CLASSIFICATIONS
Après avoir achevé l'étude de l’organisation des Plagiostomes et avant de commencer l'histoire zoologique proprement dite, non-seulement des Elasmobranches, mais de la classe tout entière des Poissons, il me semble nécessaire de passer en revue, dans un ordre chronologique, les différentes classifications qui ont été successivement proposées. Toutes les tentatives des zoologistes, à partir des temps les plus reculés, ayant été analysées par H. Cloquet, en 1822, dans le t. XXII du Dict. des sc. nat., article Ichthyologie, et d'une façon plus complète encore, par Cuvier, en 1898, dans le t. I de l'Hist. nat. des Poiss., je dois me borner à compléter, pour les trente-cinq dernières années, le travail auquel est consacrée une partie du livre I de cet ouvrage.
C’est de la méthode suivie par cet illustre naturaliste qu'il faut d’abord nous occuper.
« La classe des poissons, a-t:l dit, est, de toutes, celle qui offre le plus de difficultés quand on veut la subdiviser en ordres d’après des caractères fixes et sensibles. » Aujourd'hui encore, cette assertion de Guvier (R. anim., 2 édit., 1829, t. IT, p. 128) reste en partie vraie, malgré les efforts faits par lui-même et par ceux qui l'ont suivi, pour arriver à la précision si désirable dans le travail du classificateur. Principale-
“sont conservés des Cyprins dorés ayant plus de 50 ans (Jd., t. XVI, p.107). H. Cloquet (Faune des méd., t. III, p. 350) a rapporté aussi des cas de longévité pour la Carpe ordinaire. Beaucoup d’exagérations, au reste, se sont mêlées à la vérité, relativement à ces poissons. Ainsi, je sais d’une façon positive, par l’ancien jardinier en chef de Fontainebleau, M. Souchet père, que toutes les carpes nourries dans le grand bassin creusé au pied du château, y ont été mises en 1806 ou 1807, après le curage exécuté par des prisonniers de guerre. Aucun des anciens poissons, qui avaient été vendus, n’y fut placé de nouveau, et, par conséquent, ce bassin, contrairement à ce que l’on dit souvent, ne renferme pas de carpes vivant depuis le temps de François ler.
(1) On possède des renseignements curieux sur la longévité des Tortues et des Crocodiles. Je les ai rassemblés et discutés dans une Nofice sur la Ménagerie des Rept. du Muséum (Arch. du Mus..t. X, p. 447-419),
ment préoccupé du désir de «ne point couper les familles naturelles, » Guvier, dans cet ouvrage, a posé les bases de l’arrangement méthodique dont il à ensuite, dans l'Hist. nat. des Poiss., et avec la savante collaboration de M. Valenciennes, devenu plus tard son continuateur, offert le développement pour la plus grande partie des espèces à squelette osseux, non sans quelques modifications, il est vrai, au plan primitif.
Il admet que la classe entière forme deux séries distinctes, celle des Poissons proprement dits et celle des Poissons cartilagineux où Ghondroptérygiens.
Parmi les Poissons osseux, il reconnaît six ordres distincts. Sa grande coupe primordiale est fondée sur la séparation, établie par Artedi, entre les Acanthoptérygiens qui constituent l’ordre 1, le plus considérable, qu'il place en tête des Poissons osseux, et les Malacoptérygiens. Pour le classement de ceux-ci, il fait usage des caractères tirés de la position des nageoires paires inférieures, et qui sont le point de départ du système de Linné, mais il réunit, dans un même groupe, les Jugulaires et les Thoraciques. Ses ordres I, IT et IV prennent les dénominations de Malacoptérygiens abdominaux, subbrachiens et apodes.
Les travaux de M. Agassiz et de J. Müller, que j’expose plus loin, ont amené à reconnaître les modifications qu'il semble convenable d'apporter à la classification des poissons osseux proposée par Cuvier. Je ne m'arrête donc pas en ce moment à en discuter les avantages et les inconvénients. |
Comment, cependant, ne pas signaler, au nombre de ces derniers, la difficulté pour l'étude de bien saisir la délimitation de chacune des familles naturelles, dont les caractères ne sont pas assez nettement formulés, ni assez précis? Cuvier, au reste, a lui-même constaté l'embarras où peut jeter parfois l'emploi exclusif de la méthode naturelle. Après avoir fait observer que certains genres d’une famille conduisent insensiblement à une autre, 1l ajoute :
« Que reste-t-il donc aux naturalistes désireux de faire connaître les êtres d’après leurs véritables rapports, sinon d’avouer que les poissons acanthoptérygiens, qui forment les anciens genres des Perches, des Sciènes, des Spares, des Chétodons, des Zeus et des Scombres, jusques et y compris les Cépoles et autres poissons en forme de rubans, ne composent, malgré la quantité innombrable de leurs espèces, qu'une seule famille naturelle dans laquelle on peut bien signaler des nuances, apercevoir des commencements de groupes, de