‹ Histoire naturelle des poissons; ou, Ichthyologie généraleChapitre 144 sur 291 · II. Genre PROTOPTÈRE. PROTOPTERUS (i), R. Owen · texte numérisé non relu

II. Genre PROTOPTÈRE. PROTOPTERUS (i), R. Owen

Proceed. Linn. Soc, 1839, p. 27.

Caractères. — Queue tout à fait filiforme à son exlii^iuité;

(i) De icpâro;, premier, et de ictipàv, rame, nageoire, par allusion à l'état rudimentaire des membres.

En 1841 {Ann. and Mag. nat. hUt., t. VU, p. 3S9, note), M. J. Hogg a proposé, ponr Tespèce africaine, le nom de Froiamelut (rpcatoc et i&Aoc,

470 oipnAs. protopterus.

P.etV. très-longues (1), formées par un rayon compose de segments placés bout à bout et supportant, au bord externe, dans une partie de leur étendue, des rayons nombreux et très-fins qui soutiennent le repli cutané des nageoires; au-dessus de chaque membre antérieur, trois appendices branchiaux cutanés (2); yeux petits; 6 paires d*arcs branchiaux : la l'* et la 6* munies d'une série unique de branchies, les 4' et S* d'une double série, mais elles manquent sur les 2*^ et 3*; "5 fentes branchiales internes dont retendue est variable suivant la position qu'elles occupent ; pas de branchie accessoire antérieure.

Les membres, malgré quelques différences en rapport avec la taille des individus, sont toujours, même chest les plus grands, moins écartés entre eux que èhez le Lepidosiren, où réioignement des V. aux P. est beaucoup plus considérable que celui qui sépare les premières de l'extrémité de la queue. — La teinte verte des parties osseuses du squelette ne se voit que chez le Protoptère.

Protopterus artiegteiis, R. Ov^en.

1839, Proceed, Linn. Soc, p. 32, et Tram. Linn. Soc.^ t« XVIII, p. 332, pi. 23-27, et Anat. verUbr., t. I, p. 1S2, fig. 100.

1837. ^ToL anguUliformis {3), R. Owen, MS. Catal.mus^ collège of Surgeons.

1841. Prot, annecUm, Jardine, Kefnatks on the struct.and habits (Ann. and Mag. nat. kist.y t. Vil, p. 21, avec fig. de détails).

1844. ProL intermediuSs reprod. de la pi. de R. Owen. PI. du Suppl. Dict. se, naL^ éd. LevrauU, Amph., pi. 2.

1844. Rhinocrypiis amphibia, Peters, Bericht Akad, Wissetnch,^ Berlin^ p. 414.

membre).— M. Peters, lorsque, le premier, il démontrâtes différences nériques qui distinguent de Pespèce découverte au Brésil par Natterer, celle qu'il a trouvée dans le Mozambique, créa le nom de Rhinocryptis^ ^tv, ^ivàç, nez, et xpuirràc, caché {Monatster. Akad. Berlin, 1844. p. 414), au> quel il substitue, lui-même, aujourd'hui, le nom donné par M. Owen, parce qu'il est généralement employé.

(1) Leur longueur est très-variable suivant les siuets, parce qu'il est rare qu'elles soient entières. Dans leur état d'intégrité, elles se termiiMnt par une pointe très-effilée.

(2) Sont-ils permanents ou transitoires? J'ai exposé (p. 452) les faits relatifs à cette question. Quoi qu'il en soit, ils constituent un caractère générique : on ne les a point encore vus chez le Lépidosiren.

(3) Ce nom cité par M. Owen (Trofi^...., p. 332) a, pour lai, la priorité, maie l'autre est presque exclusivement le seul dont on fasse usage.

GENRE PROTOPTÈltE. 471

i9të. Lepidos. annectem, Pelers, Mûller's, Archiv, p. 4-lt, pi. Im, où esl établie, p. H, Tidentité avec le RhinocryptU amphibia.

iSM. ^Protopierus œthiopicus, Heckel, Ueber eine neueFisch. spedes aus den weissen-Nil (Sitzungsber. Akad, Wissensch,, Wîen.) t. VII, p. 685-689.

1855. Lepidos. annect.^ Castelnau [Anim. nouv, ou rareSy Amer. S., Poiss., p. 104.

i855. J Lepidos. Amaudii, Id., W., p. 105.

1855. lepidos. iobaU Adanson, Id., /d., p. 105.

1856. Lepidos. anneetens, Gray, Proc. zool. Soc, 1856, p. 342, pi. XI, Repi., individu observé vivant au Palais de Cristal. — 1860. On the mud'fish of the NUe (tLepid. ann.)y Gray, Ann. and Mag. nai. hisLy 3tii ser., t. V, p, 70. — 1860, W., M^Donnell, The nat. hisL te- View, X. Vil, p. 94, et p. 109, pi. 3 et 5-6. — 1865. W., Hartmann, Murgeseh. medicin. Ski%%e der NUlander, p. 201.

1888. Prolopt. anguilliformis, Peters, Nalurwiss. Reise nach Mos^ iambique, Flussfische, p. 3, pi. I, fig. 1.

Caractères (1). — Tèle contenue 7 à 8 fois dans la longueur totale (2), 2 fois à 2 fois 1/2 entre le bout du museau et l'origine de la D.., et près de 3 fois ou un peu au-delà dans Tintervalle des P. aux V. qui est presque 1/3 de tout Tanimal; D. commençant au milieu environ de Tëcartement des deux paires de nageoires, mais un peu plus rapprochée de la première que de la seconde; 100 rangées transversales d'écaillés ou même davamage^ disposées sur 14 à 16 rangs longitudinaux de chaque côté.

Les proportions des parties extér. varient Jusqu'à un certain point, avec Tâge. Les mesures données par M. Peters le prouvent, et celles que j'ai prises m'ont fourni le môme résultat, mais moins frappant,

(1) Le Muséum possède 8 individus reçus de la Gambie dans des mottes de terre durcies. Le moins petit (0a.40) a servi pour la préparation d'un squelette. Les autres ont de 0«.S0 à O^.SO; plusieurs ont vécu à la ménagerie des Reptiles; il y en a 2 encore enveloppés dans leur cocon. Les collections renferment, en outre, un spécimen de la côte de Zanzibar pris par H. A. Grandidier, et une peau desséchée, plus longue {0«*M), dont un seul côté est intact, et où les membres manquent. Elle a été rapportée du Sénégal, sous le nom de Tobal, par Adanson (Lep. Tobal, Cast.}. Elle ne pwitt pas offrir des différences spécifiques.

M. d'Arnaud (voy., sur son voyage, p. 384, note 2) a déposé au Mus. un sujet de Ob.485 {Lep. Amaudii, Cast.). J'indique, dans la description, les petites dissemblances que ranimai présente quand on le compare aax autres exemplaires.

(2) Par exception, 6 fois 1/2 chez un individu de 0">.22, et 0 fois chez un autre de 0">.ià, appartenant, Tun et Tautre, au Musée de Berlin.

472 DIPNÉS. PROTOPTRRUS.

parce que je n'ai pas soas les yeux des individus arrÎTés au même état de développement.

II y a aussi des différences individuelles, car le sujet du Nil Blanc, qui appartient évidemment à la présente espèce, a les nageoires paires plus éloignées entre elles (0*.03) qu'elles ne le sont chez un Protoptère de Gambie de la même taille (0>^.485) conservé sa musée de Berlin.

Par suite de mutilations fréquente3 , les membres ont des dimensions variables. Chez le spécimen du Nil Blanc déjà cité, les P. aoat comprises 3 fois seulement entre les deux extrémités de ranimai, et, sur un exemplaire de O^^.^SO, elles étaient encore plus longues (0'".i05, Peters). Les V., quand elles sont entières, ont presque les mêmes dimensions que les P.

Coloration, — En dessus, d*un vert olive avec de nombreuses taches irrégulières bnines ou noires; régions inférieures violacées et unieolores; nageoires paires d'une teinte uniforme chez les vieux individus, mais à anneaux foncés chez les jeunes. Us sont encore trèsmarqués sur le sujet du Nil Blanc où le dos et les flancs portent des lignes étroites et claires , formant les contours des mailles d*un réseau très-irrégulier.

Taille, — Si, comme il y a tout lieu de le supposer, le sujet dn Nil Blanc [Pr, œlhiopicus^ Heckel) appartient à la présente espèce, celleci peut atteindre des dimensions semblables à celle du Lepîdosiren^ car le naturaliste de Vienne dit que son spécimen avait 3 pieds 2 pouces; les plus longs des Musées de Berlin et de Paris mesurent 0™.67 et 0«».485.

Habitat. — Afr. occid. : Gambie, Sénégal, Niger; Afr. orient. : Zambèze (Quelllmanc, Boror, Telte), Nil Blanc et embouchure du Nil (Gray, Ann, and Mag, nat. hist,, 1860, t. Y, p. 70), mais M. M'Donnell (Nat. hist. review^ 1860, p. 94) suppose qu'il est question non point du Delta, mais du lieu de réunion du Nil supérieur ou Nil Blanc avec le Nil moyen.

nr* sooB^XAasB.

LOPHOBRANCHES

Caractères. — Poissons de petite taille, à squelette osseux, à corps allongé et étroit, revêtu, au lieu d*écailles, de petits écussons mipxes, disposés autour du tronc et de la queue en anneaux plus ou moins nombreux, tous pourvus de saillies d'où résulte une forme polygonale ; queue sans nageoire caudale et préhensile chez plusieurs; museau, chez les uns, aplati, prolongé au-devant de la bouche qui s'ouvre sous sa base, mais chez les autres, tubuleux, et à l'extrémité antérieure duquel sont les os des mâchoires circonscrivaut la fente de la bouche qui est petite et presque verticale; jamais de dents; nageoires, dans le plus grand nombre, peu développées, à rayons simples ou articulés; Y. et G. manquant souvent et mAme quelquefois les P.; branchies en houppes et formées de feuillets supportés par des pédicules courts et arrondis, disposés en double série sur les arcs; opercules tixés à la ceinture scapulaire par une membrane que soutiennent, de chaque côté, Sou 3 rayons brancbiostèges, et ne laissant libre qu'une courte et étroite ouverture pour la sortie de Teau ; vessie natatoire sans canal aérophore ; œufs des espèces dont on connaît le mode de reproduction portés par le mâle, à partir du moment de la ponte jusqu'à leur éclosion, soit dans une poche souscaudale ou sous-ventrale, soit simplement sous le ventre.

MoTiLiTÉ. — Le mode de locomotion est intéressant à étudier, parce qu'il présente des particularités propres à ces poissons. Il faut d'abord signaler la singulière faculté dont sont douées les espèces de la sous*famille des Hippocampinés, mais surtout celles du genice Hippocampe, et les Syngnathes égale-

(1) A690C, crête, houppe, ppd'rxMi* branchies y dénomination tirée de la conformation tout à fût exceptionnelle des organes respiratoires et in-> trodaite dans la nomenclature ichthyologiqae, en 1847, par Cuvier {Règne anim.y Iw éd., t. Il, p. 155).

474 LOPHOBRANCHES

ment sans G., particulièrement les Nerophis^ d*enrouler leur queue autour des corps qui offrent une certaine résistance.

Souvent, plusieurs individus se groupent autour d'un môme appoi et restent ainsi pendant un temps assez long épiant les petites proies qui passent à leur portée, mais conservant une immobilité presque complète el ayant, suivant la remarque de Lyonnet^.a un air sérieni, pensif et réfléchi » qu'il attribue à l'indépendance des mouvements des yeux, ce qui lui a fait supposer « non sans quelque raison que l'animal peut fixer son attention en môme temps sur deux objets à la fois, quoique fort écartés l'un de l'autre » {Sur le cheval marin : Rech. $w VanaL et les mélam^ des tn;., publiées en 1S32 par de Haan, p. 368). Quelquefois môme, ils forment un groupe en s'attachant les uns aux autres ou se fixent au corps des poissons près desquels ils se trouvent.

Quant à leur mode de natation, il a été observé attentivement par M. Leckenby (Ann. and Mag, naL hist.^ 1858, t. II, p. 416], et par M. Weinland, qui, après avoir donné une note sur ce sujet, en 1888 (Proceed. Boston Soc, nat. hist.^ t. VI, p, 346), y est revenu, avec plus de détails en 1861 [ZooL GarU, p. 199). Il a fait observer que les Syngnathes, contrairement à ce qui a lieu chez les autres poissons dont la progression se fait au moyen des mouvements de latéralité de la queue, avancent sans imprimer aucune inflexion au corps. En raison de sa gracilité et du peu de développement de Turoptère, la queue ne peut jouer efficacement le rôle d'un aviron. La nageoire dorsale détermine une ondulation très-manifeste de Teau, et, de la sorte, se trouve produit le déplacement. Évidemment, dit M. Weinland, les vibrations ondulatoires de la dorsale agissent comme l'hélice d'un bateau à vapeur, les déplacements successifs des différentes parties de la nageoire dans le sens de sa longueur pouvant être comparés à une portioa des mouvements en spirale de cet appareil de locomotion.

Des observations analogues, relativement au mode de natation, avaient été faites déjà par Heckel sur le petit poisson dit Vthbra Krameri^ et furent répétées sur les Lépidostès par M. Weinland qui suppose qu'il doit en être de même pour les Polyptères.

Ce jeu de la dorsale se comprend loEsqu*on étudie Faction de ses muscles, comme M. Kner Va fait en 1885. (VerhandL ZooL — Botan. Vereins^ Wien, t. V, p. 57.)

Il a reconnu que le mouvement ondulatoire très-rapide qui rappelle celui des Rotifères est dû a la mobilité indépendante des rayons. Sons

FOMCTlOIfS ti8 LA TI8 DB RELATION. Àlt^

lès mascies superâckls léngitndinsiix, il a trouvé les nrasdes propreg des rayons à peine isolés les nos des autres et prescpie tons parallèles, ce qui est d'autant plus remarquable , dit-il , que les longues pièces osseuses qui supportent les rayons sont, dans le squelette des Syngnathes, disposés au nombre de 3 à 5 au*dessus de chaque vertèbre, comme les touches d*un éventail; suivant la long, de la D., il y a plus ou moins de vertèbres surmontées par ces tiges divergentes que Schneider a représentées (Artedi, Si/non. pisc.j pi. Il, fig. 22). .Les muscles se terminent à la base des rayons par des tendons grêles.

Chez les Hippocampes, les porie-rayons sont, au contraire^ presque parallèles, les antérieurs et les postérieurs sont seuls un peu divergents et ils s*appuient sur les apophyses épineuses divisées supérieu* rement de chacune des vertèbres qui sont en rapport avec la nageoire. Terminés à leur partie supérieure par autant de tendons qu'il y a de rayons, leurs muscles propres se réunissent en fascicules qui correspondent à chacune des vertèbres situées sous Tépiptère.

La vessie natatoire n'a pas de conduit pneumatophore. Elle est vasculaire. M. Em. Moreau en a récemment étudié le corps rouge situé à Texlrém. an ter. de Torg., et signalé par Retzius [Syngn. Akad. HandL, Stock., 1833, p. 155).

Par sa' résonnance, elle augmente les sons résultant de la contraction des muscles du tronc, comme M. Dufossé Ta constaté chez THippocampe dans de nouvelles observations encore inédites sur les bruits que les poissons font entendre.

Les nageoires^ à Texception de la dorsale qui est double chez les Solénostomes sont, en général, petites. Les pectorales longues et larges chez les Pégases, courtes dans les autres groupes, manquent à certains Syngnathes (Nérophinés). Les vewîraZe^, très-développées chez les Solénostomes, et réduites à l'état de simples filaments dans les Pégases, font défaut à tous les Syngnathoïdes. LesHippocampinés, les Stigmatophores, TAtéluro, parmi les Syngnathinés et les Nérophinés n'ont point de caudale ; elle est, d'ailleurs, très-réduite chez les autres, si ce n'est dans le genre Leptoichthys.

Le squelette ne diffère en rien d'essentiel de celui des poissons osseux. Cuvier (ffwf. na^. Potss., 1. 1, p. 295-296) l'a bien établi en parlant de ceux que l'on nomme les fîbro-cartilagineux dont le caractère se tire de ce que la matière calcaire (phosph. de chaux) se dépose moins abondamment dans la trame cartilagineuse où elle forme. des fibres. De là, résulte, comme il le dit encore^ « que le tissu de l'os ne devient pas aussi dur et ne prend point l'homogénéité caractéristique dès os de certains poissons osseux. » J. Millier exprime une opi-

476 LOPHOBlUffCHBS.

nion semhlMe(VeberdieGanoïd : Afc/k.iial«rjrefcA.,1844,

p. 13S et trad. fr. Ann. se. nat. ZooL^ 3* série, I. IV, p. 47). On ne trouve point, il est vrai, de corpuscules osseux dans leur squelette (KôUiker, Biffer, types microsc. strucL skelet, ou, fish. : Proc. roy. Soc, 1859, p. 660 et 662); mais Tabsence de ces corpuscules est caractéristique de beaucoup d'autres poissons, et, en particulier, de presque tous les Acanlhoptérygiens, qui sont au nombre de ceux dont la charpente osseuse est le plus solidement organisée.

J'ai déjà parlé du développement des pièces disposées en éventail et qui supportent les rayons de la D. chez les Syngn. et qui, dans les Hipp. s'élèvent sans présenter la même divergence. Je mentionne, en outre, comme caractère de ces poissons, le défaut d'appendices costaux.

Le système musculaire est très-peu développé; aussi, les Lophobr. sont-ils au nombre de ceux qui n'ayant presque pas 'de chair ne servent point à l'alimentation.

Sensibilité. — Relativement a\i système nerveux central, je dois mentionner le mém. de Gottsche [Vergleich. Anat. Gehims Gràtenfische : J. Mull. Arch,, 1835, p. 244-294 et 433^486) où, dans la descript. des diSér. parties de l'encéphale, sont donnés, çà et là, quelques détails sur celui du Syngn. acus représenté vu en dessus et en dessous dans les tig. 15 et 16 de la pi. IV. Je rappelle, en outre, que Girgensohn [Anat. und Phys. Fisck. Nervensyst. § 66 : Mém. sav. étr. Acad.^ St-Pelersb., 1846, t. V, p. 567) a placé les Syngn. dans le groupe des Poiss. qu'il rapproche entre eux en raison d'une concordance dans le peu de développement des organes nerveux centraux et des organes d'assimilation.

Organes de-s sens. — Le toucher est peu développé à cause de l'armure dure de toute la surface extérieure qu'on a quelquefois comparée, mais à tort, à celle des Ganoldes cuirassés.

On ne peut^pas considérer comme destinés à faire éprouver des sensations tactiles les filaments cutanés de la tète et do tronc.

L'enveloppe extérieure est une sorte de cotte de maille formée d'un grand nombre de pièces polygonales qui n'étant pas intimement unies les unes aux autres, comme celles des Os tracions, permettent une certaine mobilité, soit de la queue seulement (Pégases), soit des différentes régions du corps (Hippocampes et Syngnathes).

FONCnONS DB LA VIE DE RELATION. 477

Chez les premiers dont M. R. Owen a représenté le dermosquelette (Anat. vertehr.y 4866, t. 1, p. 195, fig. 124), toutes les pièces dures, à Texception des mâchoires, font partie de ce squelette cutané. Ce sont , indépendamment des anneaux du tronc et de la queue , le rosire , les plaques dans lesquelles les yeux sont placés , les plaques des opercules et celle qui, sur la ligne médiane, leur est interposée et supporte les arcs branchiaux, la zone transversale qui soutient les pectorales et les parois résistantes de la poche d'incubation des mâles.

L'étui protecteur forme des anneaux composés, sur le tronc, de segments au nombre de 7, mais de 4 seulement à la queue. H. Peters [Reisenachmossambique^ p. 104] les a bien indiqués tels qu'ils sont dans les Syngnathes proprement dits.

Ce sont 1° 2 latéraux supérieurs qui, se réunissant sur le dos> revêtent les parties latérales supérieures du tronc; — 2^2 latéraux proprement dits : ils longent le milieu des flancs; ^ 3^ 2 latéraux inférieurs situés le long du bas de la région latérale et le long du ventre ; ^i^\ ventral médian.

Il y a, en outre, des ann. intermédiaires dont les segments, au nombre de 7 comme dans les précédents, alternent avec ceux-ci : savoir, 1^ un impair au milieu du dos ; — 2<* et 3° 2 sur chaque flanc ; — 4* â à la région ventrale.

Entre les anneaux à 4 segments de la queue, se trouvent aussi des anneaux formés par des segments secondaires. Les différences que ces derniers présentent dans leur forme, sont quelquefois utiles à signaler dans les descriptions des espèces.

L'enveloppe tégumentaire est, à l'état frais, recouverte par un épiderme qui masque, jusqu'à un certain point, les scutel- Ics polygonales.

Cbe?. quelques espèces, il y a des filaments cutanés supportés par les épines de la tète ou du tronc, et dont le développement est considérable dans les genres Haliichthys et Phyllop^ teryx. Chez d'autres, on voit de petites saillies verruqueuses sur plusieurs points du corps, et, en particulier, sous le museau.

Les couleurs ne sont jamais très-vives; mais sur une teinte verte ou brunâtre, apparaissent,'et quelquefois en nombre immense, des points jaunes ou noirs isolés ou dont la réunion constitue, çà et là, et surtout à la région céphnlique, des lignes ponctuées; ou bien, il y a soit des marbrures soit des bandes transversales plus claires que le fond. Les opercules tantôt seuls, tantôt en même temps que d'autres parties du corps, offrent des reflets métalliques argentés ou dorés.

Sur les organes des sens, je n'ai point de détails particuliers

478 LOPHOBRÀNGHKS.

à mentionner. Je rappelle seulement rindépendance, chez les Hippocampes, des yeux qui peuvent, de même que chez les Caméléons, comme je Tai dit, p. 474, être, au même instant, dirigés chacun dans une direction absolument différente de celle qui est imprimée par la contraction musculaire à Tœil du côté opposé.

J'ajoute que la capsule do la sclérotique, au lieu d*ètre constituée par du tissu osseux, est cartilagineuse, ainsi que la capsule qui contient Tappareil auditif. C'est une ressemblance, d'une part, entre les Lophobranches, et les poissons à squelette également demi-osseux, tels que les Plectognathes et les Baudroies, et d'autre part, les Véritables Ghondrichthes.

Sa structure microscopique a été étudiée par M. Langhans {Untersuch, Sclerot, Fische : Zeitschr. fur wiss. Zool.y 1865, t. XV, p. 300).

Digestion. — L'extrême exiguité de l'ouverture de la bouche s'oppose à ce que des aliments un peu volumineux y pénètrent.

Les Lophobranches se nourrissent des animaux invertébrés très-petits que la mer contient en abondance, et probablement ils avalent beaucoup d'œufs de poissons et des détritus de matière animale.

Le bord maxillaire supérieur est uniquement constitué, comme chez un très-grand nombre de poissons, par les intermaxillaires placés audevant des maxillaires supérieurs qui dépassent les premiers en arrière et en dehors. Les petits maxillaires inférieurs, privés de dents comme les supérieurs, forment un arc dont la courbure est la même et s'articulent, de chaque côté, avec le jugal (quadrato-jugal). Trèsprolongé chez tous les Lophobranches autres que les Pégases, cet os entre dans la composition du museau tubulaire constitué également par Tethmoîde, le vomer et le nasal, ainsi que par les sous- et interopercules soudés entre eux.

La préhension des aliments que semble devoir rendre difficile la petitesse de l'orifice buccal est facilitée par un mécanisme particulier que M. Corrigan a étudié [The natural hist. review, 1860, p. 33-36 et 368, fig. 1, 2 et 3) et qui explique comment peut s'effectuer l'agrandissement de la bouche. Lorsque, dans un aquarium, on observe un Syngnathe ou un Hippocampe, on voit, en effet, au moment où il va saisir une petite proie, les mâchoires s'écarter beaucoup plus que dans les simples mouvements nécessaires pour la déglutition de l'eau qui doit servir à la respiration.

L'abaisseroeut de la mâchoire inférieure résulte du jeu de la pièce

antérieure de Tappareil hyoïdien : elle porte un prolongement fourchu à sa base constitué par 2 petites tiges osseuses qui, réunies en un angle dirigé en avant, sont logées dans un enfoncement triangulaire sous la base du museau.

De chacune des deux portions de cette pièce osseuse part un liga** ment; avec celui du côté opposé^ il remplit Touverture inférieure du museau et va se fixer à la mâchoire intérieure. A la face postérieure et inférieure de la pièce triangulaire viennent s'insérer des fibres musr calaires dont la contraction triomphe de la tension des ligaments par lesquels elle est retenue dans la cavité où elle reste ordinairement cachée, rabaissent et la tirent en arrière ; exerçant, en même temps, une traction sur les ligaments antérieurs, ils entraînent ainsi, forcément, la mâchoire inférieure : d*où résulte Tampliation de la bouche. Au moment où la contraction musculaire cesse , Télasticité des ligaments ramène aussitôt en haut et en avant la pièce osseuse, et Torifice buccal se rétrécit. On en détermine Tagrandissement sur l'animal vivant, et même après la mort, comme je m*en suis assuré, si Talcool n'a pas trop durci les tissus^ en suppléant à Taction des muscles par rabaissement de la pièce osseuse à l'aide d'une pointe.

Celle explication de Tagrandissement de la bouche dont Relzius a dit quelques mots {Anat.,, Syngn. YeL Akad, J7and/., Stock., i833, p. 452), est acceptée par M. W. Andrews (iVat. hùt. reviewy 1860, p. 399).

Le canal intestinal est simple et sans appendices pyloriques. Rathke [Ueber Mangel Gekrôses bei Syngn. ophidion : Vleck. Arch., 1830, p. 439) y a, le premier, constaté Tabsence du mésentère, mais chez les Hippocampes dits brevirostris et guitulatus^ il y en a un entre les portions repliées de Tintestin; il a peu d'étendue (Em. Moreau).

Le mésentère existe bien chez l'embryon, mais se résorbe peu à peu, dit-il, et il s'explique ainsi comment, par une résorption partielle, cette membrane, chez les Pieuronectes, a des ouvertures nombreuses et de formes diverses. Le même anatomiste a appelé l'attention sur labsence, dans les deux sexes, de prolongements péritonéaux pour les organes de la génération. '

Circulation. — Le cœur et Torigine des vaiss. qui parlent du bulbe artér. sont figurés par Tiedemann [Sonderbare KiemenbUd. Nadèlfisch. : Meck. Arc*., 1816, t. II, pi. II, fig. 8).

L'organe, dit-il, p. Hi, enveloppé dans son péricarde est séparé de la cavité des branchies par une cloison membraneuse. L'oreillette est vaste, et peu musculeuse; le ventricule est plus petit, mais les muscles de ses parois sont plus développés. 11 en sort le bulbe (à 2 valvules comme chez les autres poîss. osseux), et l'artère dont il est l'origine pénètre entre les masses branchiales et envoie, de chaque côté, 4 rameaux qui se divisent dans les lamelles des lobules.

Respiration.— La première indication relative à la structure

480 LOPBOBIUNCHBS.

des branchies est due à Pallas {SpiciL^ YIII, p. 33). Il mentionne 4 paires d'arcs peu recourbés qui. servent, dit-iU de supports à de courtes branchies disposées en 2 rangs sur chaque arc et se présentant sous Taspect d'épaisses villosités ou de papilles. Telle est à peu près, en effet, Taspect offert par la petite masse branchiale quand on la met à découvert par Tahlation de Topercule (Atlas, pi. 25, fig. B).

En 4816, Tiedemann (Sofiderbare KiemenbUd. Nadëlfisch. : DeuUeh. Arch, PhysioL, t. 11, p. 110,. pi. Il, fig. 7 et 9) a donné quelques détails plus étendus sur Tapparence singulière de ces organes qu'il a figurés en position et sur la présence des lames membraneuses dont ils se composent ; mais il n*en a pas étudié la slmcture. Déjà, au reste, Cuvier et Duvernoy (Leç. anat. comp,, i^ éd., 1805, t. IV, p. 332), avaient fourni une bonne description complétée et rectifiée en quelques points par Duvernoy dans la 2*. édit., t. VU, p. 189-191. Ils ont démontré que la structure des branchies n-est pas essentiellement difTérente de celle des poissons ordinaires. Rathke Fa bien établi aussi en 1832 {Anat. Untersuch.Kiemenapparat. WirbdA., p. 50 et 51, pi. IV, fig. 2, A et B), et en 1835 : Beitr. faun. Krym (Mém, sav. étr, Acad. St-Pétersb., t. III, p. 312). Voy. aussi Retzius [Syngn. : Akad. HandL, Stock., 1833, pi. V, fig. J^l).

Les tiges qui servent de support aux lamelles membraneu-* ses et vasculaires sont très-courtes, et constituent, sur chacun des arcs, un double rang dont les lamelles réunies, paraissant former, en quelque sorte, des panaches, sont alternatifs.

La brièveté et la largeur de ces panaches sont dues à la disposition de la membrane branchiale dont les plis très-larges augmentent d'étendue de la base à la pointe des supports, et, d'après les termes mêmes du résumé de H. Milne Edwards (Leç. phys, et anat. comp.^ t. II, p. 235, note 2), « comme ces plis contournent les bords de la tige pour se rejoindre presque de chaque côté, il en résulte que la lame a la forme d'une massue ou d'un cône renversé. »

Il serait donc inexact de décrire les branchies comme formant des faisceaux ou des houppes semblables aux branchies externes des Batraciens ou de certains poissons, tels que les Protoptères ou les Polyptères.

Elles ont, en réalité, comme Rathke le fait observer {Famn. der Krym : Mém. sav. étr. Ac. St-Pétersb., 183S, t. III, p. 112), la même oi^anisation que chez les autres poissons, seulement, elles sont plus épaisses en proportion de leur longueur, eu par suite, il y a moins de lamelles.

REPRODUCTlOIf. 481

L'appareil operculaire, quoique simple dans sa composition, offre une grande étendue, et il est complété par la membrane brancbiostège qui, soutenue par 2 ou 3 rayons seulement de chaque côté, se réunit à la ceinture scapulaire et ne laisse libre qu'une très-petite ouverture pour le passage de Teau.

Sitn'é latéralement au-devant de I*insertion de la P. chez les Pégases dont Topercnle large et plat occupe la région inférieure, cet orifice se voit en dessus, chez les autres Lophobranches, près de Tocciput.

Le prëopercule manque, mais Fopercule long et large, plus ou moins bombé, forme, avec la membrane la paroi externe de la cavité des branchies; le sous-opercule et l'interopercule soudés entre eux contribuent, par leur prolongation antérieure, à la formation du museau.

Dans ses Leçons sur la physioL comp. de la respiration^ M. Paul Bert, au milieu de beaucoup d'observations sur le nombre des mouvements respiratoires des poissons faites par lui ou par M. A. Lafont, en a cité qui sont relatives à 3 Lophobranches (p. 395).

En octobre, par une tempérât, de iS", à Tétat de repos, un Syngn. et un Hippoc. exécutaient 34 et 33 mouvements respirai, par minute, mais seulement 21 et 20 en janvier, par 8°. L'abaissement de la température, comme il Ta remarqué pour d'autres espèces, exerce donc une influence manifeste.

Quoique, généralement, dans un même gVoupe, la respiration soit d'autant plus fréquente que la taille est plus petite, ce n'est pas un fait constant. Les Lophobranches offrent un exemple remarquable de cette déviation de la règle habituelle, car dans les mêmes conditions de température, des poissons plus grands, une Plie, un Rouget, une Raie donnaient les nombres 61, 60 et 50.

Quand Teau sort des cavités branchiales, elle est lancée à une certaine distance, comme Lyonnet l'a montré sur les dessins élégants qu'il a joints à sa note sur le Cheval marin (Rech, sur Fanai, et les métamorph. de diffër, esp. dHnsectes^ publiées en 1832 seulement, p. 365, pi. 38). C'est sans doute à cette projection et au jeu des P., que doivent être attribués les mouvements circulaires des fines particules du sable et des corps légers en suspension, analogues à ceux qui sont produits par les Rotifères et observés par Lichtenstein [Virbelbewegung der Kiemen Syngn. hippoc. : Wiegm. Arçh., 1836, 1. 1, p. 128).

Reproouction. — Une des questions les plus intéressantes de l'histoire des Lophobranches est celle de la protection des œufs,

Poissons, Tome II. 31

48S LaPHOBiAHcns.

depuis le moment de la ponte jusqu'à Tédosion, par l'un des parents qui les conserve dans une poche sous-caudale o« sousventrale (comparée par Pallas & la poche des Marsupiavi : j^ cUêg. Vin, p. 33), ou les porte simplement fixés & la région abdominale, sans que nulle enveloppe les recouvre. Beaaeoup de naturalistes se sont occupés d'un si singulier mode de transport des œufs que Ton pourrait nommer incubation en modifiant un peu le sens habituel de ce mot. Ekslrôm (Die Fûcke Sckêer* Morkô^ trad. allem. Greplin, 183S, p. 127-131] a donné un historique des opinions émises sur la génération de ces poissons, à partir d'Arislote jusqu'à Tépoque où lui-même a écrit.

Je ne puis reproduire ici son intéressant résumé, mais il en résulte la preuve de Tignorance où Ton était du sexe du poisson incubateur avant que lui-même eût étudié la question.

C'est EkstrOm, en effet, qui, le premier, a reconnu que les œufs sont portés par les mftles, et, en outre, que chez les espèces munies d'une poche sous-caudale, les jeunes viennent s'y réfugier (p. 132, note). Des doutes cependant restèrent encore dans quelques esprits, et, en raison de ces incertitudes dont il a donné un récit, M. de Siebold s'est livré à des recherches spéciales sur le même sujet (Ueber die GeschUchtswerlaeuçe Syngn. und Hippoc. : Erichson's Arch.^ 1842, t. XV, p. 292- 299). Elles eurent, en ce qui concerne les Syngn. et les Hippoc, un résultat confirmatif de celles d'Ekstrôm, de Retzius, de Rapp et de Yarrell qui a cité Walcott, 1785, M. S. sur le sexe des sujets porteurs des œufs [Brit. /fo/i., 3' éd., t. 2, p. 402).

Pour connaître toutes les divergences d'opinious des zoologistes qui ont travaillé après Ekstrôm, il tant recourir au mémoire de Siebold que je viens de citer et où se trouve complétée (p. 292-294) la revue donnée par le naturaliste suédois. Chez les individus à podie, il a constaté la présence de la liqueur spermatique où le microscope lui a montré des vésicules transparentes contenant de fins granules, fort différentes , par leur forme, des spermatozoïdes des poissons cartilagineux les plus élevés, tels que les Elasmobranches (voy. 1. 1, p.23i), et plus analogues à ceux des poissons osseux chez lesquels ilssont globuliformes; mais comme ces vésicules ne présentaient pas la moindre trace de Tappendice très- fin caractéristique des spermatozoïdes de ces derniers, et comme leur volume était proportionnellement considérable, il a été amené à penser qu^il avait sous les yeux les globules proiogéniqucs dont le contenu, au moment de la fécondation, fournil les spermatozoïdes (Lallemand en a représenté un de la Raie (Ann. se. naL, «• série, Zool., t. XV, pi. iO, fig. 9).

L*égalité de volvme de ces corpsy q«e ne présentent jamais lesoeofe,

REPRODUCtlÛN^ ' 483

avait déjà frappé Kathke dans Texamen des organes génitaux d'un Syngnathe qu'il croyait être une femelle.

Enfin, la nattire du contenu des organes génitaux d'individus sans poche n'a pu laisser aucun doute à M. de Siebold sur le sexe des animaux. Ces organes, où il n'y avait point de liquide spennatique, renfermaient des œufs reconnaissables à leur couleur jaune roug^âtre, à leur volume et à leur inégalité de diamètre.

Pour compléter les indications qui précèdent, je signale les détails sur les org. gënit. des 2 sexes et sur la poche des çf dus à Retzius (Anat. Syngn. : Akad,^ Stock., 1833, p. 147-151, pi. V, fig, 1^3).

M. W. Andrews a été témoin du passage des œufs, au moment de la ponte du Syngn. typhle dans la poche sous-caudale du mâle (Nat. hist. review, 1860, p. 398).

Dans une eau peu profonde où à la marée basse, on voit quelque^ fois, dit-il, les Syngnathes par paires, côte à côte, dans une itpparente immobilité, sur une pierre ou sur un rocher. A ce moment, les œufs non encore arrivés à maturité sont abandonnés par la. femelle; le mâle les reçoit dans la poche dont il a le pouvoir d'écarter les parois, et les fixe à l'intérieur de la cavité à l'aide d'une sécrétion albumineglniineuse. A mesure que le développement se fait, les capsules où les œufs sont reçus s'agrandissent et forment des dépressions hémisphériques. Quand il est achevé, le sac est forcément ouvert pour laisser passer les jeunes animaux.

Chez les Nérophis, les œufs sont fixés sous le ventre à Taide d'une sécrétion de même nature que celle de la poche des autres espèces. Pendant un temps de calme et au moment favorable de la marée, on les voit réunis par paires, l'un contre l'autre et attachés aux zoostères par Tcnroulement de la queue. A ce moment, la ponte a lieu et elle est immédiatement suivie de Tagglutinalion des œufs. Leur adhérence et leur arrangement sont facilités par la forme de l'abdomen qui est plus déprimé et aplati chez le mâle que chez la femelle où il présente une carène.

La vascularisation de la poche, comme Gavolini l'a d'abord fait observer, est très-abondante et contribue à la nutrition des fœtus qui, complètement enfermés, ne reçoivent point le contact de l'eau. Les parois des cellules dans lesquelles ils sont contenus diminuent peu à peu d'épaisseur jusqu'au moment où ils s'échappent au dehors. Celte diminution, et même la disparition partielle assez prompte des membranes intercellulaires, sont-elles simplement le résultat de la pression exercée par l'augmentation du volume des embryons, selon la remarque de M. Gûnther (1868 Record zool. littërat. pour 1867, p. 178), ou bien, comme Duvernoy l'a supposé (article Ot;o%te, Dfci.d'Or-

484 LOPHOBRARCHKS.

bigny, t. IX, p. 284) et comme Ta dit de nouveau le Révér. Lockwood (Am$ric, naturaliste 1961 , 1. 1, p. 2SS), servent-elles à la nourriture des jeunes? — On trouve des traces des alvéoles soit dans la poche d'incubation, soit à la surface ventrale, pendant un temps assez long après l'éclosion, puis elles finissent par disparaître. Les parois du sac alors se rapprochent jusqu'au temps de la ponte suivante.

Quant au développement des germes, il a été étudié sur le Syngn. (Nerophis) ophidion^ d'abord par Gavolini [Mem, suUa generaz. pescU 1789 et trad. allem. par Zimmermann, 179S, p. 17&-192, pi. III). Il a été ensuite l'objet d'un examen trèsapprofondi de la part de M. de Quatrefages (Mém. sur les embryons des Syngn. [Syngn. ophidion] : Ann. se, nat. Zool., S* série, 1842, t. XYIII, pi. 6 bU et 7). En 1843, M. O.-G. GosU en a repris l'étude sur la même espèce {Rendi conti dell' Ae. se. Napoli, t, II, p. 197-204). Ces travaux dont je ne puis pas donner ici une analyse, fauté d'espace, fournissent de nombreux détails sur l'embryogénie des Syngnathes.

B. Fr. Fries ayant eu l'occasion de voir, dans un aquarium, l'éclosion des œufs que portait, sous le ventre, un Nerophis lombriciforme, a constaté que les jeunes se présentent sous un autre aspect que les parents.

lis ont, en effet, les P. qui manquent à ceux-ci et elles sont animées des mouvements vibratoires les plus rapides ; la queue, comme chez les têtards de Batraciens, ou chez les Anguilles, est entourée, dans toute sa longueur, en dessus et en dessous, d'une membrane ou nageoire; une membrane semblable règne entre la D. et le milieu de Tespace qui la sépare de la nuque. De plus, les opercules, très-développés , au lieu d'adhérer à Tanneau scapulaire par une membrane branchiostège ne laissant qu*une petite ouverture en haut, de chaque côté, pour la sortie de Teau, sont parfaitement libres. Cet état devait certainement se modifier, puisque, chez le Nerophis plus développé, les opercules sont fixés et il n'a ni P., ni C. ; mais la mort des jeunes animaux survenue le 7* jour après Téclosion, n*a pas permis d'observer les phases successives de la croissance et la disparition de si curieuses particularités transitoires de Torganisation. Pendant les premiers temps de la vie, la tête est plus volumineuse que chez Tadulte. Tous les détails que je viens de rappeler sont très-nettement représentés par von Wright sur la pi. IV du recueil de mémoires de Fries, intitulé : Ichthyolog, Bidrag, i*'* Afdelning. 1838. et accompagnant sa note : Metamorphos., anmfLrkt ho$ Lilla Hafsnélen (Syngn, lumbricif)^ p. 59-65.

M. de Quatrefages, dans son Mém. sur les embr. des Syngn.

CLASaiPI€AT10N. 486

(Ann. se. nat. Zool., série II, 1842, t. XYIII) déjà mentionné, a parlé des P/transitoires du Iferophis ophidion (p. 196).

Il les a montrées pi. 6 bis, fig. 4 et pi. 7, fig. 2 [3]. Sans connaître les observations de Pries, il se demande si ces organes dans lesquels il n*à aperçu aucune trace de circulation et qui, par conséquent, n*ont aacune relation avec les phénomènes respiratoires, « n'existeraient que temporairement chez le fœtus pour disparaître plus tard. »

Classification. — Dans Texposé des classifications des poissons (t. I, p. 265-308), on trouve indiqué le rang que les zoologistes ont assigné au groupe des Lophobranches. Pour Guvier, dès 1817 (R. anim. 1" édit., t. II, p. 185), ils constituaient un ordre parmi les poissons osseux. Depuis cette époque, leur position dans la classe avarié. Ainsi, en 1833, et dans sa dernière classification (18B7), M. Agassiz les a considérés comme appartenant à son ordre des Ganoïdes qu*il a élevé plus tard au rang de classe (voy. 1. 1, p. 27S et note). En 1868, il a, de nouveau, appelé Taltention sur le même sujet (A joumey in Brazil^ p. 239, note). Il s'appuie sur ce fait que les Loricaires ou Goniodontes sont, suivant lui, des Ganoïdes. Or, les Pégases, dit-il, qui offrent des affinités avec les Loricaires ont été rangés par tous les zoologistes, si ce n'est par G. Duméril, au nombre des Lophobranches où se rencontre un mode de protection des œuts et même des jeunes comparable, jusqu'à un certain point, à ce qu'il a observé chez les Loricaires; donc les Lophobranches, en raison de ces analogies, doivent, suivant cette manière de voir, prendre place, comme ceux-ci, parmi les Ganoïdes.

. J'ai énoncé (p. 4-12) les véritables caractères de ceux-ci, en m'appuyant sur les observations de J. Mûller. Ils montrent qu'on ne peut leur adjoindre ni les Siluroldes, ni les Lophobranches. Cette impossibilité se trouve confirmée par les détails dans lesquels je viens d'entrer en passant en revue les principaux traits de l'organisation de ces derniers.

La structure de l'enveloppe cutanée, seule particularité qui semblerait pouvoir permettre de les rapprocher des Ganoïdes cuirassés dont ils diffèrent cependant beaucoup sous ce rapport, a été prise en considération par mon père.

Il a nommé, en effet, Ostéodermes {ZooL analyt, 1806, p. i08 et 109), les Plectognathes et les Syngnathes constituant sa 7« famille de Poissons, et qui, en 1816, sont devenus les Crustodermât de Blainyille {Frodr. nauv. cUusif. règne anim* : Bull, se., p. 112). Cette famille.

486 tofww^ws.

élevée au rapg d'ordre par MM. GervaisetVanBenedca [Zocl. méi.^

1859, l. I, p. 279-283), comprend, dans leur dislrihulion, À sousordres : 1. Gymnodonies, Balisles, Coffres et Lophobranches.

1810. Rafinesque [Indice d'ittioL sicil, p. 36) a établi un ordre [Signatidi) où il a fait entrer les genres Typkle, Siphosi(ma^ Hippocampus, dont il airaîi donné la diagnosô (Caratteri alcuni nuav. gêner., 1810, p. 18) et les gcniies Syngnaihus et Neropkis (CaraU.^ Append., p. 57, gen. X cl XI).

1815. Modifiant sa première classificat. (Anal, de la nat.), p. 90, il a composé, dans son ordre III Gastropia (Abdominaux) et dans sa 20* fam. : Siphostamia, une 2" sous-famille : Âulostomia, comprenant les genres Aulostomus, Lacép., Fistularia, Lînn., Solenostomaj R. (Lacép.), Macrorkynchus, Lacép. et Centriscus, Linn.

Dans son ordre IV, Apodia, son !•' sous -ordre OsteodemUa ainsi caractérisé : « Peau cuirassée, couverte d'écaillés osseuses ou de grains durs, » renferme une fam., la 21», AphyostonUi a à corps allongé, anguleux ou cylindrique, à bouche au bout d'un museau tubuleux » on il fait figurer les genres suivants : 1« Syngnalhus, Raf. ; 2» Typhlinus, R.; 3« Siphosioma, R.; ^^ Hippocampus, R.; »» PhyllopharuSy R.; 6® Homolenus, R.; 7« Neropkis, R.

Comme mon père, il a séparé le genre Pegasus des précédents et Ta placé dans son ordre VI {EUropomia) et dans la 2« sous-fam. : Stttrionia, de la fam. des Pom^anchia (voy. plus haut, p. 13).

1817. Cuviér, je l'ai déjà dit, a, le premier, tiré le caractère essentiel des poissons qui nous occupant de la strneture dies branchies, et leur a donné lé nom de Lophobranches. 11 y rapporte ks genres Syngn., Hippoc, Solenost. et Pegasus (R.an., 1<^ éd., t. 11, p. 155). Conservant le même arrangem. en 1829, dans la 2* éd.« t. II, p. 36i- 364, il s'est borné à y énumérer un plus grand nombre d'espèces.

1825. Lalreille {Fam. du règne anim., p. 116), a partagé l'ordre des Lophobranches en 2 fam. : 1. Hypostomides (G. Pégase), 2. Prostomdes : a V. très-grdndes ': genre Soténùsïùine, ft pas de V. -: genres Hippocampe et Syngnathe,

1839 (1829, par erretir, p. 13). Swainson a réuni» dans la fam. des Syngtathidésv les genres Pégases Hippoc,^ dent il a, rapproché le genre Phyllopteryx, Sw., Sçlenost. ei Syngn. 11 j a introduit, en outre, pour les espèces dites œqvjoreus, lumbriciformis et ophidion, le genre Acus, . dont il a emprunté le nom à Willughb., et y a créé le genre Solsgnor thus (sic) : Nat. hiàt. fUh, Amphib. Rept., p. 195 et 331-333.

1839. Le prince Ch. Bonaparte a séparé, avec raison, les Lopbohr. des autres poiss. beaucoup plus compléitement qu*on ne Tavait encore fait, lorsque, en 1839 (Syst. ichthi Conspect, fam. et subfam, : lÊdm. soc. se. nat. Neuohatel, t. Il), il les considéra comme types d*une sonsclasse qu'il a conservée dans tous ses travaux ultérieurs de classification.; 1845. 1. Huiler {JJeber die Ganoid. : Wiegm.^Arch., p. 137, trad. :

I^ABfillIGAtKM. 487

»e. fuu., ZooLy série III, t. IV, p. 49) place les Lophôbr. à la & -de la B. clause des poiss. osa. (Teleostei) où ils fonneitt le 6* etdetnier ordre comprenant une seule famille.

iSSO. HoIIard se rattachaQt aux vuc^» de M. Agaasiz» tonchantles analogies des Lophobranches avec les Ganoldes, a présenté des considérations snr leur revêtement cutané, et il en a tiré la conclusion qu'ils doivent être rapprochés des Sturionides (C. rend. Ac. sc.^ t. XXXI, p. 564-566). J*ai dit plus haut comment les dissemblances d'organisation s'opposent à un tel classement.

4856. Mon père, dans son Ichthyologie afialy tique {Mém. Ac. sc.^ t. XXVII), a maintenu la séparation que, dès i806 (Zool. analyL), il avait établie entre les Pégases et les autres Lophobr. Il a placé les premiers dans sa famille des Hypostomates', à côté des Esturgeons (p* 155) auxquels ils ressemblent par la position de la bouche au-dessous et à la base d'un long museau et dont l'analogie extérieure avec/ cea derniers se tire du revêtement cutané. /

On ne peut méconnaître, en effet, ces relations, mais si les caractères essentiels propres aux Ganoides, tels qu'on les comprend depuis les travaux de J. Mûller, doivent l'emporter sur des caractères d'un ordre secondaire, il semble préférable de ne pas y introduire les Pégases et de les placer, comme représentant un ordre particulier et une famille distincte, à la tête des Lophobranches.

Parmi ceux-ci qui ne comprennent que les Syngnathes et les Hippocampes^ l'/irÀtÀ. analyL (p. 466^74), admet plusieurs genres, d'après la présence ou l'absence de certaines nageoires.

i859. Pour M. Canestrini, les Aulostomidés . ou Fistularidés qui, dans sa manière devoir, constituent un sous-ordre parmi lesiTéléosiiens ou poissons osseux, comprennent 2 familles : i, Lophobranehii^ % Aulostomi (Ueber die Stellung AulosL in Systi : Verhandl, zooL'bolan.Gesellsch, Wien, t. IX, p. 75-77). Si, comme il le fait observer avec raison, ces poissons se ressemblent pour la plupart en raison du prolongement de la face formant un rostre tubuliforme à l'extrémité duquel se trouvent les mâchoires, et par quelques autres caractères secondaires, il y a, entre les deux groupes, indépendamment de la disposition des branchies, de notables différences, surtout quand on rattache les Pégases à la souft-dasçe des Lophobranches.

1856. M. Kaup a publié le premier ouvrage systématique et descriptif qui ait été donné sur les poissons dont il s'agit (CalaL Lophobr. fish. brit. Mus.). Ayant visité la plupart des principaux musées d'Europe, il a pu comparer entre elles un grand nombre d'espèces. De cette révision générale est résultée pour lui la preuve de différences génériques manifestes.

Une analyse de son système de classification serait inutile ici, car, à Texemple des zoologistes qui, & partir de sa publication, ont eu à faire connaître des Lophobranches nouveaux,

488 LOPHOBIUNGHBS.

je suis la marche qu'il a tracée, à quelques exceptions près, trouvant ainsi l'avantage d'altérer le moins possible Tuniformité de syno^ymie établie par lui dans les musées dont il a étudié et nommé les espèces. Un assez grand nombre, il est vrai, a été laissé de cAté par lui, en raison, a-t-il dit [Préface^ p. 4), du défaut de précision des détails descriptifs donnés par les naturalistes qui, antérieurement à lui, et surtout à une époque plus ancienne, ont parlé de celles qu'il n'a pas vues.

J'ai pu combler une partie de ces lacunes, surtout pour les espèces indiennes décrites par M. Bleeker qui, en 1859 (£ii»meratio pisc. Arch. ind,), a adopté les divisions de H. Kaup, et a eu l'obligeance de mettre à ma disposition la série des dessins inédits représentant toutes les espèces signalées par loi dans ses nombreux mémoires.

La collection du Musée àe Paris très-riche, malgré ses lacunes, a été soumise, comme je l'ai fait pour les autres sousclasses dont l'histoire se trouve dé]& dans le présent ouvrage, à une révision complète. Je me suis ainsi efforcé de ne rien négliger d'essentiel dans les descriptions de poissons souvent si analogues entre eux, qu'on ne pourrait pas les distinguer spécifiquement sans une précision dans l'indication des caractères qui ne semble pas minutieuse quand on a appris à reconnaître l'indispensable nécessité de certains détails descriptifs (1).

(1) Dans Texposé des diverses classifications des Lophobrandies» je n*ai pas cité Pianander, car il les réunit aux Anguillifonnes. Je dois cependant rappeler qu'il a nommé Enchetares (de Ktx^Xvc, anguille) les poissons ainsi groupés {Anémadversiones in dassem pMCttim, Lund, 1803, p. 19).

IV* SOmUCSLilME.

LOPHOBRANCHES

Otdra I. HTPOBTOBIIDéS (1), Utreille.

Caractères. — Bouche protractile située sous la base du museau qui se prolonge en un rostre de forme et de longueur variables. — (Voy. Ordre II, p. 495.)

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