branches libres, munies d’un seul orifice externe très-ouvert, protégé par un opercule, mais sans membrane branchiostège.
Ordre Il. Sélaciens ou Chondr. à branchies fixes, et a orifices externes multiples, comprenant deux familles très-distinctes : — Fam. 1. Sélaciens ou Plagiostomes, c'est-à-dire à bouche transversale, à organisation très-parfaite. — Fam. 2. Cyclostomes ou Suceurs, à bouche annulaire et dont la structure est beaucoup plus simple que celle des précédents.
Ici, dans l'établissement du dernier ordre, Cuvier, par suite de l’analogie de structure du squelette, a rapproché des poissons qui offrent cependant entre eux les plus notables difiérences. Elles sont tellement profondes que si les Plagiostomes, comme il semble convenable de le faire, sont placés à la tête de la classe des poissons, les Gyclostomes, au contraire, doivent occuper le dernier rang. L'imperfection de toute leur structure, étudiée par mon père (Dissert. sur les Poiss. qui se rapprochent le plus des anim. sans vertèbres, 1812), puis par
d’autres, mais surtout par J. Müller {Vergleich anat. Myxinoïden), ne laisse aucun doute sur la nécessité de cette séparation.
I] ne faut pas perdre de vue, à l’occasion du rapprochement fait par Cuvier, ses réflexions très-justes sur la difficulté d’exprimer les vrais rapports des êtres entre eux dans un livre où les faits qui y sont exposés ne peuvent être placés que les uns après les autres.
« C’est surtout dans la famille des Chondroptérygiens, dit-il, que se montre bien la vanité de ces systèmes qui tendent à ranger les êtres sur une seule ligne. Plusieurs de ces genres, les Raïes, les Squales, par exemple, s'élèvent fort au-dessus du commun des poissons et par la complication de quelques-uns de leurs organes des sens, et par celle de leurs organes de la génération, plus développés dans quelques-unes de leurs parties que ceux mêmes des oiseaux; et d’autres genres auxquels on arrive par des transitions évidentes , les Lamproies, les Ammocètes, se simplifient, au contraire, tellement que l’on s’est cru autorisé à les considérer comme un passage des poissons aux vers articulés. »
« Que l’on ne s’imagine donc point que, parce que nous placerons un genre ou une famille avant une autre, nous les considérerons précisément comme plus parfaits, comme supérieurs à cette autre dans le système des êtres. Celui-là seulement pourrait avoir cette prétention, qui poursuivrait le projet chimérique de ranger les êtres sur une seule ligne, et c’est un projet auquel nous avons depuis longtemps renoncé. » (Hist. nat. Poiss., t. [, p. 567 et 568.)
L'Ordre des Chondroptérygiens à branchies fixes, tel qu'il a été établi par Guvier, ne doit pas subir seulement le changement résultant de la séparation, en deux groupes tout-à-fait distincts, des Plagiostomes et des Cyclostomes. Une autre modification considérable y a été apportée par suite des études de M. Agasciz sur le revêtement écailleux des téguments. Elles ont amené à ce résultat que les Sturioniens proprement dits (Esturgeons et Polyodontes) sont venus prendre place, sans les Chimères, dans l’ordre des Ganoïdes.
La classification de M. Agassiz (1), basée sur les différences que présentent des organes dont l'étude n'avait pas encore été le point de départ d’un arrangement méthodique des poissons, offre un caractère d'originalité très-frappant. Occupé de la détermination des débris fossiles de ces animaux, ïl dut s'at-
(1) C’est en 1833, au commencement de la publication de ses Recherches sur les Paiss, fossiles, que M. Agassiz a exposé ses vues.
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AGASSIZ, 1833. 269 tacher, d’une manière toute particulière, à l'examen des écailles, seules parties avec les os, les dents et les aiguillons des nageoires, que la fossilisation ait conservées. Or, trouvant une concordance parfaite dans la structure des pièces protectrices de l'enveloppe tégumentaire provenant d'espèces soit du monde actuel, soit du monde ancien, il n’hésita pas à considérer les caractères ürés de l’écaillure comme étant d’un ordre assez élevé pour servir de fondements à une division des poissons fossiles et vivants en quatre ordres. L'importance que ce zoologiste a mise à faire figurer les uns et les autres dans les cadres de sa classification, est très-digne de remarque. C'est une heureuse innovation déjà tentée par Blainvile pour l’ensemble du règne animal (1), et motivée sur la nécessité de tenir compte des résultats souvent très-précis dus à l'étude de la paléontologie, si l'on veut dresser un tableau complet des affinités naturelles de tous les animaux. « En omettant les fossiles, dit M. Agassiz, on n'arrive qu'à une exposition incomplète du plan de la création des êtres organisés. » Justifiant son assertion par l'énoncé des résultats de ses recherches sur les ichthyolithes, il a pu esquisser, autant que le permet l'imperfection de nos connaissances sur les faunes
(1) Sans admettre l’enchainement de tous les anneaux de la série animale que cet anatomiste s’efforçait de faire accepter comme réel, on ne peut méconnaître qu'il fut bien inspiré quand il chercha des preuves à l'appui de son opinion dans l'étude des fossiles En opposition avec Cuvier qui disait que, sur certains points de la série, il y a des hiatus ou lacunes qui ne sont point comblés, il soutient, dans le travail où il a exprimé sa dernière pensée sur ce sujet (Sur les principes de la zooclassie ou de la classif. des anim. [Introduction d’une Hist. nat. génér. des Mollusques restée inédite], 1847, p. 29), que « cette assertion est évidemment et indubitablement fausse. » « Et cela, ajoute-t-il, pour presque toutes les classes du même type : ainsi, par exemple, entre les mammifères et les oiseaux, les ornithorhynques et les échidnés; entre les oiseaux et les reptiles, les tortues; entre les amphibiens et les poissons, les protées et les lépidosirènes ; sans parler des fossiles qui, par une singularité remarquable, quoique très-naturelle, viennent presque toujours remplir une lacune importante : le plésiosaure, entre les tortues et les crocodiles; l’ichthyosaure, entre les reptiles et les amphibiens. » Cette manière d'envisager l'unité du règne animal est certainement très-séduisante, et l’on peut dire avec M. Flourens (Eloge historique de Blainville : Mém. de l’ Acad. des sc., t. XXVIL, 2e partie, p. xx) « dans un éclair de génie, il voit et retrouve dans la nature perdue les êtres qui manquent à la nature vivante, et il intercale avec une habileté surprenante, parmi les espèces actuelles, les espèces fossiles... » Néanmoins, si l’espace entre les anneaux se trouve ainsi diminué, il n’est pas effacé par cette interposition des animaux détruits.
éteintes, la généalogie d’un assez grand nombre de familles. Ainsi, il a vu que celles des Lépidoïdes et des Célacanthes, par exemple, dont on trouve d’abondants débris dans les couches sédimentaires les plus anciennes, se sont éteintes avant les formations tertiaires. Quelques poissons d'une origine tout aussi reculée, les Céphalaspides et les Diptériens ont persisté pendant un temps beaucoup moins long, puisqu'on ne les rencontre déjà plus dans la houille. D'autres, au contraire, contemporaines des précédentes, se sont perpétuées jusqu'à notre époque, mais en perdant peu à peu de leur importance : telles sont celles des Sauroïdes et des Cestraciontes. Par opposition, il faut citer les Squales qui, fort rares dans les couches houillères où ils commencent à se montrer, le deviennent de moins en moins dans les terrains de formation plus récente, et habitent, en très-grand nombre, nos mers actuelles. Plusieurs familles, enfin, ne sont connues à l'état fossile qu'à partir de la craie ou même des terrains tertiaires; ou bien elles sont exclusivement propres à notre faune, comme les Gadoïdes, les Hydrotamies (poiss. à br. labyrinthiformes), les Siluroïdes et les Gvclositomes.Voy.Agass. Rech. poiss. foss., t.1, tableau annexé p.170.
Ces indications très-sommaires de l'association que le naturaliste suisse a faite, dans son plan de classification, des éléments fournis et par la paléontologie et par la zoologie de notre monde actuel, suffisent pour montrer ce qu'il y a d’ingénieux et de vraiment instructif à envisager ainsi, dans la série des temps écoulés depuis la création de notre globe, la classe nombreuse des poissons. |
Etudions maintenant, en pesant leur valeur, les caractères sur lesquels sont basées la distinction des poissons, et, par suite, la délimitation des ordres.
Les écailles, dont les différences fournissent ces caractères, ont été l'objet d'études très-attentives de la part de M. Agassiz (Ann. des sc. nat., 2° série, t. XIII, p. 58, ett. XIV, p.97), qui, pour répondre à des objections de M. Mandi, insérées dans le même recueil, t. XI, p. 387 et t. XHT,° p. 62, a dû pousser aussi loin que possible l'examen de cette question d'anatomie de structure. À ces travaux intéressants sont venus se joindre ceux de quelques autres naturalistes, mais particulièrement de M. Peters (Müller’'s Archiv. für anat., 1841, p. cax) et de M. W. C. Williamson (Philosoph. Transact., 1851, p. 653). Par l’ensemble de ses recherches, le professeur de Neuchâtel a été conduit à rapporter tous les poissons à quatre types principaux
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