DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Les Esturgeons sont habitants de la zone tempérée et surtout de ses régions froides, quoiquMls ne semblent pas s'étendre, si ce n'est exceptionnellement, jusqu'aux eaux polaires; dans les portions les plus chaudes de cette zone, ils ne sont pas en aussi grand nombre.
Les vastes lacs salés situés à l'est de la Méditerranée et qui constituent les mers intérieures dites mers Noire, d'Azof et Caspienne, sont leur principale demeure dans l'ancien monde, ou du moins c'est là que les espèces se rencontrent en plus grande abondance. Chaque espèce s'étend au loin, car au mo-
PoUsofu. Tome IL 6
8S GAlfOlOBS GHONDROSTiS. AClPBSSiRIDÉS.
ment de la remonte, tous les fleuves qui alimentent ces mers sont envahis par des troupes d'Esturgeons.
Plus à Test encore, on en trouve dans les lacs de TAsie centrale et Jusque vers les frontières de la Chine.
En Amérique, les grands lacs du Canada sont également habités par ces poissons qui n'y sont pas aussi nombreux qne dans la Russie méridionale et offrent cette particularité que, laissant les lacs pour les rivières à la saison de frai, et revenant ensuite dans les lacs, ils ne fréquentent jamais les eaux salées.
Au nord, il y a une très-vaste zone d'habitation : elle corn* prend tous les fleuves de TAmérique et de TAsie qui ont leur embouchure sur les rivages de Tocéan Pacifique où leur limite septentrionale parait pouvoir être fixée, d'une manière générale, entre les 58' et 86' degrés de latitude nord, car on ne possède aucun renseignement sur leur présence au-delà du lac Stuart, à Touest des montagnes Rocheuses. On n'en trouve pas dans la rivière Churchill, dans les affluents du Mackenzie, ni dans les rivières du continent américain, dont les eaux alimentent Tocéan glacial arctique, fait remarquable, selon l'observation de Richardson, puisque celles de l'Asie qui y débouchent nou^ rissent ces poissons. Ils sont extrêmement nombreux dans IV céan Pacifique et dans ses eaux tributaires, V sur les côtes d'Amérique, à partir du détroit de Behring, jusqu'à la Californie, 2® sur les côtes d'Asie, de la mer du Japon jusqu'aux rivages de la Chine.
Les Esturgeons fréquentent aussi les eaux septentrionales de l'océan Atlantique.
1^ Il y en a sur les côtes de l'Amérique du Nord, non pas au-dessus du lac Winipeg, qui s'étend jusqu'au 84' degré de latitude N., mais à partir de cette limite environ, jusqu'au bas Mississipi. Ceux qui sont pris vers la fin du cours de ce fleuve ne paraissent pas venir, dit M. Agassiz (Lake superior^ p. 26S)f du golfe du Mexique, de sorte qu'ils seraieïit exclusivement fluviatiles et n'iraient jamais à la mer, de même que ceux des grands lacs canadiens. Richardson, cependant, émet la supposition [Fauna boréal, Americ.^ Fishes^ p. 279) qu'ils descendent jusqu'au golfe du Mexique.
2** On en trouve sur les côtes européennes, dans les fleuves de l'Allemagne, de la Hollande, des lies Britanniques et de la France. La Méditerranée et l'Adriatique en ont aussi quelques espèces.
CLASSIFICATION DES ACIPENSÉRlDiS. 83
En résumé, les Esturgeons occupent les mers ou les eaux douces de toutes les régions tempérées de Thémisphère boréal.
Si, à Texemple de M. Agassiz, on admettait de grandes analogies entre eux et les Siluroïdes, il y aurait lieu de faire observer que le genre Scaphirhynque du groupe des Âcipenséridés vivant dans rOhio et dans le Hississipi, établit, en quelque sorte, un lien par son lieu d'habitation entre les vrais Esturgeons qu'on ne trouve plus en Amérique au-dessous des côtes septentrionales du golfe du Mexique, et les Loricaires propres aux cours d'eau douce du continent méridional du Nouveau- Monde.
Les observations relatives à l'étude de la distribution géographique des Esturgeons sont complétées par les renseignements fournis pour chacune des espèces.
CLASSIFICATION DES ACIPENSÉRIDÉS.
, La famille comprend les Esturgeons proprement dits et le Scaphirhynque. Ce dernier, décrit pour la première fois en 1820, comme espèce nouvelle d'Esturgeon par Rafinesque, est devenu, quinze ans plus tard, pour Heckel, le type d'un genre particulier.
Voici les divisions proposées par Rafinesque d^abord, puis par d'autres zoologistes :
1« 1820, Rafinesque [Ichthyologia ohiensis, p. 79] (1) reconnaît, dans le genre Acipenêer^ 2 sous-genres :
I. SturiOy 5 rangées de plaques : 1 dorsale, 2 18161*3168, 2 ventrales {Àcip. maeiUoius, Lesueur, Acip, platorhynchus, Rafin.).
II. SterUtuSf 3 rangées de plaques : 1 dorsale, 2 latérales (Acip. ieroUnuSj Rafin., macrostomus^ Id., ohiensis^ Id.
Outre les cinq espèces qu*il décrit, Rafinesque énumère, mais sans les rapporter à Tun pu à Tautre des 2 sous-genres, sept espèces de Tanden continent et 7 de rAmérique du Nord, en tout 19 espèces.
II y rattache, en la considérant comme le type d*un genr^ nouveau^ nne espèce qu'il n*a connue que d'après un dessin sans doute inexact d'Anduhon. Cest un Esturgeon à deux dorsales : Tune antérieure, et la seconde opposée à Tanale, avec trois rangées de plaques seulement. A ce genre imaginaire, qui doit être rayé des caducs zoologiqucs, Rafinesque donne (Ichih, ohiensis, p. 82) le nom de Dineclus (ok» double,
(1) S'éloignant, dans cet ouvrage, de la classification de 1815, il a réuni les Stnrioniens, les Pianirostres et les Cyclostomes en un groupe qu'il dé-* signe ainsi : Poissons atélosiens. (Yoy. plus haut, p. 13.)
84 GAKOlOES GHONDROSTÉS. ACimvSilUDÉS.
vi)«T%c, nageur), et Tespèce est dite D. îruneatusj à eaase de la trèsgrande brièveté da moseaa qui est comme tronciué.
1829, Guvier (R. anim., 2« ëdit., L II, p. 378), dans son ordre des Chandroptérygiem à branchies libres ou Sturioniens (voy. notre 1. 1, p. 267),
a admis 2 genres seulement : I Acipenser, Linn., II Polyodan» Laeépède [Spatularia^ Shaw). A cet ordre, il rapporte également les Chimères.
1833, Brandt et Ratzeburg [Medisdnische Zoologie^ X. II, p. 3 et p. 352 (Nachtrâge)] partagent le genre en quatre groupes.
I. Husones : Museau pointu ou obtus, court, où le cartilage prédomine, et, par là même, plus ou moins pellucide; cartilage rostral médian peu volumineux; scutelles éloignées les unes des autres; barbillons plats, munis d*un rebord plus mince (1) {Àcip. huso, Linn., dauricus, Georgi^ schypa^ Guldenst., obtusirostris, Lesueur (2), rubpcunduSf Id.
II. 5/ttrîdnes; Museau mousse ou en forme de poinçon, couvert de fortes plaques osseuses, et, par là même, non pellucide; cartilage rostral médian apparent, mais, le pins souvent, sans éminence; scqtelles éloignées les unes des autres ; barbillons simples, cylindriques, sans rebord plus mince {Ac. sturio, Linn., LichUnsleinii, Bl., Scbn., Gûldenstadtii, Br. RaU., Heckelii, FiU., sUllatus, Pall., Ratzeburgii, Br. (3).
m. Sterletœ : Museau en forme de poinçon couvert de fortes plaques osseuses, et, par là même, non pellucide; cartilage rostral médian saillant en arrière; scutelles imbriquées comme les tuiles d*ttD toit; barbillons cylindriques, munis de petits appendices mamillaires {Ac. ruihenus, Linn., et Tespèce indiquée par Pallas, Zoogr. rosso^ asiatica, t. III, p. 107, comme voisine de VAc, ruth, {Ac, uUutensis, Filz.).
IV. Helopes : Museau très-long (1/0 ou 1/7 de la longueur du corps),
(1) Dans le supplément, les auteurs ont complété les caractères de lenr division, en y «joutant les différences que présentent les barbillons. Le premier énoncé, comprend toutes les espèces, quelle que soit leur origine, mais le seccind ne mentionne que celles d^Europe et surtout de la Russie méridionale.
Les auteurs font observer que sur les individus adultes seuls peurent être constatées les particularités propres à chaque sous-genre.
(3) Cette dénomination employée pour celle de brevirostrit on hrmros" trwn est reproduite par plusieurs zoologistes; mais on ne trouve, dans les descriptions de Lesueur, aucune espèce de ce nom.
(3) L'espèce dite, par Gttldenstadt, Adp, «càyjn, avait été d*abord rapportée à la !2« division ; mais, dans le supplément, elle a pris place parmi les Esturgeons du premier groupe.
CUSttPtCÀTIOlf DBS ACWBNaâRIDÉS. 85
eotnrert de fortes plaques osseuses ; cartilage rostral médian bien apparent, mais sans proéminence ; scuielles éloignées les unes des antres (probablement, disent les antenrs, Acip. oxyrhynehus, Mitcb, et maaàosutp Lesnenr). Le supplément, consacré aux espèces enro« péennes, ne contient pas cette quatrième division, YÀcip. sullatuê Pal]., qui en est le type, p. 3, y est rapporté au S* groupe : Stu» rUmei.
1834, Lovetzky [Diagnons pùcium ad genus Acipens. perUr nent. m : Nouv. Mém. Soc. impér. natur. Moscou, t. III, p. 257) a adopté la division que MM. Brandt et Ratzeburg ont proposée, mais il n'a pas tenu compte des modifications apportées par eux à leur classement, dans le Supplément de la ZooL médicale qui, probablement, n'avait pas encore paru en 1834.
Les espèces qu'il place dans les quatre sous-genres sont les saivantes.
I. Htuones {Àc. huso, Linn., husoniformiSt Lovelz., daurictUf Geori^, obtuêirottrii, Lesuenr, ruhieundtUt Id.
U. Siurùmes (Ae. GuldensiadUi, Br., LichtentUinii, Bl., Schn., iehipa, Gnldenst., Heekelii, Fitz.
lU. Sterletœ {Ac. ruthenus^ Linn., aeulealii$9 Fischer.
IV. Belopei (Ac, steUaiuSj Pall.j oxyrhynckus, Mitcb., maculosuSt Lesueur.
1836, Fitzinger etHeckel (Monograph. Darstellung Gattung Adpemer in : Ann. Wien. Muséum^ 1836, p. 269) forment S groupes composés chacun de 3 sous^genres.
A. — Plaques du dos inclinées en avant, plus hautes en arrière, le terminant en une pointe et ouvertes jusqu'à la base de Taiguillon.
0. Téguments couverts de petites scutelles osseuses dentelées; barbillons à bords frangés.